‹ La Théorie géogénique et la science des anciens [microform]Chapitre 1 sur 3 · SO · texte numérisé non relu

SO

L'année dernière, j'ai commence à publier dans le journal scientifique Les Mondes, quelques études sur les questions fondamentales de la Géologie positive. '

A la suite de ces articles isolés, l'honorable M. Faye, aujourd'hui président de l'Académie des Sciences de Paris , crut devoir faire, dans la même revue, des réserves au sujet de la trop grande part de science accordée, par moi, à Moïse et aux anciens.

Dans la réponse hâtive et incomplète que je pris la liberté d'opposer aux assertions de l'illustre savant, je promis de revenir sur ces difficultés, de les examiner et de les résoudre avec toute l'ampleur qu'elles méritent. Je veux essayer aujourd'hui de dégager ma parole.

Si le retard où je suis avait besoin d'être justifié, il trouverait son excuse pleine et entière dans les douloureuses circonstances que nous venons de traverser.

Autant pour satisfaire à un devoir de loyauté que pour rendre la question plus facile à saisir, je reproduirai d'abord la teneur

de ma thèse, puis intégralement les observations critiques qu'elle provoqua de la part de l'homme éminent auquel cet opuscule est adressé. Il convient, avant tout, que les bases de k discussion soient clairement établies.

Je suis heureux de la circonstance qui «e -présente, et je la saisis avec empressement , pour exprimer à M. le directeur du journal sus-mentionné, mes sentiments dé gratitude au sujet de la bienveillance avec laquelle il a toujours accueilli, encouragé et publié mes modestes essais sur l'étude de la Géologie, dans ses rapports avec la Genèse. ^

Yoici ma première lettre.

A Monsieur l'abbé Moigno, Directeur du journal

< . Les Mondes.

Monsieur,

Il y a longtemps que je prête l'oreille aux discussions des géologues, et plus longtemps encore que j'observe les phénomènes de la nature. Si quelque chose me paraît clairement démontré, c'est assurément l'état d'incertitude dans lequel se trouve aujourd'hui la science géogénique. ,

Les faits entre les mains du savant abondent, et cependant, loin de lui venir en aide, ils ne font que compliquer son embarras. Il ne peut arriver à une conclusion plausible; et il montre ainsi, par son hésitation même, le peu de solidité des principes qui servent de base à ses déductions.

Est-ce donc que la cause de tant de merveilles,- accusant partout une loi simple et précise, restera toujours pour nous la matière d'un problème insoluble, d'un mystère impénétrable? Ce n'est pas à présumer. Le génie de l'homme qui a su dérober aux mouvements célestes, si éloignés de notre chétive planète, une parlie de leurs secrets, ne peut manquer, un jour ou rautr% de surprendre la marche suivie par TAuteur

de la nature dans raccomplissement des phénomènes de la constitution du globe terrestre, phénomènes si rapprochés de nous, que nous pouvons, pour ainsi dire, les toucher du doigt.

C'est dans cette conviction qu'une solution des difficultés de la géogénie est possible, que j'ai essayé de formuler ma pensée sur plusieurs des questions fondamentales de la géologie positive.

'Je viens aujourd'hui, Monsieur le Directeur, vous demander quelque place dans votre savante pubKcation, pour l'exposer et la porter à la connaissance "de. ceux qu'elle peut intéresser.

Mais avant d'entrer dans aucun détail, et attendu que je ne veux rien affirmer en dehors des données fournies par la Bible, je tiens à m'expliquer, tout d'abord, sur le point important des jours primitifs.

Je ne serai pas souvent d'accord, je ine hâte de le dire, avec l'enseignement de la géologie actuelle; cependant, sur le fait de la formation lente et progressive de l'enveloppe terrestre, je suis avec elle enparfaite conformité d'idées. J'espère que les hommes rehgieux, qui m'auront suivi dans cette étude préalable, ne tarderont pas eux-mêmes à partager mes convictions.

Je prouverai que les jours de la Genèse n'ont point été, comme on l'a cru jusqu'aux découverles de la science moderne , des jours de vingt-quatre heures. J'écarterai le plus souvent les discussions philologiques

par cette raison que, sou s Je rapport de l'interprétation des mots, tout ce qui pouvait être trouvé paraît avoir été dit relativement; aux deux premiers chapitres du récit de la création. Des hommes spéciaux et du mérite le plus éminent ont, on peut l'afïirmer, épuisé la question. J'aurai donc recours à d'autres moyens de convaincre.

Excité, poussé par les discussions qui se sont élevées, et qui continuent encore, au sujet de l'a mystérieuse .longueur des divisions 'primitives du, temps, je me suis préoccupé du soin de rechercher avec une attention particulière, si, dans le récit biblique, quelque passage, quelque détail, , quelque donnée inaperçue jusqu'ici, une indication quelconque enfin, ne traduirait pas d'une manière plus explicite la pensée formelle et précise de Técrivain sacré. Mes efforts ne sont pas restés, je crois, sans résultats. '

Au deuxième chapitre de la Genèse, parmi les explications et les développements donnés au premier, il me semble avoir rencontré un fait important qui, considéré dans ses circonstances, et surtout dans.sa raison d'être, peut et doit nous fournir des éclaircissements précieux pour l'intelligence du point d'interprétation qui nous occupe.

. Je veux parler d'un moyen auxiHaire , je serais presque disposé à dire provisoire jhVdiide duquel la végétation a fonctionné avant l'apparition du soleil, et en Tabsence de toute pluie apportée par les nuages.

Nmi plueral, a dit l'historien des six jours, non plùerat Dominas Deus super terram^ et homo non erat qui operaretur terrain ; sedfons ascendehat è terraj irrigans nniversam super ficiem terrœ (1).

Ce secours d'une source d'eau ou de vapeurs, peu importe, appelée à remplacer la pluie, qui, au troisième jour, faisait défaut, et que le soleil devait régulièrement procurer au quatrième, ne peut évidemment s'expliquer qu'autant que ce troisièmejour a été d'une durée étendue.

Il ne s'agit point ici, remarquons-le bien,- d'interprétation philologique des mots auxquels on peut donner un sens plus ou moins subtil. L'incident dont il est question est nettement et formellement établi par Moïse, qui, assurément, devait avoir de très-graves raisons de mentionner un état 'de choses aussi aiiormal que l'est celui des plantes naissant et se développant sans le secours de l'arrosement du sol par les eaux pluviales.

Nous l'avons déjà fait observer, que la sowrce dont il est ici question, ait été une source pToprément dite, ou que, comme l'ont compris beaucoup de commentateurs, des vapeurs abondantes se soient échappées du sol pour se réduire ensuite en rosée fertilisante, peu importe ] les conclusions que nous voulons tirer de ce système provisoire d'irrigation, qui n'était point un miracle,

(1) Genèss, il-5.

mais simplement un effet naturel relevé par Moïse , demeurent dans toute leur valeur. Le fait du moyen temporaire, quel qu'il ait été, dont la puissance divine a cru devoir se servir, en attendant que l'ordre régulier des choses fût définitivement constitué, reste tout entier, et avec toute sa force probante. Nous ajouterons même que si ce fait signifie quelque chose, c'est assurément que, du soir au matin du troisième jour, il s'est passé plus de vingt-quatre heures.

Il a fallu, en effet, beaucoup de temps d'abord, pour que la terre, sortie de dessous les eaux, pût se dessécher et arriver à un état qui rendit possibles les fonctions végétatives des plantes non aquatiques ; car le , plus vulgaire colon nous dira^ sans hésiter, que tout sol récemment émergé n'est pas immédiatement propre à la mise en culture (1). ,

Quand, il y a quelques dizaines d'années, on a baissé le niveau du lac de Longern, en Suisse, il n'a pas fallu attendre moins de cinq ans, pour faire quelques essais d'agriculture sur les parties du lac débarrassées de

(i) Cette raison seule, et. indépendamment de toute autre considération, suffirait à prouver toute notre thèse, même aux yeux de nos contradicteurs les plus difficiles.

On en peut dire autant de l'écoulement des eaux dans les mers , pour découvrir les continents. De pareilles opérations n'ont pu évidemment s'accomplir toutes les deux dans une demi-journée ; ce qui pourtant aurait dû avoir lieu si les jours de la Genèse eussent été de vingt-quatre heures. On n'a pas, en efi^et, oublié qu'au troisième jour de la création , Dieu, dans l'a première partie, a fait émerger la terre ferme, et que c'est dans la seconde qu'il l'a couverte pour la premier» fois de végétation.

leurs eaux. Ce qui donc, dans l'état où se trouvait la terre après son émersion, pouvait- et devait empêcher Fhumus de produire, ce n'était pas, pour sur, le défaut, mais bien l'excès d'humidité.

Ainsi, lé fait de Tarrosement des plantes avant le soleil, fait nettement, clairement attesté par Moïse, traduit, à ne pouvoir s'y méprendre, la conviction où était cet historien, que, sous la dénomination de jours,~il fallait comprendre des périodes d'années d'une durée étendue. Sans cette interprétation rigoureuse^ le passage, que nous venons d^indiquer, serait plus qu'aune naïveté -, ce-sterait une énigme, si ce n'est un non-sens.

Les conséquences du texte que je viens d'indiquer sont^ en effet, tellement simples, tellement rationnelles, qu'on pourrait, à bon droit, s'étonner qu'elles n'aient pas été plus tôt remarquées, si nous ne savions tous que l'attention des commentateurs anciens s'est principalement portée sur les passages des Saintes Ecritures, au sujet desquels les ennemis de l'Eghse se sont plu à soulever des difficultés. Quant aux endroits plus ou moins obscurs, mais qui n'étaient pas controversés, les mêmes apologistes se sont contentés de leur donner un sens plausible, laissant aux générations futures à repousser les attaques dont ces passages pourraient devenir ultérieurement l'objet. Voilà ce qui explique le silence de la tradition , relativement à l'apparente lacune que je viens d'indiquer.

Ce silence a même été si grand, si complet, que la

difficulté exposée par nous à plusieurs hommes spéciaux, partisans des jours de vingt-quatre heures, et des plus pertinents dons les études sacrées, les a trou^ Yés non préparés à y répondre. J'ai pu croire un moment, à tort ou à raison, que j'étais le premier à l'avoir signalée. Cependant, il n'en est rien. Un savant contemporain, le P. Pianciani, a devancé, au moins pour le pubhc, les observations que je viens de formuler.

En effet, il y a quelques années seulement, ce jésuite, éminent par son savoir, et attaché au Collège ,Romain en qualité de professeur de physique et de chimie, a touché le même moyen de solution des difficullés apportées par la géologie (1). C'est lui qui, au nom de tous les interprètes modernes, et en s'appuyant principalement sur les données des sciences naturelles, s'est chargé de fixer les hésitations de ceux qui n'avaient pu se livrer, comme lui, à des études spéciales et approfondies.

. Pianciani a discuté les textes relatifs au lait de la source, tant au point de vue de la philologie qu'à celui des lois physiques et du bon sens lui-même. — Je regrette vivement que la place me manque pour faire connaître, au moins, les parties les plus saillantes de son excellente argumentation. Mais je les tiens en réserve avec d'autres considérations non moins puis- Ci) Pianciani. Dissertation latine reproduite au commencement d'une récente édition des Œuvres de Cornélius à Lapide.

santés, pour les opposer à ceux qui croiraient deyoir contredire mes affirmations.

Une question qui se présente naturellement ici, est celle qui doit nous apprendre si l'usage de la source ou des vapeurs a bien eu lieu au troisième jour, ou s'il ne pourrait pas être reporté à un temps postérieur à l'aciièvement de la création.

Nous n'avons pas, il est vrai, de-preuves directes, dans le texte sacré, établissant que le moyen d'irrigation par la source d'eau ou de vapeurs a été appliqué exclusivement au troisième jour. Mais nous sommes parfaitement sûr.s, au moins j qu'il a eu son emploi dans l'espace de temps rigoureusement compris entre le deuxième jour exclusivement et la dernière partie du sixième. Ce qui, pour mon raisonnement, revient absolument au même que s'il eût fonctionné pendant le troisième jour seulement.

Eu effet, l'auteur de la Genèse, après avoir constaté qu'il n'avait point plu sur la terre, nous dit positivement que cet état de choses extraordinaire, a eu lieu avant la création de l'homme. (Et homo non erat qui operaretur terram.) Voilà donc une limite extrême bien et dûment constatée. Mais, comme au quatrième jour les lois qui devaient régir la distribution des nuages, et, par eux, celle des eaiix.à la surface de la terre, ont été définitivement établies par la création du soleil, il résulte que l'arrosement, dont il est fait mention dans le récit génésiaque, ne peut trouver place, à proprement

parler, qu'au troisième jour, et dans sa deuxième partie seulement, puisque- la première avait été employée à former et à faire sortir des eaux les continents. {Voir Gen.f cap. î, v. ^ et suiv.)

Je m'arrête, et je termine cette lettre déjà un peu longue, en faisant observer que, jusqu'ici, la géologie seule nous a fourni la preuve péremptoire, il est vrai, de la longue durée des jours primitifs.

Après ce que nous venons d'établir, les interprètes les plus'difficiles ne refuseront pas, je l'espère, d'admettre que nous possédons maintenant une preuve, tirée des textes sacrés eux-mêmes, et qu'en ce qui concerne les périodes de la création, la Bible n'est pas moins explicite que la science la plus avancée (1).

A cette lettre, M. le Président de l'Académie des sciences de Paris t)pposa, dans le numéro des Mondes^ du 10 février 1870, les observations critiques suivantes.

M. Faye. — Observations critiques sur les lettres de M. l'abbé Choyer. — Votre savant correspondant, M. l'abbé Choyer, croit avoir découvert, dans le second chapitre de la Genèse, un passage jusqu'ici négligé qui prouverait qu'aux termes mêmes de Moïse, les six jours

(1) N» 30 décembre 1869.

de la création seraient des périodes d'une grande étendue. Effectivement, des tiiéologiens et des géologues, Cuvier en téteront pensé, mais par d^àutres raisons, qu'il fallait forcer ainsi le texte de la Bible ; mais M. l'abbé Choyer va beaucoup plus loin en voulant prouver que l'interprétation du géologue a été réellement indiquée par Moïse, et qu'en dépit des paroles six fois répétées : faclumque est vespere et mane^ dîes unus...:. dies secun-

dus dies sextus, c'est là le seul sens qui puisse être

attribué au texte sacré. Voil^ certainement une tentative intéressante ; elle tire une certaine gravité du caractère même de son auteur et de son incontestable science. Ce n'est, pas un fait isolé, car la même opinion a déjà été présentée solennellement à Rome même, par le P. Pianciani, savant professeur du Collège Romain • . si elle parvenait à prévaloir, elle serait appelée à réagir d'une manière^ sensible sur la culture et l'enseignement des sciences ; à aucun titre donc elle ne pourrait être négligée. Ayant eu récemment l'occasion de relire la Bible avec soin, non pour y chercher des moyens d'attaque ou de défense, mais' pour elle-même, j'ai pu me faire à ce sujet une opinion impartiale : cette opinion, je vais vous l'exposer franchéinent; mais j'éviterai les écueils ordinaires de ce sujet en me renfermant dans les limites de la controverse scientifique à laquelle BI. l'abbé Choyer semble nous convier. Par exemple, je me garderai bien d'examiner la position morale qui serait faite. à l'auteur sacré, soit qu'il ait

. compris son propre texte comme l'abbé Ghoyer, soit qu'il ait lui-même ignoré le sens et la portée qu'on veut aujourd'hui lui donner.

Voici ce passage : non pluerat Dommus Vtus super terram et homo non erat qui operaretur terram; sedfons Gscendebatè terrâ^ irrigans universam super ficiemterrœ. D'après votre savant correspondant, ce passage se rapporterait au troisième jour ; il indiquerait le moyen (omis au premier chapitre) par lequel Dieu aurait pourvu provisoirement au développement de la végétation dont il venait de couvrir la terre avant la création du soleil, cet astre devant ensuite procurer l'arrosement normal et définitif par l'intermédiaire de la pluie. Si les choses étaient ainsi, si tel était le sens de ce passage, M. Fabbé Choyer et le P. Pianciani auraient parfaitement raison: ; nous aurions affaire, non plus à vingt-quatre .heures, mais à une période de longueur indéterminée pendant laquelle la végétation se développait régulièrement, grâce à un mode d'arrosage dont Moïse n'avait pas fait mention d'abord. « Autrement , » nous dit Mrl'abbé Choyer, « le passage que nous venons d'indi- »- quer ne serait qu'une naïveté -, ce serait une énigme, » si ce n'est un non-sens. » Le raisonnement de M. l'abbé Choyer est bien clair : les pluies étant produites par l'action du soleil, elles devaient naturellement faire défaut au troisième jour, puisque la création . du soleil ne date que du quatrième ^ dès lors il fallait un moyen provisoire pour fournn* à la végétation du

troisième jour raliment indispensable. Moïse avait omis d'en parler au premier chapitre; mais il répara son omission au second ; sed fons M^cendebat è terrâ^ pour suppléer à l'absence du soleil et par suite au manque de pluie pendant la durée de k troisième période. C'est cette mention dont le sens aurait échappé jusqu'ici a ;:x commentateurs de la Bible. Tout cela se suit bien du moment où on adopte le point de départ de l'auteur^ M. l'abbé Choyer \ seulement il me semble avoir eu tort de qualifier de naturel le moyen provisoire d'arrosement ; ce serait réellement un miracle, car s'il . est vrai qu'il ne pouvait y avoir de pluie sans soleil au troisième jour, il est également vrai qu'il ne pouvait y avoir, naturellement partout, de sources sans pluie. Mais nous allons voir que de telles pensées sont totalement étrangères à la Genèse ; ce sont des idées toutes modernes que le savant auteur y introduit à son insu. Les anciens, avant et même longtemps après Moïse, ne savaient pas que l'eau des mers et des fleuves s'évapore continuellement sous l'action des rayons solaires; que le fluide invisible ainsi formé sur la surface ter- \ reslre monte continuellement dans l'atmosphère et va se condenser, à cause du froid des hautes régions, en nuages plus ou moins élevés d'où proviennent les pluies et'la neige , et par suite les glaciers, les sources, les ruisseaux et les fleuves. Cette circulation aéro-tellurique des eaux, dont une des phases échappait à leurs yeux à cause de l'invisibilité de la vapeur,- leur, est

ly

restée aiîssi profondément inconnue que la circulation du sang. Qu'on se place un. instant dans la situation d'esprit qu'on yient de, prendre ; quelle idée se fera-ton de ces deux phénomènes, si intimement connexes pour nous, à savoir la plaie qui tomba du ciel et des eaux qui surgissent dû sein de la terre ? L'intermédiaire manquant, je .veux dire la transformation des eciux en un fluide invisible plus léger que l'air, susceptible de se- condenser par le fait de son ascension dès qu'il rencontre des couches d'air à température un peu basse, ce lien, dis-je, ne Vêtant pas présenté à l'esprit, les anciens ont dû considérer les deux phénomènes comme des faits distincts et indépendants. Si la pluie tombe , c'est qu'il y a au haut des cieux des réservoirs d'eau dont les bondes et les écluses s'ouvrent de temps en temps -, si les sources coulent dans les vallées, c'est qu'il y a des réservoirs souterrains, des abîmes d'où l'eau surgit en s'épanchant à la surface. Le soleil n'y est pour rien, mais les eaux supérieures doivent avoir un support ; il faut donc que les cieux, où se meuvent les astres, aient une voûte solide (firma-mentum) et ne risquent pas de s'écrouler sous le. poids des eaux qui la surmontent. Sans doute, il aurait fallu se demander où vont les eaux qui tombent, pourquoi les cieux qui les versent ne finissent pas par s'épuiser, pourquoi les mers qui les reçoivent ne finissent pas par déborder. Mais là s'est arrêtée la curiosité scientifique des anciens; ils ne se sont pas posé ces

questions, ou bien ils les ont simplement résolues par la volonté de Dieu : et dicci: usque, hue venies et non procèdes amplius, Job, XXXVIII. ^ v

Le tableau que je viens d'esquisser de nos premiers essais en météorologie est précisément celui que la Bible nous présente. Les preuves abondent. Ainsi, le second acte de la création a consisté à séparer les eaux confondues dans le chaos primitif, et à établir le firmament pour soutenir les eaux supérieures. Fiat firmamentum in medio aqaarum et dividat aquas ab aquis. Et fecit Deus firmamentum^ divîsitque aquas quœ erant sub fîrmamento ab liis^ quœ erant super firmamentum. De même que pour le déluge : en ce jour-là riipti sunt omnes fontes abyssi magnœ^ et cataraclœ cœli aperlœ sunt. Les psaumes expriment la même idée ; Extendens cœlum sicut pellem : qui tegis aquis superiora ejus (Ps. cm), et encore : landate eum cœli cœlorum ; et aqu(B omnes, quœ super cœlos sunt^ laudent nomen Domini (Ps. cXLViii). De même Job, de même l'admirable chapitre de la Sagesse dans les proverbes fourniraient des citations pareilles. On. y voit clairement que ces eaux supérieures sont les réservoirs de la pluie, les trésors de la neige et de la grêle. Le premier commandement du décalogue mentionne même les eaux inférieures; mais, chose remarquable, il parle des cieux^ sans dire mot des eaux supérieures qui n'existent pas.

Revenons maintenant au passage cité par M. l'abbé

Choyer, et prenons-le tout simplement au pied de la lettre sans attribuer à Moïse les idées de notre temps. Un coup d'œil sur les versets précédents suffit pour voir qu'il s'agit ici d'-^nè simple récapitulation du premier chapitre. Telles sont,, dit à peu près Fauteur sacré, les origines du ciel et de la terre ; voilà comment les choses se sont passées depuis l'époque où il n'y avait sur terre aucune végétation, aucune pluie fécondante, et où l'homme n'existait pas encore pour la cultiver. îl ajoute, iî est vrai : Sed fons ascendehai è terra irrigans universam superficiem terrœ ; mais cela se rapporte tout simplement, ainsi que la mention de l'homme cultivateur, à ce qui va être dit, quelques lignes plus loin, du paradis terrestre, premier séjour de l'homme et point de départ de la source qui, après Savoir arrosé, se répandait sur le reste de la terre en (quatre grandes rivières. Quelques traducteurs mettent même lïec au lieu de ^e</, reproduisant ainsi |la négation itérative du verset précédent; le caractère de simple énumération est par là mieux accusé encore.

On voit combien les notions usuelles des anciens sur le ciel et la terre sont peu d'accord avec celles qu'on veut à toute force leur prêter. Il y a plus : si par impossible Moïse' avait parlé à ses contemporains le langage de la science moderne, il leur aurait posé de vérilables énigmes et n'aurait été compris de personne. Aujourd'hui même, malgré les ressources d'une langue mieux faite, moins imagée, plus précise, malgré les

grands progrès de ces trois derniers siècles, nous sommes loin de la vérité absolue ; en sorte que si un livre exprimait cette vérité, ce livre resterait, en grande partie, letlre close pour nous. Tant il est vrai que Moïse a dû s'exprimer, non pas seulement- avec les mots de la langue incomplète de son temps, mais encore avec les notions alors répandues sur le monde matériel, c'est-à-dire sur le ciel, la terre, les astres et les météores journaliers. La science proprenient dite n'a jamais- été et ne saurait être l'objet de l'inspiration directe. Je ne puis donc applaudir aux efforts de ceux qui, comme votre très-savant correspondant, veulent à toute force trouver la géologie dans la Genèse. Peutêtre ces honorables personnes apprendront- elles avec quelque surprise qu'à Rome même, au sein du collège des jésuites, on étudie le ciel chaque jour par les mé thodes modernes et avec un succès auquel nous avons bien souvent rendu hommage, sans s'occuper le moins du monde de le faire cadrer avec ceux de Job qui so- Udissimi quasi œrefusi siint ; on y cultive une météorologie bien différente de celle de la Genèse, des Psaumes ou des Proverbes, pourquoi en serait-il autrement de la Géologie ? Je ne dis pas tout cela pour vous, mon cher abbé (M. Moigno), car vous savez mieux que personne que la science peut se développer librement sans porter atteinte au sentiment religieux, et vous avez admirablement prouvé, par votre exemple même, qu'au lieu d'aboutir au matériahsme, elle nous'^ramène tôt ou

tard à la pensée de celui qui a fait] l'homme à son image (Gen.,i, 26 et ix, 6).

