‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 76 sur 361 · Ordonnance du 12 novembre · texte numérisé non relu

Ordonnance du 12 novembre

4. D. Thomas Aquinat., De re(/imine, t. II, c. i3(éd. cit. XVII, 170^.

5. Cf. Brantz, Théories économiques aux XHI^-XIV" siècles,]). 182.

CONCKI'TION FÉODALE DK LA MONNAIE 149

Le droit di; muer la monnaie, qui paraît tant en doctrine que dans l'application la partie la moins aisément admissible du système, n'est pas non plus sans avoir eu dans l'état économique médiéval quelques raisons plausibles d'introduction.

Tout d'abord, les mutations^ et particulièrement la prog-ressive altération des espèces, qui les a accompagnées, paraissent bien avoir été jusqu'à un certain point inévitables, et commandées par les circonstances économiques elles-mêmes. Il est évident que du x** au xv'' siècle le mouvement de circulation s'est prog-ressivement développé en Occident, dans des proportions considérables. Or par un phénomène inverse malencontreux, il apparaît bien que la quantité du numéraire en circulation, insuffisante déjà, nous l'avons observé, pour la très étroite circulation domaniale, a continuellement, à partir du commencement du moyen àg-e, été en se resserrant (r). Vers le milieu du xii" siècle, l'or, qui avait presque disparu depuis l'époque caroling-ienne, reparaît bien un peu (2), mais sur l'argent, qui est le métal

Au fond, comme le remarque cet auteur, la fixation par le prince du prix de la monnaie n'est qu'une face de la doctrine générale des scolastiques sur la fixation du prix des choses par voie d'autorité. Qu'est-ce que le prix pour les scolastiques ? Un rapport fixe, une valeur imposée par l'autorité. La monnaie, comme toule chose, a sa valeur imposée, valor imposititiiis, sans qu'il y ait là rien de particulièrement extraordinaire. Cf. sur cette explication, qui diffère sensiblement de celle que nous avons adoptée. H. von Inama Sternegg, Dt'utsche Wirthschaftsf/esckickte, I. 262 ; Endemann, Studien in der romani ^ch-ka non isch. Rechtsgeschichle, II,

1 . Barthélémy, Essai sur la monnaie parisis, dans « Mém. de la S. de l'H. de Paris », II, \^q.

2. La frappe de l'or, complètement suspendue en Occident depuis le x" siècle, ne reparaît qu'avec la fabrication des florins

essentiel du système, la consti iction ne fait que s'aggraver, au moment même où Ton aurait besoin d'un plus g-rand stock métallique. Les mines anciennes, négligées OU abandonnées, ou ne donnent plus rien, ou, par les procédés grossiers que l'on emploie, ne fournissent qu'un rendement infime, incapable de compenser la déperdition progressive des espèces. Il en résulte, qu'après saint Louis on manque vraiment de monnaie. Les ordonnances de la première partie du xiv« siècle nous révèlent une extraordinaire disette, de tous côtés, du métal monnayable (i). On a beau recourir à tous les

d'or de Florence; vers 1180, on les rencontre en France (de Saulcy, Documents monétaires, I, ii5). Ce n'estquen lagS que Philippe le Bel fait frapper les premiers gros royaux d'or.. Mais le commerce de l'Orient draina presque toute la monnaie d'or. Au xiv'' siècle, Marino Sanuto observe que l'on n'en trouve plus à porter en Syrie (Mémoire de Guignes sur le commerce de la France en Orient, cité par Leber, Essai sur la fortune privée, p. 258, note c).

1. Dès i5o4, Philippe le Bel répond aux reproches du pape et aux doléances du clergé, qu'il ne demanderait pas mieux que de faire de la monnaie forte, mais « que ceste chose ne povoit a bonne maniera si hastivement estre faicte, se les nouvelles monnoies couranz... n'estoient mises par devers les raonnoyers, pour avoir plus matière à faire raonnoie ». Original, Arch. Nat., J, 4i9» pièce 1 1, cité par Boutaric, La France: sous Philippe le Bel, p. 5i4. En i522, Charles le Bel constate que « les monnoies, qui toujours se gasfent, sont si écoulées et anéanties, et si pou en est maintenant entre les peuples pour poiements marchander et autres choses faire, que gi-ant delfaut en est partout )).(Ord., 5 mai i322,I, 766). En i54i, i5.'|6 enfin, Philippe de Valois déclare expressément qu'il n"a pu se procurer aucun billon d'or, « pour greigneur pris que nous y puissions mettre ny faire donner » (Ord., 3 avril i34i, Ord. Si, supplém., p. XII a ; Ord. janv. i346, Ord. IV suppl., p. i a). Cette disette extraordinaire de numéraire au moyen âge avait été déjà très bien vue par Bodin, Discours sur le rehaussement et diminution des monnaies, p. 16.

moyens habituels pour s'en procurer, défendre l'usag'e de la vaisselle, requérir, par des lois sompluaires, tout le métal disponible, pour le ramener à sa fonction naturelle de numéraire (i), on a beau fondre jusqu'aux trésors du prince et à l'argenterie des églises, malgré tout jamais on ne peut « avoir souffisance de matière monneable » (2), toujours il se fait « petit ouvrage » (3) dans les hôtels du roi. Ce n'est pas d'ailleurs le souverain seul, dont le témoignage pourrait paraître suspect, qui s'exprime ainsi : les chroniqueurs, les orateurs des Etats, sont unanimes à reconnaître « la grande defFaulte de monnaie qui est clans le royaume w (4), àse douloir et complaindre c< especialment le comun peuple » qui par le haut prix des espèces, « a grant soufreté et povreté des monnoies, et ne peut faire ses menues chevances ». Tous sont unanimes à reconnaître le mal, unanimes aussi sur le remède à préconiser : il faut augmenter les espèces, c'est-à-dire frapper plus de pièces dans la même masse de métal, cesser la frappe des pièces « blanches », faire « petite monnoie noire, petits parisis, petits tournois » (5), nous dirions aujourd'hui : réduire le poids et le titre, faire du billon. La diminution progressive de l'aloi des espèces n'a donc pas été, comme on a trop été porté à le croire, uniquement le fait arbitraire des

1 . Ordonnance du mercredi avant Pâques fleuries, i294(0rrf. I, 324). Cf. l'appréciation de Blanqui, Hist. de l'Economie politique, I, 210.

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