‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 293 sur 361 · Genehard. in Cliron. » (ed cit.. p. 5o6, col . i · texte numérisé non relu

Genehard. in Cliron. » (ed cit.. p. 5o6, col . i

I\FLUK\CE DOCTRINALF D ORESMK

sèment l'œuvre d'Oresrae, il nous paraît bien qu'il s'en est servi, peut-être sans vouloir nous le dire (i).

L'emprunt d'ailleurs devient direct, et avoué cette fois, avec Joseph Fernandez de Retes. Dans son com-

I. Nous croyons utile de donner ici les traits essentiels des développemenis de cet auteur peu connu. Il est intéressant, parce qu'il fait précisément application au roi d'Espagne des mêmes principes qu'Oresme avait formulés dans des circonstances identiques à l'égard du roi Jean :

« Quarla denique sententia circa potestatem principis in constituenda vel rautanda monetà, asserit principem augentera valorem monetae non posse sibi accipere incrementum illud, sed crescere populo, vel possidenti pecuniam. cujus valor accrescit... Sed auctores hujus sententise, ut credo, affirmant non licere spectatâ précise naturà rei, et potestate principis ; non vero si alia subsit justa causa: tune enim id exigi posset quasi novum vecligal in monetae augraento impositura. Qui privatim istatn sententiam doceant midti fortassis erunl, qui lamen typis mandacerit, kactentis legi nemiiiem... Quamvis ergo Régis maxima necessitale existente, si prematur inopia. immineant bella, bostes urgeant, ad ministros Régis, qui populi jus dicunt, alendos stipendia desint, Acaderaiae deficiant, tempia, monasteria reparatione et reformatione indigeant, quse sine pecuniarum erogatione fieri nequeunt «dificia, ac viae publicae reûciendae, mare pyratis expurgandum sit, juste possit. sicut et alia imponit tributa, bocetiara in monetae excusione imponere, servatis legibus quas in tributorum impositione ratio et aequitas servandas prjescribit... Esto, sic rautet, accrescat valor, altamen commodura et augmentum in utilitatem possidentis cedere débet, non in utilitatem principis, eo vel maxime quia Regia potestas praecipue ob Reipublic;? commodum instituta est, et non popnlus propter Regem, sed Rex propter populum. . . Hoc enim diffcrt tyrannus a Rege ; quia ille quidem sua unica commoda omni ex parte expectat, et attendit ; contra vero Rex utilitati subditorum nihil non suppeditat et consulit.» — « Quod si Gatholicum regem nostrura Pbilippum ejus nomine Tertium,.. in bac aereae mufatione monetae sibi accepisse incrementum objiciatur, boc injuste ab illo factum esse nemo sanus admiserit. . . et justissime a Cathnlico. pin, timorato, racionique obedientissimo

INFLUENCK DOCTRINALE d'oRESME 663

mentaire très détaillé et très intéressant sur la loi Orig-o (i), cet auteur ne cite pas moins de huit fois Oresme ; il professe pour lui une estime particulière qu'il ne cache point. Avec Oresme, il affirme, à rencontre de saint Thomas, de Basile Ponce de Léon, la nécessité d'une monnaie ayant une valeur réelle de métal, il résume d'une façon saisissante, d'après les chapitres I, Il et III du Traité, l'argumentation d'Oresme sur le droit de la communauté (2). Il lui emprunte la grande citation de Gassiodore, au chapitre Xlll du Traité, et les explicalions dont il l'a accompagnée. Il le suit dans la condamnation théorique des mutations (3), dans la disprincipe, factura esse non dubito. Factum taraen quia bella justa contra inimicos Dei ecclesie sustinet semper, Hispanum regnum, innumera régna justissinae parta, vel hereditario devoluta, necessario praesidio munit,, etc. » (éd. cit., p. 5o4-5o6). Cf. Oresme, Tractât , c. 23, 24, p. CXXX sq.