Telles sont les objections auxquelles j'ai à répondre. Elles demandent une réfutation détaillée -, je la ferai précéder de quelques observations nécessaire's.

On a pu croire, et l'on a plusieurs fois répété , que la Bible devait être mise en dehors des discussions géologiques, par cette considération que le but des livres inspirés n'était pas de faire de la science. Celte assertion manque d'exactitude. La science et la révélation ne peuvent être séparées.

L'annaliste des six jours, en énonçant des faits de l'ordre physique, et par cela seul qu'il était sous Finfluence de l'Esprit-Saint, n'a pu errer en aucune manière, surtout lorsqu'il affirme des vérités formant, la base de son récit.

La forme ou les circonstances qui servent comme d'enveloppe à ces' faits définis, ou simplement à "des phénomènes issus d'un principe de science, pourront quelquefois nous faire hésiter sur l'intention d'un écrivain sacré;- mais toujours et d'avance nous sommes assurés que sa pensée, débarrassée des accessoires qui la masquent plus ou moins, ne peut être qu'une vérité formelle et entière.

La conclusion de ces préliminaires est facile à déduire. Au lieu d'écarter systématiquement et en bloc . les notions de l'ordre physique, répandues dans nos livres saints, par cela seul qu'elles sont difficiles à préciser, nous devons, au contraire, redoubler d'attention et de soins, afin de les bien saisir, afin qu'elles deviennent des jalons précieux, des points de repère , assurés pour nos recherches hésitantes et incertaines. D'un autre côté, il faut que nos exégètes français évitent enfin d'éconduire dédaigneusement la géologie, ^ et de néghger ses dépositions, sous le vain prétexte qu elles sont souvent entachées d'erreur.

« Si la science, dit, dans un récent ouvrage^ un apo- » • logiste distingué de nos croyances rehgieuses, prend » à sa charge aujourd'hui des thèses aventureuses » qu'elle abandonnera demain, il ne faut pas .alléguer » ses témérités contre ses incontestables certitudes, ni - » ses recherches contre ses acquisitions ^ elle est en » possession d'une foule dé démonstrations contre les- » quelles le doute le plus méthodique ne saurait préva- » loir^ et, de même qu'on trahit la foi, en la livrant » aux caprices travestissants de la science, ce serait la » compromettre que de nier la science pour l'honneur » de la foi (1). » Nous ne pourrons dire la douloureuse impression que nous ont fait'éprouver quelquefois les paroles d'hébrahisants de grand mérite, nous déclarant

(1) Le boiijs sens et la foi, par le P. Caussette.

qu'ils n'avaient pas cru devoir tenir compte, dans letir traduction de la Genèse, des faits attestés par Tobservaiion. Comme si le meilleur moyen de savoir ce que l'historiographe de la création a voulu décrire, n'était pas de connaître ce que Dieu a fait. Ce qu'on ne saurait expliquer, disait, il y a quelques années, un professeur allemand, d'un profond savoir, c'est que de nos jours encore certains théologiens traitent la science naturelle en ennemie de la révélation.

Tout , à notre époque, dit-il encore ailleurs , fait un devoir au théologien, surtout lorsqu'il veut expliquer l'Ecriture Sainte, d'étudier la science naturelle, afin de bien connaître les résultats qu'elle a acquis (1).

Assurément, nous sommes loin d'admettre toutes les prétentions des géologues modernes.Nos études publiées dans les Mondes le prouvent surabondamment. Mais toutes ne sont pas également à rejeter. Il en est, au con- . traire, que nous prenons en considération très-sérieuse, parce qu'elles doivent être respectées. Telle est, entre autres, celle de la longueur des -périodes ou jours primitifs. Puisque nous avons commencé la défense de cette grande cause, nous la continuerons dans le présent opuscule, malgré tout ce qui nous manque pour- une pareille tâche. Puisse une voix plus accréditée que la nôtre, ne pas tarder à venir faire oublier nos essais !

L'exposé des raisons de M. Faye a cet avantage sur beaucoup d'autres, qu'il est net et précis, comme on

(1) La Bible et la nature, par l'abbé Reuch.

devait, d'ailleurs, l'attendre d'un esprit droit et supérieur. Le moyen d'irrigation, signalé par la Bible, ne peut être, selon lui, que le résultat d'un miracle ,- autrement il supposerait , dans l'auteur de la Genèse , des notions de science qu'il ne pouvait avoir, ces connaissances faisant absolument défaut parmi les^ anciens avant et même longtemps après 3Ioïse.

La science proprement dite, ajoute encore l'illustre académicien, n a jamais été, et ne saurait être l'objet de l'inspiration directe. Nous répondrons, au cours de cet écrit, à toutes les étonnantes allégations qu'on vient d'entendre. Elles sont sérieuses, et d^autant plus importantes que, loin de rapprocher la science de la religion, elles tendent, au contraire, à agrandir la distance regrettable qui déj.à les sépare.

L'honorable M. Faye oppose, en effet, comme impossibihté à ma preuve de la longueur. des périodes, indiquées par l'Annaliste sacré, la thèse générale et malheureusement beaucoup trop accréditée,aujourd'hui,du défaut de science chez les peuples primitifs. Rien encore, à mes yeux, n'est plus funeste à la saine interprétation des traditions bibliques, que ces idées inexactes et préconçues. Avec elles, l'historien de la création, quand il lui arrive de toucher à des vérités de l'ordre physique, est réduit à ne les consigner dans son livre, qu'à son insu, pour ainsi dire, et sans avoir conscience de ce qu'il écrit. Un rôle semblable n'est pas acceptable. D'abord, parce qu'il n'est pas vrai, ensuite parce qu'il bumilie sans nécessité le grand Ecrivain des Hébreux ?

enfin parce qu'il a l'inconvénient d'augmenter les difficultés pour l'exégète qui s'est donné la tâche de traduire le récit génésiaque. -

Par ces motifs, je me crois obligé de ramener à leur juste valeur touteslesallégationsdontilvient d'être parlé -, et attendu qu'on a singulièrement abusé contre la religion du prétexte non justifié que je m'efl'orce de combattre, je demanderai à mon éminent contradicteur, quand j'en serai rendu à cette partie de moin travail, la permission d'étendre ma réponse quelque peu au-delà , de ses dénégations, et d'étudier devant lui l'état de culture intellectuelle des peuples primitifs.

Pour le ,môment^ je dois m'appliqùer à rechercher quellea été anciennement la théorie géogénique acceptée, * soit par les Juifs, soit par les nations payennes.

La division de cette étude, en réponse à M. Faye, se trouve naturellement tracée par le titre même qu'elle porte. Je réfuterai ensuite, une à une, les autres difficultés qui me sont opposées, et que je neveux pas laisser sans réponse. .

Tout djabord, pour facihter l'intelligence de mes preuves, j'étabhrai cette proposition fondamentale : que la création s'est faite par des loisj et non instardanément, comme semble le croire le très-savant académicien dont je viens contester les affirmations. Je m'empresse d'ailleurs de rendre justice à l'exquise courtoisie avec laquelle il a exposé sa manière devoir à l'encontre de la mienne. Je l'en remercie, et je veux que sa délicatesse de langage soit mon exemple.

La création de l'univers s'est faite par des lois.

La formule du symbole qui exige de nous un acte de foi en Dieu, créateur du ciel et de la terre, ne s'exprime pas sur la manière dont les choses se sont accomplies so«s la main du Très-Haut. Elle ne dit pas si le monde a été fait d'un seul jet et à l'état adujte, ou s'il s'est élaboré lentement, progressivement, et par des lois s' ajoutant successivement les unes aux autres.

« Il n'est pas prescrit, dit le Père Caussette, die croire » que Dieu a donné rëxistence à un monde adulte; » peut-être même la toute-puissance créatrice ressort- » elle mieux, dans l'hypothèse, d'une matière produite » à l'état simple, et perfectionnée ultérieurement' pat j) dès lois sans cesse agissantes. Cette opinion ^ selon » le P. Pianciani, ne diminue en rien l'action du Créa- » te tir; elle nous montre même, sous un jour plus » merveilleux, la sagesse qui imprima aux molécules » des mouvements si mesurés, qu'il devait en résulter » tant d'eflets admirables pour la formation et la con- » servation des globes, soit dans le passé le plus recu|é, » soit dans le cours des siècles à venir (1). » Cette opinion, que la foi autorise autant que la première, a pour elle le témoignage des faits observés.

Afin de mieux formuler notre opinion sur la forma -

(1) Le bon sens de la foi, II« vol. p. 392.

tion de l'univers, nous dirons : Qu'à un moment déter- ' miné j Dieu s' étant donné la matière et l^ attraction en général, en composer \j.n monde, était le problême de la création.

A ce simple énoncé, j'entends déjà des hommes religieux, d'ailleurs intelligents et instruits, mais trop facilement dédaigneux des faits observés, nous demander si' Dieu y dont la puissance est infinie, n'aurait pas pu créer la terre dans ^l'état où nous la voyons, et sans Favôir fait passer par toutes le,s transformations que supposent les récits géologiques ?"

Cette objection qui ne repose que sur l'absence' de notions scientifiques, a déjà été réfutée, de toute manière, par les hommes qui ont fait de la difiiculté présente une élude spéciale.

11 semble qu'après tant de lumineuses réponses ^ le système insoutenable de la création instantanée des diverses parties de la terre eût dû être, à tout jamais, abandonné. Pourtant il n'en est rien. Je demanderai donc la permission dé répondre, encore une fois, mais en apportant des preuves nouvelles, à l'éternelle redite que l'on continue à nous opposer.

Sans doute, si nous considérons' la puissance de Dieu, la création instantanée est possible. Mais là n'est pas la difficulté à résoudre. Ce qu'il s'agit de bien établir est simplement une question de fait, et rien de plus. Dieu a-t-il produit, oui ou non, ses merveilleux ouvrages par des lois, et avec le concours du temps? Tout est là;

Nous répondons sans hésiter: Oui, le Créateur a procédé par des opérations successives et par des lois. L'analogie d'abord est en notre faveur.

« La nature et la grâce, dit M^'' Meignan, nous » montrent, à la fois, que Dieu se plaît à agir par de- » gré, et à n'aller au but que par des progrès lents et » quelquefois insensibles. Dieu annonça la rédemption . » dans le paradis terrestre , et quatre mille ans au » moins s écoulèrent jusqu'au jour de la venue du » Messie promis. Le Christ veut que toute la terre re- » çoive l'enseignement de l'Evangile; et cependant il a » fallu des siècles pour que même son nom parvînt aux » peuples de l'Amérique et de l'Océanie. Dieu est pa- » tient, dit saint Augustin, parce qu'il est éternel (1).

» Ni l'art ni la nature, dit Bossuet, ni Dieu même » ne produisent tout à coup leurs grands ouvrages ; » ils ne s'avancent que pas à pas. On crayonne avant » que de peindre, on dessine avant ^ue de bâtir j et ^> les chefs-d'œuvre sont précédés de coups d'essai. » La nature agit de la même sorte (2).

Trois preuves, à nos yeux également décisives, peuvent être invoquées en faveur du fait capital que nous avons à établir : .

1° Les phénomènes indéniables de Tordre physique et chimique ; -

2» La rigoureuse exigence du plan divin ; -

(1) Le monde et l homme primitif.

(2) Sermon sur la Nativité de la Sainte Vierge.

3° La teneur elle-même des textes sacrés.

Reprenons :

Quand nous jetons les yeux sur une carte géologique, la première chose dont nous sommes frappés, c'est l'énorme disproportion qui existe entre les terrains fossilifères et ceux au milieu desquels on ne rencontre aucune trace de vie. Si nous examinons avec quelque attention les montagnes appartenant à ceux de la première catégorie, nous voyons que les dépouilles des êtres marins se trouvent inclus, à une profondeur considérable, dans la pâte même des protubérances dont il vient d'être parlé, et à toutes les altitudes.'Ils ont donc été enveloppés par les matières ambiantes alors que les masses montagneuses étaient en voie déformation. Mais si nous essayons de rapprocher ces faits, aussi importants qu'ils sont incontestables, de la teneur du récit génésiaque et de ses affirmations relatives à la création des Continents, au troisième jour, la conclusion, qui ressort logiquement de cette comparaison, est toute contre nos antagonistes. ,

En effet, puisque, d'après la Bible , la terre ferme .a été produite, au troisième jour, et que les premiers êtres vivants dont les dépouilles sont partout répandues dans les calcaires et jusque. dans les terrains siliceux, n'ont paru qu'au cinquième , il s'ensufit ou bien que Dieu a opéré par des lois dans l'accomplissement de ses ouvrages, ou, qu'il a créé les continents à deux lois. Et encore faudrait-il admettre, dans cette dernière hypo-

thèse, que les lerrains fossilifères seraient sortis des mains du Créateur avec les débris d'êtres vivants qu'ils contiennent. Mais quel est l'homme de conviction religieuse, ou simplement de sens commun, qui voudrait prêter à Dieu des actes que nous sentons répugner à notre déhcatesse et à notre raison? Non, non, les continents ne sont point le résultat de deux créations distinctes-, et Dieu, par anticipation, n'a point appelé du néant des animaux en ruine , pour les répandre avec profusion et sans but dans son œuvre.

Nous avons dit qu'on peuiinvoquer l'exigence du plan diviai. C'est, qu'en effet, nous voyons celui-ci apparaître et se dessiner dès les premiers traits de sa mise à exécution. Ce que nous avons dit ailleurs des préparations faites pour une vaste opération chimique et minéralogique, et ce que nous dirons tout à l'heure de lafécon^ dite, de Fénergie et de la précision des causes qui ont été mises en jeu pour la conduire à fin, ne laisse place à aucun doute non-seulement sur la pensée créatrice, mais encore sur la marche qu'elle s'est proposé de suivre dans l'accomplissement de ses éternels desseins. Est-ce que les matériaux rassemblés , ajustés pour /la construction d'un édifice, ne révèlent pas déjàles moyens d'exécution conçus et adoptés par l'architecte ? Est-ce que l'expérience préparée avec précision dans le laboratoire du savant, n'indique pas à l'avance le but de ses recherches et les moyens qu'il veut mettre en œuvre pour l'obtenir ?

Ainsi s'est traduite, dès le commencement, de son œuvrej la pensée du divin architecte. Nous l'avons surpris jetant les' fondements d'un grandiose édifice. Sa sagesse infinie nous assure d'avance qu'il atteindra, sans variation, le but qu'il s'est proposé d'obtenir dans ses merveilleuses'conceptions. Dieu n'est^'pas, comme l'homme, sujet au .changement. Quand il a posé une loi, il ne la laisse pas inutile pour essayer d'autres moyens. Le fait seul de l'établissement de cette dernière pprte avec lui la garantie qu'elle aura son plein et entier effet. ^ . .

Or, il est manifeste, d'après le récit génésiaque, qu'avant le premier Fiat^ organisateur de la matière, la grande loi de l'attraction, la loi fondamentale et.ad^ mirable de là combinaison existaient, ainsi que toutes celles qui se rapportent à la chaleur et à l'évaporation des eaux. Ce fait résulte logiquement de celui de l'existence de l'eau, qui elle-même n'est qu'un composé d'oxygène et d'hydrogène, deux volumes du dernier pour un volume du premier. Et l'on voudrait que Dieu, après avoir posé la cause et préparé tous les moyens d'action qui lui étaient nécessaires, aurait abandonné tout à coup son plan et la partie déjà faite de son œuvre, pour suivre une autre voie que rien ne justifie! En vérité, nos adversaires n'y pensent pas. Mais, au reste, qu'ils opposent enfin à nos arguments autre chose que de gratuites dénégations, nous sommes prêts à les entendre.

La troisième preuve, que nous avons à faire valoir,

se tire des textes mêmes de la Genèse. Loin de laisser " entendre que Dieu ait créé le monde instantanéinent, Moïse nous dit^.tout au contraire, qu'il s'y est pris à six fois ; que dis-je ! à neuf fois ; car au troisième jour, il a produit deux choses par deux opérations distinctes i y aride et la végétation. Le sixièrhe a été plus riche en-core en crantions. Il a vu naître successivement les animaux terrestres, Adam et Eve, sa compagne.

Mais ce n'est pas tout : comme le génie, qui a conçu le moyen d'ulihser un moteur inconnu, essaie une à . une, deux à deux, etc., après les avoir ajustées, les pièces du mécanisme qui doit traduire sa pensée et réahser ses espérances. Dieu n^ajoute une loi à une loi qu'après s'être, pour ainsi dire, assuré que Tune fonctionnera bien avec la précédente, sans la détruire, ni la gêner. Il s'arrête, dit Moïse, contemple son œuvre qu'il a miseà l'essai, et après en avoir constaté la parfaite justesse et le jeu merveilleux, il afïîrme que le succès est plein et entier. Fiait Deus quod esset honum^ et il. passe â une autre opération. Qui ne voit ici les lois par lesquelles il a plu au Créateur d'opérer et de produire ses incomparables ouvrages? Qui ne reconnaît ici les phénomènes auxquels le Seigneur faisait allusion quand il demandait à Job s'il connaissait les transformations qui s'étaient opérées dans le Ciel et les élaborations qui s'nccomphssaient en même temps sur la terre. Scis au^ teni commutationes cœli aut qiiœ, siib cœlo simul facta sunt? (Cap. xxxvilI-33. V. des Sept.) Tout jusqu'aux

termes eux-mêmes" par lesquels Dieu impose sa volonté k la matière^ porte l'empreinte- d'an ordre, d'un décret. Voyez comme il commande : Fiat lux..... fiât firmamentwn in medio aquarum... congregentur' aqu(B in unum locum et appdrèat arida....^. Que la lumière se fasse... qu'un firmament sépare les eaux des eaux.... que les eaux inférieures soient réunies en- . semble, et qu'une matière solide apparaisse... etc. Sous toutes' ces formules, ne trouve-t-on pas manifestement la loi indiquée par l'effet qu'elle doit produire , et que l'auteur de toutes choses s'est proposé d'atteindre ?

Cependant si le monde a été créé par des lois successives, tout naturellement il a dû se déduire d'une matièrepremièfe sur laquelle se sont exercées ces mêmes lois. -

Cette conséquence paraît tout à fait logique. Loin d'y contredire, on peut assurer que les pages de l'historiographe du Créateur la confirment de tous points. Consultons-les, en faisant préalablement observer que les 'deux premiers chapitres de la Cenèse coustituent deux parties d'un même récit. La première va ]usqu h Istœ . sunt generationes cœli et terrœ ; et c'est l'exposé proprement dit de la création. Le reste n'en est que le commentaire.

11 sufîit dehre attentivement ces deux pièces importantes, pour constater par soi-même les caractères qui . les différencient.

L'une, la première, peut être regardée comme une

soTieâe symbole de la création que Moïse avait reçu des Patriarches, ses ancêtres, et que, par respect pour son auguste origine, il a cru devoir reproduire intégralement et sans le modifier en aucune sorte , sauf à le compléter par des commentaires.

Quand au moyen âge on a divisé la Bible en chapitres, l'idée de terminer le premier, avec les six jours, paraît avoir motivé la séparation, là où elle se trouve aujourd'hui, tandis qu'elle devait être placée après ce qui concerne le septième jour , qui véritablement complète" la semaine de la création.

Quoiqu'il en soit de ce dernier détail, les paroles, ' fstœ sunt (jenerationes cœliet terrœ quando creala sunl^ appartiennent, de l'aveu de tous, à Moïse. 11 importe donc au plus haut degré" pour avoir la pensée de ce grand historien, de bien connaître le sens net et positif des expressions précitées qui ont été traduites de bien des manières. Il faut convenir que si le moi generationés doit être pris dans son sens propre de génération^ autant toutefois qu'il peut l'être étant appliqué à la matière même inorganique, la théorie que nous soutenons, en ce moment, de la transformation des éléments prmordiaux par des lois, s'y trouve nettement indiquée. Or, ce sens caractéristique, et en apparence extraordinaire, ne se trouve pas seulement indiqué par tout ce que nous avons dit précédemment, il résulte de la racine même des mots employés dans la langue primitive. Ecoutons, à cet égard, deux hébraïsants de grande réputation et

d'autorité incontestée. Ce sont MM. Glaire et Franck, dont les efforts réunis sont parvenus à. Jeter un si grand jour sur bon nombre de passages plus ou moins obscurs de nos textes sacrés.

Je fais d'autant plus volontiers appel au savoir profond des deux éminents philologues, dont je viens de citer les noms, que Tun d'eux, au moins, a défendu, toute sa vie, le système des jours de vingt-quatre heures ei, conséquemment, celui des créations instantanées. , Avant de rapporter leur témoignage, nous«devons citer en entier le passage du texte en question, etle fairesuivre de quelques observations importantes, auxquelles on ne paraît pas avoir songé : Istœ sunt generationes cœli et terrœ quando creata sunt, in die quo-feciî Domînus Deus cœlum et terram. Les mots cœ/wm et terrain^ deux fois répétés dans la même phrase, sont ici manifestement pris dans deux sens différents. Dans le premier membre, ils nous paraissent simplement indiquer, par rapport à l'homme, toute la matière contenue au-dessiis et audessous de lui, ou, en d'autres termes, toutes les choses -d'en haut et toutes celles d'en bas. Lès expressions qui les suivent immédiatement, quando creata sunt, marquent leur origine, résultat d'une création ex nihilo. Le mot creavit, en effet, n'est employé que trois fois dans le,récit du premier chapitre dé la Genèse, l'une pour la création de la matière, au commencement, et les deux autres pour celle des animaux et de l'homme en dernier lieu Le cœlum et teuam qu'on retrouve dans la seconde

partie de la phrase avec le mot fecit seulement, semble devoir se rapporter àrarrangemènt, à rorganisation duciel et de la terre, telle que nous les voyons aujourd'hui- Cette désignation aurait pour complément ce qui est dit au premier verset du second chapitre, igitur perfecti sunt cœli et terra et omnis ornaius eorum. La double création dont nous voulons parler ressort encore manifestement de ces deux autres expressions, qui se trouvent au même endroit, cessaverat ah onini opère suo quod creavit Deus ut Jaceret. ïl avait accompli son Ouvrage, ou, si mieux on aime, il avait épuisé les matériaux qu'il s'était donnés pour les mettre en œuvre.

Ceci posé, arrivons à la traduction de MM. Glaire et

Franck. Elle sera maintenant plus facile à saisir. « Voici,

» disent- ils, ce qu'ont produit les deux et la terre dès

» qu'ils furent créés. » Et^ pour qu'on ne puisse se

méprendre sur leur pensée aussi juste, croyons-nous,

qu'elle est neuve et. remarquable, ils ajoutent celte

note : « La- signification que nous donnons au mot hé-

» breu rendu par generationes^ et qui paraît tout-à fait

« nouvelle, n'est nullement arbitraire^^ elle est fondée

» sur sa racine même, qui signifie engendrer, donner ^

» naissance, produire. Qu'on nous montre, d'ailleurs,

» un passage où cette signification ne soit pas appli-

» cable? C'est donc à tort qu'on l'a rendue jusqu'ici

n par origme^ histoire, sens si contraire à son étymo-

i> logie et si peu convenabletaux différents passages

» où ce mot se trouve employé, comme nous le ferons

5> voir, etc Ce n'est point ici la même histoire déjà

» racontée dans le chapitré précédent, comme l'ont » cru faussement Eichorn et autres, qui ont voulu » inférer de là que la. Genèse était l'ouvrage de plu- » sieurs auteurs. Il n'y est question que des choses » que le , ciel et la terre, comme éléments^ ont pro- » duites pour ainsi dire d'eux-mêmes, quoique par la » volonté du Créateur, tandis que, dans le premier » chapitre, il n'est parlé que des créatures que Dieu a » produites immédiatement par sa parole ». Sui-, vei^t des explications où se traduisent de pénibles efforts faits par les auteurs précités pour accorder le cri instinctif de leur conscience de philologue avec leurs idées erronées sur les créations du ciel et de la terre dans des jours de vingt-quatre heures (1). Nous n'avons point à nous en préoccuper ici. Nous aimons mieux faire observer que, sur le frontispice du livre de Moïse, le mot Genèse ou génération., mis au lieu de cet autre, créations, qui se présentait de lui-même à la pensée^ n'a point, été préféré par les traducteurs grecs sans de sérieux motifs, qu'il est maintenant facile d'apercevoir. Ils avaient sans doute compris, comme

■ (1] Au lieu de se jeter avec tant de subtilités dans' des distinctions inutiles pour expliquer leur pensée relativement à la génération des corps inertes et composés , les deux savants exégètes auraient pu simplement ouvrir un. traité de chimie. Dès les premières pages , ils y auraient trouvé dans les mots oxijgène (qui engendre les oxydes] et hydrogène (qui engendre l'eau), des exemples d'autant plus précieux, qu'ils sont offerts par la science la plus avancée.

