CONCLUSIONS
ridi'c (lii liicn. Donc l;i ini'lliodc i\c rAmoiir. on nous con- (liiisniil jiis(|ir;'i ridi'c du Ucui. nous f.iil îiporcovoir un dos |ii'iMci(irs iinivorsrls di' l'I-'Irc, on pliihM le |H'inoipo siiprômo lui inriiif. sous le im|i|)(M'I où pr(''(is('iii('nl il i-.iyonnc ot nous ('ohni'o. (i'osl hioM. p;ir coiisfMpiont, uni' uiiMliodo univorscllo, on ce sons qu'ollo nous (Môvo à un point i]c vuo d'où nous dominons tout ci' qui ost : \c monde dos Idées, cosmos ordonné ot beau; l'Amo du monde, image de ce cosmos; l'arrangement morne de ITnivors visible; l'ordre des sciences et des occupations; la constitution et la vie des Ames et des corps.
Fn second lion, l'Amour unifie les contraires; il ost l'instinct actif qui nous pousse à tenter d'acquérir ce qui nous manque ot, on particulier, do nous élever, au-dessus de notre condition mortollo, jusqu'à l'immortalité. T/Amour n'est pas soulomont on olTot l'amour do la possession étornollo du bon ; il ost l'amour do rtHornité mémo, parce qu'ollo ost un bien ol mémo notre bien. X'ost-il pas la fonolion propre do l'Ame supérieure, c'est-à-diro do l'Ame immortelle, en tant que cellooi est liée à un corps mortel? A ce titre, il est même, avant la mort, le libérateur de l'Ame; il est donc le démon de cet autre démon qu'est l'Ame elle-même; ou plutôt, dire que TAme est démon, c'est dire qu'ollo ost Amour. Mais les efforts de l'Amour n'en ont pas moins un objet pratique; car l'Amour, dans son désir de l'immortalité, cherche à produire dans la beauté, ou plus exactement selon la beauté, quelque chose qui dure. Quelles seront ses productions? Au plus bas degré, ce seront les générations qui perpétuent la vie en général et chaque type spécifique de vivants; puis des œuvres de l'art, ou encore des règles de la conduite sociale; enfin des vertus et des sciences.
Toutefois l'objet dernier de l'Amour, c'est la contemplation de l'Idée, et sous le rapport qui l'a fait naître lui-même; c'est dire que cette contemplation est la contemplation de l'Idée du Beau. Par elle, il est vrai, nous sont ouverts des horizons plus étendus; car l'Idée du Beau, c'est l'Idée du Bien se manifestant à nous et faisant impression sur nous. Donc la ré-
miniscence qui, par l'Amour, nous rend la vision de la Beauté absolue est la réminiscence de la vie de l'Ame parmi les Idées : si nous savons en user comme il convient, c'est l'Etre absolu qu'elle nous rend. — Il s'ensuit que l'iVmour est essentiellement pour Platon une métbode morale et intellectuelle, où s'unissent la puissance motrice et la puissance cognitive de notre âme, et qu'il exprime le pouvoir de l'ordre et de la mesure sur des choses qui, par nature, sont désordonnées.
Cependant, en tant qu'il a son point de départ dans le Sensible, l'Amour peut se pervertir : c'est ce qui arrive toutes les fois qu'il n'a pas exclusivement pour objet la vertu et le savoir. Comme l'opinion, il est en efï'et une synthèse de contraires; mais, tandis que l'opinion, si elle ne cesse pas d'être elle-même quand elle devient erreur, n'est plus, du moins, opinion quand elle fait place à la science, l'Amour au contraire, tout en demeurant amour jusqu'en ses égarements, n'en est pas moins, par nature et comme amour, propre à réaliser le plus haut objet de notre destinée. x4imer, peut-on dire, c'est sortir de soi-même. Platon a magnifiquement interprété et développé cette formule. Pour lui, en effet, l'Amour constitue une méthode philosophique et en même temps une grâce divine : c'est une chance qui nous est offerte, dans la nature sensible elle-même, de nous rattacher à l'Intelligible, une chance qui reste à l'âme déchue de reconquérir ses ailes et de retrouver sa nature essentielle.
Bref, la théorie de l'Amour est une des formes les plus remarquables de cet esprit synthétique qui anime la philosophie de Platon et dont la doctrine de l'âme du monde et, dans l'exposition d'AniSTOTE, la doctrine des choses mathématiques intermédiaires sont d'autres exemples. A ce titre il est possible que la théorie de l'Amour ait pris dans le système une place plus vaste encore que celle que les textes nous autorisent à lui assigner. Peut-être Platon tendait-il à voir dans l'Amour la loi universelle qui anime tout le réel, qui fait vivre la nature, qui meut l'âme du monde, qui lie dans l'Intellect l'Intelligible et le Sensible, qui opère dans le monde idéal le mélange des Genres, et les suspend enfin an l)ien, sous son