‹ La théorie des atomes dans la conception générale du mondeChapitre 7 sur 9 · ÉLOOE DE E . SOU BE I R A X · texte numérisé non relu

ÉLOOE DE E . SOU BE I R A X

lie lu |iliarniacie centrale dv ] assistance publique de Paris. Cette position, (juOu peut regarder, à bon droit, comme la plus élevée à laquelle un pharmacien juiisse aspirer dans la (arrière [»rotéssionnelIe. a ouvert un cliamjt nouveau et iiiHntnse à Tacliviie de M. ^uubeiran. Dans l'exercice de ces iniporlanles fonctions, deux choses le préoccupaient surtout : livrer aux pharmacies des iKjpitaux et des maisons de secours des médicament.^ dune qualité irréprochable, et réali.^er tijutes les économies compatibles avee les besoins du service. Cette duuble tâche, il la remplit avec honneur et ronscience [lenilant près de trente ans. Chrz Ini. l'habileté' de Fadministrateur vint rn aide à l'autfjrité 4lu savant. Les laboratoires, riu réi; riait une pro[>reté reiherchee. lurent l'objet de sa sollicitude constante; il y apjdiquait immédiatement tous les propres accomplis dans lart de [)reparer les extraits, les eaux minérales artificielles, et. en général, de disposer les appareils et de conduire les

KLOGK DE E. SOUBKl UAN. I3'J

grandes ope ra lions de la ( liiiuie pliainiaceulique. La variété des préparalionsqu on y exécute lui permit d'expérimenter et dr comparer tous les procé«lés de la pliai*macie pratique et d'en perfectionner un çrand nombre : il en é( lai rail la lliéorie pour en simplilier la mai'che.

Dans ces études, personne n'a fa il intervenir plus larî,^ement que lui les connaissances chimiques les plus précises et les notions les plus variées empruntées aux sciences naturelles. Laissez-moi vous montrer par un seul exemple comme m il procédai l dans ses recherches. On confiait les dillicultés qu'olTrent la [>réparalion et la conservation des sirops. Voulanl jeter quelque lumi«"'re sur divers points relatifs à celle question. 31. Soubeiran observe et définii avec toutes les ressources d'une science consommée les chani^ements moléculaires que le sucre éprouve sous lintluence de Leau et de la chaleur; il fait voir qu'à mesure (jue le sucre incrislallisahle se forme dans la

140 ÉLOGE DE E. SOUBEIRAN.

solution, celle-ci subit une modification dans ses propriétés optiques; enfin, élargissant ce sujet restreint, il aborde l'histoire d'autres matières sucrées, du sucre de fruits, du sucre de maïs, du miel luimême. C'est ainsi qu'il faisait concourir la chimie aux progrès de la pharmacie, et (jue ses travaux, tout en perfectionnant l'art, tournaient au profit de la science même. Dans le cours de sa longue carrière, il put amasser un trésor d'observations utiles, de faits nouveaux et de détails pratiques, qui valent quelquefois des découvertes. 11 les fit connaître dans cent mémoires disséminés dans les recueils scientifiques : il les résuma dans son livre. 11 avait donné, en 1828, un volume où il développait cette idée, que les progrès sérieux et durables de la pharmacie ne peuvent naître que des applications des sciences naturelles et physiques. Ce petit livre eut un grand et légitime succès.

Après quatre années passées à la Pharmacie centrale, l'auteur, refondant son

ÉLOGE DE E. SOUBEIRAX. 141

premier ouvrage et profitant des éléments précieux que sa position lui offrait, fit paraître le Traité théorir/ue et pratique de pharmacie, parvenu aujourd'hui à sa cinquième édition. Abandonnant les routes battues, il disposa les matières d'après un ordre rationnel et tout nouveau. Dans cet ouvrage, au lieu de ces chapitres interminables sur les formes pharmaceutiques, on trouve les médicaments rangés d'après leurs affinités naturelles, et les préparations éclairées par les propriétés des principes immédiats qui les composent. Ce traité n'est point seulement un compendium d'officine; c'est un ouvrage d'éducation professionnelle, sévère et scientifique dans la méthode, simple et correct dans la forme, complet et lumineux dans les détails. Traduit dans toutes les langues de l'Europe, il est devenu le livre classique de la pharmacie moderne. L'esprit de ce livre, on le retrouve dans l'enseignement de M. Soubeiran.

