‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 272 sur 276 · PAT SEINE, OT ΤΌΝ · texte numérisé non relu

PAT SEINE, OT ΤΌΝ

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pas, d’une part, que la pensée admette de contradiction interne , sous peine de se détruire elle-même; — et, d'autre part, il faut justifier toutes les sciences. Or ce que nous avons appelé la dialectique progressive résout l'opposition des deux critériums, les concilie dans un système unique, de telle sorte que lé premier serve en quelque sorte de forme au second. La pensée ne cesse d'obéir, dans son progrès, à une exigence dialectique, à une nécessité interne; mais il se trouve que le mouvement de la dialectique justilie tout l'ensemble des sciences, pratiques aussi bien que théoriques. La science du nombre est la science pure, qui domine et gouverne tout l'univers. La science du mouvement lui est subordonnée, car elle consiste tout entière dans une application de la science du nombre. Enfin la science pratique dirige et oriente le mouvement, elle organise l'univers, en lie les uns par rapport aux autres, selon des relations de finalité, les divers éléments. La philosophie platonicienne est une philosophie mathématique comme la philosophie pythagoricienne, une philosophie sociale comme la philosophie des sophistes. D'une façon générale, elle est une systématisation des sciences, un organon, une philosophie spéculative.

La conclusion de la dialectique progressive, c'est donc qu'entre les deux critériums il y a non contradiction, mais accord. Or la conclusion de la dialec-

tique régressive était, tout au contraire, que les. deux critériums sont irréconciliables et que, si l’on ne veut pas, selon le premier critérium, admettre la

contradiction dans sa pensée, 1l est impossible de justifier, comme l’exigerait le second critérium, le système des sciences. Il semble donc que les deux moments de la dialectique platonicienne se détruisent l’un l’autre. La dialectique régressive critique et

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déclare contradictoire l’idée de substance matérielle,

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l’idée de devenir spirituel : tout cela est apparence, non vérité. Mais la dialectique progressive accorde une place dans l’univers, c’est-à-dire dans la vérité telle qu’elle la définit, au point de vue du devenir, au point de vue de la matière passive. La dialectique régressive démontre que la justice sociale est une justice fausse, la science pratique une science fausse. Mais la dialectique progressive accorde une légitimilé et une valeur à la justice sociale et aux sciences pratiques. Faudra-t-il donc dire que la dialectique progressive se borne à refaire ce que la dialectique régressive avait défait, et que tout le travail de la dialectique, entendue comme un procédé de critique et d'épuration logique, avait été en vain ? En réalité 1] n’en est rien.

La dialectique part du sensible et revient au sensible. Mais ce n’est pas à dire que l’univers auquel aboutit la dialectique progressive soit identique à celui que la dialectique régressive prenait pour

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point de départ. Car, à l’origine, des diverses idées qui constituaient l'univers, il était impossible de dire laquelle était le fondement logique de l’autre. Mais il est évident que ce qui est logiquement stable doit fonder ce qui est logiquement instable, et non réciproquement. La dialectique régressive a donc pour oflice, puisqu'elle remonte constamment de l'instable au stable, de fonder l'univers sensible. Le fondement de l'univers, c'est l’idéalité, l'accord de la pensée avec elle-même; c’est-à-dire que la forme logique de la dialectique régressive, la règle de son développement, en devient aussi le terme et la fin, — devient plus qu'une règle logique, un principe philosophique, le fondement idéal de lunivers. C’est donc grâce au travail préliminaire de la dialectique régressive que l'univers peut être ordonné par rapport à un premier principe, trouver une orientation et une direction. La distinction établie par la dialectique régressive entre l'apparence et la vérité n’est pas détruile, parce que la dialectique progressive a défini en quel sens on peut dire de l'apparence qu’elle existe; elle est seulement transformée en une distinction de valeurs. Tous les degrés de la connaissance n’ont pas une égale valeur : ils sont justifiés les uns après les autres, les uns par rapport aux autres, et tous par rapport au premier principe. Il importe de ne pas confondre un encyclopédisme qui se bornerait à énumérer sans