MM? Glaire et Franck, et longtemps avant eux, que la racine hébraïque du mot traduit en latin par g'eneraiîo, voulait dire engendrer^ produire. Tant il est vrai que la tradition elle-même nous offre, en cet endroit, son puissant. témoignage sur le sens que nous nous efforçons de faire prévaloir. . -

Nous conclurons donc de tout ce qui vient d'être dit, que, d'après la Bible, comme d'après la science, la terre s'est élaborée lentement, successivement et par trans formation d'une matière primitive. C'est ma proposition.

Arrivons maintenant à la théorie géogénique indiquée par la Bible.

LA THÉORIE GÉOGÉNTQUE

I>E;S AIVOI3SIVS.

La mention, dans la Genèse, du système d'irrigation provisoire établi par Dieu au troisième jour, cessera de paraître extraordinaire à mon illustre et savant contradicteur, quand il connaîtra bien la pensée entière de Moïse sur la formation delà terre. Nous allons donc la rechercher attentivement et établir les trois propositions suivantes :

1" D'après le récit de l'Annaliste sacré, nous devons admettre que la terre, au premier des six jours de la créatiop, n'était qu'une masse aqueuse et par conséquent liquide toute - entière» En d'autres termes, les eaux n'étaient , point soutenues, comme elles le sont . aujourd'hui , par une charpente, rocheuse ou des continents cachés sotis les mers.

2° Les océans n'ont point été formés par le déplacement des eaux marines poussées et conduites dans des bassins préexistants, mais, au contraire, les continents, en se solidifiant sous les eaux, les ont enfermées et contenues dans l'état où nous les voyons aujourd'hui.

3o Au moment où les lerres fermes ont émergé, des commmiications restées libres entre lès mers supérieures et celles de dessous que Moise appelle le grand abîme , ont fait affluer sur les continents des masses d'eau considérables, tendant toujours à les inonder et à les submerger.

On conviendra que, si dans l'esprit de Moïse, les choses se sont passées comme nous venons de dire, ce n'a pas été sans qu'un laps de temps considérable fût employé à l'accomplissement des phénomènes.

Et le grand historien a ûA avoir la conscience d'affirmer la longueur des périodes, quand il parlaitde Tarrosement des plantes au troisième, jour. Or, nul doute pour nous que la pensée de l'auteur de la Genèse ne soit conforme à l'énoncé des trois propositions cidessus exposées» Essayons d'en faire la preuve.

Sans nous préoccuper des premières transformations de la matière cosmique, sur laquelle Moïse ne s'exprime pas, nous prendrons le globe terrestre tel qu'il est décrit au second verset de la Genèse : Terra et al inanis el vacua.. Suivant les Septante, il faut Hre : erat invisibilis et incomposita.

On a essayé de bien des manières de traduire les

célèbres mots Tôhu et Bôhu, qu'on rapporte générale-

" ment, l'un à l'intérieur de la masse initiale de la terré

et l'autre à sa surface. « Tous les deux ,^. disent

» MM. Glaire et Frank, signifient le néant plein à'hor-

» reur , avec cette^ différence que le premier semble » correspondre, à pe u près , à l'idée sans fond, sans » base (Job, XXVI-.7), eM'aulre à celle ^e sans limites » ni bornes saisissables (1).

Toutes les variantes que ]ixi pu recueillir reviennent en effet, pour la première expx^es'sion, aux idées de néant, chaos ou choses mélangées, agglomération de matière molle et sans consistance, masse informe, sans base ni sans fond (abîme).

Mais, , de toutes ces interprétations, en est-il une seule qui laisse supposer des continents sous les eaux ? Pas une. ,

La traduction que je donne ici du second verset du premier chapitre de la Genèse n'est point arbitraire. Elle est imposée non-seulement pas le sens obvie des mots et par la nécessité d'accorder le texte sacré avec les faits scientifiques les plus certains, et en particulier avec la fluidité primitive du globe, si bien constatée par la géodésie, mais elle est encore rendue nécessaire par une foule d'autres raisons qui seront développées au cours de cette étude. Car mon point de départ, pour l'interprétation du mot inanis^ s'appuie surtout sur les phénomènes observés, tandis qu'on n'a invoqué le plus souvent jusqu'ici que des considérations philologiques, résultant des comparaisons nécessairement peu multipliées des expressions de la Genèse avec celles des autres parties de la Bible. D'ailleurs, il

(1) le Pentatmqm, avec une .traduction français». Note du v«ri«t 2.

fautbien l'avouer, ce même mot inanis a été une vraie source d'embarras pour la plupart des interprètes, qui n'ont su comment le traduire, et surtout l'accorder avec Pidée' préconçue de continents sous -marins. De Sacy et le père de Carrière ,ont écrit : La terve était informe et toute nue. L'abbé de Vence €st passé par dessus la difficulté. Il n'a pas même rendu le mot inanis. Il a simplement dit : que la terre était tonte nue.

Le texte des Septante a cela de remarquable qu'il, qualifie l'état primitif dé la matière incomposita^ non coordonnée, en indiquant une relation avec ce qu'elle devait devenir et ce qu'elle est, en effet, devenue au troisième jour. A celte période était réservé l'accomplissement de l'un des plus grands phénomènes de la création, à savoir : le passage de la matière de l'état liquide à la consistance agrégée et solide.

A l'appui des considérations qui précèdent, nous pouvons encore ajouter le témoignage de saint Pierre.

On ne sera peut-être pas peu surpris de nous voir faire intervenir le chef des Apôtres, pour la solution de la difficulté qui fait l'objet de cette étude .

Cependant ce serait bien à tort, car saint Pierre s'est expressément occupé des deux plus intéressantes questions de la géologie : la formation et la destruction de la terre (1).

Son témoignage donc, à ne le considérer que comme

(1) La terre et les deux doivent être détruits par le feu. — Eodem verbo repositi sunt igni reservati. Job , de son côté , a co;istaté la même tradition au chapitra d» son livre XIV, v. H.

.expression- du courant traditionnel qui/lui a éYidem ment apporté ses notions géogéniques, ne peut être pour nous que d'un très-grand prix.

Voici dans quelles circonstances et par quels motifs particuliers saint Pierre a été conduit à dire comment la terre s'est formée. Tout préoccupé des dangers qui entouraient déjà la foi des nouveaux convertis,il cherche à "prémunir ces derniers contre les insinuations de la doetriiie anti-chrétienne de la matière éternelle.

Il Tiendra, dit-il aux fidèles de son temps, des hommes qui se livreront à toutes les passions, ne craignant pas de dire : Que sont devenues les promesses de l'avènement du Christ ? Car, depuis que nos pères sont dans le sommeil de la mort, toutes choses demeurent au même état qu'elles étaient au commencement du monde. Mais, ajoute-t-il, c'est par une ignorance volontaire qu'ils ne considèrent- pas que les Cieux furent créés d'abord, puis la terre, qui, par la parole divine, prit sa consistance de Veau et par Veau. Cœli erant prius et terra de aquâ et per aquam consistens Deiverbo (1).

Quelle étonnante affirmation! Mais si. la terre s'est soUdifiée dans l'eau et par l'eau , elle était donc à l'état liquide^

Enfin, nous pouvons encore invoquer la déposition des faits chimiquement accomplis et celle des principes même de la science.

. (l)IlPetr., III-4. -

Pour procéder avec méthode dans l'exposé de cette discussion, nous partirons d'un fait indiscutable, lequel peut s'énoncer ainsi ;

La presque totalité des matériaux, dont se trouve aujourd'hui construite la partie solide du globe, sont des composés d'éléments préexistants. Quel que soit le mode de formation de ,ces matériaux divers, ils constituent certainement dans leur ensemble un état, de chose qui n'est pas originel. • La' science et le bon . sens sont en" complet accord à cet égard.

Mais si les couches continentales sont une agrégation de composés, leurs molécules, à un moment donné, ont diï être en liberté. Déjà, longtemps avant les découvertes de la science moderne, les anciens avaient fait de cette vérité une sorte d'axiome : elementa non agunt nisi soluta. Ajoutons que tous les progrès de la chimie, soit minérale, soit organique, n'ont fait que confirmer en lout point ce principe fondamental, ainsi que toutes les déductions qu'on en peut légitimement tirer. Mais ce qui est venu le mettre dans un rehef nouveau et tout particuher, c'est la découverte inattendue de l'aplatissement des. pôles de la sphèreterrestre et de son renflement à l'équateur.

Double preuve, ou, si on le préfère, contre-preuve de la réahté d'une fluidité primitive de notre planète, et conséquemment de l'état de liberté où se sont trouvées, à l'origine des choses, les molécules constitutives de la croûte solide de la terre. Cette magnifique et

importante conquête du génie humain sur les mystères ■ qui enveloppent laformation du monde, sera son éternel honneur, et la géodésie peut dès aujourd'hui en revendiquer la gloire devant Dieu et devant les hommes.

Ainsi la science comme la Genèse réclament du temps et beaucoup de temps pour la solidification de la croûte terrestre. Si vous demandez à la Bible par laquelle des deux voies, sèche ou humide, se sont accomplis les phénomènes, elle vous répond :

Les ténèbres couvraient la face -de l'abîme et l'es'prît de Bien était porté sur les eaux, ou mieux peut-être échauffait les eaux. Tenebrœ erant super faciem abyssi, etspiritus Dei ferebatur super aquas. Donc pour nous l'abîmej dont il est ici purlé, était une masse aqueuse. Que peUt-on opposer à un témoignage aussi formel ?

Ainsi, pour nous résumer sur ce point de la fluidité primitive du globe, et de Tétat de liberté où ont *été, à l'origine des choses, les molécules constitutives de son enveloppe, affirmons que l'exactitude de cette proposition fondamentale n'est pas contestable. Trois dépositions également nettes, positives et sûres, nous l'attestent : ce sont celles des principes fondamentaux de la science chimique et minéralogique • celles des observations et des mesures de la géodésie; enfin le témoignage le plus explicite de l'Ecrivain sacré. Il faut convenir que bien, des vérités, acceptées sans conteste, sontJoin de reposer. sur des bases aussi sohdes.

Nous tiendrons donc désormais pour démontré que

la terre, au moment.de sa fluidité, était liquide toute entière et. sans charpente solide à son intérieur. Ce point est capital, et simplifiera grandement la démonstration de la proposition suivante que nous avons à établir et qui est ainsi conçue : -

Les océans n'ont point été formés par le déplacement des eaux marines poussées et conduites dans des bassins préexistants ; mais, au contraire^ les continents , en se solidifiant sous les eaux, les ont enfermées et contenues' dans Vétat où nous les voyons aujourd'hui.

Généralement on a traduit le texte Congregentur aquœ in unum locum et appareat arida, par des termes qui emportent l'idée d'un transfert des eaux, allant d'un lieu dans un autre, et roulant sur une charpente rocheuse préexistante. Cette interprétation préconçue a faussé, nous pouvons dire le mot, toute la pensée génésiaque, relativement à la formation de la partie" solide du .globe. ^ Les commentaires pris dans la Bible elle-même sont formellement opposés à tout ce qui ressemble à un déplacement des eaux entraînées vers un bassin préalablement creusé. Ils disent au contraire, avec toute la clarté possible, que c'est en s'élevant, en s'édifiant autour des abîmes, que les digues ont fini par triompher de leur force expansive, et les contenir en un seul lieu, ou mieux encore en un ensemble j in unam congregationem , ainsi que s'expriment les Septante. La différence des deux expressions est con-

sidérable et facib à saisir. L'une suppose -nécessairement le déplacement des eaux dispersées au loin, et misés en mouvement pour se rendre au lieu de leur séjour définitif. L'autre indique une simple séjiaraiion entre la partie solide du globe e,t celle qui devra rester liquide, laquelle se concentrera en un seul tout, in unam-con'gregationem, et livrera place à un aride. Je dis à un aride et non à l'aride , parce que celui-ci n'existait pas encore.

Ce qui va jeter un grand jour sur la distinction importante que nous venons de faire entre l'interprétation des Septante et-celle de la Vulgate , ce sont divers passages empruntés aux livres de- Job et de Salomon. Ces deux grands génies, comme presque tous les auteurs delà Bible, ont touché, dans^leurs -écrits, la grande question de la création du ciel et de la terre. Ils l'ont fait évidemment en concordance avec les traditions ayant cours de leur temps. Les idées émises par eux deviennent naturellement le commentaire le plus précieux que nous puissions désirer sur la pensée génésiaque. Je ne mentionne que Job et Salomon, parce que leur témoignage est plus net et plus explicite. Donnons d'abord la parole au patriarche de l'Idumée.

Sa doctrine n'est pas douteuse. J'ai fixé à la mer ses limites, dit le Seigneur ; je l'ai enfermée dans l'enceinte de mes digues, et j'ai imposé à son impétuosité des clôtures et des barrières, Posui illi (;mari) terminas^ circumponens claustra et portas (1), .

(1) Job, XXXYIII-IO. Version des Sept. A

L'esprit de Job était si fort accoutumé à cette idée, généralement reçue, paraît-il de son temps, que le Créateur avait rendu les eaux captives, au moyen de remparts élevés autour d'elles pour les contenir, que, dans un accès de douleur, il pousse un cri vers Dieu, en lui demandant s'il l'assimilait à une mer ou à un monstre mnrin, pour avoir pris le soin de construire autour de lui une prison. Numquid mare ego sum aut cetus quia circumdedisti me carcere (1) ?

Le livre auquel nous faisons emprunt, nous offre plus que des indications au sujet des fortifications élablies autour des eaux de la mer. Il décrit la manière même dont les choses se sont accomplies sous les eaux, et en termes si exacts et si précis , que la chimie moderne assurément ne les désavouerait pas.

La terre, dit-il, était primitivement divisée comme de la cendre ; j'ai agglutiné ses molécules et j'en ai formé des rochers. Difjusus est sicut terra cinisj et agglutinavi eum sicut lapide cubum (2). Ajoutons qu'à l'appui de ces textes si remarquables et si instructifs , nous pouvons produire une preuve matérielle et décisive. Elle se tire des fossiles que Ton trouve partout à des centaines de mètres au-dessous du niveau actuel des océans. Tels sont, par exemple, les trilobites des terrains schisteux en général. Le raisonnement est facile à saisir. Les animaux, recouverts par les précipités ardoisiers, n'ont reçu l'existence qu'au cinquième jour

11) Job, vii-12.

(2) Jd., xxXYiil-37. V. des Sept.

de la création. Donc, les roches qui les contiennent sont postérieures au commencement de ce cinquième jour. Donc, au troisième, les cavités préexistantes des mers telles qu'elles sont aujourd'hui n'existaient pas. La terre, en se constituant, a donc bien passé par toute la série de transformations que suit la matière., au témoignage de la science, depuis son état atomique jusqu'à ses composés les plus compliqués. L'illustre président de l'Académie des Sciences voudrait-il douter encore que Moise, qui devait connaître toutes les traditions dont il vient d'être parlé, eût la conscience d'une longue élaborationdu globe terrestre, quand il indiquait, au troisième jour, un moyen de suppléer aux pluies qui faisaient alors défaut?

Mais nous avons encore d'autres preuves à faire valoir : ne les négligeons pas. '

. Le savant et royal naturaliste de Jérusalem est peut-être plus explicite que le prince' de l'Idumée, et surtout plus complet, en ce qu'il fait connaître la cause qui a été mise en jeu pour produire l'effet que Dieu se proposait d'atteindre. C'est bien par une loi posàirej le mot y est, que Dieu a construit les remparts qui contiennent les mers. Mais il faut citer les paroles mêmes de Salomon. C'est la sagesse divine qui parle. Le Seigneur, dit-elle, m'a possédée au commencement de ^es

voies J'étais présente alors que les cieux opéraient

leur travail d'élaboration, quand à l'aide d'une loi fixe, et sous une forme circulaire, il construisait des

fortiflcalions autour des abîmes. Quando prœparàbat cœlos aderam; quando certa lege et gyro vallabàt abysses (1). ^

De même que l'auteur du livre de Job, Salomon, dans un autre de ses ouvrages, indique que les continents ont pris naissance dans une matière à l'état de dissolution, à Tétat informe, creavit orbem terrarum ex materiâ invisâ (^Saip. 11-13). Que peut-on réclamer de plus clair et de plus formel ?

Un détail intéressant serait assurément .celui qui nous ferait connaître à quelle époque et par qui les traditions primitives ont été détournées de leur sens véritable.

En attendant qu'une autre plume se charge de cette tâche importante-, je me permettrai de citer un passage de la Vulgate, qui pourrait bien jeter quelque jour sur la question. /

C'est encore au livre de Job, cette mine inépuisable de renseignements, que nous empruntons notre texte. D'après saint Jérôme, la force du Tout-Puissant aurait rassemblé tout à coup les eaux de la mer. In forlitudine illius (Dei) repente maria congregata suni (Job, XXVI-12).

En présence d'une pareille affirmation, si elle était exacte, toute notre thèse, malgré la richesse et la force de nos preuves, devrait être abandonnée. Mais heureusement il n'en sera point ainsi. Le passage sus-mentionné, comme celui du premier chapitre de la Genèse,

(1) Prov., viii-27.

porte l'empreinte manifeste de l'idée préconçue que nous avons signalée dans l'esprit du saint et illustre auteur de la Vulgate (1).

Si nous, nous reportons au texte hébreu et . aux Septante, on voit que la^ pensée traduite par saint Jérôme n'était pas exacte. Il s'agit de l'apaisement des eaux de la mer, au moment où les continents. luttaient contre elle pour émerger. Voici, du reste, la version des traducteurs de Ptolémée : Virtule sedavit mare, et sciéntia stratus est cetus. L'hébreu est plus précis encore: In potentia ejus sdAit mare ^ et in inlelligenlia sua per- -cussit superbiam. Le mot siq^erbia, d'après les commentateurs, doit être pris dans le sens de robur^ fortitudo. Pour nous, c'est le gonflement de la mer qui est ici indiqué.

Mais quelle a été la cause de cette agitation tumultueuse des eaux primitives, agitation si persévérante qu'elle a donné à la puissance du Seigneur Toccasion de briller avec un éclat inaccoutumé? C'est ce qui va faire l'objet de notre troisième proposition.

En parlant des causes physiques du déluge, Moïse nou^donne un détail précieux et significatif. Toutes les

(1) On sait que le concile de Trente, en déclarant la Vulgate authentique» a borné son approbation à la fol et aux mœurs. Ce sont sans doute les sublimes laconismes de nos Saintes Écritures : Dixit et fada sunt : mandavil et creata sunt, qui, ,pris à la lettre, ont influencé la traduction de saint Jérôme. -

sources du grand aUme^ dit-il', furent rompues : Rwpti sunt omnes fontes abyssi magnœ (1).

De même, pour mettre fin au terrible cataclysme, il est dit que les sources de l'abîme furent closes, fer--' mées^ en même temps que les pluies du Ciel cessaient de tomber. Evidemment le réservoir qui a fourni la partie des eaux supplémentaires pour l'accomplissement des vengeances divines, n'est pas celui des mers supérieures, puisque celles-ci ont reçu, par l'adjonction d'un nouveau liquide, une augmentation de volume. Ce fait, d'après le texte de la Bible, ne paraît pas même pouvoir devenir l'objet d'un doute. La désignation de grand abime, indique assez que le lieu dans lequel les eaux étaient emmagasinées, se trouvait d'une capacité plus grande que le réceptacle des mers ordinaires , appelées simplement l'abîme ou les abîmes.

De ces notions fournies par les passages du récit génésiaque, on peut, je crois, logiquement conclure que, dans l'esprit de l'Annaliste sacré, au-dessous des continents se trouvaient des masses d'eau considérables que Dieu, à un moment déterminé par sa colère, a mises en communication avec le contenu des^ mers superficielles. Mais le dt)uble fait qui se recommande particulièrement à notre attention, est celui-ci : Le Seigneur a enlevé lors du déluge, et replacé les bondés qui donnaient accès au grand oMme. Entre

(1) Gen., vii-ll. • .

Véiat de choses que nous venons de constater et celui qui paraît avoir existé au moment de la formation de Varide^ la ressemblance est frappante. Partout, dans nos livres saints, nous trouvons des allusions évidentes au travail long et difficile de l'éraersion des terres fermes, à l'effort incessant de l'abîme inférieur , pour réagir sur les océans supérieurs, et les pousser à l'envahissement des digues qui les contenaient : enfin à la victoire définitivement acquise aux lois du Créateur.

Encore une fois, Job est aussi explicite qu'on peut le désirer sur ce combat des éléments contre la force qui les. tenait emprisonnés dans d'infranchissables endiguements. Ouvrons de^nouveau son livre et citons. C'est le Seigneur qui parle :

Etes-vous allé jusqu'à la source ^e la mer, et avez^ vous pénétré jusqu'aux -dernières profondeurs de, l'abîme. Aut vemsti ad [ontem maris, aiit in vestigiis abyssi ambuîastî {\). ?

Ce texte est celui des Septante. Symmaque est plus explicite encore: il écrit : Usquead coarctationemfontis; jusqu'à la partie la plus étroite, jusqu'à l'étranglement de la source. Inutile de faire remarquer avec quelle exactitude se correspondent les ouvertures sous-marines qui ont occasionné le déluge, et celles qui ont poussé. les eaux à l'envahissement des terres fermes, alors qu'elles commençaient à émerger. Montrons combien, à l'aide de ces indications sont faciles à saisir les autres textes

(1) Job, xxxvm-16. Version des Sept.

de Job, sur le même sujet. Ecoulons : c'est toujours 8l Seigneur qui parle : Qids conclusit ostiis mare, guando erumpebat quasi de vuhaprocedens? Je ne sais , pas si l'on trouverait un seul traducteur qui ait^ . exactement rendu, avec sa figure énergique., le passage qu'on vient de lire, et dont la justesse, hâtous-ndûs de le dire, est parfaite, si l'on tient compte des révélations précédentes.

[2Les lignes qui suivent s'interprèteijit d'elles-mêmes.

Tai renfermé la mer dans mes digues, et j'ai opposé à ses spurees^ des portes et des verroux{\).

Si la première partie de ce texte significatif se réfère aux bords du bassin des océans, la seconde évidemment ne peut s'appliquer qu'à leurs sources, celles dont nous avons précédemment parlé.

Quand on considère l'état actuel des eaux de la mer, on voit manifestement qu'elles ne sont que le résidu d'un bain autrefois sursaturé. Qui sait si, sans la mesure dont il vient d'être parlé, la-précipitation des matières qui ont donné naissance à bon nombre de nos terrains superficiels, eût même été possible? Au moins, dans le fait de la suppression des apports indéfinis du liquide dissolvant, aperçoit-on une cause naturelle et facile à saisir, d'un changement considérable dans l'état des eaux mères primitives.

