‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 13 sur 55 · NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LETTRE

Sommaire. — La base physique de la vie. — Le protoplasma et h voie de œntinuellé transformation; l'instabilité et la plasticité, -— Vie physique et chimique selon M. Pasteur. — Substances naturelles que la vie élabore, selon M. Pasteur. — Les vertm de transformation que Vébullition détruit, du même. ^ Tout est-il mort dans le cadavre? — La maladie dans le système protoplasmiste. — Encore Bichat. — Existe-t-il un élément analomique vivant per te?

Oui, les naturalistes Tadmeltent de plus en plus : la matière purement chimique, Tamorphe, voilà la base physique de la vie, voilà ce qui est réputé organisé et primitivement vivant. Le tout d'un être vivant quelconque, vibrion, animal, homme; sa forme, ses organes, ses tissus, ses éléments anatomiques; ses fonctions, ses aptitudes et tout son devenir procèdent de ce qui est purement chimique : l'organique de l'inorganique, le figuré de.Tamorphe, le vivant de ce qui ne Test pas.

Selon Âf. Van Tieghem, un botaniste éminent, a le proto- ' plasma n'est qu'un mélange avec de l'eau, d'un plus ou moins grand nombre de principes immédiats différents, en voie de transformation continuelle. » Selon M. Naudin, un autre botaniste très éminent, o le protoplasma prtmo7'dial est instable, * uniforme, éminemment plastique, etc.» Et c'est en vertu de cette puissance de continuelle transform^itum, de cette tnsta^ bilité et plasticité, supposées appartenir à la matière seulement physlco chimiquement définie, que le protoplasma est réputé vivant. Oui, c'est d'un semblable mélange, où Ton suppose qu'il n'y a rien de morphologiquement défini, que la physiologie de Cl. Bernard et l'esprit philosophique de tant de savants se contentent pour expliquer le monde des êtres organisés.

Cependant, où M. Van Tiegben\ assure que le tout de l'être vivant résulte du protoplasma par voie de transformation continuelle, d'autres savants soutiennent que c'est par segmentation: « le protoplasma, dit l'un d'eux, se fragmente pour devenir un corpuscule organisé. »

Et dans l'être vivant développé, achevé, il n*y a pareillement que du protoplasma, de la matière purement chimique, liquide ou solide, sous la forme de corpuscules dits- organisés. Il y a des solides et des liquides, mais tout cela est pure matière chimique et physique.

Écoutez M. Pasteur écrivant sur la gangrène et sur la putréfaction :

« La gangrène, dit-il, loin d'fitre In putréfaction proprument dite {celle qui est cau&ée par les germes de l'air), me parait Cire l'état d'un organe ou d'une parlie d'organe conservé, malgré la mort, à l'abri de 1a putréfaction, et dont let liquides et len èolides Téigiasent chimiquement et physiquement (1) en dehors des actes normaux de la nutrition ; la mort, en d'autres termes, ne supprime pas la réaction des lûjuides et des solides dans l'oi^'anisme. Une sorte de vie physique et chimique, si je puis ainsi parler, continue d'agir. J'oserais dire que la gangrène est un phénomène du même ordre que celui que nous offre un Iruii qui mûrit en dehors de l'arbre qui l'a porté, s

Une vie physique et chimique; des liquides et des solides qui réagissent chimiquement et physiquement; un fruit qui mûrit comparé k ce qui est vraiment mortitlé, voilà de la chimie; et de la physiologie protoplasmisto et transformiste au prejiiisr chef; cela vaut la vie et la mort d'un btoc de marbre.

C'est parce que de telles doctrines sont admises comme l'ex- ]>j'c;8ion de la vérité et du progrès expérimental que tant de Niivants, et les hommes du monde ù leur suite, ont si aisément ;<ceepté les doctrines microbiennes ; c'est leur excuse et c'est iiuaai celle de H. Pasteur.

C'est pai'ce qu'on ne voit dans le v«%étal, dans l'animal, dans t'Iiomme que des principes immédiats, un agrégat de matériaux cliimiques, que Davaine après Haspail, et M. Pasteur api^s Davaine, n'ont vu dans l'intérieur des èlres organisés que des milieux de culture pour les germes atmosphériques morbillqaes préexistants; quelque chose, enfin, que M. Pasteur, obsédé, f.n est venu à comparer au moût, au vin, à la bière contenus itans des vases inertes.