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omission toutes les sciences, ou encore à les classer d’une façon commode pour l'esprit, sans chercher à établir une hiérarchie de leurs objets, sans avoir égard à aucune distinction du meilleur et du pire, et une philosophie des sciences qui les détermine toutes par des rapports de finalité, les organise par rapport à une fin. Une pareille organisation est une organisation morale, et tel est le caractère de l’organisation des sciences dans la philosophie de Platon. Or c’est la dialectique critique, ou régressive, qui ἃ permis d'établir une semblable hiérarchie des sciences : la dialectique régressive mérite done d’être appelée l'élément moral du système. Parce que la dialectique de Socrate est purement critique et régressive, la philosophie socratique n’est pas autre chose qu’une philosophie de la purification et de la libération intellectuelles, une philosophie morale. Parce que la philosophie platonicienne est à la fois critique et constructive, régressive et progressive, elle est à la fois une philosophie morale et une philosophie spéculative, elle peut se définir un effort pour concilier la morale et la spéculation.

Mais tout jugement moral repose sur une condition nécessaire : la possibilité de distinguer entre le bien et le mal. Si donc la philosophie platonicienne est une philosophie morale, elle doit permettre d'opérer la distinction du bien et

du mal, et non pas seulement du meilleur et du moins bon, permettre d'approuver et de condamner, et non pas seulement d'approuver à divers degrés. C'est encore la dialectique régressive qui contient le fondement d'une telle distinction. D'une façon générale, elle part du donné, du sensible, démontre qu'il est contradictoire et le condamne comme tel, Or ce résullat de la dialectique régressive subsiste dans la dialectique progressive. Il y a dans l'univers une contradiction fondamentale, qui trouve son expression dans le sens double que présente l'idée de nécessité chez Platon: le nécessaire c'est d'abord ce qui est rationnellement nécessaire, ce qui est posé et déduit par la pensée dialectique, mais c’est aussi ce qui est nécessaire d’une nécessité matérielle et non intelligible, ce qui est fatal, transmis nécessairement du dehors à la manière d’un mouvement physique. Et la dialectique contient bien une conciliation de cette dualité; elle déduit rationnellement la nécessité d’une forme irrationnelle de l'être dans l'univers. Mais alors une difficulté nouvelle ne va-t-elle pas surgir”? Si le mal est déduit dialectiquement, il est donc en quelque mesure justifié; et si le mal est justifié, il cesse d’être le mal. En essayant de fonder l'existence du mal, la dialectique progressive peut-elle faire autre chose que reculer indéfiniment les limites du bien ? En réalité, ce qu'il faut comprendre, c'est que cette contra-

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diction mème, inhérente à la dialectique, constitue la nature du mal. Le lieu, fondement de la représentation sensible de l’idée, est en même temps une idée et un être extérieur à toutes les idées, un point de vue dialectique et une substance impénétrable à la dialectique. Il est le mal, non pas absolument, mais seulement dans la mesure où la pensée le pose comme irréductible, comme incapable d’une organisation rationnelle; non pas en 501, mais pour la pensée qui ne comprend pas qu’elle-même exige l’existence de cette « troisième forme de l'être », qu’elle-même pose la limite indéfiniment fuyante de sa puissance organisatrice. Erreur dont l'essence est d'être constamment résolue et cependant de renaître sans cesse: car il faut que toujours quelque chose résiste à la mesure, pour que l’existence d’une science pratique soit concevable. Une fois encore, la dialectique régressive n'a pas été en vain. Ce ne sont pas seulement les deux critériums, ce sont aussi les deux moments de la dialectique platonicienne qui sont conciliés, nécessaires l’un par rapport à l’autre. C’est parce qu’elle est précédée d’une dialectique régressive que la dialectique progressive est capable d'accomplir sa triple tâche : fonder, justifier, condamner.

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