‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 40 sur 69 · I.E MYTIIR 1)K LA NAISSANCE DK l/AMoUH · texte numérisé non relu

I.E MYTIIR 1)K LA NAISSANCE DK l/AMoUH

lirrc. rien ne s;iiir;iil apii.ii'.iili'c i|iii ne soil siiiipIciiuMil le simulacrt' de Irlrc v«''ril;ilil(' illl, \i, \\s. med.). iNéanmoiiis, piiis(jii(> rAiiiour, commt' on l'a \ii, csl no ;ivanl l(^ monde scnsililc. il faut adnu'llrc (|Ui' l'énia, sa nirrc, a participe'' à l'cssoni-t' ink'llif,nl>l(' elle nièint;. Costco qui arrivo (pi;ind elle so l'oiiclio au ion^- i\{' l*oros. Ainsi la Maliôrc onlioroinont indôtorniinôo est devenue iMatière intelligijjle. niélaiigo d'indélerniination ot do forme. Do la sorte, elle a pu donner naissance à l'Amour, l/àme en elTet, avant d'atteindre le bien, est dans un élat d'indélenninalion ; mais elle pressent l'existence d'un bien, selon une image indéterminée et indétinie : voilà coMuiuMit la Matière donne naissance à la substance (liy|)oslase) de l'Amour (7 5. iv.). En résumé, l'Amour existe du jour où Aphrodite, c'est-à-dire l'Ame, est née elle-même : il provient de ce que, dans l'âme naissante, coexistent, en la personne de Poros, les Raisons dont il s'est enivré et, d'autre part, avec Pénia, l'indétermination et l'indig-ence, et eniin de ce que la réminiscence confuse des Raisons a fait éclore en elle cette activité qui tend vers le bien et dont le nom est amour (9 s. fin.). L'être qui résulte de cette, 'union de l'irraisonnable et du désir indéterminé avec la simple émanation do la Raison (non Poros, mais sa semence), ne peut être parfait ni complet; il désire le bien, mais il ne le possède jamais, et il n'est jamais satisfait, parce qu'il a toujours en lui quelque chose de l'indétermination maternelle (7 •«. in., ^ fin). § 116. — 11 serait superflu de discuter une interprétation si manifestement imprégnée des idées personnelles de son auteur. De même on s'abstiendra de passer en revue toutes les explications analogues qui ont été données dans la suite. Les idées qu'on prête à Platon dans toutes ces constructions, plus ou moins métaphysiques, dépassent de beaucoup, si même elles lui ont jamais appartenu, le développement de sa pensée philosophique tel que nous le révèle le Banquet ^*'. Pour interpréter correctement le mythe de la naissance de

147. Cette remarque s'appliquera également à l'interprétation, une des moins ambitieuses pourtantj de Rettig Sympos. 270, cf. 267.

rAmoiir, il faut donc le prendre en lui-même avec le contexte et sans l'isoler arbitrairement du dialogue auquel il appartient. Or, dans les développements qui en accompagnent l'exposition, nous voyons seulement que l'Amour participe du bon et du mauvais, du beau et du laid, du savant et de l'ignorant, de l'immortel et du mortel. Nous savons d'autre part qu'il est amour de quelque chose qui lui manque, du bon et non du mauvais, du beau et non du laid. La synthèse de ces qualités contradictoires et l'instabilité de cette synthèse, par suite la tendance incessante à passer d'un état moins parfait à, un état plus parfait, voilà seulement ce que ÏMaton veut mettre ici en relief et ce qu'il cherche à nous rendre sensible par le mythe. C'est ce que Zeller (II 1*, Gll, 7 [612], approuvé par HuG Symp., ad /oc.) a très bien compris. L'Amour, dit-il, unit en lui les qualités les plus contradictoires, « parce que, dans l'Amour, le côté fini et le côté infini de notre nature se rejoignent et trouvent leur unité. 11 est le fils de Pénia et de Poros, parce que l'Amour dérive à la fois du besoin de l'homme (199 D sqq.) et, d'autre part, de cette faculté plus élevée qui le rend capable d'obtenir la possession de la chose qui lui manque... Son père est appelé fils de Métis, parce que tout gain est le fruit de l'intelligence et de l'habileté '^^ et que le gain dont il s'agit ici, et qui s'applique aux biens les plus élevés, procède de la nature raisonnable, spirituelle de Fhomme. Enfin Eros a été conçu le jour des fêtes de la naissance d'Aphrodite, parce que c'est la révélation du Beau qui d'abord éveille l'amour, sollicitant la partie la plus élevée de notre nature à féconder la partie inférieure, finie et indigente et à s'unir à elle dans l'aspiration vers le Bien (comp. 203 C avec 206 C sqq.). » — Peut-être cependant Zeller a-t-il tort lorsque, avec Stallbaum, il con-

148. Métis est un des noms du dieu ailé Phanès, qui, d'après la théogonie des rhapsodies (théogonie de Damascius ou théogonie orphique commune), serait sorti de l'œuf produit par le Chaos; ce dieu ailé a, d'autre part, une très grande ressemblance avec l'Eros d'Hésiode. Voir Aristoph. Aves 693-702. Cf. Rivacd Pr. du Dev. p, 253 sq.: Zellkr tr. fr. I, 95 sqq.

Page 1