I. J. Fernandez de Retes. (1620 1678). Opusculorum liber VIIIuSj cap. i"°ï, Gommentarius juridico politicus in 1. 1, de contrah. empt. (dans Meermann, Novus thésaurus juris civilis et canonici, Hagae Conitura f" i VI, 1753, p. 3o8-33o).

'2. J. Fernandez de Retes, op. cit., § 19. « Moneta non est principis. sed coinmunitatis, siur/ulorumque ea utentium., possidentiuraque. Ergo valor intrinsecus, seu coramunis in eâ cudendâ débet attendi. Deinde, inquit, si princeps posset parvi facere materiam, posset vel minuere pondus materise, vel ipsam adulterare. Sed hoc non potest, quia esset deceptio fraudulenta, et fraus vilissiina, cum figura in minimo ponitur a principe ad designandam rerilatem etcertitudinem ponderis, et materiœ qualitatem. Ergo, etc. » {éd. cit , t. VI, p. 3i4, col. l'O. Cf. presque termes pour termes : Oresme, Tractact., c. 6, p. CI : c. 12, p. CX.

3 Idem, ibidem., | 78. « Leçjatur Oresmius, c. 22... Uiilitas mutationem expostulat, quando valor metalli auctus,vel diminitus fuit communi sestimatione provinciarum, vel massa, aut metallum nummi, propter contrectationem assiduam, vel corrosiones fraudulenlas, vel nimiam antiquitatem, deflcere a justo pondère cœpil ; tuin Princeps novam monetara cudere débet, asperara.

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cussioii des mutations permises, dans la peinture énergique des dommages qu'elles entraînent pour le commerce, des dangers qu'elles font courir au prince et à son peuple (i). Malgré tout, il sait se séparer d'Oresme et le dépasser à l'occasion. Dans son Traité, assurément le plus complet que nous ayons rencontré jusque-là sur la matière, le plus riche par la connaissance de la littérature du sujet, /î^'/?5 n'est jamais, en effet, étouffé sous les opinions de ses devanciers ; il développe dans une forme très personnelle des idées qui sont siennes, et il les entoure d'observations que sa rare connaissance de l'histoire et de la législation monétaires rendent des plus intéressantes. Un fait suffit à montrer son indépendance ; après avoir posé avec Oresme le principe du droit de la communauté, il admet pourtant plus tard qu'il n'est

integrara, et absohiti ponderis, et vetereni abrogare ; alioquin teneretur de mala gubernatione commercii. Causae vero mutandi raonetam sunt : summa nécessitas, aut evidens utilitas. Sumina nécessitas, quando ingruentia et debacchantia bella aliter Princeps propulsare non potest, nec œrarium sufficit, nec regnum par est contributionibus, neque ab amicis subsidia experlare potest» (éd. cit., p. 220, col. i). Cf. Oresme, Tractatus, c. 9, p. GIV ; c. 22, p. GXXVI.

1. Idem, ibidem, | 79. « Sed quando in controversiam incidit mutatio moneta? apud aulas et supreraa consilia, caveant consiliarii, ne ad mutationem moneta" proclives sint ; sed omnia pensitent liinc inde; coramoda Régis cuiii Regni incommodo conférant. Necessitatera a-quo libramine sustineant, et alia remédia sedulo inquirant... Quia hac mutatione periclitatur bonuui multitudinis, et gravissimis exponitur damnis ; cum pecunia sit in corpore politico, veluti sanguis in corpore animali... Non est enim minus fugiendum periculum interiîciendi corpus politicum Regni, vel Civitatis, quam corpus singulare unius houiinis... Sed de hac raateria, vide Opusculum de mutatione monetae Nicolai Oresmii, episcopi Lexoviensis, in tomo IX Bibliothecee veterum patrum » (éd. cit., p. 55o, col. i, 2). Cf. Oresme, Tractât., c. 20, p. CXXIII ; c. 25, p. CXXXIV.

