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Royauté, Aristocralie, etc, que leur donne le lang ge courant, sont souvent, en réalité, des combinaisons plus ou moins complexes suivant les cas, d'éléments divers, d'institutions découlant de principes différents. Disons qu'à côté des types purs précédemment décrits, il nous faut faire place maintenant à ce que nous appellerons Les régimes mixtes : « Il arrive que des mixtions ou combinaisons se fassent entre ces différents régimes, par exemple, que l’on prenne l'organe délibératif de l’un, l'organe de décision d'un autre et ainsi de suite ; ainsi les régimes s’entremêlent de diverses manières... des régimes qui sous un certain rapport semblent des aristocraties, apparaissent par ailleurs comme des oligarchies » (287)... Par conséquent, si une étude spéculative du meilleur régime peut se contenter de comparer entre eux les types politiques essentiels, une recherche pratique du régime modèle devra tenir compte de tous les régimes possibles, simples ou mixtes. Or, jusqu'ici, nous nous sommes exclusivement cantonnés dans l’étude des régimes simples.
b) En conséquence, pour apprécier leur valeur respective, nous avons dû décomposer la notion de bien commun, en envisager séparément et tour à tour les différents aspects : paix, vertu, justice distributive, conditions psychologiques... Dans la réalité, tout cela ne fait qu'un, et celui qui veut aboutir à une solution applicable du problème du meilleur régime, doit considérer d'un seul coup les diverses exigences du bien commun.
c) Enfin, ces quelques types politiques, nous les avons décrits, « en tant que rien n'altère et ne trouble leur harmonie et qu'ils conservent leur caractère propre (288), » Du fait que faisions abstraction de toute idée d'application, nous n'avons comparé que leurs qualités, non leurs inconvénients. Ou plutôt nous avons bien tenu compte indirectement de ces défauts, de ces lacunes, qui découlent pour chaque régime de son principe et qui sont, en somme, la contre-partie des qualités propres aux autres ; c'est-à-dire essentiellement :
1° Absence de liberté politique dans la Royauté et en partie dans l'Aristocratie ;
2° Justice distributive partiellement sacrifiée dans la Royauté et la Démocratie ;
3° Absence d'unité dans l'Aristocratie et la Démocratie ;
4° «Absence de continuité dans l'Aristocratie et surtout dans la Démocratie ;
5° Moindre utilisation des compétences dans la Royauté et la Démocratie ;
6° Mauvaise orientation et justice relative dans la Démocratie.
(287) Pol. VI, 1, $ 3: « ….Contingit commixtiones vel combinationes istarum fieri, puta quod accipiatur cConsiliativum unius et judicium alterius, et sic de aliis, et secundum hoc contingit diversimode misceri respublicas… Illæ quæ sunt optimatum secundum aliquid, videntur esse paucorum secundum aliquid quidem... »
(288) Cicéron, De Rep., I, 28.
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Mais nous n'avons pas tenu compte des dangers possibles de chaque régime, des inconvénients d’un caractère accidentei : oppression des sujets par le roi, élections viciées par la vénalité, etc. Or, il peut être légitime d’un point de vue spéculatif de déterminer, par exemple, la valeur intrinsèque de la Royauté sans se préoccuper du danger de la Tyranie, puisque, par définition, le jour où le roi devient un tyran, nous ne sommes plus en présence d’une Royauté ; mais il est évident qu'en pratique, on ne peut faire abstraction de cette grave éventualité.
Sur ces divers points, par conséquent, notre attitude est restée nettement spéculative, aussi ne pouvions-nous aboutir valablement qu'à cette formule ou plutôt à ces deux formules étroitement liées :
La Royauté est le meilleur des régimes simples.
La Royauté est le meilleur régime spéculativement.
Mais il faut ici se garder d’une confusion trop souvent commise. Notre formule ne signifie nullement que la Royauté n'ait qu'une supériorité hypothétique : saint Thomas ne veut pas dire qu’elle serait le meilleur régime si les conditions de fait étaient autres qu'elles ne sont, mais qu’elle est le meilleur régime, en faisant abstraction de certaines de ces conditions de fait. Ce n’est nullement la même chose ; au premier cas, cette supériorité serait, en définitive, fausse pour l'application ; au second cas, elle est seulement insu/fisante et demande à être complétée, en considération des faits. Une supériorilé spéculative n'en est pas moins réelle. à
Elle est, disons-nous, insuffisante pour l'application. C’est pourquoi il ne saurait être question pour saint Thomas de choisir entre les régimes simples. L'idée même d’un choix est plus ou moins contradictoire avec celle d’une supériorité d'ordre spéculatif.
Puisque chacun des régimes-types présente, à côté de ses qualités, ses défauts et ses dangers ; puisque chacun ne peut répondre que partiellement aux exigences du bien commun, puisque, par conséquent, chacun d'eux est insuffisant à résoudre vraiment les difficultés politiques (Semmper idem accidit inconveniens, dit saint Thomas après les avoir examinés successivement), (289) ; puisqu’enfin la réalité ne se borne pas à ces régimes simples, mais comporte aussi et surtout des combinaisons de régimes divers, la solution à donner au problème du régime modèle ne saurait être le choix pur et simple de l’un des régimes-types. Il est assez vain de vouloir, à tout prix, faire de saint Thomas un royaliste ou un démocrate, par exemple. Ces formules ne signifient pas grand’chose. S'il sait que la Royauté est un instrument de gouvernement de soi plus parfait que les deux autres régimes, il sait aussi que la notion de régime politique ne se laisse pas ramener à la seule structure de l'appareil gouvernemental : s’il sait qu'en justice pure, Royauté et Aristocratie l’emportent sur la
(289) Pol. III, vin, 8 9.