ISOCRATE, ALCIDAMAS ET PLATON
(•('(te ;iri;uiii(Mil.ili(m. dniil je n'ai |i(>iirl;ml. retenu que les uioyeiis li's plus esseiiliels. Kllc nie |)araîl eepcMidanl [((''cher di)ul»li'uii'iit |)ar la hase : elle admet, sans preuve sullisante, à propos des idées coiiinuiiies au v.x-x -uvt 70©'.7T(7)v ot au Phèdre, ipie c'est Isoerale (|ui est rem{)ruuteur; on second lieu, elle détermine insuflisamnuuït la vraie nature du morceau relatif à Isocrate, à la lin du P/ièdrc
Qui nous assure en efïet, pour ce qui concerne le premier point, (jue le Phèdre ait été. comme on le veut, le modèle d'Isoerate dans cette partie de son discours? On ne le prouve que par une série successive de conjectures, dont la séduisante liaison ne peut équivaloir à une preuve véritable. D'ailleurs d'autres vraisemblances ont conduit un bon nombre d'érudits, parmi lesquels Blass, Uererweg, Bergk, Sieiîeck, Zycha, Natorp, Go.mperz*-', à penser, tout au contraire, que Platon fut ici l'emprunteur. Interprétés différemment, les mômes renseignements servent à établir les deux thèses opposées. Il n'est pas, à cet égard, d'exemple plus instructif que celui des rapprochements entre Platon, Isocrate et un autre écrivain que nous avons à dessein laissé de côté jusqu'à présent, Alcidamas. Celui-ci*-^ avait composé un discours : Tuepl T(ov -O'jç Ypa::-:cùç \ô^(o\iq vpaçsvxcDv, y) 7:£p: aootJ- Twv. Or nous y trouvons (§ 22. 27, 2S. .3.; = 7, 10 des Orat. ait. de Didot) un éloge de l'improvisation par rapport aux discours écrits, qui ressemble d'une façon frappante à certains passages du Phèdre (276 A. DE, 275 CD, 277 E). D'autre part, il y a des rapports indéniables entre le y. a- à tôv (joç'.ttwv d'Isoerate et le -rrepl (joo'.a-iûv d' Alcidamas. Si nous en croyons Susemihl (iV. PI. F. I 14-23), le discours d' Alcidamas serait une réponse au discours d'Isoerate, qui lui-même serait une attaque contre une liyyr, qu' Alcidamas aurait publiée peu après l'apparition du Phèdre, et Isocrate aurait à son tour répliqué dans le Panégyrique (11 sqq.) : le programme d'école, contenu dans le •/,. t. (joa/taxwv n'aurait
121. Pour les références, voir ce dernier o^. cit. tr. fr. 441, 1 début.
122. Sur lequel, cf. Blass op. cit. \\\ 317 sqq. (323-331), 43 sq., 47.
pas semblé suffisamment orthodoxe à ceux qui, comme Alcidamas, pensaient avoir conservé la pure tradition de Gorgias. Dans cette hypothèse, liée à celle de l'antériorité du Phèdre sur le discours d'Isocrate contre les Sophistes, ce serait donc Alcidamas qui aurait imité Platon *-^ Mais, d'un autre côté, nous voyons au contraire plusieurs érudits^-* soutenir l'antériorité du discours d'Alcidamas sur celui d'Isocrate et prouver, en même temps, que c'est Platon qui a repris à son compte la thèse d'Alcidamas : au reste, suivant sa coutume, il l'approfondit par sa conception du discours vivant qui féconde l'âme de l'élève, conception entièrement étrangère à la rhétorique purement technique d'Alcidamas. Comme, d'autre part, aucun écrit d'Isocrate, avant le Panégyrique n'eût été capable de justifier les paroles élogieuses du Phèdre (Teichmueller op. cit. 79), ni, encore bien moins, aucun écrit antérieur au xaTa twv aoçtaTwv (Raeder 271), il faudrait donc, de toute nécessité, admettre que la ressemblance signalée entre le Phèdre et les discours d'Alcidamas et d'Isocrate a sa source dans un emprunt fait par Platon à Isocrate, tout comme à Alcidamas. En somme, on le voit, la difficulté de trancher les questions d'antériorité laisse le champ libre à toutes les hypothèses : la controverse est sans issue, et, sur des bases aussi fragiles, il n'y a rien à fonder, ni pour un parti, ni pour l'autre.