INFLUENCK DOCTRINALE d'oRESME 665

point besoin du consentement du peuple pour muer, et que le prince peut le faire aiictoritate propria (i). Il s'est arrêté, comme on voit, en définitive, à l'opinion d'une partie de l'école romaniste, qui admettait la délégation perpétuelle au prince du droit de la communauté, et en ce sens, il n'est pas un très fidèle disciple d'Oresme.

La vraie filiation, certaine, directe, avouée, c'est celle de l'école rhéno-flamande, et celle de l'école française.

Oresmeestà l'origine de la doctrine monétaire de l'école rhénane^ puisque c'est /?//«'/ qui en marque le point de départ. A la fin du xvi« siècle, les éditions multipliées dans cette région mettent le Traité dans les mains de tous les doctes : Budellas, Marquard Freber, Wolffgang, qui l'ont édité procèdent de lui dans leurs travaux propres, comme d'un maître avoué. Budelius lui emprunte toute son analyse des mutations (2). Jo a Fiichte, cherchant à opposer aux déprédations des princes de son temps un exemple salutaire, ne trouve rien de mieux à faire déclare-t-il, que de réimprimer le Traité (3).

L'ouvrage le plus intéressant pour nous, de cette école, ce sont les Xofae in Oresniium (4j. Ce travail anonyme

1. Idem, ibidem^ Investigatio sexta, De perpetuo valore nummi et quantitate, y 76 et 77 (éd. rit., p. 5a6, col. 2=»).

2. Budelius Ruremundanus, De mouptis et re nnmmaria libri duo; Goloniiç, iSgi, II, p. 21.

3. Jo. a Fuchte, dans la préface de son édition d Oresme, déclare ne pouvoir mieux faire, pour montrer aux princes d'Allemagne les dangers des altérations de monnaies, que de réimprimer le Traité, ut il/a deterrima bestia in perpetuum a nobis exsnlet. (Nicolai Oresmii, Lexoviensis episcopi, tractatus de rautatione monetarum, studio Joannis a Fuchte, Helmstadt, 1622, in-4°, p. III).

4. Nota» in Oresmium, à la suite de Johann. WolfTgangi Langenzennensis Franci Dissertatio politico-juridica de jure moneta-

666 INFLUENCE DOCTRINAL!-: d'oRESME

a dii être assez répandu, puisque nous le trouvons joint au Traité de Byel et à Wolffijang- dans plusieurs éditions, et que les auteurs postérieurs, même étrangers, comme Bouteroûe, le citent couramment (i). Il est certainement de la fin du xvi® siècle, ou des premières années du xvii% car l'auteur cite Budelius, Bodin. dont les ouvrages ont paru vers la fin du xvf siècle, Papire Masson dont l'histoire est de iSyy (2). L'auteur anonyme est un annotateur, mais un annotateur assez libre. Il possède la littérature de son sujet (3), connaît les canonistes et la plupart des monographes ; il ne se contente pas de gloser et d'expliquer les passages obscurs (4), il développe, parfois avec bonheur, la pensée d'Oresme, il n'hésite pas à apporter des arguments nouveaux. Par exemple, pour la justification du billon, il remarque la nécessité de renforcer par un métal plus dur la mollesse de certains métaux précieux (5) ; il n'hésite pas non plus

mm, p. ^5 à 60 (^Kxemplaire consulté : |Bil)l. Mazarine, 18542, pièce) .

1. Bouteroïie, 0/). Ci7. Observations sur la page ^,1. 10 et 1. 16; sur la page 7, 1. 3^ {e'd. cit., p. i5o et i5i).

2. Notae in Oresmiura, sub v" Monelant fahificare, p. 18 ; note sicui quœdam pensio, p. 7.

3. Il cite la lettre d'Innocent III ; il connaît Budelius, Georg. Agricola, Bodin (passim).

4. Sur le passage du denier dû à César, par exemple, il nous apprend (p. 6) qu'il a fait un traité spécial où il éclaircit cette démonstration d'Oresme. Dans la note sur les mots siciit quœdam pensio (p. 7), il éclaircit par l'exemple du droit de monnéage normand et celui du monetale de Pologne, ce qu'il faut entendre ainsi par pensio .

