NATURE SYNTHÉTIQUE DE L'AMOUR
dans le L//s/\. \\ s'inlcrcalc en rlïcl au milieu des t'onsidéi'aliiHis |»ai' l('S(ni('ll('s IMaldii cliiTcht' à délcrniiiuM' la nature, de 1 Aiiuuir ri dont l'analogie avec les analyses psycliolo- ^:itliies du Lf/sis est manifeste. Il importe toutefois de ne pas se borner à ces remanpies superlicielles et de cherelier à savoir quel est, dans toutes ses parties, le sens de cette allégorie. Si en elTet, dans son ensemble, elle répond à une conception philosophitpie, il est à croire que les détails n'en sont pas desliut's simplement à donner de la couleur !iu tableau. Kn d'autres ternies, si le myllie est fait pour traduire des idées sous une forme concrète, il ne vaut pas par lui-même, et ce n'est sans doute pas pour embellir le mytbc qu'ont été imaginés les éléments qui s'y ajoutent à la donnée première et essentielle.
^113. — Le mythe du Banquet a donné lieu dans l'antiquité» et dans les temps modernes à un très grand nombre d'interprétations'^^. Les unes donnent à ce mythe un sens philosophique général et y cherchent une représentation de toute la doctrine platonicienne. Les autres ne veulent pas que la signification du mythe dépasse les idées mêmes que développe le Banquet.
§ 114. — Dans le premier groupe, deux interprétations surtout sont remarquables, celle de Plutarque et celle de Plotin.
Plutarque, dans son traité Ilcp't 'Ij'.Sos /.a'^ 'Oaîptooç établit à plusieurs reprises des rapprochements entre le mythe égyptien qu'il interprète et la doctrine platonicienne. Platon, dit-il (48, p. 370 sq.), a parlé sous une forme enveloppée et mystérieuse, de deux pricipes contraires, qu'il appelle le Même et l'Autre. Dans les Lois, qui sont l'œuvre de sa vieillesse, renonçant aux énigmes et aux symboles, il dit en propres termes que le Monde est mû non par une âme unique, mais par plusieurs âmes, deux au moins; l'une est le principe du bien, l'autre, qui lui est contraire, est le principe de la contrariété.
i45. CoosiN VI, 443 sq. ; Stallbaum Sympos. p. 177; M. N. Bouillet dans sa Irad. de Plotin II, 537-541.
124 liNTERPRÉTATION DE LA THÉORIE DE L'AMOUR
Il fait place en outre à une troisième réalité, intermédiaire, qui n'est dépourvue ni d'Ame, ni de Raison, et qui a en elle le principe de son mouvement. Elle se rattache aux deux premières, en ce sens qu'elle désire ardemment le bon et qu'elle le recherche. Le Bien, c'est Osiris; le Mal, c'est Typhon; le réceptacle du changement, c'est Isis; Horus, fils d'isis et d'Osiris, c'est notre monde, image sensible et adultérée du monde intelligible (49, p. 371 ; 54, p. 373 A sqq. ; cf. 56 s. fin. p. 374 B) Isis, dit-il encore ailleurs (53, p. 372), c'est la partie femelle de la réalité, ce qui reçoit en soi toute la génération ; c'est cette partje que Platon a appelée la nourrice et le réceptacle universel, parce que, sous l'action directrice de la Kaison (Xcyoç), elle fait place en elle à toutes les Formes et à toutes les Idées. Isis possède par nature l'amour de la réalité première : elle désire le Bien et le recherche. Elle fuit au contraire et repousse tout ce qui lui vient du Mal. Elle est donc pour le Bien et le Mal le lieu et la matière (x^pa xai uX-r;); mais, d'elle-même, toujours elle penche du côté du meilleur et elle se prête à lui pour qu'il engendre et sème en elle ses émanations et ses images; elle en éprouve des jouissances infinies, étant fécondée et devenant ainsi grosse des générations. Car la Génération est, dans la Matière, l'image de la Substance absolue, et l'Engendré est une imitation de l'Etre. Plutarque est ainsi amené à interpréter dans le môme sens le mythe du Banquet (57, p. 374 C sqq.). Poros n'est pas autre chose que le Premier Aimable et Désirable, qui est parfait et se suffit à lui-même. La Pauvreté, c'est la Matière qui, essentiellement, est dépourvue du Bien, mais qui toujours le désire et qui, le recevant toujours en elle, est toujours fécondée par lui. Pareil à l'Amour, le Monde, Horus, qui naît du Bien et de la Matière, n'est ni éternel, ni impassible, ni impérissable; il lutte en effet sans cesse contre le Mal; mais, sans cesse abattu, il renaît sans cesse, les changenKMils et les révolutions des propriétés naturelles ne font que lui forger une jeunesse toujours nouvelle, et il doit toujours subsister et ne jamais périr. — En résumé, d';q)rès cette interprétation dont il était nécessaire d'indiquer la genèse par rapport au
l.E MYTIIK 1)K I.A NAISSANCE DE LAMOUR 125
myllir d'Isis, d'Osiris cl d'Ilonis, I AiiuMir c'csl le iiiomlt; (I ici h.is, lils (le IMliT cl du |)c\('iiil- ;ilis(dll, du Iticii cl de l,i Malicrc.
