Tract., éd Wolowski, c. VI, p
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ordonner « par provision » une mutation (i)? Comment enfin, d'une manière générale, l'ouvrage qui s'annonçait, dans les premières pages, coQune une protestation violente, d'allure presque séditieuse, contre les conseillers financiers du roi et contre l'administration loyale en général (2), admet-il, tout à coup, et précisément dans les chapitres en question, des tempéraments imprévus, en vient-il à s'inquiéter de la façon la plus inattendue des moyens de sauvegarder les droits de la couronne et la « splendeur nécessaire » de la majesté royale? II y a là évidemment, dès qu^on étudie d'un peu près le Traité^ des difficultés considérables, qu'on ne sait comment expliquer si l'on a vraiment affaire à une œuvre d'un seul jet.
A notre avis, toutes ces difficultés — divergences du texte et surtout contradictions de la doctrine — ne peuvent en effet se lever que par une seule explication : il faut admettre nécessairement que nous sommes en présence d'un ouvrage remanié, que nous avons du Traité deux rédactions de date différente, correspondante deux moments différents de la pensée, et pourquoi ne pas le dire, de la carrière politique d'Oresme.
L'hypothèse évidemment peut sembler assez hardie, et elle heurte de face l'opinion traditionnelle, qui veut que le Traité, dans sa forme actuelle, ait été composé directement pour le roi Charles V. Mais, outre que cette dernière opinion, comme nous le montrerons tout à l'heure, ne peut pas, par la date manifestement apparente du Traité, raisonnablement se soutenir, des arguments très pressants peuvent être invoqués à l'appui de cette idée, que nous venons d'avancer, d'une composition fragmentaire; et successive.
1. Tract., éd. Wolowski, c. XXIII, p. i-ig. •2. Tract., rtX. Wolmvski, c. XXF, p. iiô.
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Qu'il y ail eu composition fragmentaire et successive du Traité, c'est, si l'on avait bien voulu prendre la peine d'v reg^arder, ce qui ressort du texte lui-même. Le « translateur » du Traité français — nous verrons tout à l'heure quel il peut être — dans les plus anciens manuscrits, ceux qui sont datés expressément du xiv^ siècle, ce (( translateur» qui, vivant tout près de l'époque d'Oresme, devait être bien renseigné certainement, nous le dit en termes formels dans sa rubrique : a Cy commence ung petit Traicté... assemblé de plusieurs volumes, et puis translaté de latin en françoys nagaires » (i). Assemblé de plusieurs volumes, l'allusion est manifeste à la composition successive du Traité avant qu'il ait pris sa forme actuelle. ♦
Dans cette forme même, si l'on y veut bien prendre garde, le défaut d'homogénéité primitif du Tr^A/^e apparaît aujourd'hui encore, aussi bien dans le titre, qui est double (2), que dans le corps de l'ouvrage même, dont le plan demeure singulièrement hésitant. Ne semble-t-il pas qu'au chapitre VII, une première partie, purement théorique, est hnie ? l'étude des mutations, du chapitre VIII au chapitre XXI, n'est-elle pas, à elle seule comme un petit traité à part, à peine relié au précédent, et qu'on en détacherait au besoin facilement? Les deux derniers chapitres enfin, sur les droits du prince et de la communauté et sur les dangers de la tyrannie, qui recommencent, sans raison apparente, dans une forme scolastique jusque-là soigneusement bannie du Traité, une discussion visiblement close après le chapitre XXI, ne