5. Notae in Oresmium, sub v» Monetari immixtum : « Quod non dubium est, sed propter nimiam ejus mollitiem, quo minus usu et tritura minueretur, visum est aliquid durions metalli modicum addi. Vide Georg. Agricola, de precioso métallo » {éd. cit.., p. 4)-

INFLUPNCK DOCTRINALE d'orESME 667

à corrig'or la proportion XIP indiquée au texte pour le rapport de l'or à l'aryent, en une proportion XI^, qui est, dit-il, plus juste de son temps (i). L'insistance avec laquelle il revient sur certaines particularités des monnaies de Pologne (2) laisserait assez à penser que l'ouvrag'e a été composé soit dans ce royaume même, soit dans la partie orientale de rAUemag-ne.

L'école française des xvi^-xvii"^ siècles est encore bien mal connue dans son ensemble. A part Bodin etMontchrestien, nos « monnayers » ont été nég^lig-és, et c'est dommage, car quelques-uns d'entre eux, Bouteroûe, Boizard, valent amplement les rêveries creuses d'un Scarufîi. Il est malaisé, dans ces conditions, d'apprécier en quelques lignes quelle put être l'influence d'Oresme. Il semble bien qu'il ait été très inégalement connu. C'est sans preuve que trop souvent les historiens de l'Economie ont avancé que des ailleurs comme Monlc/irptien, Bodin, Boisffdi/berl (3) ou quelques autres avaient dû s'inspirer du « grand économiste français du xiv^ siècle ». Le grand économiste n'était grand que pour quelques-uns ; ni

1. Idem, ibidem, sub v° Una nlia proport io : « Ad hodie auri ad argentum rationeni loto fere terrestri orbe esse diiodecimam pro certo adstruit Bodiniis, lib. VI de Republica, c. i5. In nostro vero imperio et sasculo undecuplam cum quartâ parte constituit iiitelligens hujus rei aestimator R. Biidelius de monetis, c. 23, n. la » {éd. cit., p. 9).

a. Notez les citations d'auteurs polonais (p. 8), le rappel du monetagium en Pologne (p. 7), le développement sur les enseignements de Boleslas, roi de Bohême et de Pologne, à son lils

3. P. Dessaix, Montckretien et l'Economie politique nationale,

thèse Fac. droit, Paris, 1901, p. 3o.

H. Baudrillart, Jean Bodin et son temps. Paris, 1854. p- '194 • J.-E. Horn, L'Economie politique avant les pht/siocrates, i8()h,

8», p. io3.

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Griniaudet (i), ni Abot de Bazinghen (2), ni Le Blanc (3), ni quelques autres dont les œuvres sont restées manuscrites et anonymes, ne paraissent le connaître. Quelques justes appréciations sur les inconvénients des mutations (4), quelques vag-ues déclamations sur « l'arg-ent

1. Griinaudet, Des inonnoi/es. niigmcnl et diminution du prix d'icelles, Paris, 178.5, in-S".

2. Abot de Bazinghen, Traité des monnoies et de la juridiction de la Cour des monnaies, 1784, in- 12. Oresme ne figure pas dans la lisle des auteurs monétaires que cet auteur a dressée dans son Introduction (t. I«'', p. XlVj.

3. Le Blanc, Traité historique des monnaies de France depuis le commencement de la monarchie jusques à présent, itiSg, in-4". Un certain nombre de traités monétaires anonymes de même époque restés mss. à la Bibl. Xat. contiennent des listes d'auteurs monétaires : nous n'y avons pas rencontré non plus le nom d'Oresme. V. par ex. Bibl. Nat. Ms. Vv. 13984. 1" i-3 ; Ms. Nouv. Acq. Fr. 7119, ancien Brienne i^iS, i° iôi .