De même, ce sublime passage, connu de tout le monde ; j'ai dit : lu viendras jusque-là, tu ne passeras

(i) Circumdedi illud iermims tneis, et posui veclem et ostia, Joh, XXXYIII-10.

pas plus loin, et ici tu briseras V orgueil de tes flots, nous paraît encore avoir trait au double fait de l'envahissement des continents . par les mers, et de leur exhaussement continuel par l'apport des eaux souscontinentales.

L'auteur du Livre des Proverbes fait clairement allusion aux mêmes phénomènes, quand il met les paroles suivantes dans la bouche de la" Sagesse' : Les abîmes n'étaient pas eniiore formés, que déjà j'existais. Les sources des eaux (de la mer) n'avaient point encore jailli, et j'étais présente devant le Seigneur (1).

Et cet autre passage : J'existais alors qu'il aSermis-sait l'atmosphère, qu^il mettait en équilibre les eatix des sources de r abîme. Nous n'en finirions pas, si nous voulions citer tous les textes quiindiquent que les mers, emprisonnées par des digues, prenaient primitivement leurs- eaux dans un réservoir inférieur, servant de supports à la croûte du globe (2).

Quand nous traiterons de la formation des continents, nous essaierons d'expliquer toutes les importantes affirmations qui -viennent d'être indiquées. En attendant, contentons-nous de faire observer que les auteurs de la Bible avaient sur l'origine et sur la constitution de la terre des idées arrêtées, des convictions faites. Il serait plus qu'étonnant d'admettre que le

(1) Nondum erant abyssi, et ego jam concepta eram; necdum fontes aquarum eruperanf. viii-23,

(2) Quando œthera firmabat sursùm et librahat fontes aquarum, quando circumdabat mari terminum suum^ et legem ponebat aquis ne transirent fines suos; quando appendebat fundamenta terrce. Vu., 2^,

grand génie auquel on doit le livre de la Genèse, eût été ''étranger à la question qui a préoccupé, à un si haut degré, toute la philosophie des temps antiques.

Nous ^venons de suivre, pour ainsi dire en détail, l'élaboration et la transformation de la matière, d'où est née l'enveloppe terrestre. On me saura gré, je l'espère, de mettre en regard du récit historique les faits observés, de rapprocher, des descriptions tracées dans nos livres saints, l'examen de ces fameuses circonvallations destinées à emprisonner les eaux des océans' et à les tenir définitivement captives. La tâche nous sera facile. Nous avons un travail tout fait et préparé comme pour la circonstance. C'est celui de Malte-Brun, l'un des plus célèbres géographes des temps modernes. Donnons -lui la parole:

« Si nous suivons les côtes occidentales de l'Ame- » rique, depuis le détroit de Bering, nous voyons » qu'elles ne forment presque point d'interruption » sensible jusqu'au cap Horn -, nous ne trouvons » qu'une chaîne non interrompue des plus hautes » montagnes qu'il y ait sur le globe. De temps en » temps cette chaîne se retire un peu dans l'intérieur; » mais le plus souvent elle borde immédiatement le » Grand Océan par d'immenses falaises, et souvent » par d'épouvantables précipices. De l'autre côté, » l'écoulement des lacs et la direction des grandes ri- » vières montrent assez que toute là surface de l'Amé- » rique s'incline peu à peu vers l'Océan Atlantique.

» 11 résulte de ces observations combinées que les

» plus grandes chaînes de montagnes sur le globe, » sont rangées en arc de cercle (1) autour du Grand » Océan et de l'Océan Indien ; qu'elles semblent offrir, » le plus souvent, des descentes rapides vers cet im- » mensebassin qu'elles entourent, et de longues pentes » sur les côtés opposés.

» Enfin, que depuis le cap de ' Bonne-Espérance » jusqu'au détroit de Bering, et de là jusqu'au cap » Horn, l'œil même de l'observateur le plus timide » croît entrevoir quelque chaînon d'un arrangement » aussi surprenant par son uniformité qu'il l'est par « l'immense étendue du terrain qu'il embrasse.

» Arrêtons un instant nos regards sur ce grand fait » de géographie physique. Si nous nous plaçons dans » la Nouvelle Galle du- sud, le visage tourné au nord, » nous voyons, à notre droite, l'Amérique; à notre » gauche, l'Afrique et l'Asie. Ces continents que na'- » guère notre imagination n'osa rapprocher, considé- »' rés de ce point de vue, ne forment plus qu'un tout » dont la structure, en tant qu'elle est connue, offre » dans ses grands traits une symétrie étonnante.

» Une chaîne d'énormes înontagnes entoure un énorme » bassin (fl). »

Mais ce n'est pas seulement autour du Grand Océan que des remparts ont été construits par la nature, pour contenir les eaux.~Toutes les mers méditerranées sont faites sur le même plan. Toutes sont circonscrites

',!) Dans la Bible, gyro vallabat abyssos.

(2) Précis de géographie universelle, tome II, liv. XXXI.

par des saillies de montagnes qui contrastent singulièrement avec les plaines cachées derrière ces puissantes masses, et comme protégées par elles. ,

Ce fait devient on ne peut plus' saisissant depuis que les cartes en relief nous ont mis à inême d'embrasser, d'un seul coup d'œil. l'ensemble des^ bassins et des continents qui les entourent (1).

Si des grands réservoirs nous reportons nos regards sur les bras de mer et les vallées qui ont été ellesmêmes, avant de se dessécher, des récipients où s'étendaient , sur une plus, ou moins vaste échelle, des masses aqueuses, nous retrouvons encore la même disposition. Tant il est vrai que partout les faits parlent comme la science et la Bible.

Maintenant que nous connaissons la pensée de Moïse, il ne sera pas sans intérêt de la suivre à travers les peuples les plus policés de l'antiquité payenne. Elle s'accentue et se dessine plus nettement encore dans les' traditions multipliées et lointaines, que la force de la vérité a pu seule rendre si vivaces et si persévérantes. C'est pourquoi nous ne craindrons pas d'entrer dans quelques détails.

Toutes les notions cosmogéniques des anciens peuples, à quelques pays qu'ils aient appartenu, peuvent se réduire à trois théories différentes : l'une fait naître le

(1) On peut consulter avec avantage les plans en relief, de G. Beauerkeller.

monde de Ta matière éthérée^ répandue dans l'espace. Elle a eu pour auteurs et propagateurs Léucippe,Démocrite d'Abdère, Epicure et quelques autres esprits célèbres dans l'antiquité.

La seconde a tenu l'eau pour l'élément premier de l'univers. Thaïes de Milet et son école ont soutenu et développé cette pensée avec distinction,: Enfin bon nombre de philosophes, -tels que Hippocrate, Gallien et Platon, font du monde Touvrage du feu , mais non d'un feu ordinaire. Pour eux, le principe igné^ qui a donné naissance à notre terre en particulier, et surtout à sa vie organique, était un être intelligent, ou, comme rappelaient les Egyptiens, un feu ouvrier, un feu artiste y un feu stabiliteur.

Pour nous, hdtons-nous de le dire, ces trois manières d'envisager la formation de l'univers, correspondent exactement à trois phases diverses d'un seul et même récit, celui que nous retrouvons en substance parmi les , nations .primitives, et que Moïse a conservé avec précision, en le consignant par écrit dans son livre de la Genèse.

Mais ce qui intéresse ici particuhèrement notre étude, c'est que dans toutes ces origines diverses attribuées au monde, se trouve, plus ou moins explicitement traduite, l'idée delà création de T univers par des lois, Arrivons aux preuves détaillées..

L'origine éthérée du Ciiel et de la Terre.

L'origine éthérée de l'univers a été exposée par Laplace, dans nos temps modernes, avec une rare lucidité. Selon le célèbre astronome, le monde aurait commencé par la matière à l'état gazeux et très-tenue, laquelle, en se condensant, se serait résolue en masses plus ou moins vaporeuses, puis .en globes liquides, puis enfin en sphères composées de matériaux- sohdes. « Dans l'état primitif où nous supposons, le soleil, dit » l'illustre géomètre, il ressemblait aux nébuleuses » que le télescope nous montre composées d'un noyau » plus ou moins brillant, entouré d'une nébulosité » qui, en se condensant à la surface du noyau, le trans- » forme en étoile. ».

« Si l'on conçoit, par analogie, toutes les étoiles •» formées de cette manière, on peut imaginer leur état » antérieur de nébulosité , précédé lui-même par » d'autres étals, dans lesquels la matière nébuleuse » était de plus en plus diffuse, le rayon étant de moins » en moins lumineux.

» On arrive ainsi, en remontant aussi loin qu'il » est possible, à une nébulosité tellement diffuse, que » l'on pourrait à peine en supposer l'existence. Tel » est, en effet, le premier état des nébuleuses que » ïïerschel a observées avec un soin particulier^ au

» moyen de ses puissants télescopes, et dans lesquelles » il a suivile progrès de la condensation, non sur une » seule, ces progrès ne pouvant devenir sensibles pour » nous qu'après des siècles, mais sur leur ensemble, » à peu près comme on peut, dans une vaste forêt, » suivre l'accroissement des arbres sur les individus » de divers iges qu'elle renferme (1). »

« Le système planétaire^ dit ailleurs le même sa- » vant, en parlant des lois qui ont présidé à la forma- » tion des mondes, le système planétaire nous offre » quarante-deux mouvements, dont les plans sont n inclinés à celui de Téquateur solaire, tout au plus » d'un angle droit. Il y a plus de quatre mille milliards » à parier contre un, que cette disposition n'est point » Vef^et dit hasard,' ce qui forme une probabilité bien » supérieure à celle des événements les plus certains }> de l'histoire , sur lesquels nous ne nous permettons » aucun doute ("2). »

Quelques progrès que les nouveaux instruments aient pu faire faire aux observations, et malgré la résolution définitive des nébuleuses en étoiles, il est encore permis de croire que, si l'auteur de* l'exposition du systènie du Monde pouvait être supposé reprendre aujourd'hui sa place parmi les astronomes contemporains, il ne retrancherait pas une unité de ses quatre mille milliards de probabilités contre une, tant son système pa-

(i) Le Système du monde.

(2)Id. . '

raît rationnel, juste et solidement étayé; C'est donc bien à tort que des esprits, d'ailleurs religieux et distingués, l'ont tenu si fortement en suspicion (1).

Si donc j'ai bien compris la théorie des anciens, et celle de Laplace qui la complète, l'univers se serait constitué à l'aide d'une matière premi&e et tout à à fait élémenfaire. Ce serait par une élaboration lente et successive des molécules^ ou plus simplement encore des principes atomiques, que le monde se serait organisé partout à la fois,, et sous l'empire des mêmes lois générales (2).

(1) Cette expression surtout : Que l'on pourrait à peine en supposer l'existence, a paru fort peu rassurante sur les doctrines de Laplace , que l'on a facilement accusé d'admettre l'éternité de la matière.

, Pour faire cesser d'aussi vaines appréhensions relativement au passage que nous venons de signaler, nous croyons qu'il suffira de mettre en regard les paroles de saint Augustin sur le même sujet.

« Quolles que soient les ténèbres qui régnent dans' les abîmes des eaux, » toujours il y a quelque sorte de' lumière, et les choses y ont leur forme » qui les distingue les unes des autres d'une manière perceptible à tout ce » qu'il y a d'animaux et de poissons qui en -pénètrent les profondeurs ; au » lieu que le chaos auquel la Genèse donne le nom d'abîme n'avait aucune « forme et n'était, que ce qu'on peut concevoir de plus approchant du » néant, quoique ce fût quefque chose capable de toutes sortes de formes, » comme il parut depuis. Car c'est de cette matière informe, Seigneur, que » vous aviez faite de rien , et qui n'était presque rien , que vous avez fait » l'univers, cette grande chose, qui nous paraît si admirable. »

[Les Confessions de saint Augustin traduites en français, liv. XII.)

Que pensent de ces paroles les partisans des créations instantanées?

(2) « Combien, se demande l'abbé Reuch, cet état primitif a-t-il duré ? La » seule réponse que l'exégète puisse donner à cette, question, c'est qu'il n'en » sait rien. La Genèse rapporte que la terre se trouvait dans cet état de Tôhu

Tel paraît avoir été l'enseignement d'Epicure et de son école. « Un des systèmes les plus célèbres, dit un » encyclopédiste moderne, est celui des atomes dont » les inventeurs furent Leucippe et Démocrite. Sui- » vanl cette doctrine, les premiers principes de Tuni- » vers consistaient en un nombre infini d'atomes ou » de particules indivisibles, qui de toute éternité, se »" mouvant au hasard et sans dessein dans l'immensité « de l'espace, se rencontrant perpétuellement les unes ;> les autres, produisirent un mélange fortuit et spon- » tané' de tous les genres de substances. Ce système » de cosmogonie, aux tourbillons près, est le même » que celui d'Epicure, tel- que Lucrèce nous le pré- » sente. »

Les théories de l'univers pretiant naissance par des rudiments atomiques, ont été très-répandues chez les

» Vabôhu, lorsque Dieu commença à l'organiser , sans rien préciser sur la » durée de cet état. Quand même nous aurions quelques données sur la durée ,A des six jours, nous ne pourrions pas encore répondre à cette question.

»' Si donc la^ science veut évaluer le temps qui s'est écoulé depuis la pre- » miere origine du monde jusqu'au commencement -de l'organisation actuelle » de la terre, la Bible lui laisse toute latitude, » [La Bible et la nature.)

Pour établir la conclusion qui précède , et que j'accepte sans restriction aucune, le très-savant professeur de l'Université de Bonn émet une proposition qui ne paraît pas exacte. La voici : E-fmt certainement rapporter le commencement du premier jour à Vèpoque de la création de la lumière.

Quand il aura pris connaissance de l'étude que je reproduis à la fin de cet écrit, sur lés expressions Vespere et mane dies wius, peut-être changera-t-il de conviction. Le jour à commencé avep la création de la matière, et non à l'apparition de la lumière, autrement Dieu aurait rais plus de six jours à créer l'univers.

anciens. « La tradition, dit le père Debrey^ne, conser- » vée par Diodore de Sicile, mérite d'être mentionnée. i) A l'origine des choses, le ciel et la terre, .confondus » ensemble, n'offraient d'abord qu'un aspect uniforme. » Ensuite les corps se séparèrent, et le monde revêtit » la forme que nous lui voyons aujourd'hui (1). » Quelle paiiîé avec la théorie de Laplace !

On voit facilement qu'entre les atomes primitifs et la matière éthérée, la différence n'est pas sensible. Seuls les noms diffèrent ; mais les uns et les autres nous indiquent une cosmogonie née d'éléments premiers et insaisissables.

On a d'Orphée des discours sur la connaissance de Dieu, où il enseigne, entre autres choses, que la^divinité a d'abord créé /'e'î/îer.

Syrianus, dans ses remarques sur le second livre de la métaphysique d'Aristote, nous avertit que dans l'opinion d'Orphée, les cieux et le chaos étaient les principes qui avaient produit toutes choses (2).

Quoiqu'il en soit, tenons pour certain que la tradition relative à l'univers issu de la matière éthérée, était très-répandue chez les anciens, qu'elle soit venue par les écrits mosaïques ou, ce qui est plus probable, qu'elle ait été empruntée à des courants de tradition parallèles à celui du peuple hébreu. Pour ce qui nous intéresse ici , c'est qu'elle répond parfaitement au début de la

(1) Bibliot. historique' de Diodore de Sicile, trad. par M. Hœfer.

(2) Gainet, La Bible sans la Bible. - -

Genèse. Au commencement, Dieu créa le ciel, ou la matière cosmique, puis la terre, qui n'a été que le résultat de sa transformation.

De nombreux passages des Saintes Ecritures font mention de cette distinction importante; et, pour n'en citer qu'un seul, rappelons la lettre de saint Pierre affirmant que les cieux ont existé les premiers : Quod cœlierantprius(iy. Ainsi les partisans de l'origine éthérée de l'univers étaient en parfait accord avec le récit de l'historien des six joursx

(1) s. Augustin a dit: Cœli erant olim, et terra de aqua ttper acjiiam constiiuta. (Cité de Dieu, ch. s;viii.)

L'origine aqueuse du Ciel et de la Terre.

Le titre de cette étude serait plus exact si, au lieu d'attribuer à l'univers entier une origine aqueuse, il indiquait roulement la formation de la terre au sein des eaux. C'est, en effet, la solidification du globe terrestre- par voie bumide, qui est surtout mentionnée dans les théories anciennes, bien que les vapeurs répandues au milieu des couches atmosphériques aient pu faire croire à leur dissémination dans l'espace, et couséquemment à leur influence sur la constitution des sphères stellaires et planétaires. D'ailleurs, le fait de la formation aqueuse de la terre admis, l'analogie devait raisonnablement conduire à supposer l'accompUssemént de phénomènes semblables dans tout l'ensemble des corps célestes.

Quoiqu'il en ,soit, les anciens ont cru à l'origine aqueuse de l'univers. La preuve de cette conviction générale est facile à faire. Nous savons ce que pensait Moïse, et comment il a hmité son affirmation à ce qui regarde notre planète proprement dite, laissant d'ailleurs le^îhamp ouvert aux conjectures delà science à venir, relativement au monde sidéral.

Si du- peuple Juif nous passons aux étrangers, pour leur demander ce qu'ils savent de l'origine de la terre, nous trouvons partout la même doctrine, quoique sous

des formes différentes. Plusieurs -philosophes grecs, nous l'avons déjà dit, après l'avoir apprise des prêtres égyptiens, ont soutenu la théorie de l'origine aqueuse de la terre. La plus célèbre école, celle de Thaïes de Milet , professait que la terre avait pris naissance au sein des eaux, absoliîment comme l'ont cru et écrit ' les historiens Juifs.

Festus et d'autres grammairiens payens donnent au mot aqua une étymologie qui lui ferait signifier: Principe, origine de toute chose (1).

, Selon les récits des poètes, la célèbre déesse, qui fut elle-même l'emblème delà fécondité, Vénus, était sortie du milieu des eaux.

Après cette fable Tehgieuse, nous n'avons plus à , nous étonner du respect extraordinaire dont nous voyons les eaux, en général, avoir été autrefois l'objet, ' chez un grand nombre de peuples, et, en particulier, chez les Perses qui les ont eues en vénération jusqu'à leur offrir des sacrifices. Ils n'osaient marcher ni cracher sur elles, de peur de les souiller par quelque impureté (2). -

M. Gainet a réuni ensemble les traditions d'un certain nombre de peuples anciens, sur le sujet qui nous occupe. Ces documents précieux doivent trouver ici leur place.

(1) Aqua à quâjuvamur, vel, ut alii, à qiiâ omnia, quia ex aquâ cœli, aer, coiteraque omnia creala simt. — Cornélius à Lapide, in Joan., iv-9,

(2) Pluche, Histoire du Ciel.

Celui, disent les lois de Manou, que resprit seul peut percevoir, qui échappe aux organes des sens, qui est sans parties visibles, éternel, l'âme de tous les êtres, que nul ne peut comprendre, déploie sa propre splen deur. -

Ayant résolu, dans sa pensée, de faire émaner de sa substance les diverses créatures, il produisit d'abord le cielj et ensuite les eaiix^ dans lesquelles il déposa un germe, et la terre (1).

Au Tonkm^ dit M., d'^Anselme, le ciel et la terre passent pour être sortis d'une substance matérielle sans intelligence et sans vie.

Au Japon, la tradition fait du chaos un être confus, flottant j avant la formation des choses, ^au sein des eaux primitives^ telle que pouvait alors être la terre, sans consistance et sans forme, dont parle la Genèse (2).

Suivant les traditions Scandinaves, au commencement îin vaste abîme était tout.

Selon Strabon, les gymnosophistes enseignaient que le monde créé et périssable a eu l'eau pour principe de son existence (3).

La première chose que les dieux créèrent, selon les peuples de la Virginie, ce fut Veau (4),

Ainsi, avec les faits scientifiques, avec le récit bi-

(1) Lois de Manou, liv. VII. ' -

(2) Le Monde païen.

(3) Annales de phil. chrét., tome V, p. 528.

(4) Parchat, Cérémonies religieuses des divers peuples, tom«I, p. H7.

blique, les traditions antiques sont unanimes à constater" que la terre s'est solidifiée au sein des eaux. Donc, cette même terre était en dissolution, ou tout au moins en principe dans les eaux primitives. Cette conclusion nous paraît logique et désormais inattaquable. Arrivons à la troisième tradition.

L'origine ignée du Ciel et de k Terre.

Nous savons maintenant à quelle phase du récit de la création répond la théorie de l'origine éthérée de Tunivers, et celle non moins accréditée autrefois, qui attribuait à Feau comme élément constitutif la formation des merveilles que nous voyons r'emphr le ciel et la terre.

Comme l'éther et l'eau, le feu eut aussi dans la pensée des peuples primitifs sa part d'action dans l'élaboration du monde, avec la différence, toutefois, que cet agent j comme cri l'appelle aujourd'hui , ét^it un être doué de vie et de facultés intellectuelles.

C'était, au dire de plusieurs philosophes, nous l'avons déjà vu, un feu ouvrier, un feu artiste. Hâtons-nous de constater qu'il faut reconnaître, sous cette dénomination, le principe, appelé fJEsprit de Dieu, l'Esprit créateur de ïunivers^ le principe vital des essences divines, le soutien de tous les mondes (1), qui, en échauffant les eaux de l'abîme chaotique, a préparé la minérahsation des composés chimiques, et donné ensuite la vie aux plantes et aux animaux.

Pour nous convaincre de l'identité des-notions cosmogoniques consignées dans la Bible, et de celles ré-

(Ij Suscript. du grand temple d'Esneh., GhampoUion. Lettre XII, écrite d'Egypte. Voir le 'Moniteur du 26 août 1829.

pandues parmi les païens^ il suffit, en les rapprochant, de les mettre en regard les unes des autres! Sanchoniaton, Tun des plus anciens historiens connus, dans' des fragments recueillis par Eusèbe, dit que deux principes, un chaos et un espn7, furent l'origine de toutes choses.

Le premier était un amas confus de matière hétérogène qui, pendant longtemps, n eut point de bornes. Le second était une substance éternelle^ dou'ée de facultés intellectuelles et génératives. Selon le même auteur, le monde dut son origine à^'union de l'esprit avec son principe (le chaos), dont il est résulté le germe de toutes les créatures. C'est ce germe qui donna naissance à l'univers, et produisit les astres, les plantes et les animaux (1).

Le génie du feu, des Egyptiens, d'après Hippocrate, le feu artiste de Gallien, l'âme du monde de Platon, la vertu plastique^ la chaleur radicale et intelligente de plusieurs philosophes anciens, ne sont autres évidemment que le principe dont il a été précédemment parlé. Platon, en effet, disait positivement que l'esprif de Dieu était l'âme. du Monde, donnant aux eaux et à toute la nature l'animation et la vie.

Virgile, de son côté, n'a-t-il pas écrit quelque pari :

' .- Spiritus intus alit totamque infusa per artus , Mens agitât molem, et magno se corpore miscet.

(I) Encyclopédie moderne. — Art. Cosmogonie.

Dans la loi de Manou, chez les Indiens, l'esprif de

. Dieu s'unit à la mer universelle, sur laquelle il passa

des milliers d'années avant de rien disposer. Mais les

eaux., source de tous les êtres, avaient été elles-mêmes

créées. . ^'.

Porphyre, dans Eusèbe, dit que le Démiurge, appelé C7ief ou -Cnouphis, avait jeté^ par la bouche, un œuf, d'où était né un autre Dieu que les Egyptiens appelaient Phtha. Cnef ou Cnouphis est évidemment le Créateur de la matière ou du chaos représenté par l'œuf. Le Dieu feu ou Phtha qui se manifeste dans cet œuf, d'où devait sortir le monde, n'est autre que le souffle divin, auquel Virgile et xMoïse accordent une si grande action siir la transformation de la matière.