§ 101. — Ce dont il faut encore blâmer, avons-nous dit, ceux qui tirent des rapprochements avec Isocrate les inductions dont il s'agit, comme on en blâmerait d'ailleurs aussi leurs adversaires, c'est de n'avoir pas assez bien déterminé la nature du passage relatif à Isocrate à la fin du Phèdre. On répète presque partout que c'est un éloge. Est-ce bien certain? Ce n'est pas assez de dire avec Lutoslawski ou avecGoMPERz qu'il n'y a là qu'une approbation conditionnelle, médiocrement flatteuse dans sa forme condescendante à l'égard de
123. Cf. GoMPKRz 44-2 et la fin de la note, avec référence aux travaux de Zycha.
124. Teichmcellkr {Lit. Fehd. I, 92-99) et Gercke (Hermès XXXII, 1897, p. 341 sqq., ap. Sdsemihl {loc. cit.); dans le même sens Raeder, 278.
L'ÉLOr.E DISOCRATE DANS LE PI^^DRE EST IRONIQUE 103
riuMiiint' {|uV'l.iil Isocr.ilc' -'. Il r.iiit alln- plus loin ci rccoiinailcc (|iit\ ilaiis ce iiiorctMii, il ii y a pas (l'aitiirolialion ihi tout, mais liit'u au t'outrairo uiu' i-ailici'ic iiionlaulc cl ci'Ut'Ilc. Cette idc'c, déjà iiidiquée par Teichmuellem {op. cil. I, 72), a été dévoloppéo do la façon la plus infuénieusc par Kaedku'-*^ : jo ino siM'virai libromcMit do son arguniontation, sans m'as- Iroindro à on sui\ ro l'ordonnance et en la niodiliant lé^èreluoitl sui' quelqnos points. Tout d'abord, qu'est-ce que Platon louo on Isooralo? Son lu'uroux naluiud {-y. -:%:, ©jtewç, cp'^csi) : il insiste sur ootto idée (cf. r.Os-. Ycvv./.wTÉpw y.e/.pasOa-.) ; ce qu'il espère pour lui, c'est une inspiration divine (opiJi,Y) ôsiôtepa). Or, pour Platon, le naturel et l'inspiration divine n'ont pas de valeur sans la philosophie, c'est là une doctrine constante. A vrai dire, il y a bien en lui iine certaine philosophie (àve^--! XI? (p'.Xoffoçîa) ; c'est justement la sienne, car Isocrate décorait son arl du luuii do philosophie {Soph. 18, Paner/. 10); pauvre philosophie qui nosL fondée que sur le naturel! Certes le naturel est bien une des conditions requises pour devenir un orateur illustre; mais il y faut aussi la science et l'exercice (è-jT'a-ïitxriV Te v.x: i}.e)AzT,^ 2(j9 D) : louer Isocrate de posséder l'une seulement de ces trois conditions, c'est une façon malicieuse de -lui dire que, faute des deux autres, il n'est pas un orateur illustre, et la malice apparaît plus piquante encore, si l'on suppose que le y. a- à xwv acoia-wv est antérieur au Phèdre; car cette énumération des qualités de l'orateur parfait, c'est précisément Isocrate qui l'a formulée dans son discours (17- 18). Au surplus, Isocrate eût-il même, en outre du naturel, l'exercice {zohq Xoyouç oTç vuv i-iieipzi), le manque d'une seule des trois qualités nécessaires suffît pour rendre l'orateur imparfait (269 D : OTO'J o' av kWiTTriq xoûxwv,. -rau-rv; à-i\-qq ecre-.). Or il semble bien qu'Isocrate n'ait pas la science : n'est-ce pas à lui en effet qu'il faut rapporter le morceau dans lequel Pla-