4. Jean Bodin, Discours sur le rehaussement et diminution des monnaies « Il n'y a rien qui plus travaille le pauvre peuple que de falsifier les monnaies, ou varier le cours d'icelles, combien que les riches et les pauvres, chacun en son particulier, et tous en général, en reçoivent perte et dommage incroyable, et qui ne peut se remarquer par le menu, tant y a d'inconvénients qui en viennent à réussir... Car si la monnaie, qui doit régler le prix de toutes choses, est muable et incertaine, il n'y a personne qui puisse faire estât au vray de ce qu'il a ; les contrats sont incertains, etc. bref tout l'état des finances et de plusieurs affaires publiques et pai'ticulières seront en suspens, chose qui est encore plus à craindre si les raonnoyes sont falsifiées pai" les Princes, qui sont garants et débiteurs de justice à leurs subjets, etc.» (II cite les exemples des mutations de Philippe le Bel, du roi Pierre II l d'Aragon, d'après le canon Quanto. Pour empêcher le retour de ces mutations, il ne voit d'autre remède que de frapper dans le métal pur t comme je remontray quand je fus député par les Etats, villes et prevoslez du paye de Normandie, pour aller aux Eslats de France » (éd. Lyon 1595, non paginée). Cf du même auteur, De republica, lib VI, c. T), pr. « Ac non modo corrumpi

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qui n'est pas la richesse » (i), des analyses plus profondes de l'oriy^ine de la monnaie (2), avec même le rappel de la fable du roi Midas (3), ne sont pas, quoi qu'on ail pu croire, chez ces auteurs, des preuves suffisantes, puisque tout cela n'est que la paraphrase commune dAristote.

En revanche, chez Boizard et Bouterovie l'inspiration est directe et franchement avouée.

Boiiteroûe le premier procède directement d'Oresme. A chaque pag'e de sa courte introduction théorique (4j, il

luoneta, sed ne iiuilari quidein potest sine incoiiimodo civitatis, quoniara mutatio prelii ac numismatiuii census eliain ac bonuruiu cujusque dubitationeni affert Quo lit, ni neiiio quantum in bonis habeal decernere possit ; incerta sunt pacta conventa, qua; versantur in societatibus, tutelis, mandatis, rébus emptis, vendilis, conductis, locatis, quibus vita; societas, continetur ; incerti redditus, incerta vectigalia, iributa, denique pœnte ipsa? ac prœinia, quae a legibus et judicibus irroganlur, incerta sunt futura » (éd. Pai'is, iSjS, nonpag.). On rapprochera Oresrae, Tractât., c. 20, p. GXXIV, etc. ai, p. CXXV.

I Montchrétien, Traicle de l' (Economie politique, 1645, 8'^, p. 65-65 (le développement est identique presque terme pour terme à celui de .1. Bodin).

2. Boisguilbert, Le détail de la France, c. 14, éd. Daire (Collection des Economistes français, Guillaurain, i843, in-S", p. 198).

Cf. Montchrétien. Œconomie politique. « La nécessité du commerce, qui ne se faisoit au premier temps que par le simple permutation, a trouvé l'usage de la monnaie, en l'estimation déterminée d'une matière choisie, à laquelle la forme publique est adjoutée » (éd. cit., p. 64). Cf. Oresme, Tractai., c. i, p. XCIII.

5. Boisguilbert, Dissertation sur la nature des richess/'S. de Vargent, etc., chap. IV (éd. 1704, p. 585).

4. Bouteroiie, Recherches ctirieuses sur les monnaies de France, Paris, 1666, in-fo. Dans les citations marginales, nous avons relevé le nom d'Oresme sur la question du billon (p. 5), les raisons qui ont fait établir l'alliage (p. 4)5 1^ nécessité de réserver les métaux précieux pour le monnayage (p. 5), les variations de