Mais quel symbole que celui dé cet œuf primitif voulant dire, si je ne me trompe, que le monde aujourd'hui existant et organisé, est au chaos du commencement ce que le corps de l'oiseau est à l'œuf luimême. L'un et l'autre^, en effet, le globe et l'oiseau, ,n'ont été dans leur bain respectif qu'en puissance ou en germe et non en acte. Comme <iette théorie, qui n'est pas moins ancienne que le récit génésiaque, s'accorde bien avec lui ! Et comme aussi elle est éloignéi^, d'une création générale et tout d'un seul jetl

Dans la Genèse, en effet, de même que chez les païens, le feu créateur est personnifié. C'est l'esprit de Dieu qui échauffe la matière chaotique. Au témoignage de saint Jérôme, de saint Bazile, de Théodoret et de presque

tous les Pères, dit Cornélius à Lapide, l'esprit qui était porté sur les eaux était bien l'esprit du Seigneur, l'esprit qui procède du Père et du Fils, lequel par sa présence et par sa puissance a échauffé et vivifié les eaux par son souffle divin (1).

Ce qui rend plus frappante encore et plus incontestable cette affirmation du célèbre commentateur des Saintes Ecritures, c'est que toute la liturgie catholique professe elle-même jusque dans ses chants et ses prières le dogme qui attribue, au feu intelligent l'organisation du monde et la vie qu'il possède.

Quoique prises dans un sens surnaturel, les invocations suivantes n'en prouvent pas moins en faveur de la création proprement dite , cette dernière, au témoignage de saint Paul, ayant été la figure et le symbole du travail que le Saint-Esprit a opéré dans les âmes.

Venez en nous, disent les hymnes chrétiennes, ô Esprit créateur, et remplissez- de vos dons les cœurs que vous avez créés : Veni, Creator spiritu^, impie supernâ gratiâ, quœ tu creasti pectora (2).

Dans beaucoup d'autres invocations, l'Esprit-Saint est appelé l'Esprit de lumière, la lumière bienheureuse : lux beatissima ; la lumière des cœurs, Lumen cordium.

Il est aussi caractérisé par les ardeurs du feu. Ure

[i] Commentaria in Genesim.

(2) Hymne de la Pentecôte.

igné sancti Spiritus renés et cor nosirum, Domine, Bans r Evangile, saint Jean- Baptiste dit aux Juifs que celui qui viendra après lui, les baptisera dans VEsprit et le feu, Ipse vos baptizabil in Spiritu et igné (Matli.,lil-ll). Tout ceci justifie le -symbole adopté par l'Esprit créateur, à savoir : le calorique que les langues primitives unissent toujours à là lumière, ou mieux, qu'elles dénomment par les deux mots réunis : lumière'calorique (1).

L'Eglise fait plus que d'adresser des hymnes à V Esprit créateur : elle professe formellement et solennellement sa croyance dogmatique à VEsprit qui donne la vie. Credo in Spiritum sanctum... vivificantem (2). ' Aucune des traditions que nous venons de rapporter et qui .semblent quelquefois se contredira ne gênent notre interprétation. Tien est de même des invocations

(i) J'ai parlé du baptême indiqué par sainî Jean, lequel baptême n'est autre que celui des chrétiens. Il donne lieu , quand on le considère dans sa matière et dans sa. forme, à des rapprochemenis du plus haut intérêt. Dans sa matière : On sait que l'eau est un composé de deux principes, appelés générateurs, l'oxygène et l'hydrogène , unis par un troisième , le calorique, que la science , bien qu'elle le reconnaisse comme nécessaire à toutes les combinaisons chimiques , n'a pas encore osé inscrire sur ses listes , parce qu'elle n'a pu, jusqu'à ce moment, ni le palper, ni le coercer.

En regard de cette" trinité élémentaire, mais constituant un être unique, Jésus-Christ a mis une autre trinité infiniment plus élevée, c'est celle des trois personnes divines", dont la puissance, nominativement invoquée par le prêtre, doit donner à l'eau, d'où le monde est sorti, la vertu régénératrice.

En vérité, je plaindrais bien un esprit assez peu apercevant pour ne voir dans un pareil ordre^de faits et d'idées que le résultat du'hasard.

(2) Symbole de Nicée, chanté tous les dimanclies à la messe.

du culte catholique à Y Esprit de feu anciennement connu. Toutes se réfèrent à l'Esprit divin qui s'est manifesté dès le principe de la création, et que-.nous adorons comme troisième personne de la Sainte-Trinité.

Depuis que le polythéisme s'est répandu sur la terre,, depuis que la notion de la création ex nihilo s'est perdue chez la plupart des anciennes générations , il est .aisé de comprendre que les philosophes, recueillant les traditions patriarchales, les aient maintenues, quoiqu'on les défigurant, et en attribuant à la matière et aux lois qui l'ont transformée, une existence éternelle.

Mais, répétons-le encore,- chez le peuple choisi comme parmi les nations païennes, dans les rites catholiques, comme sousjes formes des cultes séparés du sien, partout et toujours, l'Esprit auquel la création est attribuée , est l'Esprit éternel de Dieu, con- . substantiel à lui et de puissance égale à la sienne.

Pour conclure, en quelques mots, de tout ce qui a été établi dans les trois précédentes études, nous dirons qu'en regard de la théorie éthérée des anciens, il faut mettre le texte de la Bible: /ri princiim Deus creavit cœlum et terram^ et son commentaire : Istœ sunt gènerationes cœli et terrœ^ qui en fixe le s.ens.

A la théorie aqueuse ^ il faut opposer le congregentur aquœ in unum locum et appareat arida.

De même l'origine ignée du ciel et de la terre devra s'expHquer par le Spiritus Deî ferebatur super aquàsj qui a donné la vie au chaos, en l'échaufifant de

son souffle divin, et qui n'est autre que l'Esprit qui a paru dans le Cénacle sous forme de feu.

Mais ce qu'il faut particulièrement remarquer, c'est que toutes ces diverses manières de concevoir la création s'accordent sur ce point capital, que les transformations, en nombre presque infini, auxquelles la matière, primitivement créée, a donné lieu, se sont accomplies par des lois diverses et successivement instituées. La végétation , évidemment, s'est élaborée de la même manière, et, à l'aide du temps, cet élément rigoureusement nécessaire à Taccomplissement des lois physiques. Or, quand Moïse nous raconte comment Dieu a pourvu au premier de tous les besoins des plantes, l'irrigation, est-il bien possible d'admettre qu'en présence de la conviction générale de son temps, ce grand historien n'ait pas eu conscience de ce qu'il écrivait pour l'instruction des générations à venir ?...

-g'»«<iaS)g> "-^

Maintenant que nous connaissons la pensée de Moïse et des anciens sur la formation de l'univers, il nous sera plus facile d'apprécier le 'degré de science qu'ils possédaient.

En précisant ses preuves contre mes affirmations, le savant et illustre Président de l'Académie, qui me fait l'honneur de me contredire, rend ma réponse moins laborieuse. Je ne négligerai point cet avantage qu'il veut Men me donner. Mais avant tout, et pour éviter les malentendus, nous devons soigneusement distinguer entre la connaissance des vérités scientifiques, résultat du travail et de l'observation, et celle que les peuples anciens ont reçue par le canal de la tradition. Si les premières de ces notions se confondent avec les découvertes qui constituent aujourd'hui ce qu'on appelle le progrès des sociétés modernes, les secondes seront assez bien représentées par le savoir philoso-

phique et religieux qu'acquière un enfant qui possède exactement son catéchisme. Cette jeune intelligence est assurément dans l'impuissance de faire la démonstration de tout ou partie des hautes vérités qu'elle a reçues, mais elle n'en est pas moins en possession, d'un trésor de connaissances que n'avaient, pas les plus, grands philosophes de l'antiquité païenne.

Ainsi paraît- il en avoir été parmi les races primitives. Elles se sont transmises. les unes aux autres un riche héritage de données scientifiques dont nous aurons plus tard à r-echercher l'origine. Pour le moment, il doit nous suffire de bien constater ce fait de première importance.

Entre autres témoignages de l'infériorité scientifique des générations primitives sur les nôtres, M. Faye invoque celui de l'évaporalion des eaux dont le jeu, dit-il, ainsi que l'effet, relativement à l'alimentation des fleuves et des rivières, n'étaient pas connus des anciens, avant et même longtemps après Bloiise (1). Rien ne me sera plus aisé que d'opposer à ces paroles des textes formels. Commençons par les plus récents.

Au premier chapitre du livre de l'Ecclésiaste dû, comme on sait, à la plume de Salomon, se trouvent énoncées quelques vérités de l'ordre physique, invoquées par le royal écrivain, précisément parce qu'elles avaient ce caractère particulier d'être connues de tout

(]} Voir page 18.

le monde. Or, parmi ces notions presque vulgaires^ dans . l'antiquité, se trouve mentionnée la circulation des eaux sur le globe. C'est bien la vérité scientifique contestée.

Tous les fleuves entrent dans la mer, et la mer ne déborde point ; les fleuves retournent au même lieu d'où ils sont sortis pour couler encore. Omnia flumina intrant in mare, el mare non redundût ; ad locum undè exeunt, flumina reverluntur, ul ileriim fluant (1).

Les fleuves, dans la pensée du très-intelligent roi d'Israël, est-il besoin de le dire? ne retournaient pas, à contre-pente, du bassin des mers au sommet des montagnes, par de& cours d'eau souterrains, mais bien par la voie aérienne, et sous la forme de vapeurs atmosphériques. Divers passages de ses écrits le prouvent d'ailleurs surabondamment. Si les nuées, dit-il, sont chargées, la pluie se répandra sur la terre avec abondance (2). Souviens-toi de ton créateur , dit-il à l'adoiescent, pendant les jours de, ta jeunesse, avant que le soleil, la lune et les étoiles ^ s'obscurcissent et que les nuées reviennent après la pluie (3).

Nous avons plus et mieux que ces passages déjà si explicites.- Au livre de Job, Eliu, l'un des plus importuns visiteurs du patriarche malheureux, essaie de l'entretenir de la puissance du Très-Haut, dont les

(1) Eccl., 1-7.

(2) Si repîetœ fuerint nubes, imites super terram effundent. EccîT, xi'3. {Z) Mémento Creatoristui anfequam.,".. reverfentur nubes post

pluviam. Eccl., xii-2.

années sont sans nombre et la science sans limite. C'est

lui, ajoute-t-il, qui élève en l'air les gouttelettes de la 'plvâe, et répand ensuite les eaux du ciel comme des torrents. Quiaufert stillas pluviœ et e/fnndit imbres ad instar gurgituîn {!).[ - , . . ■ ,

La formation des nuages par l'évaporation, et leur transport, à Taide des vents, n'étaieiït donc pas inconnus des peuples d'autrefois. Ce point se trouve encore établi par de nombreux passages du livre de Job (2).

Quand ce grand génie parle des colonnes du ciel, on voit facilement quelle était sa pensée, lui qui savait que le globe terrestre ne reposait sur aucune base solide : Qui (Deus) appe'ndit terram super nihilum. Savoir que la terre était isolée dans l'espace, c'est déjà faire preuve, il faut en convenir, d'une science qui n'était pas élémentaire. Et quelle valeur voudra-t-on désormais attribuer au texte qui m'est opposé avec tant de confiance par M. Paye : qui (cœli) solidissimi quasi aère fusi sunt, et surtout quand on saura que ces paroles sont sorties de la même bouche d'Eliu, qui a si bien expliqué, tout à l'heure, le transport atmosphérique des eaux (3)? ' . ;■

Et puis, je me permettrai de faire observer que dans les Septante^ et le texte hébreu lui-même, il n'est

(1) Job, xxxvi-27.

(2) Qui Ugat aquas in nuhihus.suis, ut non erumpant pariter deorsum. Job, xxvi-8.

(3) Job, xxxvii-18.

nullement question d'airain, mais simplement de l'as- . pect d'une chose fondue, •oalidœ nt visio effusionis. Qui donc trouvera mauvais que cette comparaison ait été choisie- par l'Ecrivain sacré pour exprimer la beauté des cieux et leur stabilité merveilleuse. .

Nous avons déjà invoqué le témoignage de Job ; nous retrouverons souvent encore son langage si net. et si précis, relativement aux vérités de l'ordre physique, énoncées dans son livre, qu'il ne serait pas désavoué par les savants eux-mêmes de notre époque; mais n'anticipons pas.

Quant à Moïse, qui a été élevé dans toute la sagesse des Egijptiens (i) , tenons pour certain qu'il avait des notions scientifiques bien plus étendues qu'on affecte généralement de le croire. Pour n'en 'produire qu'un exemple ressortant de rapprochements dont je suis heureux d'offrir la primeur à l'honorable et très-savant M. Faye, je citerai la création motivée de l'atmosphère ou du firmament.

C'était un fait connu dans toute l'antiquité judaïque, que la terre, à son origine, avait été recouverte de profondes masses de vapeurs d'eau. Le patriarche de l'Idumée fait dire au Seigneur qui' l'interroge : Où étais-tu, alors que je donnais pour vêtement à la terre une nuée de vapeurs, et que je l'enveloppais dans l'obscurité, comme dans les langes de l'enfance ? Ubi

(1) Act. Apost., vii-22.

eras... cumponerem nubem vestimentum- ejus (lerrœ) et caligine illud quasi pannis infantiœ obvolverem (1).

L'auteur du livre de rEcclésiastique n'est pas moins explicite sur la même particularité. Il met dans la bouche delà Sagesse ces paroles significatives: J'ai été engendrée avant toute créature.... et j'ai enveloppé toute la terre (à son QÏigmo) comme d'une nuée. Sicut nehula texi omnem terram (2).

On pourrait encore produire bon nombre de pas- - sages, où le fait étonnant, dont nous venons de parler, est plus ou moins indiqué. Ne me dem^indez pas, quant à présent, d'où a pu venir aux anciens la singulière notion que nous venons de constater. Qu'il me suffise d'affirmer que Moïse la possédait à un degré plus marqué encore, si l'on peut ainsi parler, que tous les autres. Cette conviction ressort, avec évidence, de fensemble de son récit. Il établit d'abord que la su perficie du globe terrestre n'était qu'une mer immense, au-dessus de laquelle était porté l'esprit de Dieu. Il est vrai qu'il ne dit rien, pour le moment, de son enveloppe vaporeuse. Mais, attendez : s'il n'en parle pas, du moins il suppose la notion acquise aux traditions de son temps. ^

En effet, arrivé au deuxième |our, il donnepour raison d'être à la création de f atmosphère aérienne, autrement dit le fmnament, précisément la nécessité de faire cesser

(1) Job, xxxviii-9.

(2) Eccles., xxiv-6.

la surabondance des vapeurs qui servaient de langes à la terre, avant son organisation. Fiat firmamentum in medio aquarum, ut dividat aquas ah aqms{\).

Et pour qu'on ne se méprenne pas sur sa pensée, il ajoute : Et Dïeu lit le firmament, et il divisa les eaux d'en bas, de celles d'en haut. Divisiique aquas quce erant suh firmamentOj ah iis qiiœ erant super firmamentum (^): Voilà une "série d'affirmations assurément bien étonnantes, lesquelles pourtant paraissent se bien tenir et s'enchaîner les.unes aux autres. Est-ce qu'il y aurait là quelque conséquence des lois physiques, à nous connues ? Voyons ce que dit, à ce sujet, la science moderne.

Les expériences nous apprennent ceci : Quand on fait le vide, à l'intérieur d'un tube de verre, dans le-, quel on a préalablement introduit une petite quantité d'eau, on voit la vapeur monter instantanément, au fur et à mesure que Fair disparaît. De là, il faut logiquement conclure que si les couches aériennes cessaient un instant de peser sur les eaux, la terre, même aujourd'hui, serait immédiatement enveloppée par une atmosphère de vapeurs, absolument comme elle l'était dans le principe, au témoignage' de Job et de l'auteur du livre de l'Ecclésiastique..

J'accorderai, sans difficulté, que Moïse n'a dressé aucune table des tensions de la vapeur d'eau à des

• (1) Gen., 1-6.

(2) Gen., i-7.

températures données; qu'il n'a pas, si l'on veut encore, démontré et calculé la pesanteur de l'air, comme Pascal et Torricelli ; mais qu'il n'ait pas compris que l'atmosphère était la cause coercitive de la vaporisation de l'eau, voilà ce que je ne puis admettre.

Un rare bonheur, il faut en convenir, aurait favorisé l'écrivain des six jours, si lie hasard seul l'avait fait arriver, avec, une pareille exactitude, à l'exposé d'une théorie aussi remarquable que l'est, en soi, celle de la Genèse.

Je dis le hasard, car le digne et savant SI. Faye ne veut pas que la science proprement dite puisse être Vohjet de révélations directes (1).

Je le laisse donc en présence des faits ci-dessus exposés, et je reviens à l'illustre et royal naturaliste de Jérusalem (2).

(1) Voyez page 22. . . '

(2), M. Faye me semble avoir fait une confusion frès-regrettable du firmament que la Genèse appelle le ciel , vocavit Deus firmaménttim cœlum, avec le ciel sidéral, qui en était parfaitement distinct aux yeux des auteurs de la Bible. La preuve de la justesse de leurs connaissances sur ce point, se trouve dans le passage même du Décalogue , indique par mon illustre contradicteur. Le voici , tel que l'offre le.Deutéronome, ch. v-6 : Non faciès tibi sculptile nec similitiidinem omnium quoi in cœlq sunt desuper, et quce in terra deorsum, et quce versantur in aquis sub terra. Au témoignage de tous les exégètes, le Seigneur défend à son peuple de se faire aucune .image sculptée des astres qui sont par-dessus le ciel (le irmament ou les couches aériennes], quœ in cœlo desuper. Egalement, pour tout ce qui est au-dèssoûs du même ciel, sur la terre, in terra deorsum. Evidemment ici l'atmosphère est prise pour milieu entre le dessus et le dessous. Quant à la troisième partie du texte et quœ versantur in aquis sub tirra.

Salomoii a travaillé beaucoup et produit de nombreux ouvrages. Ses historiens nous assurent qu'il a discouru sur les plantes, depuis le cèdre du /Liban Jusqu^à Fhysope qui croît sur les murailles. Il a également étudié les animaux de k terre^ les oiseaux, du ciel, les reptiles et les poissons de la mer (1). .

De toutes les contrées on venait pour l'entendre, et tous les rois de la terre envoyaient à ses leçons (2).

11 faut convenir que bien des professeurs du Collège de France se tiendraient pour grandement flattés s'ils obtenaient autant de succès et s'ils avaient à parler devant des auditoires composés comme étaient ceux qui venaient apprendre la science et la- sagesse de Salomon. .

Une grande partie des connaissances de l'ordre

elle désigne, à n'en pouvoir douter , les créatures contenues par le bassin des mers. On voit maintenant pourquoi le Décalogue qui, selon M. Faye, mentionne les eaux inférieures du ciel sans dire mot des eaux supérieures qui n'existent pas, se tait sur ces mêmes eaux supérieures. Si les paroles que nous vienons de rapporter n'étaient celles de Dieu lui-même, je dirais qu'elles prouveraient fortement en faveur de la science des Anciens.

Au moins, faut-il convenir que l'auteur d'un livre qui exprime des idées aussi précises et aussi avancées en uranographie, connaissait, bien toute la portée de ses affirmations, quand il établissait qu'avant le soleil il n'y avait pas de pluie possible, et que, conséquerament, si Dieu n'y avait pourvu, les végétaux n'auraient pu croître et se développer sur la terre. Mais n'anticipons pas, et attendons que vienne la question de la germination des plantes. '.(I) Disputavit super lignis, a cedro qua est in Libano nsque ad hysopum quœ egreditur de parîete, et disseruit de jumentis et volucribus et 7'eptilibus et piscibus. III lib. Rog., iv-33.

(2) Ibid.^

physique, possédées par le grand roi d^Israël, étaient

dues, sans doute, à l'étude ; mais je ne crains pas de

Taffirmer aussi, et quoiqu en pense mon honorable

contradicteur, à l'inspiration directe. Nous avons, sur ce

point, le témoignage même du célèbre et savant ûls de

David. Il conÎGSSQ devoir à Dieu ^<^ la connaissance de

» ce qui est; la disposition du monde, les mystères et

)> lés vertus des éléments, le commencement, le mi-

» lieu et la fin des temps, les changements causés

» par l'éloignement et le retour du soleil, la vicissi-

» tude des saisons, les révolutions des années, la dis-

» position des étoiles, la nature des animaux, l'ins-

» tinct des bêtes, la violence des vents, les pensées

» de l'homme, la variété des plantes et les propriétés

» des racines. Enfin, j'ai appris, ajoute-t-il, tout ce

» qui était caché et qui n'avait point encore été décou-

» vert y parce que la 'sagesse même,, qui a tout crééy

» 7ne l'a enseigné (1). »

Ainsi, à l'aide de son travail personnel et de l'inspiration qui, comme on le voit, n'est point refusée à la science, Salomon a étendu l'horizon des connaissances humaines, à son époque. Les livres que nous possédons de lui, nous garantissent la grande valeur de ceux que nous avons perdus. Le digne président de l'Académie de Paris, lui qui d'ordinaire est si délicatet . si aimable dans ses appréciations du mérite des autres, a sans doute dépassé sa pensée, quand il a dé-

(11 m lib. Reg., iv-33.

nié, d'une manière générale, aux Anciens, des notions d^ science réelle. Au moins, pour le royal naturaliste de Jérusalem, j'oserai demander une exception que la justice deM. Faye, je n'en doute pas, s'empressera de m'accorder. -

Cependant, si Salomon a fait monter le niveau des études de son temps, il ne faut pas croire que les nations qui ont précédé son règne aient- été sans un avoir scientifique quelque peu remarquable. Pour rester dans la spécialité des travaux d'histoire naturelle, écoutons ce que Buffon-, qui s'y entendait, nous révèle, des progrès et de l'étendue de ces connaissances dans l'antiquité.

« On reproche aux Anciens de n'avoir pas fait de » méthodes, et les modernes se croient fort au-dessus » d'eux, parce qu'ils ont fait un grand nombre d'ar- » rangements méthodiques et de dictionnaires. Ils » se sont persuadé que cela seul suffit pour prou- » ver que les Anciens n'avaient pas, à beaucoup » près, autant de connaissances en histoire natu- »' relie que nous en avons. Cependant, c'est tout le » contraire, et nous aurons, dans la suite.de cet ou- » vrage, mille occasions de prouver que les Anciens

» étaient beaucoup plus avancés et plus instruits » que nous ] je ne dis pas en physique, mais dans ;) l'histoire naturelle des animaux et des minéraux, » et que les faits de cette histoire leur étaient bien » plus familiers qu'à nous, qui aurions du profiter » de leurs découvertes et de leurs remarques. En » attendant qu'on en voie des exemples en détail, ^ nous nous contenterons d'indiquer ici les raisons » générales qui suffiraient pour le faire penser , » quand même on n'en aurait pas des preuves parti- » culières. - -

^) La langue grecque est une des plus anciennes, » et celle dont on a fait le plus longtemps usage. » Avant et depuis Homère, on a écrit et parlé grec, » jusqu'au Xlir ou XIY' siècle. Cett&langue qu'on doit « regarder comme la plus parfaite et la plus abon- » dante de toutes, était, dès le temps d'Homère, >) portée à un grand point de perfection, ce qui sup- » pose nécessairement une ancienneté considérable » avant le siècle même de ce grand poète. Car l'on -) pourrait' estimer l'ancienneté ou la nouveauté » d'une langue par la quantité plus ou moins » grande des mots et la variété plus ou moins » nuancée des constructions. Or, nous avons dans » cette langue les noms d'une très-grande quantité » de choses qui n'ont aucun nom en latin ou en » français.' Les animaux les plus rares, certaines » espèces d'oiseaux ou de poissons, ou de minéraux

» qu'on ne rencontre que très-difficilement, 4rès~ » rarement, on-t des noms,, et des noms constants » dans cette langue : preuve évidente que ces objets » de l'histoire naturelle étaient connus, et que les » Grecs non-seulement les connaissaient, mais même » qu'ils en avaient une idée précise, qu'ils ne pou- » vaient avoir acquise que par une étude de ces » mêmes objets, étude qui suppose nécessairement » des observations et des remarques. Ils ont même » des noms pour les variétés, et ce que nous ne » pouvons représenter que par une phrase , se » nomme dans cette langue par un substantif. Cette » abondance de mots, cette richesse d'expressions » nettes et précises, ne supposent-elles pas la même » abondance d'idées et de connaissances? Ne voit- » on pas que des gens qui avaient nommé beaucoup » plus de choses que nous, en connaissaient, par « conséquent, beaucoup plus (1) ? «

Que pense l'honorable M. Faye de ce témoignage de notre célèbre Buffon ?

