LE PROLOGUE DE LA TRANSLATION DE ÉTHIQUES ET POLITIQUES
A la confiance de laide de nostre seigneur ihesu crist, du commandement de très noble et très excellent prince Charles, par la grâce de dieu roy de france, Je propose translater de latin en François aucuns livres lesquelz fist Aristote le souverain philosophe, qui fu docteur et conseillier du grant roy Alexandre. Et duquel la doctrine, pour la valeur et excellence délie, a esté multipliée et en grant réputation vers les sages presque par tout le monde. Et a esté translatée en pluseurs langages et exposée a très grant diligence de pluseurs docteurs catholiques et autres. Et reccue en toutes lois et sectes renommées, et tenue en grant auctorite des deuant laduenement nostre seigneur ihesu crist environ V^- ans, et depuis jusques a maintenant par lespace de MLCCLXX ans, et sera ou temps avenir tant comme a dieu plaira. Et de toute ceste doctrine la meilleur, la plus digne et la plus profitable, cest la science de moralité contenue par especial
I. Nous avons cru utile de rapprocher, en regard, le texte latin de VAntiqua translalio ; nous l'empruntons à l'édition des Opéra de Saint- Thomas, Rome, 1670, info.— Le texte français conféré avec celui du Ms est celui de l'édition Verard, Paris i488 f».
et principalement en un lime divisé en II, qui sont appelles éthiques ci politiques. Le livre de éthiques, cest liure de bonnes meurs, liure de vertus, ouquel il enseig-ne selon raison naturel bien faire et estre beneure en cest monde. Et politiques est art et science de g-ouverner royaumes et cites et toutes communites. Et ne treuve len pas de ceste science Hures plus raisonnablement artificialment et complectement composes que les liures aristote.
Si me semble que nous deuons bénir et loer le roy du ciel, qui a son peuple pourueu de tel roy terrien, plain de si g-rant sag-esse, et quiauec les autres que il li a données, il li a inspirée la noble volenté que il met sa cure et son entente a si bonnes sciences. Car après la foy catholique en quoy 11 est suffisamment instruit, et de laquelle il est soubzdieu après le pape principal défenseur, il ne pourroit meilleures choses sauoir ne plus profitables pour son royaume ; et auec ce pour le salut de son ame. . . Car quant est de politiques, cest la science par quoy len scet royaumes et cites et quelconques communites commencier ordener et parfaire et en bon estât maintenir et g"arder, et les reformer quant mestier est. Et auec ce elle uault et aide a faire, composer et establir loys humaines justes et profitables, et a les entendre et interpréter et g-loser. Et aussi a les corrig-er ou muer, et a savoir quant temps en est, et pourquoy, etcomment. Et pource, si comme il apperra après par aristote, ceste science appartient par especial aux princes et a leurs conseilliers
Mes pour ce que les liures morals de aristote furent faiz en g'rec et nous lauons en latin moult fort a entendre, le roi a uolu pour le bien commun faire les translater en françois, afin que il et les conseilliers (>t autres les puissent miex entendre, mesmement ethiquesel politiques, desquels comme dit est, le premier aprent estre bon homme, et lautre estre bon prince. Parquoy il appert clerement que nostre bon roy Charles puet estre dict Charles g-rant en sag-esse ; et que de 1res sainct mouuement et de très noble ouurag-e il fait, selon laucteur Veg-ece qui dit en sa doctrine de fais darmes que il nest nul quiconques a qui siece ou appartieng-ne plus assavoir meilleurs choses et plusieurs, que il appartient au prince.
Liher Qninfiix Lectio IX'
Le ffuint Ibire. delhiques
En le XI'' chapitre il montre parquoyot' comment la forme delà proporcionnalite* est £;"ardee, et de quoy ^ vint monnoie.
a) Propter quod omniacomparata oporlel aliqualiter esse quorum est commutacio. Ad quod numisma veuit, et fit aliqualiter médium Omnia enim mensurat, et su|)erhaltundantiam et del'eetum.
h) Quanta qua^dam utique calciamenta a-quale domui, vel cibo, oportuit ig-itur quod sedificator ad coriarium tanta calciamenta ad domum, vel cîbum. Si enim non hoc, non
I. Antiqud trandatio, texte emprunté à l'édition des Opéra de Saint Thomas, Roma\ 1570, in-f" tau tome IV, f" 60 r").
T. Et pour ce convient il que toutes choses de quoy len fait commutacion soient comparées aulcunement et avaluees lune a laultre. Et pour ce fut premièrement trouvée monnoie, et de ce vint elle.
Et estmonnoie aulcunement le moien en commutacions ; car par elle mesure len toutes choses, et la superhabondance et la deffaulte^.
Glo. Cesl assavoir combien une chose vaiilt plus ou moins que laultre,
T. Car se le charpentier a fait au cordouennier une maison, il convient que le charpentier ayt du chaucement du cordouennier a lequalite ' et a la value '' de la maison, et aussi