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le cite, et dans ses Observations finales (i), c'est sur la doctrine du Traité, qu'il fonde en réalité presque uniquement SCS développements de principes. Doizard, plus éclectique dans ses références, n'est pas au fond moins imprégné de la doctrine. Origine de la monnaie, distinction du numéraire réel et de la monnaie de compte, nature du pouvoir du prince sur la monnaie, raisons qui ont obligé à employer Talliag-e, proportion variable de l'or à l'argent, sur tous ces points l'un comme l'autre procèdent d'Oresme, ou directement, ou par ses disciples, par Byel, par Freher, par Budelius. Toute la partie théorique du Traité a ainsi, et souvent mot pour mot, passé dans leurs œuvres, à l'un et à l'autre (2). La partie la plus vivante, pourtant, la partie si franchement originale sur le droit de la communauté, sur les dang-ers des empirances, est encore passée sous silence. Ne nous étonnons point trop: la liberté d'esprit d'un monnayer du xvii'- siècle ne pouvait plus être celle d'un évèque du XIV* : on ne parlait point à Louis XIV le franc langag-e tenu à Charles V, et nul audacieux ne se fut permis alors devant le droit du roi, de dresser le droit du peuple.

proportion des métaux (p. 6), la prohibition du seigneuiiage (p. 7), le droit de la communauté (p. 8), la stabilité de cours des monnoies (p. 9), les altérations monétaires (p. 10), etc. . . C'est dire que toute la partie théorique de l'ouvrage est directement inspirée du Traictie d'Oresme.

I. Idem, ibidem. Dans ses Observations, Bouteroûe ne se contente plus de citer Oresrae, il en reproduit de longs passages, sur toutes les matières justement citées à la note précédente {éd. cit., p. 146 et suivantes).

a. Boizard, Traité des monnaies, leurs circonstances et dépendances, Paris, 1682, in-8'*. Les citations directes sont très nombreuses: à propos de l'élymologie du mot monnaie (p. i), de lorigine de la monnaie et de son utihté (p. 2, 4), de la raison d'être de la

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Il convient d'arrêter avant le xviii'' siècle cette recherche nécessairement très superficielle sur la postérité d'Oresme. Peut-être sommes-nous déjà descendus un peu bas : en tout cas, à partir de ce moment les écoles nouvelles deviennent trop complexes, les œuvres trop nombreuses, pour qu'il soit possible d'apprécier en quelques pag'es ce que les auteurs OTit pu devoir, consciemment ou non, aux idées survivantes du « g^rand économiste du xiv siècle ».

Un fait certain, toutefois, c'est qu'Oresme, même à cette date, n'est point oublié. Il serait même, croyonsnous, très intéressant de pousser des recherches à cet ég-ard du côté de l'école nationale ang^laise. Dans cette école, appelée à de si hautes destinées, les travaux monétaires n'apparaissent qu'assez tard, et seulement à partir de la fin du xvii'' siècle. Ils dépassent par suite les bornes que nous nous sommes fixées. Nous avons la certitude pourtant que des travaux patiemment poursuivis dans ce sens donneraient des résultats fructueux et, peutêtre conduiraient à quelque surprise. Il y a en effet un point de départ des plus intéressants qu'il nous appartient au moins de relever : c'est l'existence d'une traduction anglaise du Traité des monnaies, faites dès le xv" siècle (i), et dont, malgré ses imperfections, les origines seraient sans doute bien attachantes à élucider. Le fait que, dès le xv'' siècle, on avait cru utile de tourner en langue vulgaire les idées du Traité, et de le joindre à des

monnaie de compte (p. 6), de l'ailiage (p. lo, 22) de fa forme des espèces et de t'empreinte (p. 29, 41 ), du droit de seigneuriage (p. 58), de. la proportion des métaux précieux (p 65), etc.. Mais plus que les citations, le fond de la doctrine prouve la filiation directe .

I. Bibl. Trinity Collège Cambridge, Ms. 0.5, 1 1, 1" f à XXIV, v» (v. infrà Appendice C).

672 INFLUEA'CE DOCTRINALE d'oRESME

manuscrits contenant des œuvres aussi pratiques que les coutumes de la cité de Londres, semble témoigner d'une assez larg-e diffusion, et peut-être d'une influence réelle. Quelques rapides lectures chez les plus anciens des monnayers anglais, chez .V. Barbon, Rice Vauf/han, Robert Cotton, \V. Petty [i], Ed. Brerewood (2), nous ont révélé des similitudes de doctrine, qui ne semblent pas être entièrement fortuites, et quelquefois même, chez Rice Vaiiglian surtout (3), des analogies dans la forme et la méthode d'exposition qui ne peuvent tenir qu'à une connaissance directe du Traité. Mais c'est là, encore une fois, une voie que nous ne pouvons qu'indiquer.