En 1853, après la mort de notre illustre

442 ÉLOGE DE E. SOUBEIRAX.

et tant regretté collègue Orfila, la chaire de Deyeux fut rétablie dans cette Faculté; M. Soubeiran la demanda et l'obtint. 11 sentit vivement l'honneur de cette nomination et s'en montra digne. A un âge où d'autres aspirent au repos, il recommença une carrière; car, pour un savant, c'est changer de carrière que de changer d'enseignement. A l'Ecole de pharmacie, il avait, pendant quinze ans, professé la physique. Tel était son talent d'exposition, qu'il faisait comprendre et aimer «ne science dont il ne possédait que les éléments. Ses leçons étaient animées par une parole facile, lucide, élégante, et par un choix d'expériences et de démonstrations toujours appropriées aux besoins de l'auditoire. Quand il prit la chaire de pharmacie de cette Faculté, il grandit comme professeur; car à toutes les qualités qui l'avaient distingué d'abord, il en joignit une nouvelle, l'autorité, complément nécessaire de l'art de bien dire.

Chargé d'initier les étudiants en méde-

ELOGE DE E. SOUBEIRAN. U3

cine à la connaissance de la pharmacie, M. Soubeiran comprit tout ce que cette mission offre de particulier et de difficile. Il estima que les mêmes enseignements ne sauraient convenir à ceux qui sont appelés à préparer les remèdes et à ceux qui doivent les ordonner. Aussi, laissant de côté tout ce qui regarde la récolte, la fabrication et la conservation des drofi'ues simples, et tant de détails concernant les opérations pratiques de la pharmacie, il insistait particuhèrement sur la description des médicaments^ sur leur histoire, sur le choix des formes qu'il convient de leur donner, sur la manière de les doser justement et de les associer les uns aux autres, sans les neutraliser ou les décomposer; enfin, pour tout dire en un mot. sur cet art un peu négligé, et pourtant si utile, qu'on appelle l'art de formuler. Le croira-t-on? de bons esprits ont élevé des doutes sur la convenance d'un tel enseignement à l'École de médecine. La Faculté ne pouvait point partager leur sentiment.

144 ÉLOGE DE E. SOUBEIRAN.

Elle a mesuré Futilité de la chaire aux services qu'avait rendus le professeur, et, parmi tant d'arguments qu'elle a pu produire, elle a fait valoir le succès remarquable qu'avait obtenu M. Soubeiran.

Hélas 1 il ne lui a pas été permis de jouir longtemps de ce succès et d'une position glorieusement conquise ; au printemps de 1858, il sentit les premières atteintes d'une maladie qui remporta le 17 novembre de la même année.

Sa fin donna lexemple d'une noble et mâle résignation. Calme au milieu de cruelles souffrances, il régla lui-même le soin de ses funérailles, dont il écarta toute pompe officielle. On eût dit qu'il voulait cacher sa mort, comme il avait caché sa vie, et dérober sa mémoire aux hommages qu'il avait si bien mérités. 11 ne la dérobera point à nos regrets et à notre juste reconnaissance. 11 vivra par ses œuvres, par ses vertus, et ce que nous avons admiré en lui restera : une àme honnête et pure, une volonté ferme, l'aus-

ÉLOGE DE E. SOUBEIRAN. I4:>

térité des mœurs jointe à ia douceur du caractère, et les facultés de l'intelligence ennoblies par les plus rares qualités du cœur. J'aime le bien et les gens de bien : telle était sa devise, devise touclianle et légitime, car il ne faisait qu'aimer ses pareils. Simple et un peu réservé dans ses manières, il n'avait point cet abord facile et souriant qui prévient toujours, mais qui trompe quelquefois. Chez lui la réserve n'était point froideur, mais timidité. 11 était d'une complexion délicate, et l'état de sa santé ne lui a jamais permis ni les efforts trop longtemps soutenus, ni les veilles prolongées. 11 y suppléait par la constance et la régularité du travail, et son courage lui tenait lieu de force.

C'est un noble devoir que d'honorer après leur mort les hommes de mérite qui. vivants, ont oublié de se faire valoir. Il en était ainsi pour notre collègue, dont la modestie dépassait le talent. .Mais cette modestie même me commande de tempérer la louange. Le seul éloge digne d'un

145 ÉLOGE DE E. SOUBEIRAN.

tel homme, c'est de proposer en exemple sa vie bien remplie, et d'appliquer h sa mémoire ces paroles du prince des historiens de Rome : Admiratione te potius quam temporalibus laudibus, et, si natura suppedilet, œmulatione decoremiis.

Me trompé-je en pensant que la carrière laborieuse, utile, honorée, qu'a fournie M. Soubeiran, peut exciter la noble émulation de quelques-uns de ces jeunes agrégés, l'espoir de cette Faculté et de la science future, et qui aujourd'hui, pour la première fois, se pressent dans cette enceinte? Et, puisqu'en terminant je prononce des paroles de bienvenue, je tiens à honneur de saluer nos nouveaux collègues. Vous, monsieur*, dont les brillantes découvertes étonnent depuis vingt ans les écoles de physiologie de TEurope, et qui nous apportez le tribut d'une expérience consommée et d'une autorité si justement reconnue. Maître dans la science

Page 1