Mais c'est assez sur l'histoire naturelle ; passons à la science astronomique des races patriarchales.

On a beaucoup et très-diversement écrit sur la science sidérale des anciens peuples. Les uns, sui-

{\) Histoire nat,, premier discours.

vant le point de vue auquel ils se sont placés, l'ont démesurément exagérée pour en tirer des conséquences aJDsolument inadmissibles, en ce qui regarde l'ancienneté des premiers habitants du globe. D'autres, en voulant défendre l'apparition, relativement récente, de la race humaine sur notre planète, se sont jetés dans l'excès contraire, . et ont fait bon marché de toutes les inductions des connaissances astronomiques répandues parmi les civilisations des premiers âges. Nous avons évidemment à nous prémunir ici contre les dangers du double écueil qui vient d'être signalé, et à nous appliquer, avant tout, à demeurer dans les bornes d'une saine appréciation des choses et des faits.

La distinction importante que nous avons faite au commencement, entre les vérités scientifiques acquises par l'étude, et celles qui n'ont été connues que par la tradition, va puissamment nous aider à concilier toutes les opinions, même les plus divergentes.

Si nous considérons les -trois peuples qui ont jeté le plus d'éclat dans l'antiquité : les Indiens, les Chaldéens et les Egyptiens, nous sommes frappés des traits de ressemblance qui les rapproche les uns des autres. Ils^avaient même constitution politique et religieuse. Chez les uns et chez les autres, une caste ' héréditaire était exclusivement chargée du dépôt de la religion, des lois et des sciences. Cette caste, dit Cuvier, avait son langage allégorique et sa doctrine

secrète. Chez les trois nations, elle se réservait le privilège -de lire et d'expliquer les livres sacrés, dans lesquels toutes les connaissances avaient été révélées par les dieux eux-mêmes (1). '

Un autre point qui n'est pas moins bien établi, est le suivant : Les principales nations de l'Occident, même celles dont la civilisation a eu le plus de retentissement, sont allées demander à ces trois peuples . les principes des sciences qu'elles ont ensuite cultivées et développées par leurs propres observations.

Personne n'ignore, dit Bailly, que les Grecs ont tiré leurs arts, leurs sciences et leurs dieux eux-mêmes, de l'Egypte et de là Phénicie (2).

On sait, en outre, que presque tous les grands philosophes de l'Attique et de l'Italie ont accompli de nombreux voyages enEgypte, en Assyrie et dans l'Inde, pour apprendre de, ces nations policées les secrets des sciences antiques, et particulièrement de l'astronomie..

L'avantage des peuples primitifs, en tant que gardiens du dépôt des traditions et des sciences, ne peut donc être contesté.

De même je pourrais me prévaloir de la supériorité

intellectuelle de l'Orient sur l'Occident, pour affirmer

que Moïse en savait plus qu'on est disposé à l'admettre,

^en ce qui touche l'histoire du monde et les secrètes

(1) Discours sur les révolutions de la surface du globe.

(2) Hist. de l'astron., tome I,,p. 7.

particularités destinées a lui en donner l'intelligence. Mais je veux aller plus loin et entrer dans les détails. Qui n'a entendu parler de la grande année des patriarches ? 'L'historien Josèphe dit qu'elle se composait de six cents ans, et qu'elle servait à mesurer le temps dans les âges primitifs. Le célèbre Cassini est le premier qui j ayant fait attention aux passages des Antiquilés Judaïques , fut frappé de la justesse, de cette période extraordinaire, et des conclusions qu'on en pouvait tirer, en ce qui concerne l'année ordinaire, au temps des patriarches.

Voici comment il apprécie cette magnifique division du temps, qu'il a su tirer du profond' oubli où elle était tombée. «Il est constant, dit41, que, dèsle. premier âge du monde, les hommes avaient déjà fait de grands progrès dans la science du mouvement des astres ; on pourrait même avancer qu'ils en avaient beaucoup plus de connaissance que l'on en a eu longtemps après le déluge, s'il est bien vrai que l'année dont' les anciens^ patriarches se servaient, fût de la grandeur de celles qui composent la grande période de six cents ans, dont il est fait mention dans les Antiquités Judaïques (1). »

Ce qui fait la valeur et la beauté de la grande année patriarcale, c!est qu'elle contient , à quelques minutes près, un nombre exact de. révolutions, tant

(1) De foxigine et des progrès de l'astronomie. Mémoire de l'académie, tome VIII, p. 6.

du soleil que .de la lune, ce qui lui a fait donner le nom de Luni-solaire.

L'éminent astronome auquel je m'adresse sait, mieux que personne toutlebriiit qu'on a fait, suivant les passions qui étaient en jeu, à l'occasion de cette découverte inattendiie. Elle a jeté l'étonnement et l'hésitation dans le monde instruit. Constamment et obstinément placés au point de vue de la marche de nos sciences inodernes, les savants ont été effrayés des Conséquences qu'on en pouvait et qu'on en voulait tirer.

On a dit : Quel peuple a jamais été assez instruit pour arriver à une découverte qui ne supposerait pas moins d e trois mille ans de civilisation avancée, et des instruments aussi perfectionnés que le sont ceux d'aujourd'hui.

"Avec Cassini / des hommes spéciaux tels que : Mayran, Buffon, Bailly, et quelques autres, ont conclu • à l'existence des peuples antédiluviens, dont les progrès dans les sciences et les arts auraient dépassé d'emblée les connaissances dont nous sommes aujourd'hui en possession.

De là, un remaniement de toutes les données de l'histoire, et un renvoi de l'apparition de l'homme sur la terre à une époque pour ainsi dire indéfinie. De là Tempressement de tous les adversaires de la religion cWétienne, à accueillir l'existence d'un monde antéhistorique, dont nous, pauvres déshérités, nous -ne recueillons que les débris. Bailly est formel: Quand on

considère avec attention ^ dit-il j l'état de l'astronomie dans la Chaldée, dans l'Inde et dans la Chine j, on y trouve plutôt des débris .que les éléments d'une science (ï). Et ceci est imprimé en gros caractères. - '^

Buffon, de son coté, fait entendre des accents vraiment lamentables. Ecoutez : Malheureusement elles ont été perdues ces hautes et belles sciences^ elles ne nous sont parvenues que^par débris trop informes pour nous servir autrement qu'à reconnaître leur existence passée C^)!! . .

D'autre part, quelques encyclopédistes du XVlir siècle, que de pareils faits gênaient apparemment, ont essayé d'en éluder les conséquences, en disant que Josèphe avait recueilli des peuples Orientaux les notions astronomiques dont on vient de lire l'exposé, et que, par orgueil national, il s'est plu aies attribuer aux Hébreux, ses ancêtres. Pour nous, que le fait vienne de l'Orient ou de l'Occident, assez peu importe. Il suffit qu'il ne puisse être contesté, et il est vraiment incontestable, pour que nous soyons en droit de l'opposer victorieusement à l'opinion qui tendrait à refuser des notions de science aux races primitives. Nous laisserons donc volontiers à nos adversaires le bénéfice' ' du choix de la provenance historique.

Commençons par citer le passage de Josèphe qui sert évidemment de base à la discussion. Prœterea

{[)' Histoire de l' Astronomie, tome î, p; 18.

(2) Epoques de la nature, p. 53:2. — Edit. de M. Flourens.

t/um propler studium virtutis^ tumpropier utilitaiem invèntarum artmm,-ut astronomiœ et geometriœ^ Deus prolixiorem largitus est vitam^ quarum certitudinem assequi nonpoterant si minus 600 annis vixerint. Ex tôt enim magnus annus constat (1), Dieu prolongeait les jours des patriarches, tant à cause de leurs vertus, que pour leur donner le moyen de perfectionner les sciences qu'ils avaient découvertes , comme l'astronomie et la: géométrie. Sans une existence au moins de six siècles, temps qui est précisément celui de la fjrande année ^ ils n'auraient pu atteindre ce résultat nécessaire.

Suit une longue énumération des historiographes , Egyptiens, Phéniciens et Babyloniens, dont les témoignages s'accordent à corroborer la manière de voir de l'historien Juif. Que ce luxe de, citations de noms d'auteurs anciens, dont les ouvrages pouvaient se trouver et vraisemblablement se trouvaient entre les mains de Josèphe, ne serve qu'à établir les motifs delà longévité des patriarches, et non l'existence de la période en question, je le veux bien-, mais on ne fera jamais que, d'une part, la période ne soit réelle; les calculs de Gassini sont là pour le prouver; de l'autre, qu'elle n'ait été indiquée, décrite et affirmée»par Josèphe.

Au reste, l'historien Juif n'est pas le seul, dansl'an-

; tiquité, à mentionner la grande année dont nous nous

efforçons de signaler J-usage. Sous le nom de Nérosj

(1) Antiquités Judaïques , liv. I, ehap. m.

Bérose et Aljydène en constatent également Texistence chez les Chaldéens. Conséquemmént , ils mettent le fait en question dans un tel jour qu'il ne me semble pas possible d'élever même l'ombre d'un doute. Je me suis arrêté avec quelque complaisance à la discussion' qui précède, parce qu'elle établit péremptoirem^ent, à mon avis , que les premiers âges , par le canal de la tradition, étaient en possession de vérités scientifiques importantes.

Ce résultat, il ne faut pas l'oublier, fait l'objet d'une partie notable de mon travail.

Au reste, si étonnante que soit la particularité pré cédemment constatée, en tant que développement de Fétude du mouvement des cieux, elle n'est pourtant pas isolée dans les annales de la science astronomique. Qui n'a été comme étourdi du bruit qu'a fait, dans nos temps modernes , la découverte du système héliocmtrique? Là science sidérale de nos, jours n'a pas manqué de s'en attribuer le mérite et d'en revendiquer la gloire. Cependant est-elle aussi fondée qu'elle le croit dans ses prétentions ? Ecoutons ce que dit l'histoire : '

« Le système de Ptolémée ou des Grecs d'Alexan- » drie, qui jDlacê la terre au centre de notre monde, » et fait tourner le soleil autour d'elle, appartient, » dit M. Chaubard, aux premiers pas de l'astronomie » moderne. Nous l'avons emprunté à l'Ecole. d'Alexann drie. Mais il en est un autre plus ancien que celui-

» là,'c'est le système héliocentrique, qui place le soleil

» au centre du monde, et que l'on appelle vulgaire-

» ment le système de Copernic , parce que ce savant

» a eu la gloire de le faire prévaloir sur celui des

» Grecs, ou de Ptolémée -, car il ne l'a point inventé.

» Plutarque, dans la vie de- Platon, lui en avait

» fourni la première idée, en lui apprenant que quel-

» qùes disciples de Pythagore, entre autres Philolaiis de

» Crotone, avaient placé le soleil au centre du monde,

» et mis la terre en mouvement autour de ce centre.

» (Histoire des mathématiques ^ part. III, liv. IV, art. 3.)

» Pythagore, qui avait visité les peuples antiques de

» l'Asie , avait apporté ce système héliocentrique en

» Europe, où les guerres perpétuelles des Romains,

» et ensuite celles des Barbares du Nord , le firent

» oublier avec la "philosophie et la science de cette

» époque. \

» On ignore jusqu'à quel point la science de Pytha-

:» gore et celle de son "disciple Philolaûs, avaient pé-

» ' nétré dans le système héliocentrique. Ce que

» nous savons certainement , c'est que la géométrie

» de leur époque n'était pas assez avancée pour qu'il

» fût possible dé démontrer ce^système comme on le

» démontre aujourd'hui. Il est certain, par consé-

» quent, que les Grecs d'Italie n'avaient pu Tinventer;

» il venait donc d'un peuple plus savant qu'eux v et

» ce peuple, aujourd'hui que tout le monde sait à

» quoi s'en tenir sur la science des Egyptiens, il faut

» a]3solument aller le chercher dans le monde anté- » diluvien ; car nul autre, jusqu'à nos temps modernes, » n'a possédé assez de science astronomique et géo- » métrique, pour bien comprendre et démontrer pe » système héliocentrique.

» Il est une remarque fort importante à faire ici: » Les dis iples de Pythagore enseignaient que les » étoiles fixes sont des soleils comme le nôtre, ayant » pareillement leurs planètes. Or,- la connaissance de » cette vérité suppose qu'elle faisait partie de la science » antédiluvienne, puisque c'est pour ain^i dire d'hier » que le .perfectionnement des grands télescopes est » venu nous la démontrer, en dévoilant à nos yeux » ces milliers de systèmes dits étoiles fixes (1). «

Après avoir établi avec Kurstz que toutes les traditions 'des peuples du Nord et du Midi, de l'Griènt et de l'Occident, s''accordent sur le fait du repos du septième jour, l'abbé Reuch fait les observations suivantes dont personne ne méconnaîtra la justesse II n'est pas possible, dit-il, de supposer que les autres peuples aient reçu des Hébreux ces traditions iden-

(i) L'univers expliqué par la Révélation, ch. x.-

tiques pour le fond. Ainsi, ni Tauteur de la Genèse, ni aucun Juif, en général , ne saurait être regardé comme l'unique dépositaire des documents primitifs. Il faut donc admettre une première source commune, où Juifs et Gentils ont puisé à la fois, et cette première source doit remonter à une époque où le genre humain était encore dans son unité première, et où il n'était pas encore divisé par l'éloïgnement des résidences et la diversité du langage, par, la séparation nettement marquée entre les races, et par la différence de civilisation et de religion.

C'est de cette époque primitive que les peuples dispersés doivent avoir reçu ces souvenirs et ces tradi- /tions:^ que l'on retrouve les mêmes chez tous.

Après la séparation, cet héritage de nos premiers parents prit une multitude de formes,, selon les diverses tendances de l'esprit, dans la bouche du peuple, ou dans les traditions sacerdotales. Cependant, à tra ^ vers toutes ces métamorphoses, il garda l'empreinte du cachet de famille, la marque de la communauté d'origine. Ainsi cette révélation primitive doit remonter au-delà de la dispersion des peuples; et arrivés là, rien ne nous empêche, tout, au contraire, nous invite à faire encore un pas ou deux, À la reculer jusqu'au temps de Noé et même jusiju'à Adam (1).

Pour nous, après ce que nous avons dliàes périodes, après ce que l'Ecriture nous fait connaître de l'occu-

(1) La Bible et la nature, p. 9.

pation du premier homme pendant son séjour dans le Paradis terrestre, et même avant son entrée dans ce délicieux domaine, la difficulté des notions scientifiques attribuées aux premiers patriarches perd, à nos yeux, sa mystérieuse obscurité.

Si, en effet, Adam reçut l'ordre d'étudier les merveilles de la création dans le règne animal, à combien plus forte raison son attention, appelée par le Seigneur, dût-elle se porter vers ce mouvement des deux qui, .au témoignage du Psalmiste, racontent si éloquemment la gloire de leur auteur ?

D'ailleurs, la connaissance du mouvement des astres était, pour le premier homme, un besoin, puisque c'est en partie pour lia division du temps, que ces mêmes astres ont été créés. Ut sint in signa ^ et temjjora et dies et annos (1). .

Inutile de faire observer que si des communications particulières ont été faites par Dieu au premier'homme, pour l'aider à connaître les caractères propres aux divers animaux, des révélations spéciales n'ont pas dû lui faire défaut pour des connaissances qu'il lui était matériellement impossible d'acquérir, et desquelles pourtant devait dépendre en partie son. bienêtre.

Le fait du commerce intime de Dieu avec sa créature, et des enseignements qui en ont été la suite, touchant les lois physiques et astronomiques, s'ex-

Xt) Gen., 1-14.

plique de lui-même v il' a aussi l'avantage de nous rendre parfaitement- compte du phénomène des vestiges scientifiques si extraordinaires apportes par les courants traditionnels. Ici, qu'on le remarque bieii, nous ne sommes point dans les suppositions et les conjectures: c'est de L'histoire:

Ce n'est pas seulement Cassien (1) qui, après avoir assuré que Seth avait reçu d'Adam la connaissance de toutes les sciences naturelles, accuse la race de Caïn de les avoir. corrompues. Sophronime et Moyse de Gaza, dit Gainet, d'après Eusèbe, parlent aussi "des traditions que Seth avait, reçues de son père, et qu'il livra à ses enfants. -

Mais nous avons quelque chose de plus positif encore dans Josèphe. Cet historien, comme on sait, avait sous les yeux tous les anciens auteurs disparus depuis le temps où il écrivait. En outre, il avait à sa disposition tous les manuscrits du Temple et les traditions orales du peuple Juif. Son écrit a donc, pour nous,, le double avantage d'être l'expression de la Bible et celle des documents historiques parallèles. Or, voici comment s'exprime l'auteur des Antiquités judaïques.

« Je serais trop long, dit-il, si j'entreprenais, de » parler de tous les enfants d'Adam. Je me conten- » terai de dire quelque chose de l'un d'eux, nommé

(1) Cassien, écrivain ascétique et l'un des disciples de saint Jean-Chrysostôme.

» Seth. Il fut élevé auprès de son père, et se porta M avec affection* à la vertu. H laissa des enfants » semblables à lui , lesquels demeurèrent en leur » pays, où ils vécurent très-heureusement et en par- » faite union. »

« On doit à leur esprit et à leur travail la science des choses célestes et de leurs ornements.

. » Et parce qu'ils avaient appris d'Adam que le monde périrait par l'eau et par le feu, la crainte qu'ils eurent que cette science acquise par. eux (ou plutôt mise par eux en corps de doctrine) ne se perdît] avant que les hommes n'en fussent instruits, les porta à élever deux colonnes, l'une de brique et l'autre de pierre, sur lesquelles ils gravèrent les connaissances qu'ils possédaient, aûn que, s'il arrivait qu'un déluge ruinât la colonne de brique, celle de pierre demeurât pour conserver à la postérité la mémoire de ce qu'ils avaient écrit. Leur prévoyance réussit , dit Josèphe , et l'on assure que la colonne de pierre se voit encore aujourd'hui dans la terre de Syrie (1). » • .

Voilà comment, à la naissance de l'humanité, les choses se sont passées, suivant les traditions les plus graves et les plus respectables. Il faut convenir que

(!) Antiquités, liv. I, ch. II. Il est à remarquer que les Egyptiens ont écrit leur plus ancienne histoire sur des monolithes qu'ils plaçaient à l'entrée de leurs temples ou de leurs palais. (Voir l'encyclopédie moderne, article obélisque.)

les faits de science astronomique, exposés plus haut, et qui se dressent devant nous comme des forteresses inexpugnables, sont de nature à les accréditer encore davantage.

On peut conclure de ce qui a été dit, que le premier homme, dont l'occupation paraît avoir été d'observer la nature, n'a pas seulement reçu de Dieu l'ordre d'étudier le règne aniDjal.

Les minér'aux et les plantes n'ont pas été vraisemblablement plus négligés que les animaux.

Les vestiges des connaissances perfectionnées de la botanique que nous avons retrouvées dans les langues anciennes, en seraient autant de preuves. Et ce qui caractérise surtout ces débris d'une science encore persistante après de nombreux siècles, c'est que les noms conservés se trouvent parfaitement adaptés aux choses qu'ils expriment.

Le livre si sommaire de la Genèse a pu, on le conçoit,' néghger de mentionner les recherches qu'Adam avait faites dans les espèces végétales et minérales, sans que nous soyons moins fondés dans nos convictions, au sujet des occupations plus étendues attribuées au roi de l'Éden, qui a du vivre fort longtemps seul, et avant la création d'Eve, sa compagne. Sur ce dernier point, on peut dire que toutes les conjectures sont en notre faveur.

En elfet, nous savons par le récit mosaïque que le Seigneur avait planté dès le commencement, c'est-à-

dire au troisième jour, lorsqu'il produisit les .végétaux, un paradis délicieux, où il fit croître des arbres couverts de fruits d'un aspect séduisant et d'un goût exquis (1).

Ce domaine, réservé au Roi de la création, avait une étendue considérable, jusque-là qu'il n'a fallu rien moins, pour l'arroser, qu'un fleuve ou cours d'eau capal3le de donner naissance à quatre autres (2).

Le même passjage nous apprend qu'Adam, fut créé seul et en dehors du Paradis terrestre, dans lequel il fut postérieurement introduit (3).

Que seul, le père du genre humain a recula défense relative à l'arbre de. la science du bien et du mal, et cela, sous peine de mort, en cas de désobéissance (4).

Que Dieu, après avoir ainsi mis le premier homme en possession de son nouveau séjour, se proposa de

(1 ) Plantaverat auteni Dominiis Deiis paradisum volnptatis à principio, in quo posuit hominem quem formaverat. — Produxitque Dominus Deus de humo omne lignum pulchrum visu, et ad vescendum suave (1).

(2) Fluviiis egrediebatur de loco voluptatis ad irrigandum Paradisum, qui indè dividitur in quatuor capita [2).

(3) Tulit ergo Dominns Deus hominem eLposuit eum in paradiso vohiptatis, ut operaretur et custodiret illuni (3).

(4) Prœcepitque ei dicens : Ex omni ligna Paradisi comede ; de ligno autem scientiœ boni et mali, ne comedas ; in quocumque enim die comederis ex eo, morieris (4) .

. (1) Gen„ u-8 et 9.

(2) Ibidem.

(3) Ibidem. 15. .

(l) Ibidem. 17. ~

lui donner une compagne, et vraisemblablement il lui fit connaître, dès ce moment, son dessein, dont l'exécution fut ajournée (1).

De plus, ce qui est très-important pour les déductions que nous en voulons tirer, le Seigneur donna l'ordre à Adam d'étudier les animaux précédemment appelés à l'existence (2). " ■ .

Adam s'acquitta si bien de sa mission scientifique, que , selon le texte sacré , le nom qui fut donné à . chacun des oiseaux, reptiles et quadrupèdes, était celuilà même qui lui convenait (3).

Cependant, ajoute l'historien des six jours, tous ces actes s'étaient accomplis sans qu'Adam eût encore un auxiliaire semblable à lui. Aclm vero non inveniebatur adjîitor similis ejus.

Sur la parfaite exactitude des points que nous venons d'énumérer, il paraît difficile d'élever l'ombre même d'un doute. Or, sans miracle; comment concevoir que tant de faits aient pîi s'accomplir dans l'espace

(1) Dixit quoque Dominus Deus : non est bomim esse hominem. solum ; fnciamus ei adjutoritim simile Sïbi (1).

(2) Formatis igitiir, Dominus Deus, de humo cunelis animantibus terrœ, et universis volatilibîts cœli, adduxit ea ad Adam ni videret quid vocaret cfl{2). '

(3) Omne enim qiiod vocavit Adam, animce viventis ipsum est nomen ejus (3). .-

(1) Gen., II, 18. .

(2) Ibidem., 11,19.

(8) Ibid. ' -

de quelques heures seulement ? L'homme, en effet, a été créé au sixième jour, après les. grands animaux terrestres i et, au septième, la création était déclarée parfaite et achevée (1). •

Mais, nous l'avons déjà dit, il ne faut avoir recours au miracle, en exégèse, que quand on ne peut absolument s'en passer. Or sommes-nous bien dans l'impossibilité d'expliquer les choses par le seul concours des moyeiis naturels?

On va en juger.