Ce que nous voulions montrer en effet, et que nous croyons avoir au moins dégagé sans ambiguïté, c'est qu'Oresme et sa doctrine n'avaient point été, après le xiv'' siècle, immédiatement oubliés, comme on le croyait. L'étude un peu longue peut-être que nous avons dû faire nous a révélé plus que nous n'espérions, en nous montrant que le Traité était connu encore, était lu et

1. Nous n'avons pu nous procurer à la Bibliothèque la publication du Club d'Economie politique de Londres : A sélect collection of scarce and valuable tracts on money, printed for the political Economy Club. London, i855, in-S".

2. Edw. Brerewood, De ponderibus el prettis veterum nummorum liber anus, dans Tractatus biblicoruni sine crilicorum sacrorum, Londini, 1660, torae Vil, col. ioç)3-i 166 (Bibl. Nat., Invent, A, i336j.

3. Rice Vaughan, A diaconrse of coin and coinafje. the firsl invention. ..,maUer,f omis, proportions, and différence, ancient and modem, by Rice Vaughan, late of Grayes-lnn, i'^sq. London, 1675 (Bibl. Nat. F. 274251. — On rapprochera surtout du Traictie les quatre premiers chapitres, dont les titres, chose curieuse, sont presque identiques, et dans le même ordre ; on comparera, c. L p. 1, le passage sur linvention de la munnair, et c 111, p. i4i la reujarque déjà faite par Oresme, et à peu près exclusivement par lui, que les noms des monnaies furent autrefois des noms de poids, etc..

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apprécié, à la date presque où allaient paraître les maîtres de l'Economie classique. La doctrine des plus grands n'aurait-elle point des racines, que la critique moderne n'a point soupçonnées (i)?Ge n'est pas une coïncidence sans intérêt peut-être à relever, que au moment même où paraît le livre de A. Smith, les Dictionnaires encyclopédiques en France rappellent encore l'existence du Traité des monnaies (2), que Fischer en Allemagne vienne d'en réimprimer les longs fragments (3), que Galiani enfin, dans son traité sur la monnaie, croie devoir se couvrir encore de l'autorité de « Nicolo Orevescovo di Lexovio » et cite en propre texte un assez long passage du Traité (4).

1 . L'auteur anonyme de l'article de VEdinburgh Revieiv a déjà fait ce rapprochement, dont nous lui voulons laisser toute la responsabilité : « There is a remarkable conformity even in furm between thèse elemenlary propositions of Oresme, and the celebrated 4th. chapter of the Wealth of Nations, on the origine and use of money. The distinction hère drawn between natural and artifîcial riches is virtually the same as the distinction drawn by modem economists between value of use and value in exchange » {Edinburgh BeineiL\ 1866, t. i25, p. 90).

2. Dictionnaire de Trévoux, v" Monnaie (éd. Paris, 1752, col. 665).

3. Fr. Fischer, Geschichte der deutschen Handels, Hanover, 1785 sq. (Ile part., p. 585).

4. Galiani, Délie monete libri II, (lib. U, c. 3). « S'introdusse la moneta bassa per lo scernamento delF argento nell' impero romano, come da Nicolo Oresraio vescovo di Lexovio, e detto ; t Et quoniam aliquociens in aliquà regione... pro minutis niercaturis», De mutai, monelarnm, c.3 » (dans Bibiioteca scelta di opère italiane, vol. 285, t. U, p. 204).

Briderey. 43

APPENDICE A

Les prologues français

A = Ms. Fr. 5.913.

B ^ Ms. Fr. 23.927.

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