République, VI, 510 δ
représentalion. La relation d’une idée à une autre à est elle-même un intelligible, une idée, mais le passage, dans le temps, d’une idée à une autre, « n’est pas intelligible. Pour que, sans être intelligible, il devienne saisissable, il faut qu'il devienne sensible,
s'épuise dans chacun des instants qu'il traverse ; ΠῚ faut donc que l’action intellectuelle, opération ou à construction, se fasse dans un lieu : « tout mou-« vement est dans un lieu »; autrement dit, toute succession, pour être connue en tant que succession, suppose une simultanéité. ἃ cette condition seule, une science appliquée, comme distincte de la science Ἔ pure, est possible, si le nombre devient un corps, une juxtaposition de parties dans l’espace. Alors le M nombre n’est plus ni une relation irréductible et ᾧ sans parties, ni une totalité de parties dans laquelle È chaque partie, indiscernable des autres parties, « n'existe que comme partie de la totalité, une plu- ὦ ralité pure, mais une pluralité d'objets différents À qui ont une nature intrinsèque, distincte de leur ἢ pluralité même !. Pour employer le terme dont se sert Aristote, le nombre mathématique est un intermédiaire, c’est-à-dire une forme d’application de la relation idéale à une matière extérieure et indif- M férente. Quels seront d’ailleurs les caractères de cette ne
1. Philèbe, 56 de: μονάδας ἀνίσους ... οἷον στρατόπεδα δύο at βοῦς ’ Ὗς , ὴ \ \ r 9 δύο χαὶ δύο τά σμιχρότατα ἢ χαὶ τὰ πάντων μέγιστα. Ἶ
” atière de la représentation ? Elle devra être indé- , afin que tout mouvement fini, se produisant en elle, puisse en tous sens être prolongé à l'infini; invisible, puisqu'elle est une pure condition ogique, une idée, dont tout l'être consiste dans son utilité dialectique. Elle est done bien l’espace: car l'espace est ce que l’on peut indéfiniment accroître ou diminuer sans que la nature intrinsèque en | subisse une altération, « dualité indéterminée de la grandeur et de la petitesse ! », — il ne devient . visible que lorsqu'il est circonscrit et défini par une figure, et, réciproquement, c’est en lui seulement que la figure devient visible. L'espace ? est le lieu
indéfini du défini, le lieu invisible du visible. ν
. D'ailleurs, toute l’idéalité de l’espace est d’être ce en ὃ quoi les idées viennent à l'être; pris en soi, il est 4 “ἢ
en dehors de toutes les idées (πάντων ἐχτὸς εἰδῶν) *. De même que les fabricants de parfums commencent par À préparer une substance autant que possible inodore, indifférente à tous les parfums, pour appliquer ensuite à cette substance tel parfum qu'il leur plaira, de même le dialecticien, afin que la représentation
1. Sur la relation du lieu avec la dualité indéterminée, v. Philèbe ᾿ς:
αὑτό τε χαὶ τὸ μέτριον ἐν τῇ τοῦ μᾶλλον καὶ ἧττον χαὶ σφόδρα mat
᾿ ἠρέμα ἕδρᾳ ἐγγενέσθαι, αὑτὰ 7. ταῦτ᾽ ἐκ τῆς αὑτῶν χώρας, ἐν ἣ ᾿ ἐνῆν. -- Cf. Aristote, Physique, Δ, 2, 209 ὃ, 11, 544.
2. Philébe, 24 ἃ : ἕδρα. Cf. République, ΥἹΙ, 517 ὃ: τὴν ... à!" ὄψεως
᾿ς 8, Timée, 5e.
sensible des idées soit possible, commence par sup-
stance qui n'est pas représentable, mais apte à
recevoir indifféremment quelque forme que ce soit. Il y ἃ trois idées fondamentales : l’être, le devenir, et le lieu du devenir, — ou encore : le défini, la combinaison du défini et de l'indéfini, ou devenir, et l'indéfini. Sous une forme symbolique, « Dieu a mis la pensée dans l’âme, et l’âme dans le corps » ‘ : l'âme est dans le corps, comme le mouvement est dans le lieu.
La réunion de ces trois conditions dialectiques constitue le vivant absolu (αὐτὸ τὸ Eücv)?, alliance d’une âme et d’un corps, — et, plus complètement, d’une pensée, d’une âme et d'un corps, — l’idée de la vie (αὐτὸ τὸ τῆς ζωῆς εἶδος ὅν, L'idée de la vie doit servir de modèle à la réalité sensible de la vie. Mais il se trouve que l’idée de la vie soulève des difficultés logiques singulières ; pour comprendre en quoi consistent les problèmes dialectiques en question, et en quel sens ils sont susceptibles de recevoir une solution, il suffit de se reporter aux passages où esl