Oui, c'est l'excuse de M. Pasteur; c'est parce qu'il est pureiiieut protoplasmisto et ne voit pas que la vie et l'orgEmisatiori morphologiquement définies sont choses corrélati^'es, qu'il croit si fermement au système do la microbio morbiflque; c'est pourquoi il n'a pas compris le sens de ses expériences sur lo »ang, sur le lait, etc., c'est aussi pourquoi ses expérimenta- Lions contre la génération spontanée et ses travaux sur les ferrnetitfl, loin de l'éclairer, lui ont fait regarder las vibrlonieiis comme des fitre8"sans lien avec les autres ôtres; comme des masses protoplasmiques, de fonction spéciale, destinées, sous le. nom de microbes, à faire périr les êtres vivants supérieurH. Quoi d'étonnant, dès lors, que lorsqu'on lui eut montré l'ori- |t) Je me <l«minda c« que peut bien être une réaction phyiinu.

gîne de ces vibrioniens, son premier mouvement ait été de traiter la découverte d'imaginaire? Quoi d'étonnant, enfin, qu'un jour il ait comparé un membre blessé à un cristal cossé et la guérîson d'une plaie à la réparation d'un cristal plongé dans son eau m^re? Et ses opinions ont été si bien acceptées par un de ses élèves, M. DuclauX; que celui-ci a cherché dans l'atmosphère les agents de la digestion gastrique et intestinale !

Ce n'est pas que M. Pasteur ignorât qu'il existe dànâ le sang et dans le pus des globuleS; dans les tissus des cellules, dans' le tubercule pulmonaire des granulations; il les connaît aussi bien que M. Tyndall connaît ce qui fait qu'un gland peut. germer; mais il est protoplasmiste 1 Mais ce sont dès organites^ quelque chose qui n'est ni animal ni végétal! J'ai montré, dans la troisième lettre, comment M. Pasteur, livré à lui-môme, so trouvant en présence d'uiie maladie parasitaire des vers à soie, a appliqué ses recherches concernant les générations sponta-^ nées et les fermentations : il a été protoplasmiste pur lorsque disant que lé corpuscule vibrant , une psoropermie^ est un organite, ni végétal, ni animal; lorsqu' « il lui a paru que c*est pinncipalement le tissu cellulaire qui se transforme en corpuscules ou qui les produit , ^ '

De même que les pfotoplasmistes ne voient dans Tétre orga^ nisé que de la matière altérable, en voie de continuelle transformation, M. Pasteur n'y voit que des principes immédiats, tels que la vie les élabore, doués de vertus de transformation que Vébullition détruit! Quant à se demander d'où procèdent les vertus de transformation, M. Pasteur n'y songe pas plus que M. Van Tieghem ne- s'enquiert de savoir quoi procure l'aptitude à là continuelle transformation^ et M. Léon Marchand, avec les transformistes, l'aptitude à la segmentation qui produit le corpuscule organisé! Ils ne veulent pas voir que la transformation continuelle et la segmentation supposent un mouvement, «t qu'à toute transformation comme à tout mouvement il failt une cause, une impulsion !

En vérité la philosophie, la chimie elle-même, sont plus exigeantes. Non, il n'y a dans la matière minérale, et toute matière est minérale j que deô énergies physiques et chimiques î la ficience, appuyée sur la méthode expérimental^, démontre irréfutablement qu'il n'y a rien dans les composés chimiques qui les porte à être en état de continuelle transformation, à se douer de vertus de transformation que rébullition détruit ou à se fragmenter*

Le transformiame et le protoplusmismc, passez-moi ce mot, ont ramené la science de la vie cl do l'organisation, avec une erreur en plus, k ce qu'elle était avant Lavoisier. Les anciens étaient excusables parce qu'ils croyaient la matière orjfanique d'essL'Dce spéciale par destination. Les modernes^ je l'ai assez montré, n'ont pas d'excuse. Les anciens ne connaissaient l'organisation que par la grasse anatomie; les modernes la connaissent par l'anatomie et par l'histologie et ils ne sont pas plus avancés, malgré la traînée lumineuse laissée par le génie de Bichat, malgré tant de travaux qui devaient leur ouvrir les yeux.