^115. i;iiilcr()rclali(»ii dr I'i.otin l/ùin. III v, 2. 7-1)) csl licaiic()ii|) plus (lôlailh'c (|iic celle de l'i.i i akuik cl, si elle liroccdc CM soininc du uièmc esprit, elle eu dilTère sur |dusieui's points iuiportaids (voir la critique de riuter|)r(''talioii (le Pli T. dans ri.(vri.\ //»;>/. ."i). Klle est souvent assez confuse, parce (|uc l'aulcur ne la d(''i;ai^-c |tas toujours, aussi nettement cpiil l'aurait fallu, de ses propres conceptions sur l'Amour. — Zeus, dans le palais de (jui se célèhrcî la fête de la naissance d'Aphrodite, c'est l'Intellect divin : IMaton l'a en elîet représenté dans le Phèdre (21^6 E) comme étant « le grand chef » et, dans le Philèhe (150 D), il a parlé de « son Ame royale » et de (( son intelligence royale »; il appartient à l'ordre des causes, c'est même une cause royale et dirigeante (8 s. in.). Aphrodite, c'est l'Ame *^^. Comme une âme est attachée à toute intelligence et suhsiste par elle, l'Ame, dont Aphrodite est le symhole, procède de l'intelligence de Zeus; elle en reçoit les Raisons (àôyoi, images de Idées), qui la remplissent, dont la beauté l'embellit et dont la multiple splendeur se laisse apercevoir en elle et y constitue les images de toutes les beautés (S fin, 9 s. med.). Si les dieux sont représentés assis à un festin, c'est parce qu'ils jouissent du bienfait de la vie, laquelle existe toujours dans ce qui est (9 5. fin.). A ce festin on boit du nectar; car le vin n'a pas encore été inventé,
146. D'après Plotin {ihid. 2, 3 et III ix, 9; cf. V vin, 13), il y a deux Aplirodiles : l'une, Aplirodlle Uranie, est une divinité, elle est fille de Gronos, c'est l'Ame céleste, fille de Tlntelligence divine; elle est entièrement séparée de la Matière. L'autre est de nature démonique, c'est l'Ame du Monde, de laquelle les âmes particulières ne sont pas séparées et dans laquelle elles sont contenues, comme autant d'Aphrodites (2,3,4). Corrélativement il y a aussi deux Amours; l'un est un dieu, il est fils d'Aphrodite Uranie et d'Ouranos, de l'Ame céleste et du Bien ou de l'Un; il est entièrement séparé de la Matière. L'autre est un démon (3, 4 fin, 5 in., 6 in.) : l'Amour universel est lié à l'Ame universelle (3, 4) ; il a une matière, mais elle est purement intelligible. De cet amour dépendent tous les Amours particuliers, qui sont les démons des âmes particulières (4).
ce qui vent dire que FAmour est né avant le monde sensible (7 ifi.). Le nectar, que reçoit chacun des dieux, ce sont les Raisons qui s'épanchent du principe supérieur dans le principe inférieur, et, par exemple, de rintelligence dans FAme (9 5. in., med. et fin.). Poros, lui aussi, représente la Raison (Xcv^?) c^6s choses qui existent dans l'Intelligence et dans l'Intelligible (et qui sont les Idées), la Raison qui se déploie et s'épanche dans l'Ame (9 in., cf. vi, 14 s. in.) ; tel est le sens de sa présence chez Zeus et le jour même de la naissance d'Aphrodite (9 s. med.). Il s'enivre de nectar : cela signifie que les Raisons; émanées de l'Intelligence, sont en lui surabondantes, et leur richesse {ùr^o^ia) est en lui si manifeste que Poros se trouve être, en somme, la totalité même de ces Raisons (£j-cp{a /.al Ilépiç), lorsque, du haut de la région supérieure, coule le divin nectar (9 5. in. ets. fin.). Toutefois cette plénitude qui le fera s'endormir n'est qu'une plénitude adventice : l'Intelligence en effet qui se possède pleinement et ne possède rien qui lui soit étranger, ne reçoit pas les Idées d'autre chose, comme l'âme et comme Poros reçoivent de l'Intelligence les Raisons; elle les possède perpétuellement, elle se confond avec elles; sa plénitude est donc constante et le nectar qui vient des Idées mêmes ne peut l'enivrer. Mais il n'en est pas de même pour Poros ; il s'enivre, parce qu'il se trouve tout à coup rempli d'un bien qui n'est pas son bien propre (9 s. in.). Quant au Jardin de Zeus, il symbolise l'éclat et la beauté de l'intelligence de Zeus, se manifestant par les raisons qui en émanent («6?rf.). La mère de FAmour, c'est Pénia : elle se nomme ainsi parce qu'elle désire sans cesse et que le désir est le propre de l'indigence. Elle est la Matière, parce que la Matière est l'indigence complète et, en outre, parce que l'être qui désire le bien est matière et indétermination à l'égard de la forme qu'il désire recevoir (9 fin ; cf. VI, 14 s. in.). Pénia mendie à bi porte du banquet et demande qu'on l'y reçoive; cela veut dire cpie la Matière essaie de pénétrer dans le lieu qu'occupe FAme (I, viii, 14 s. med.). Elle ne demande pas de Poros tout ce qu'il possède; elle veut seulement avoir quelque chose de lui : c'est que, dans la Ma-