Que faut-il pour que les faits aient pu s'accomplir dans des conditions normales? Tout simplement que le temps, pendant lequel Adam. a vécu seul, fût assez étendu pour que tous les faits de détail, que nous avons rapportés, pussent y trouver place. Ce ne sera pas le manque de durée du sixième jour, qui pourra devenir un obstacle à l'interprétation que nous nous efforçons de faire prévaloir, puisqu'il vient d'être démontré que les jours de la création ont été des périodes de temps considérable. Ce ne seront pas non plus les années delà première partie de fe vie d'Adam, puisque entre la création du Père du genre humain ■ et la naissance de Seth, qui fut donné à Eve, dit le. teïte sacré, en remplacement d'Abel, il s'écoula cent trente années, et deux cent trente, selon la chronologie préférée des Septante. On serait plutôt embarrassé, dans le système des jours ordinaires, de. l'emploi

(t) Gen , u-2. Complevit DeiiSf die septimo, opus suum quod fecerat„

à donner à un. temps aussi considérable, Dieu ayant ordonné à nos premiers parents, en répandant sur eux sa bénédiction, de croître et de se multiplier.

Quoiqu'il en soit, la particularité des nombreuses années du. premier homme tend à nous faire croire qu'Adam put mettre à l'étude de la création animale le temps nécessaire pour accomplir naturellement sa mission. L'observation de difTérenls autres faits nous conduit à des déductions toutes semblables. Le père du genre humain, . avons-nous dit, reçut la défense de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, sous peine de mort. Mais, on conçoit difficilement dans le système des jours ordinaires, que les animaux créés, quelques heures seulement avant ' l'homme, et à l'état adulte, aient eu le temps dé périr, pour donner à Adam l'idée du châtiment réservé à sa prévarication, châtiment qu'autrement il aurait encouru, sans en connaître la grandeur.

Donc, le chef de l'humanité, créé certainement seul, a dû vivre longtemps sans sa compagne, et, avec cette interprétation, toutes les difficultés précédemment signalées disparaissent.

Mais ce n'est pas tout ; une fois dans cet ordre d'idées, la teneur du texte sacré nous permet d'aller plus loin, ■ et d'affirmer que c'est en dehors du Paradis terrestre qu'Adam a dû voir naître et mourir les animaux.

En effet, Dieu, nous l'avons vu, avait planté, dès le commencement (nouvelle indication de périodes),

le lieu de délices, où l'homme devait être mis à l'épreuve.

Si tel fut l'état des choses autrefois, Adam dut recevoir, en entrant dans le Paradis terrestre, la défense de manger du fruit réservé. Car l'épreuve a commencé en même temps qiiela jouissance. Encore une fois, le jardin était planté, et rien, n'indique que l'arbre de la science du bien et du mal fit défaut.

En s'adressant après le péché au premier homme, à qui seul, comme nous l'avons vu, avait été donné directement le précepte de respecter les- fruits de l'arbre réservé. Dieu lui fait reproche de sa désobéissance.

Quelle excuse reçoit-il de la part de sa créature malheureuse et coupable? — La femme que vous m'avez donnée, répond Adam, m'a présenté du fruit, et j'en ai mangé. — N'est-ce pas comme s'il avait dit: — Tant que j'ai été seul, vous le savez, Seigneur, j'ai été fidèle à votre commandement. Mais la compagne que vous m'avez associée pour la garde du jardin, m'a séduit, et j'ai failli. ■

Il faut convenir que la longue fidélité d'Adam, avant la présence d'Eve, aurait rendu son excuse plus acceptable.

, M. Glaire, partisan des jours de vingt-quatre heures . ne l'oublions pas, va lui-même fournir à nos conclusions sur la longueur des jours primitifs, un caractère de certitude plus accentué. Il ne nous saura

pas mauvais gré de citer ici son témoignage involontaire, puisque nous allons donner nous-même à la sagacité de son interprétation un nouveau degré de probabilité.

. Selon le célèbre professeur à la Sorbonne, quand Eve a été présentée à Adam, celui-ci était dans une longue attente, qu'il traduit en s'écriant tout étonné : ^ La voilà donc, cette fois (1)!

Et, pour que la pensée de l'habile exégète ne puisse souffrir d'équivoque, il ajoute dans une note : ,Qu'à la manière dont les traducteurs ont rendu ce 'passage ^ on croirait qu'ils n'ont pas bien saisi cette idée (l'idée de l'attente).

Cependant, s'il ne s'était écoulé que quelques heures entre la création successive d'Adam et d'Eve, on aurait de la peine à expliquer la longue attente, dont parle l'ancien. Doyen de la faculté de Théologie, à la Sorbonne. ' V

Ainsi, d'une part, l'obligation faite au premier homme , d'avoir à étudier la création animale, comme la nécessité de parcourir, pouy en prendre possession, l'étendue de son domaine, dont la valeur ne lui était connue .qu'à cette condition nécessaire ; de l'autre, la notion de la terrible peine de la mort, réservée au mauvais usage qu'il ferait de sa liberté, se réunissent pour nous porter à affirmer qu'Adam vécut longtemps seul, soit dans l'enceinte, soit hors du Pa-

(1) Le Pentateuque, avec traduction française, ch. ii.

radis terrestre, et peut être successivement dans les deux endroits.

Nous pouvons maintenant et de nouveau assurer que l'étude de la science a commencé avec l'humanité. Elle a été le résultat des communications incessantes de Dieu avec sa créature, alors que celle-ci était l'objet des complaisances divines.

Le Seigneur s'est approché familièrement du premier homme pour le mieux enseigner. Il était son créateur et son père; il a voulu aussi devenir son précepteur. Il lui a donné le secret des lois qu'il avait imposées à la matière; il lui a expliqué les incomparables merveilles qu'il avait appelées à l'existence, dans le cours du temps; il lui a fait connaître le nombre et les périodes qui devaient servir à mesurer ce dernier , le tout en conformité parfaite du plan qu'il s'était tracé à lui-même dans ses desseins éternels.

Tant et de si excellentes révélations ont pu s'oblitérer dans la mémoire des hommes avec les siècles, mais elles n'ont jamais cessé de constituer, au profit de l'humanité, un fond de vérités scientifiques que nous retrouvons à tous les âges de l'histoire, et d'autant plus pures, qu'elles sont moins éloignées de la source.

Nous avons vu Moïse exposer des faits physiques d'une étonnante exactitude, à propos de l'atmosphère de la terre, à son origine, et cela, avant même que les sciences naturelles eussent un nom. Qui donc maintenant pourra s'en étonner ? J'ose espérer que M. le

Président de l'Académie des Sciences ne refusera plus au grand génie dont Dieu s'est servi pour écrire l'histoire de sa création, la conscience des vérités qu'il confiait aux annales de son peuple , pour l'avantage de ce dernier, en même temps que pour l'instruction des générations à venir. ,

Je pourrais terminer ici mes recherches sur la science des Anciens ; mais je serai plus complet en faisant connaître ce que furent ces derniers] au point de vue de la religion , des lettres et des arts. Car toutes ces branches des connaissances humaines s'appuient sur des données scientifiques , et ne peuvent se développer les unes sans les autres.

Je l'ai dit , et j'aime A le répéter , les dénégations de mon illustre contradicteur n'exigent pas rigoureusement les nouvelles considérations que je vais faire valoir; mais cependant on ne tardera pas à reconnaître qu'elles sont loin d'être inutiles ou étrangères à la cause que j'ai entrepris de défendre.

iU —

La religion des Anciens.

Pour les vérités religieuses connues des philosophes grecs, nous avons le témoignage non suspect de saint Augustin.

« J'ai lu les ouvrages des Platoniciens, dit le sa- » vaut évêque d'ïïippone, et j'y ai trouvé toutes ces » grandes vérités : que dès le commencement était » le Verbe i que le Verbe était en Dieu, et que le ^> Verbe était Dieu. — Que cela était en Dieu dès » le commencement ; que toutes choses ont été » faites par le Verbe \ que de tout ce qui a été fait, » il n'ya rien qui ait été fait sans lui ; qu'en lui est » la vie, et que cette vie est la lumière des hommes ; » mais que les ténèbres ne l'ont point comprise ; - « qu'encore que l'âme de l'homme rende témoignage » à la lumière, ce n'est point elle qui est la lu- « mière, mais le Verbe de Dieu ; — que ce Verbe j) de Dieu et Dieu lui-même, est la véritable lu- » mi^re dont tous les hommes , qui viennent au P monde, sont éclairés ; qu'il était dans le monde ; » que le monde a été fait par lui, et que le monde » ne l'a point connu. Car, quoique cette doctrine ne ^ » soit point en propres termes dans ces livres-là ,

ir elle y est dans le. même sens et appuyé de plu- » sieurs sortes de preuves.

» Je trouvai bien encore dans les livres des païens » que ce n'est ni de la chair ni du sang qu'est ce Verbe » de Dieu , comme celui dont il est né. Mais que le » Verbe de Dieu se soit fait chair, et qu'il ait habité » parmi nous, c'est ce que je n'y trouvai-point (1). »

On a peine à enregistrer tout ce que l'archéologie religieuse et les investigations profanes nous révèlent, chaque jour, sur la croyance des anciens à un Dieu unique^ éternel, immatériel. En ce qui concerne l'Egypte, les travaux de Champollion et de M. de Bougé nous ont grandement éclairés sur les dogmes fondamentaux de cette nation civilisée et puissante. Des. recherches faites par nos deux illustres et savants égyptiologues , il résulte que la naissance quotidienne du soleil était une image vivante de la perpéiuelle génération divine.

Sous des noms divers, le Très-Haut est appelé^ dans les hymnes funéraires, le Dieu seul vivant en

vérité Celui q%i s'engendre lui-même Celui

qui existe dans le commencement

Ces. découvertes, en concordant avec les récits de Plutarque et de Porphyre, sur le même sujet, donnent à ces derniers un caractère de véracité qui en font, dans l'histoire, une peinture exacte et détaillée des croyances théologiques des anciens. Quei

(1) Z«9 Confessions de saint Augustin, liv. VII, ch. rx.

de plus saisissant et de plus instructif, à la fois^ que ces affirmations de l'écrivain grec : « On lève, en » Egypte (ce sont les paroles même de Plutarque), » un certain tribut pour nourrir les animaux sacrés. » Les seuls habitants de Thèbès en sont exempts, » parce qu'ils ne croient point qu'il y ait un Dieîi » mortel ; mais le Dieu qu'ils appellent Knef. Ils pré- » tendent qu'il n'est jamais né et qu'il ne mouvra » jamais (1). » ^

Ce n'est pas seulement sur les stèles et dans les tombeaux Egyptiens que nous retrouvons écrites les notions étonnantes et toutes chrétiennes du vrai Dieu, du Dieu éternel et existant par lui-même.

Au témoignage de Malte-Brun, nous les voyons attachées aux noms mêmes des monuments de la nature. Entre les méridiens de Gorkha et de H'iassa, dit-il, la chaîne de l'Himalaya envoie, au nord, vers la rive droite du Dz.ang-bo, plusieurs rameaux couverts de neiges perpétuelles, dont le plus haut est le YarlorChamboï-Gangrij c'est-à-dire, en Thibétain, /à montagne neigeuse dans le. pays du Dieu existant par lui-même (2). D'où est venue cette étonnante profession de foi , d'ailleurs , si bien symbolisée par les neiges éternelles de la montagne des Thibétains, sinon des traditions antiques et primordiales ?

Plusieurs autres vérités, non moins inaccessibles à

(1) Ann. dephil., ch. x, troisième série, tome I.

(2) Précis de Géographie universelle, tome VIII, p. 14.

la raison, se retrouvent encore éparses ça et là, soit dans les ouvrages des Anciens, soit sur les papyriis des nations égyptiennes. De ce nombre sont le dogme de la Trinité des personnes divines, et celui du jugement solennel auquel doivent comparaître les âmes avant d'être introduites dans les demeures célestes. Je ne puis résister au. plaisir de donner quelques détails sur ce dernier point, et de montrer les rapprochements frappants qu'il nous offre avec les croyances du christianisme. '

Mentionnons d'abord la vérité accréditée dans le peuple des Pharaons,' et consultons les papyrus, traduits par M. Lenormant, professeur de langues orientales au Collège de France. Les notions qui vont suivre se recommandent par leur récente découverte, bien qu'elles ne fassent que continuer une vérité historique déjà connue depuis longtemps.

L'âme, dit l'ancien document, pénètre dans le prétoire où l'attend Osiris, assis sur son trône, et assisté de ses quarante-deux assesseurs. C'est là que va être prononcée la sentence décisive et définitive qui admettra le mort dans la béatitude,ou l'en exclura pour toujours.

Alors commence un nouvel interrogatoire; bien plus il doit rendre compte de toute sa vie.

« Je n'ai pas commis de faute, s'écrie le mort. Je n'ai pas blasphémé. Je n'ai pas trompé. Je n'ai pas volé. Je n'ai pas divisé les hommes par mes ruses. Je n'ai traité personne avec cruauté. Je n'ai' excité aucun

trouble. Je n'ai pas été paresseux. Je ne me suis pas enivré. Je n'ai pas fait de commandement injuste. Je n'ai pas eu de curiosité indiscrète. Je n'ai pas laissé aller ma bouche au bavardage. Je n'ai frappé personne. Je n'ai causé de crainte à personne. Je n'ai pas médit d'autrui. Je n'ai pas rongé mon cœur d'envie. Je n'ai pas mcil parlé, ni du roi ni de mon père. Je n'ai pas intenté de faussés accusations. »

Ailleurs, le mort continue :

«Je n'ai pas retiréfle lait de la bouche des nourrissons. Je n'ai pas fait de mal à mon esdave, en abusant de ma supériorité sur lui. J'ai fait aux dieux les offrandes qui leur étaient dues. J'ai donné à manger à celui qui avait faim. J'ai donné à boire à celui qui avait soif. J'ai fourni des vêtements à celui qui était nu.... » En entendant une morale aus^ avancée, ne croiraiton pas. lire un passage connu de l'Evangile?

J'ai eu faim, et votis m'avez donné à manger; j'ai eu xoifj et. vous m'avez donné à hoire; j'étais étranger, et vous m' avez recueilli; j'ai été nu, et vous m' avez revêtu; j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'ai été en jjrison, et vous êtes venus me voir (1);

A la vue d'une aussi grande ressemblance, tant pour la mise en scène des grandes assises du Jugement dernier, chez les Egyptiens et les chrétiens^ que pour les chefs d'accusation, auxquels, dans les deux rehgions, il faut répondre, plusieurs savants inquiets

(1) Matth., xxv-31 et suiv. *

de cette ressemblance se sont demandé si l'Évangile ne s'était pas inspiré des traditions égyptiennes. Pauvres docteurs ! ils ont oublié que la réponse à cette question est écrite toute entière dans la letlre de saint Jude, laquelle fait partie des Livres canoniques (1). Voici comment s'exprime l'apôtre chrétien sur le sujet qui nous occupe :

« Enoch, qui a été le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes' des enfants de Caïn : « Voilà le Seigneur qui va venir avec une multitude innomhrable de ses Saints^ poitr exer'cer son jugement sur tous les hommes et pour convaincre tous les impies de toutes les actions d'impiété qu'ils ont cor^mises et de toutes les paroles injurieuses que ces pécheurs ont proférées contre lui. »

Quelles que soient les opinions sur le livre, aujourd'hui existant, d'Enoch, l'Église tient pour certain que la prédiction dont il vient d'être parlé, appartient Bien au patriarche auquel elle est attribuée. Donc, la notion du jugement dernier, même avec solennel appareil, est de tradition anté-diluvienne. Les Egyptiens l'ont conservée, et Jésus-Christ l'a formellement rappelée aux hommes.

En remontant plus haut que le peuple des Pharaons, nous trouvons lareligion à un état plus élémentaire. Ce qui la constitue, pour ainsi dire toute entière, ce sont le sacrifice d'une part, et, de l'autre, le repos sabbatique.

(1) Epit. de saiat Jude> v. 14.

Mais il faut dire que, sur ces deux points essentiels, l'antiquité la plus reculée se trouve en pleine possession de ces deux manières d'honorer le Créateur, qui sont encore aujourd'hui comme l'âme de tout notre culte. Depuis le christianisme, une victime plus pure et plus parfaite a remplacé toutes les autres, mais le sacrifice, en lui-même, remonte jusqu'au berceau de l'humanité qui paraît en avoir reçu l'institution de Dieu même (1). Pour le repos du septième jour, le doute au sujet de son origine n'est pas possible. Ih suflSt de lire dans les livres de Moïse les considérants qui justifient cette manière de glorifier Dieu, dont il déclare n'être pas l'inventeur, et dont nous n'aurions pas même pu avoir l'idée sans la révélation. Bien que les documents anciens ne parlent pas de l'observation du Sabbat avant le déluge, la logique seule nous garantit qu'Adam comme Abel, Caïn et leurs descendants, durent honorer le Dieu créateur par le repos du septième jour, ainsi qu'jls reconnurent son souverain domaine par l'oblati on des sacrifices. De ce côté donc, l'antiquité rehgieuse la plus reculée était remarquable par la pureté de ses croyances et la légitimité de son culte. '

Mais c'est assez sur la religion des anciens, parlons maintenant de leur supériorité littéraire.

(t) Voir M. deMaistre. Soirées de Saint-Pétersbourg.

La Littérature des Anciens.

Je ne ferai que mentionner les livres immortels de David, de Salomon et de quelques-uns des prophètes. Au point de vue purement humain, on peut dire que l'élévation des pensées, l'originalité des expressions, la hardiesse des figures, et surtout la poésie incomparable qui les distingue, en font des œuvres à part.

. Chose étonnante, plus nous remontons dans les âges, plus nous trouvons sublimes et avancées les conceptions du génie. De sorte qu'on peut, pour ainsi parler, établir cette règle 'générale : que celles-là sont plus parfaites qui s'approchent davantage^ du point où l'on voit s'ouvrir la série des productions de l'esprit humain.

Ainsi les poèmes d'Homère, éloignés de nous de près de trois mille ans, sont encore, malgré tous nos progrès, ceux qu'admirent le plus les peuples civilisés. Et ces chefs-d'œuvre ne sont point des conceptions uniques et isolées.

Prenons le livre de Moïse , dit M. Gainet, auquel nous faisons de nombreux emprunts, oublions un ins-

tant que c'est un livre sacré, pour ne faire attention qu'à ses beautés littéraires, et nous serons obligés de convenir qu'il contient plus de perfection de premier ordre qu'Homère qui a vécu six ceuts ans après. C'est l'avis, non d'un seul homme, mais d'un grand nombre de juges, compétents (1).

À côté de Moïse, vivait un autre génie puissant qui nous a laissé les preuves irréfragables de sa supériorité. C'est Job. Il est à la fois historien, naturaliste, astronome, savant, et, par-dessus tout, d'une éloquence entraînante. On se demande si Platon est aussi profond que lui-, si Démosthène est aussi rapide et aussi énergique.

Mais ce qui tient presque du prodige, c'es-t qu'un homme, avec une langue qui ne disposait que de quelques centaines de mots, ait porté aussi loin la perfection de l'art d'écrire sur les sujets les plus variés. Le Dictionnaire hébreu de Rosenmuller a 139 pages, et Job n'a pas employé la moitié des mots qu'il contient. Pourtant le livre inimitable dont nous parlons, parcourt le cycle à peu près entier des connaissances humaines. Tout brille du même éclat dans cette incomparable production, qui paraissait quelques centaines d'années après le déluge.

Passez en Chine, continue M. Gainet, ouvrez les livres King et particulièrement le Chou-King, et vous

(1) Voir sur ce point Laharpe et tous les critiques des littératures anciennes comparées à celles des temps modernes. ^

serez surpris de trouver ce livre, probablement le plus ancien de l'univers, écrit avec une dignité, une mesure, une sagesse qui étonnent. C'est le plus antique débris de l'histoire de la Chine. Il porte avec lui son cachet d'antiquité. C'est le règne des trois premiers princes vraiment historiques de ce peuple, Yao, Chun et Yu. On les fait souvent parler \ ils donnent des avis -, ils posent les principes du Gouvernement, de la vraie religion, des bonnes mœurs et de l'ordre public, avec un ton débouté, de conviction profonde, qu'on sent parfaitement ne pouvoir se rencontrer qu'au Berceau du genre humain, et dans l'âge tout à fait patriarchal. Et cependant, quelle profondeur de vue, quelle noblesse d'expression dans cette simplicité primitive ! Le style des Kings est unique, disent les Mémoires chinois; on n'a approché du beau qu'autant qu'on l'a imité. Les génies les plus rares ont désespéré de l'égaler. Ils étaient donc, ces livres, l'expression d'une belle et admirable civiKsation. Mais poursuivons et consultons maintenant l'architecture.

L'architecture des Anciens.

L'architecture primitive est en parfaite harmonie avec ce que nous venons d'établir touchant la science, la religion et les lettres des races primitives. . "

Son témoignage suffirait à lui seul à prouver toute notre thèse sur les notions scientifiques et la civilisation avancée des Anciens. "Car un monument grandiose, qu'il soit temple, palais ou nécropole, ne s'élève pas à l'improviste et à l'aide d'un art en enfance. Mais l'art lui-même ne reconnaît d'autres aïeux que la science et le génie.

Si donc nous le rencontrons quelque part, et à quelque degré de développement qu'il se présente , il ne sera pas seul à nous parler. Ses origines répondront avant lui, et au besoin pour lui.

Mais quelle idée n'aurons-nous pas de la science des premiers âges quand nous nous trouverons en présence de ces gigantesques conceptions qui nous effraient et nous écrasent , qui nous feraient presque douter de la justesse de notre regard, tant elles dépassent nos habitudes et notre attente ?

A Balbeck, dans le Liban, et à Thèbes, dans la Haute-Egypte, ce sont les pierres qui parlent ellesmêmes en faveur de la supériorité intellectuelle des peuples anciens.

Comment, dit M^' Mislin (1), nous vanter de nos" arts et.de nos sciences , en présence des ruines répandues sur les côtes de Phénicie, où l'on retrouve à chaque pas l'origine des sciences dont nous nous glorifions? Nous pourrions à peine remuer une des pierres des gigantesques édifices de Balbeck (2), et elles sont là par milliers) élevées. sans ciment, les unes sur les autres, bravant les siècles et se riant de nos fragiles contrefaçons.

Les voyageurs ont donné les mesures des plus grandes de ces pierres. Wilson en a signalé une qui a soixante-neu£,pieds de long, dix-huit de large et treize de haut; par conséquent, seize mille cent quarantesix pieds Gubès où 598 mètres cubes. Les deux colonnes de Venise, les monoHthes de- Rome, l'obélisque de la place de la Concorde, à Paris, ne sont que des jouets: d'enfants à côté des pierres de Balbeck.

Pour les ruines de l'Egypte, au heu de produire

(i) Pèlerinage aux Saints-Lieux,

(2) On a calculé que pour iaire\parcourir un métré, en une seconde de temps, à un des blocs taillés qui sont demeurés dans les carrières de Balbeck, 11 faudrait une machine de la force de vingt mille chevaux, ou l'eifort constant et simultané de quarante mille hommes. (De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, t. Il, Tp. 6^1 .)

nos propres impressions, nous préférons faire emprunt à un autre témoin oculaire. C'est à un compatriote dont les écrits sont avantageusement connus dans les lettres, M. Poitou, l'auteur d'un' Hiver en Egypte.

Voici comment il s'exprime en. parlant de la salle hypostile : « Quand je vivrais mille ans, jamais je n'oublierais l'impression que m'a laissée ce monument. La parole est impuissante à décrire de telles choses, et nul art au monde n'en pourrait reproduire l'effet.

» Qu'on, imagine une forêt de colonnes", larges et hautes comme des tours , portant encore sur leurs chapiteaux évasés quelques-uns des blocs massifs qui faisaient le plafond ; leurs lignes serrées se prolongeant de toutes parts, sans que l'œil en aperçoive la fin-, sur celles qui forment l'allée centrale, plus hautes et plus puissantes que les autres, une seconde ligne de piliers, qui portaient une seconde salle ; çà et là quelques pierres énormes du plafond, à moitié penchées et s'arc-boutant mutuellement dans leur chute; tout au bout, en face de nous, une de ces colonnes gigantesques qui, ébranlée sur sa base, et chancelant, comme un homme ivre, s'est appuyée de l'épaule sur sa voisine qui a reçu le choc sans broncher

» Il y a presque de la terreur dans l'admiration qu'on éprouve en face de telles ruines. On se sent petit auprès d'elles. Il semble que. ce soient des Titans,

non des hommes comme nous, qui aient dressé ces colonnes sur leurs bases indestructibles, et jeté sur leurs têtes, en guise de poutres et de tuiles, ces blocs de granit, de quarante pieds de4ong, qu'elles portent depuis trois mille ans sans fléchir. ,

» Nous, qui sommes si fiers de nos arts, de notre industrie, de notre puissance matérielle, que sommes- ' nous auprès de ces bâtisseurs de palais géants ? Que restera-il, dans trois mille ans, de nous, de nos temples et de nos cités ?»