Puisque ni l'aDatomie, ni l'bîstologie, ni la physiologie, ni la médecine n'Ont pu empêcher le transformisme de dominer la science de l'organisation et de la vie, il faut chercher dans l'alliance de ces sciences avec la chimie la lumière qui dissipera le faittdme d'ignorance qu'il conserve et le préjugé qu'il propage.

La chimie, qui eat une science maîtresse, disais-je dans la première lettre, peut être une alliée s&re, car tout ce qui est de la matièiv est de son domaine et rien de ce qui est de la matière ne saurait lui être étranger. Ce n'est pas que G«tte noble science n'ait été compromise par le transformisme et par M. Pasteur; mais on lui a fait violence en prétendant s'en l'aire une auxiliaire.

Lamarck, l'un des pères du transformisme, avait en chimie les idées les plus erronées ; les modernes transformistes, quand ils ont voulu expliquer la formation spontanée du proloplasma primordial, de leur matière de vie, ont imaginé î leur usage tme chimie toute de fantaisie. Cette chimie-là permet àti faire remonter la paternité du principe fondamental du syatème jusqu'à Ëpicure en passant par le poème de Lucrèce.

Pour ce qui est de U. Pasteur, on peut dire, sans vouloir le blesser, qu'en imaginant tes réactions physiques (T) et les vertus de tranformation que l'ébullitim détruit, il a créé, lui aussi, à l'uiage de son système, une chimie de fantaisie qui lui a ét^ suggérée par le transformisme.

Mais, il faut le dire bien haut, le transformisme ou Vunisme, comme Asassiz l'appelle, n'est pas une théorie adéquate aux faits; c'est un système a priori qui cherche des faits pour se démontrer : ce n'est pas une doctrine scientifique. Oo en puut dire, ainsi que de la chimie particulière sur laquelle il s'appuie, ce que Lavoisier disait des chimistes systématiques de

son temps, qu' « Us ont rayé du nombre des faits ce qili ne cadrait pas avec leurs idées; ils ont, en quelque façon, dénaturé ceux qu'Us ont bieu voulu conserver; ils les ont accompagnés d'un appareil de raisonnement qui fait perdre de vue le fait en lui-même ; en sorte que la science n'est plus, entre leurs mains, que l'édifice élevé par leur imagination, i Et, Voltaire, parlant irrévérencieusement des systématiques, disait déjà : « Les systèmes sont comme les rats, qui peuvent passer par vingt petits trous, et qui en trouvent enfin deux ou trois qui ne peuvent \ea admettre. » La médecine est un de ces troua qui ne peut pas admettre les systèmes qui découlent du transformisme et du protoptasmisme.

Ce n'est assurément pas avec cette chimie systématique que la physiologie et la médecine peuvent utilement s'allier: c'est avec la chimie lavoisiérienne, la vraie chimie, dont les tliéo* ries ne sont que l'expression des faits.

Rappelons d'abord cette opinion de Cuvler : r Toutes les parties d'un corps vivant sont liées ; elles ne peuvent agir qu'autant qu'elles agissent toutes ensemble; vouloir en séparer une de sa masie, c'ett In reporter dans l'ordre des substance! mortes, c'est en changer complètement l'essence. »

Elle a été reproduite sous une autre forme par l'hlstologist^ Henle ; Du contenu d'une cellule ou d'une masse en apparenée homogène de granulations, il se construit sous nos yeux un corps dans lequel les cellules, se multipliant et se différenciant peu à peu, s'arrangent suivant un ordre légitime tes unes à l'égard des autres, et sont douées de tbrces particulières. Chacune sert ou tout, chacune est dominée par le tout et chacune n'a le pouvoir d'agir que parce quelle tient au tout. La somme des cellules est l'organisme et l'organisme possède la vie aussi longtemps que lûs parties agissent au service et dans l'intérêt du tout, » Bref, le tout est vivant et c'est parce qu'il est vivant que les cellules, c'est-à-dire les parties, vivent.

Or, il n'y a pas là seulement un préjugé) il y a une ignO' ranc«.

