LES TEXTES MONÉTAIRES DORES.ME
La démonstration du numismate autorisé qu'est M. Blancard doit être considérée à cet égard comme absolument probante (i) : un texte qui fait mention du postulat de Liège ne peut être antérieur au milieu du xve siècle (2).
Mais de ce que le texte français communément pratiqué du Traité des monnaies^ celui qu'a édité M. Wolowski, est dans ce cas, et fait expressément mention des postulats liégeois, c'est-à-dire d'un fait postérieur à Oresme, s'ensuit-il que la traduction française elle-même ne puisse être d'Oresme, et qu'elle soit nécessairement de l'époque de ce manuscrit ?
Nullement, évidemment ; et c'est là que l'argumentation de M. Blancard se trouve en défaut. M. Wolov ski a publié le texte français du Traité d'après un Ms. du xv« siècle qui porte bien le passsage déterminant en question ; mais on conçoit qu'il pourrait exister d'autres rédactions antérieures, où justement ce passage ne se trouverait point.
Il en existe. Les manuscrits du texte français sont rares (3), mais moins cependant que les éditeurs de
1. La déraoi>stration de M Blancard a évidemment semblé décisive à tous ceux qui en ont eu connaissance. C'est ainsi que M. P. Janet {Histoire de la Politique. 2 vol 8«, 1887, t. I«r^ p. 462) parle seulement d' « une tiaduction française du moyen âge » de notre Traité. Les historiens des doctrines ne paraissent pas avoir connu les objections de M. Blancard : aucun du moins n'y a fait allusion.
2. Une mention expresse du Ms. de l'Arsenal nous permet de confirmer à nouveau la supposition de M. Blancard. Le texte porte en effet, au passage précité du prologue : « Si comme des postulât/, de Liège, qui furent faits. . . lan MCCCCLXI » {M S. Arsenal, 4594, f« 25, v").
5. Ils semblent l'avoir toujours été. On ne sait ce qu'est devenu le « Livret des monnoyes bien escript » porté au Catalogue de G. Mallet, et où quelques biographes ont cru voir l'ouvrage
LES TEXTES MONÉTAIRES d'oRESME fil
1864 n'ont pu le croire. M. Wolowski, comme M. Meunier (i), paraissent n'en avoir connu qu'un seul (2), que M. Wolowski a collationné pour son édition avec l'unique texte imprimé de Golard-Mansion (3)^ dont — fait assez singulier — un unique exemplaire semble avoir également survécu (4)- Mais pour les manuscrits la liste doit aujourd'hui être sensiblement augmentée.
d'Oresme (Barrois, Bibliothèque prof ypoc/raphique, n° lOr, p. 64). La Bibliothèque de Fontelte signale un Ms. français, « d'après le Codicille dor ». La Croix du Maine, avait, en i584, « par devers lui, un exemplaire en français, escript à la main, de fort belle escripture » (Bibl. française, éd. Rigoley de Juvisy, V, i44)-