« Les pyramides, dit) ailleurs M. Poitou, ont été élevées par les rois Choufou et Chafra^ qui appartiennent à la quatrième dynastie, c'est-à-dire, à une époque de beaucoup antérieure à l'invasion des Pasteurs. Les pyramides existaient déjà depuis des siècles, quand Jacob et sa famille vinrent s'établir aux bords du Nil. Les monuments les plus prodigieux, les plus impérissables de l'Egypte , sont en même temps les plus anciens. Il n'y en a pas dans le monde qui remontent plus haut. Nous sommes ici sur le seuil des temps historiques.

- » La grande- pyramide, mesurée à sa base, a deux cent quarante mètres de côté, d'un angle à l'autre. On à calculé que la masse de pierre dont elle se compose , évaluée à environ soixante-quinze milHons de pieds cubes, pourrait fournir les matériaux d'un mur qui aurait mille lieues de long,

sur un mètre dé hauteur, et ferait le tour de la France (1).

» Citons encore ce qui regarde la statué de Memnon.

Comme on n'a vu, nulle part, rien de pareil, l'esprit demeure étonné et déconcerté. Il, semble qu'on soit en présence de quelque chose de surhumain, et volontiers on prendrait' ces monstrueuses sculptures pour les images d'un peuple de géants, qui aurait précédé sur la terre les hommes d'aujourd'hui, et bâti les monuments qui nous entourent.

^> La hauteur de la statue de Memnon et de celle qui l'accompagne, est de seize mètres au-dessus .du piédestal. Les jambes ont six mètres de la plante des pieds au-dessus du genou ; le pied a deux mètres de long et un mètre d'épaisseur.

» La statue de Sésostris, représentant le roi assis sur son trône, avait vingt-six mètres de hauteur audessus dii piédestal. On a calculé que ce monolithe devait peser deux miUions de kilogrammes. La mar tière en est admirable, et le poli qu'elle a reçu de l'ouvrier, malgré sa dureté, ne l'est pas moins. »

Remontons pi us loin encore dans les âges primitifs.

Qui n'a entendu parler de la fameuse ville aux cent portes d'airain, Babylone, de fondation toute voisine de la sortie de l'arche ? Nous avons, dans Hérodote, la description exacte et détaillée des merveilles

(t) Expédition d'Egypte. Goraard, Recherches sur les pyramidss»

sans iiomBre dont les successeurs de Nemrod embellirent cette superbe cité. C'est à peine si l'on peut Croire au récit de l'historien grec. Le caractère dominant de r architecture Babylonienne^ dit M. Raoul Rochette, caractère qui se trouve, également dans la sculpture, c'est la proportion colossale. Tel est le fait qui résulte des récits anciens, comme des ruinés existant encore ; telle est l'impression que Rabylone a laissée, dans le temps de sa splendeur, à des génies en garde contre tout sentiment d'admiration, comme étaient les prophètes Hébreux, ou à des hommes étrangers de race, comme Hérodote et les compagnons d'Alexandre.

Ce que l'Ecriture sainte raconte de l'antiquité, de la grandeur et de la magnificence de Ninive, se trouve confirmé par les historiens grecs, et en particulier par Diodore de Sicile. Nous avons mieux que les historiens,, ce sont les ruines mêmes de la célèbre ville d'Assyrie. Lés archéologues qui les ont scrutées, nous ont prouvé, par les pièces déposées au Louvre, que leur enthousiasme- n'était pas même au niveau de la réalité <les choses. Ce que nous voyons de nos propres yeux , nous rend croyable ce qui nous est raconté des richesses inouïes de Memphis, de sa fameuse chambre tormée d\me seule pierre ^ de neuf -coudées de hauteur "sur huit de longueur et sept de largeur, ainsi que des figures d'hommes et d'animaux aux proportions colossales , employées dans la décoration.

On a écrit quelque part, el assurémenl avec un grand sens, 'que l'archilecture, en général, est comme une sorte : de miroir où viennent se refléter les mœurs, les habitudes, la civilisation, les connaissances et les progrès intellectuels des peuples. Comment, en efiFet, comprendre que les merveilles de l'ancienne Thèbes aient pu se produire sans qu'un oui épuré ail dirigé le crayon de l'architecte ;. sans que des connaissances usuelles, fruits d'une longue expérience, aient pu permettre de tracer ces lignes si nettes, si moelleuses et à la fois si grandioses qui nous ravissent? Comment l'ouvrier a-t-il pu mettre en œuvre des matériaux si magnifiques, si résistants et si lourds, sans un outillage préparé, approprié à d'aussi gigantesques travaux ? El les transports? Les moyens employés autre-' fois sont encore aujourd'hui, pour nous, des mystères. Cependant les manœuvres de ces énormes rochers arra- . chés aux flancs des montagnes, étaient ordinaires et de^ tous les jours. Quand on a monté sur son piédestal, à Paris, l'obélisque de la Concorde , le Roi, les grands delà cour et tout le peuple [de la capitale se sont portés en.foule au lieu de l'expérience. Bientôt toute l'Europe a retenti du bruit qu'on a fait autour de la pierre du Louq^or. On a gravé sur le piédestal les figures des appareils qui avaient servi à monter l'obélisque, comme si l'on avait craint que les générations à venir ne pussent se rendre compte de l'opération qui avait émerveillé les Parisiens, et presquef tourné la tête à nos ingénieurs. -'

Cependant si nous faisons passer au contrôle de l'exa-

men et de la logique les prétentions de notre puissance niécanique, si bruyamment affichées à la place de la Concorde, nous ne lardons pas à les voir bientôt réduites à de très-minces proportions. .

■ Qu'est, en effet, le célèbre obélisque dé Paris, si on le compare aux pierres de Balbeck? On l'a dit, un joujou d'enfant. C'est à peine la dixième partie de l'un des blocs du célèbre Temple du Soleil. Ce sera bien moins encore, si nous le. confrontons avec le volume brut de la statue assise de Sésostris, qui n'a pas moins de vingt-six mètres au-dessus de son piédestal. .

Et celte tour de Bélusou de Babel, dont la description nous a été conservée, a-t-elle jamais été égalée en grandiose par aucun autre monument architectural? Cependant on ne peut en révoquer en doute l'existence. C'était la merveille des merveilles des temps antiques ; et le nom de celui qui a conçu un pareil plan est connu , comme le temps tout voisin du déluge où il vivait. Nous savons que Nabuchodonosor la fit restaurer. •

Dites donc que les forces intellectuelles de l'esprit humain ont commencé par la faiblesse de l'enfance, ou que les premières générations ont débuté par l'état de barbarie, par l'étal sauvage!....

L'élat sauvage, pour qui réfléchit et observe,'est plutôt une dégénérescence de la civilisation.

- C'est un accident qu'on a toujours vu, et qu'on voit en^ core aujourd'hui même se produire à côté des nations policées, ou, si mieux on aime, au milieu de l'humanité, de l'humanité au XIX'' siècle.

Je le sais, M. Président de l'Académie des Sciences de Paris ne partage pas les dernières idées que je viens de combattre, etje suis heureux de lui en donner acte public. Mais, on ne peut contester que du défaut de science, ou d'une science à peine-en maillot, à la négation de toute civilisation dans les races primitives, la pente est douce et facile. Et, défait, j'ai entendu plusieurs fois, dans les cours publics de Paris, mais non sans un profond étonnément, développer des thèses qui na tendaient àjrien moins qu'à accréditer la détestable doctrine de l'humanité commençant par l'état sauvage.C'est contre d'aussi monstrueuses erreurs, et un abus aussi excessif des dons de l'intelligence, employés à égarer les générations présentes, que je me ^ crois obligé de protester. - '

Ce qui se trouverait bien plus près de la vérité, sur le point de discussion qui nous occupe, ce serait la proportion suivante, établissant : que la force de conception des races du premier âge est à la nôtre, comme la. vigueur des tempéraments anciens, la grande longévité des premiers hommes et leur taille gigantesque sont à la condition frêle et débile des générations contemporaines.

Au moins, ce qu'on ne peut.refuser, au témoignage d^une foule d'homme&distingués de l'anliquité, c'est que les premiers habilanls de la terre étaient supérieurs en sagesse et en vertu h ceux qui vinrent ensuite. Demandez à Platon ce qu'il en pense (!}.

Mais revenons aux difficultés soulevées par l'honorable M. Faye.

U) Voirie Timé». - - .

— ISS

La création des végétaux avant le soleil.

L'objection à laquelle nous allons répondre, nous ramène au point de départ de" la discussion et aussi à l'une des questions les plus délicates assurément de l'exégèse biblique. Je veux parler de la création des plantes avant le soleil, et dans des conditions telles qu'il n'a fallu rien , moins qu'un moyen d'irrigation provisoire, pour permettre à la végétation de crpîlre et de se développer (l).

Strauss s'est scandalisé de la simplicité de Moïse qui n'a pas craint de renverser l'ordre des choses, en faisant arriver à l'existence et se multiplier, sans le secours du soleil, source actuelle de toute vitalité, non«seulement les herbes qui couvrent les campagnes, mais encore les arbres les plus majestueux de nos plaines ef de nos vallons.:

Pianciani lui-même, en examinant au second chapitre de la Genèse le passage où il est ilérativement fait mention des végétaux, avoue ingénument qu'il né voit pas pourquoi r annaliste sacré revient sur un sujet qu'il avait déjà traité avec toute l'étendue que comportait le cadre de son écrit. . ^

On le voit, à tous les poipts de vue, la création des

fl] Voippage 21. le ne puis admettre avec l'honorable M. Faye qu'il s'agisse ici.dela végétation .du Paradis terrestre. Le lecteur jugera entre nous.

plantes mérite une alieniion particulière; j'en ferai d'autant plus volontiers une étude spéciale, que l'honorable et très-savant M. Paye a, lui aussi, louché cesujel,-en déclarant que le moyen d'irrigation dont parle Moïse, devait se rattacher au paradis terrestre, que le Seigneur avait orné d'une plus remarquable végétation.

Enfin, les recherches auxquelles nous allons nous livrer auront cet avantage particulier, qu'elles vont nous fournir un puissant confirmatur de ma proposition principale, laquelle, une fois admise, prouva toutes les autres. Je veux parler de l'organisation lente et progressive de l'univers.

A-ccoulumés à l'idée de la création des plantes à l'état adulte^ les exégètes de la Bible n'ont vu, dans le fait extraordinaire dont nous venons de parler, qu'un simple détail sans importance dans la manifestation de la sagesse divine. Ce que. , nous allons exposer, prouvera aux. esprits non prévenus, qu'il en est tout autrement. Ce sera, comme nous l'avons dit , la théorie de la création par des lois, qui nous servira de principe de solution pour la difficulté que nous avons indiquée, et qu'il faut aborder sans plus larder.

Que la terre, dit le texte ^acré, fasse germer de riierbe verdoyante et reproduisant elle-même sa semence, et des arbres fruitiers, portant des fruits, chacun selon son espèce, lesquels fruits contiendront eux-mêmes des graines nécessaires à la reproduction de V arbre. — Germinet terra herbam virentem et facientem semen, et lignum po-

miferum faciens friickim, juxtà genus suum, cujus semcn in semetipso sit super terram (l). Tel est l'énoncé de la double loi, h laquelle les plantes devront leur existence d'Vibord, et ensuite la faculté de se repmduire elles- - mêmes. Deux choses absolument distinctes.

Et pour que. nous ne nous méprenions pas sur la teneur et l'étendue de l'ordonnance ou du décret divin. Moïse ajoute : Et la terre produisit de l'iierbe verdoyante faisant sa. graine^ et des arbres fruitiers renfermant en eux-mêmes leur semence^ chacun selon son espèce. — Et protulit terra herbam virentem et facientem semen., juxtà genus suum, lignumque faciens frucliim, et habens ,unumquodque sementem secundum speciem suam (2j. Toujours la naissance de la plante précédant la formation delà graine.

Tout ceci est déjà Irèi-clair, mais le devient bien davantage, quand on le rapproche du commentaire fourni par le second chapitre, lequeldit, comme nous l'avons déjà exposé : telles sont' les générations du ciel et de la terre (le second ciel et la seconde terre, où le ciel et la terre organisés), au jour que Dieu les fit, ainsi que toutes les plantes des champs, avant qu'elles fussent sorties de terre, et toutes les herbes de la campagne, avant quelles -eussent germé. Et omne virguliûm agri, antequam ori" retur in terra ^ omnemque herbam reginnis priusquam germinaret (3).

(1) Gen., 1-12.

(8) Md,, n-<.

Peut- on trouver des expressions à la fois plus claires, plus multipliées et plus. énergiques, pour établir lé fait delà création des plantes en germe, et antérieurement A. toute production des mêmes plantes à l'état adulte? Cependant, oserons-nous le dire? la théorie contraire est celle qui a prévalu jusqu'à ce jour ; tant est puissante, contre le sens naturel et obvie des termes, la force d'une idée préconçue, ou les vaines frayeurs des conséquences qu'on pourrait tirer contre la religion de la traduction littérale du lextede la Genèse.

Le fait de la création des plantes avant le soleil est devenu pour les mécréants, nous l'avons déjà: fait remarr quer, une pierre d'achoppement et de scandale. L'as- . Ironomie moderne, dit Strauss, a trouvé absurde nonseulement que notre planète ait été créée ayant le soleil, qui est le centre de son mouvement, mais encore que la succession de jours et de nuits, ainsi que la séparation des éléments, ^iX'à'groàuction e/e^ v^gf^toMo;, aient eu lieu avantla création du soleil (1). V

Si le célèbre philosophe allemand eût suivi le développement progressif de la création par des lois, il eût trouvé, comme Laplace, comme nous, que notre planète n'a point préexisté à la formation du soleil, non plus que la séparation des éléments, puisque le système entier des masses sidérales s'est élaboré en même temps, et sous l'empire des mêmes lois.

Quant au fait, en apparence anormal de l'existence

(1) Lts doctrines du christianim^ daas leur développement historique et dans leurs luttes contre la science moderne, '

des végétaux avant le soleil, on peut affirmer que rien n'est plus admirable, au contraire, que la marche attentive et pleine de sagesse qu'a suivie l'esprit créateur dans l'étonnante particularité qiii nous occupe. Quelques détails vont mettre cette assertion hors de. conteste.

Nous accorderons sans peine que, dans l'étal actuel des choses, les plantes, pour croître et se développer, ont un besoin réel de l'influence des rayons solaires. Conséquemment, que, sans elle, la végétation, dans >on ensemble, serait condamnée a s'étioler et à périr.

Mais, pour l'édification de Strauss, et de tous ceux que le récit de Moïse embarrasse, nous rappellerons qu'avant l'apparition du grand luminaire, source actuelle de toute vitalité, la lumière, sans que nous sachions trop comment, existait non-seulement à l'état latent , mais encore à l'état lumineux.

Dieu a\ait divisé la lumière des ténèbres, c'est-à-dire, qu'il avait fait fonctionner les lois étabhes par lui , au premier jour (1). Ce fait, d'après la Genèse, ne peut être révoqué en doute. Et ce qui ne doit pas manquer de frapper tout esprit occupé à rechercher la cause des phénomènes de la jiature , c'est que la, création des plantes en germe justifie pleinement la singulière anomalie delà végétation' avant le soleil, si même .celle anomalie n'était pas une conséquence nécessaire de la marche suivie par le Créateur dans son trc^vail d'organisation du globe.

(t) Divisit lucem a tenebris, appellavitque lucem, diem, et fenehras, nocteni. — Gen., i-5.

Je m'explique.

Ne l'oublions pas, la m^me volonté qui, a enjoint à la terre de produire des plantes, a ordonné à ces mêmes végétaux de faire leur graine pour la reproduction à venir. Mais, pourquoi «.*elte semence, el pourquoi ne pas abandonner pour toujours à la terre le soin de continuer, l'opération qui lui a été, une première fois, demandée ? '

Le voici : C'est qu'il devait y avoir dans la suite incompatibilité entre les moyens de développemerrt des plantes,- sous l'influence des rayons solaires, et celui de leur naissance, une première fois dans le sol." Ce n'est pas moi qui affirme ce fait étonnant, c'est la science elle-même, par l'organe d'un des plus grands génies que Compte la chimie moderne.

« Pour que les phénomènes qui constituent la vie » (végétale) commence, dit Berzélius, il faut réunir trois » conditions : ^

» 1° Il est nécessaire que la graine soit en contact. » avec un corps humide, auquel elle puisse enlever une » certaine quantité d'eau. , • •

^> 2° Elle doit être exposée à une température supé- » rieure à degré, parce qu'aucun phénomène de vie » ne peut se manifester, dès que l'eau est h l'état so- » lide. Mais la température ne doit pas être au-dessus » de quarante degrés, parce que la vie naissante est » anéantie par une plus forte chaleur.'.,.

- » h° La graine doit être .en contact avec l'air . L'acp tion immédiate des rayons solaires est nuisible à la ger- ^

» minalion. Partout, dans la nature, nous trouvons que »- les premiers phénomènes de la vie, parmi les êtres » organisés, prennent leur origine dans r obscurité,, et » qu'ils n'ont besoin de j'influence de la lumière, et ne » recherchent ceUe-ci, qu'après être arrivés à un certain » degré de développement (1). »~Est-ce clair?

Assurément les lois qui onr présidé h la germination première n'étaient pas autres que celles qui concourent aujourd'hui, à l'éclosion des germes, dans les graines. Donc, pour éviter les inconvénients des circonstances nécessaires au développement ultérieur des plantes^ il a faWu avoir recours, pour les faire naître^ à l'état de choses que nous avons décrit, ou à l'absence du soleil.

Longtemps avant que la chimie nous eût apporté ses raisons scientifiques, le jardinier, guidé par ses expériences, avait reconnu que les rayons solaires sont aux plantes en germe, et malgré l'avantage énorme de la graine, ce que la nourriture de l'homme est à l'estomac de l'enfant qui vient de naître. Aussi, l'horticulteur a- 1ii toujours eu l'habitude de couvrir ses semis, pour les préserver des trop grandes émanations de lumière et de chaleur.

C'est ainsi qu'il demeure bien démontré par la science comme par Texpérknce que, même dans l'état actuel des choses, et malgré l'avantage qu'ont aujourd'hui les

germes de se développer dans une graine contenarit la

(1 ) Traité de Chimie — Chimie végétale^

nourriture première, leur éclosion demeure encore souvent délicate et difficile sous rai;deur des rayons solaires.-

Ce n'est donc pas sans intention que la nature a pris la précaution de placer, au commencement, les germes des plantes au milieu de vapeurs humides, en mêmetemps qu'elle les exposait à une lumière douce, et qu'elle les entourait d'une température uniforme, température attestée par tous les enseignements de la géologie positive.

Le développement de la végétation, avant le soleil, suppose donc manifestement la création des" plantes en germe, et non à l'état adulte, comme on l'a trop facilement admis jusqu-'à ce jour. 11 faut convenir que faire naître les végétaux avant la graine, c'est simplement mettre chaque chose à sa place, et faire commencer le règne végétal par son vrai commencement. Voilà où conduit une interprétation logique des choses et des principes. -

Moïse avait à rendre compte de la naissance et du développenient de la vie sur le globe, convenons qu'il a été plus physicien et plus chimiste, que ne le seraient nos premiers spéciahstes, s'ils' avaient à ordonner des opérations aussi délicates que celles qui ont amené le monde animé à l'existence.

Ici, comme pour la création xle l'atmosphère, comme pour la minéralisation des continents , l'historien des six jours a parlé en maître de la science organique (1).

(1) Ces pages étaient écrites, lorsque les Mondes sont venus nous apprendre qu'au dernier congres d'Edimbourg, un savant de haute renommée, sir

Mais le principe sur lequel s'appuie notre explication, n'a pas seulement pour effet de rendre à l'hisloriographe du Créateur une complète justice , il a, en outre, le double avantage de venir en aide à la géologie, en donnant une solution facile à tous ses grands problèmes, et de simplifier grandement le travail du commentateur interprète de la Genèse. . \

Nous aurons occasion de fournir ailleurs nos preuves relativement à notre première affirmation. Celles qui se rattachent à la seconde ne doivent pas se faire attendre plus longtemps.

Nous l'avons déj^ dit. Pianciani, en parlant de la. menlion si sommaire que Moïse fait delà- végétation, au second chapitre de la Genèse, se demande par quel motif particulier l'Écrivain sacré a pu être amené à rappeler, en celle circonslance, et les arbres et les autres planles, dont il avait déjà raconté la naissance au troisième jour.

Aidé par la notion des créations progressives, j'oserai me montrer plus hardi que l'éminent professeur du collège Romain. Je donnerai une réponse à la difficulté qu'il a soulevée sans la résoudre.

William Thomson, un géant intellectuel, ainsi que le nomme M. Huxley, a examiné la giande question de l'apparition de la vie sur la terre. Moïse, dans sa simplicité, a fait descendre la viede la. puissance céleste. Le géant dcJa science, au xix? siècle, arcru bien mieux trouver en la faisant appor- • ter de la région des astres par la chute d'un aérolithe U!

J'estime trop la scifence en elle-même, et dans la personne de mon illustre contradicteur, pour caractériser, devant lui, comme elle mérite de l'être, la /levwce de M. William Thomson.

Le passage quiasemblési obscur au P. Piancîani devient naturel et facile à saisir, quand on se reporte à la pensée de Moïse, sur la transformation de la matière primitive, ou des cieux atomiques, en ceux dont il a raconté l'élaborat"on lente et successive.

Que dit, en effet, l'historien sacré? Que le ciel et la ^ terre, ou les éléments premiers, ont produit en se transformant, ou mieux encore, ont engendré les merveilles opérées pendant les six jours de la création , soit dans les régions célestes, soit à la surface de notre globe. Puis, développant sa pensée, l'auteur de la Genèse énumère spécialement, comme particularité de transformation de la matière terrestre, les plantes produites en germe avant qu'elles fussent sorties du so/, et les herbes de la campagne, avant que leur première tige ait paru.

En d'autres termes, Moïse raconte que les éléments générateurs ont non-seulement produit, engendré le ciel et la terre dans leur ensemble, mais en particulier les végétaux dont il va raconter là naissance, en l'absence des pluies, et à Taide de la source dont nous avons déjà eu occasion de parler. La teneur du récit mosaïque est donc aussi juste qu'elle est naturelle. Et voilà comment cette embarrassante mention des plantes et des herbes, au second chapitre de la Genèse, ne devient plus qu'une simple énumération, que le développement d'une pensée sommairement énoncée, en même temps qu'un éclaircissement à tout ce qui précède.

Je pourrais terminer ici naa réponse mt observations •

critiques de l'honorable savant que je combats, mais je serais incomplet.

L'une des raisons qui paraissent avoir fait le plus d'impression sur M. Paye en faveur des jours de vingt-quatre heures, est celle qui se lire des expressions vespere et mane^ dies unus, que Moïse, avec intention , sans doute, s'est. plu à répéter jusqu'à six fois. Je ne ferai pas reproche S mon éminent contradicteur de s'être appuyé ici ^sur un texte incompris, puisque les commentateurs de la Genèse sont loin de s'accorder eux-mêmes sur le sens qu'il faut lui donner. Mais j'ai déjà essayé dans les Mondes une interprétation iiouvelle, et jo la crois plus vraie que toutes celles qui ont été produites jusqu'à ce jour. Je demande la permission de la reproduire. Ce sera ma réponse aux difficultés qui me sont opposées.

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