Le préjugé, compliqué d'une ignorance, a abouti à une affirmation que voici : a Tout est mort après le trépas : il n'y a plus rien de vivant dans le cadavre, ni dans une partie séparée du tout pendant la vie, g Ce préjugé est encore celui 0e H. Pasteur, puisqu'il a considéré le sang, ou une partie quelconque séparée de l'animal eh vie, comme substances reportées dans l'ordre des liquides et des solides organiques

oon vivants. Celait d'ailleurs également le préjugé de CL Bernard qui, ayant aidé M. Pasteur dans son expérience sur le sang, n'a pas même, parait-il, soulevé d'objection sur la légitimité des conclusions que celui-ci voulait tirer du résultat attendu*

Et il ne faut pas que l'expression « préjugé compliqué d'une ignorance » soit prise en mauvaise part. L'affirmation qu'il n'y a rien de vivant dans le cadavre est la conséquence d'un préjugé, et elle est compliquée d'une ignorance, puisqu'on n'a pas démontré qu'il n'y eût plus rien de vivant dans le cadavre ou dans une partie détachée de l'animal vivant. En fait, M. Pasteur a prétendu Remontrer que la putréfaction est nécessairement corrélative à l'intervention des germes atmosphériques 1 Et c'est aussi un fait : lorsque nous eûmes prouvé^ M. Ëstor et moi, que M. Pasteur se trompait, il traita nos preuves d'imaginaires !

Du reste, M. Pasteur partageait cette ignorance et ce préjugé avec tout le monde. Personne n'admettait la vie dans un organisme autrement que dans le sens dé la manière de voir de Cuvier et de Henle. Ce dernier savant n'accordait guère plus de part aux cellules qu'à la substance intercellulaire dans la manifestation des phénomènes vitaux : «Je puis, disait-il, regarder comme une chose prouvée, que le contenu des cellules et la substance intercellulaire prennent part à la vie et aux fonctions de l'organisme. />

Sans doute M. Virchow, après Kuss, a considéré là cellule comme é{2knXi*unité vitale; mais lorsqu'on se fut bien convaincu, ce que Henle et tant d'autres avaient déjà fait, que la cellule est une forme transitoire, cest-à-dire non vivante per «e, comme le croyait l'histologiste de Berlin, on en revint de nouveau à la théorie des blastèmes et des protoplasmas : si bien que la cellule redevint un élément anatomique dont on disait qu'elle n'est pas un être vivant. C'est d'ailleurs un fait certain et souvent vérifié: la cellule disparaît assez rapidement après la mort. On concluait de là, légitimement en apparence, qu'il n'y avait Wen dans Torganisme possédant une vitalité propre^ indépendante, qui, résistant à la destruction, survécût à la mort de l'organisme dont il faisait partie constituante.

Un jour^ à l'Académie de médecine, parlant sur ce sujet, je disais : a Considérons l'organisme le plus élevé en organisation, celui dans lequel la vie se manifeste avec le summum

d'intensité, puisque, chez lui, à la vie animale s'ajoute la vie de Fintelligence. Or, l'organisme humain, histologiquement, n'est composé que de cellules de toutes sortes de formes, de fibres et de tissus dans lesquels on ne distingue ni fibres ni cellules. Si donc ces cellules, ces fibres, ces tissus et leurs granulations moléculaires ne sont pas vivants, la conséquence inéluctable est donc que cette machine admirable qui constitue l'organisme liumain est composée d'éléments ana* tomiques non vivants; » et je posais cette question : « Qu'est-ce donc que la matière vivante, si une cellule, si une fibre, des tissus sans fibres ni cellules et certaines granulations moléculaires de ces cellules, de ces fibres, de ces tissus, ne sont pas matière vivante ?»

Nous le savons maintenant; la matière vivante, pour les savants qui nient la vie de la cellule, de la fibre, du tissu, de la granulation moléculaire, c'est le protoplasmk!

Mais il n'est plus nécessaire de revenir sur la démonstra-' tioh que cela est erroné; je me contente donc de répéter que la chimie ne peut pas reconnaître les attributs de la vie dans un mélange purement chimique de principes immédiats avec de l'eau. La chimie ne reconnaît aucune spontanéité à la matière: pour mettre ses aptitudes en jeu, il faut que quelqu'un en réunisse les conditions !

Que pourrait bien être la spontanéité morbide dans le sys- • tème protoplasmiste? Âh! Raspail, Davaine et M. Pasteur' ont logiquement conclu qu'elle n'existait pasl Et ils avaient raison dans leur système; comment un composé chimique ou un mélange d'un aussi grand nombre de composés chimiques que Ton voudra, pourrait^il être réputé se rendre malade? Devenir malade? Conçoit-on la phthisie, le choléra, la syphilis, la pe-* tite vérole, le cancer, etc., de l'albumine, de Tosséine, d'un corps gras, de l'urée, du phosphate de chaux, du chlorure de sodium, de l'acide carbonique, de Teau ou de l'oxygène et de l'azote qui entrent dans la composition du blastème, du .protoplasme humain? Conçoit-on l'oxyde d'hydrogène fébricitant? Gonçoit-on une dissolution de sucre, de blanc d'œuf, de substances semblables à celles qui existent da^s le vin, dans la bière et dans le moût atteints de rage? 8e donnant la rage? Â son point de vue, il était donc naturel que, dans une récente communication à TAcadémie des sciences et à l'Académie de médecine, M. Pasteur soutînt encore une fois qu'il n'y a pas de rage spontanée. Hélait donc naturel que M. Pasteur après

Oavsise (voir la troiBième leltre), ne vtt dans l'intérieur d'un être vivant que des milieux variés sans vitalité indépendanle ; il n'était donc pas surprenant que M. IJucIaui, en disciple Adèle, cherchflt dans l'atmosphère les agents qui opèrent nos digestions 1

Voyez pourtant l'inconséquence ; à ce même mélange de principes immédiats et d'eau on reconnaît sous l'appellation de v^rlu» de transformation que iibtilUtion détruit (Pasteur) ; de vote de continuelle transformation (Van Tieghera) ; ^altérabilité et de plattieité (Naudin); de facultés génésiqves (i) (Poucbet, Joly, Needbam); d'aptitude à la segmmtation (transformistes); etc. , à ce mélange de principes immédiats et d'eau on reconnaît, dis-je, la spontanéité qui le fait devenir monère, influoire mollusque, poisson, reptile, oiseau, mammitèrej homme. Hais nfi leur parlez pas de spontanéité morbide? Vous ne seriez pas dans le progrès qui nous ramène aux préjugés, aux ignorances, à^ l'inscience du moins, du temps du P. Kircher et de l'époque d'Ëpicure.

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que ces savants ne voient pas que cet vertut, ces votes, cette altérabilité et plasticité, cet fa~ eultéê, ces aptitudes, sont ce quelque chose dont l'illustre mathématicien G.-ti. Stokes se sentait contraint d'admettre l'existence dans la maliëre vivante. Ce quelque chose, qu'il regarde comme mystérieux, m generis, est situé au delà de la matière; bref, c'est par transcendance que la matière devient vivante. Cette transcendance appelée vie ne domine et ne suspend pas les Ion physiques et chimiques ordinaires, mais travaille avec elles et par elles à t'Bccomplissement d'une fin déterminée!

Hais, n'est-il pas évident qu'un chimiste comme H. Pasteur qui parle des substances naturelles telles que la vie les élabort et qui ont des vertils de U-ansformation que Fébullition détruit, volt la vie sous un faux jour, comme quelque chose d'abstrait, qui se manifesterait spontanément dans la matière et pourrait l'abandonner, comme la force vive abandonne le projectile en nriouvement qu'un obstacle arrête ou comme le magnétisme délaisse le barreau aimanté que l'on soumet à une température suffisamment élevée ? Des substances naturelles élaborées par la vie ! Cela fait involontairement penser à ce chimiste, récompensé par l'Académie de Berlin, qui prétendait que la vie

[l] Hastifldent que lea vtrtu* de tranptrmatlon etU voie de conUnutlk tratitformation, qu'on l'avoue ou ne l'nvoue pai, ne sont pH autre chose que lût fttculléi ginéiiques dea spoMiparlates.

créait là potasse, parce que cette base existe vraiment dans certains composés qui sont véritablement élaborés par les végétaux. Ah ! beau génie de Lavoisier, vous devez frémir d'entendre, un siècle après vos mémorables découvertes, un chimiste français parler ainsi de la formation des composés chimiques ! Oui, pour ce chimiste la vie est quelque chose d'abstrait, qui découle des aptitudes chimiques et physiques de la matière, indépendant de l'organisation structurée, de la forme de cette matière et disparaissant quand la mort arrive, laissant libre carrière aux microbes pour la détruire; affirmant que cette matière, capable de s'élever jusqu'à devenir un homme, n'a rien en elle qui puisse la réduire en la poussière qui lui a été prêtée pour un temps I

Et maintenant, mou cher ami, je <îroirais n'avoir pas perdu mon temps, si je parvenais à convaincre les lecteurs de la flertiw médicale et beaucoup de médecins, que les doctrines microbiennes n'ont pu être imaginées et acceptées que parce que. l'on a cru, et l'on croit encore que dans un organisme vivant, il n'y a que des parties sans vie autonome ; c'est pour cela que M. Pasteur a imaginé que le cadavre serait imputrescible sans un apport de germes de l'air. Aux yeux des adeptes du sys- . tème comme de M. Pasteur, l'homme, une cellule de levure, un vibrion quelconque, un microbe^ sont au même titre des êtres qui vivent sans qu'il y ait en eux rien d'autonomiquement vivant, rien qui soit doué d'une vie indépendante, rien qui produise la maladie, rien qui résiste aux causes de maladie, rien qui résiste à la mort!

Et ce préjugé est si enraciné, que l'on traite d'imaginaires les faits les mieux constatés qui vont à rencontre, et presque d'illuminés, dans tous les cas d'ennemis du progrès, de gens à l'entendement obtus, tous ceux dont la philosophie exigeante n'admet qu'à bon escient les affirmations qui ne sont pas suffisamment vérifiées et contrôlées ou qui heurtent trop le bon sens* Certes, vous aviez bien raison en finissant votre « Simple aperçu sur le rôle de la chimie en physiologie et en médecine » de dire que : a éclairés par l'histoire du passé sur les dangers des systèmes iatrochimiques et autres, les médecins doivent se mettre en garde contre les empiétements des savants étrangers à la médecine, dont l'imagination est d'autant plus facile, en fait de systèmes, que leur vue se repose sur un point très limité du domaine de la vie! » En vérité, c'est. aujourd'hui surtout, que d'AIembert pourrait s'écrier : « La médecine systématique

me parait (et je ne crois pas employer une expression trop forte) un vrai fléau du genre humain I » Certes, ils n'ont d'autre excuse que de ne savoir pas ce qu'ils font, les inoculateurs à outrance de tous les virus qui leur tombent sous la main ; sans cela, est*ce que la résistance des grands médecins, dont vous êtes, ne les arrêterait pas?

Certainement M. Pasteur, chimiste, n'a reposé sa vue que sur un point très limité du domaine de la vie, car il n'est ni physiologiste ni médecin, et vous aviez toute autorité pour ajouter, non moins judicieusement, a qu'aux médecins seuls appartient le soin de contempler ce domaine dans son ensemble et que ce fut toujours l'écueil des sciences spéciales et notamment des chimistes lorsqu'ils entrent dans le domaine de la vie : ils ne voient qu'un seul côté de la question et ils ont le tort grave de vouloir de suite généraliser sur des données évidemment incomplètes. » £n effet, le médecin complet dont je parlais, d'après vous, dans une précédente lettre, possède seul assez de science comparée pour ne pas se laisser égarer par les conceptions des systématiques.

Mais la chimie, science mattresse, alliée de la niédecine, n'est pas responsable des opinions et des systèmes imaginés par M. Pasteur après le médecin Davaine et le Père jésuite ^ Kircher. Or, tout ce qui est de la matière est du domaine de la chimie : la matière organique aussi bien que la matière organisée ; elle a pour mission de constater les propriétés de Tune et de Tautre. Malheureusement les chimistes, de plus en plus, ont coutume de considérer les phénomènes chimiques indépendamment des propriétés intrinsèques des corps qui entrent en jeu ; ils imaginent beaucoup plus qu'ils ne constatent ou, comme s'exprimait Lavoisier, ils a supposent au lieu de conclure ; » c'est ainsi que M. Pasteur, tout en sachant qu'il y a des parties structurées dans un organisme, ne s'est pas préoccupé de la signification de la structure : il n'a vu que ,des substances naturelles, élaborées par la vie^ ne i^achant pas davantage en quoi consiste, chimiquement, la notion de vie .

Certainement nous ne connaissons la vie que dans la matière; non, comme une propriété de celle-ci, mais comme ne se manifestant, de même que la chaleur, la lumière, l'électricité, le magnétisme, que dans ou par la matière. Or, il faut réunir certaines conditions pour qu'elle manifeste les phénomènes calorifiques, lumineux, éleclriflues ou magnétiques ; de même

il faut {a réunion de certaines conditions pour qUe la matière manifeste les phénomènes vitaux» On a supposé que ces con-. ditions résultaient de la réunion d*un plus ou moins grand nombre de composas chimiques avec de Teau: ce n'est pas assez et cela est expérimentalement démontré.

Au fond, il faut ïiire qu'il n'y a pas de matière vivante : ce c'est pas la matière, en tant que matière au sens de composé chimique, qui est vivante ; ce qui est vivant c'est un appareil^ une machine ; ce par quoi un organisme supérieur est vivant,^ ce qui vit en lui, ce sont semblablement des appareils*

Bichat, et c'est \k sa gloire immortelle, à mes yeux, a clai-^ rement aperçu cette vérité ; il reconnaissait que les, propriétés tntaleSf sont des propriétés, non de la matière en général!^ mais de tissu. C'est par là qu'il a rompu à tout jamais avec la physiologie antique,

Les vingt tissus élémentaires qu'il distinguait» il les disait irréductibles et il les comparait aux éléments lavoisiériens, ceux-" là servant à constituer l'organisme vivant comme ceux-ci servent i former les combinaisons chimiques.

On a beau dire que les tissus élémentaires de Bichat n'étaient pas simples et ont été trouvés composés; mais cela importe peu, c'est la notion profondément physiologique qu'il avait de l'organisation qu'il faut considérer, n'est-il pas vrai? Oui» Bichat n'en a pas moins formulé la doctrine havitement physiologique autant que philosophique affirmant que n'est doué de propriétés vitales, c'est-à-dire vivant, que ce qui est organisé, structuré. C'était si bien la pensée de ce grand homme, qu'appliquant sa doctrine à la pathologie, il disait: « Les propriétés vitales siégeant essentiellement dans les solides, les maladies n'étant que. des altérations des propriétés vitales, il était évident que les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides, » c'est-à-dire dans les tissus élémentaires. Ah! que cette grande et importante conception est autrement médicale que la doctrine des germes morbifiques !

Les travaux suscités par les découvertes et par la conception de Bichat ont peu à peu conduit à admettre que les divers tissus sont réductibles en cellules, fibres, etc., etc.; M. Virehow a ensuite, après Kûss, Bennett et d'autres, considéré la cellule comme vivante dans les tissus et l'histologiste de Berlin Va regardée comme étant ïunité vitale, l'élément vivant per se, comme iUs'exprime dans la Pathologie cellulaire. Mais je l'ai déjà dit, la cellule est un élément transitoire qui ne satisfait

paé à la nation de simplicité que Bichat avait conçue. L'élé* ment vivant per se doit être simple par rapport à Vorganisation, ôomme le corps simple iavoisiérien Test à Fégard des composés obimiqùes et, comme eux, il doit être irréfluctible à une forme plus simple I

Cet élément vivant per se^ doit de plus» précisément parce qu'il est simple et doué d'une vie indépendante» lorsqu'il est séparé du tout dont il faisait partie, ne pas être reporté, comme le pensait Cuvier, dans Tordre des substances mortes; non, il doit posséder les propriétés, même fonctionnelles, au sens chimique au moins, qu'il avait dans le tout.

Un tel élément anatomique extste-t^il vraiment? Oui, il existe; il est même connu depuis longtemps sous le nom de granulation moléculaire; mais on disait qu'il était matièm amorphe sans signification et sans fonction é J'ai montré, il y a plus de vingt ans, après dix années de recherches préparatoires, qu'il est ce qu'il est*, c'est le microzyma! M. JPasteur, dans une récente communication académique vient enfin de l'apercevoir à son tour, après l'avoir nié ; vous verrez qu'il le découvrira comme il a découvert la nature de la pébrine et de la flacherie après m'a voir combattu ; nous verrons bien t

Dans la prochaine lettre je dirai un mot delà découverte des microzymas et nous les comparerons aux microbes découverts par H. Pasteur.

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