Sophiste. 246 a. — Cf. Sophiste, 247 c
bien ressembler à un vice moral plutôt qu'à un faux 4 raisonnement ; néanmoins la seule méthode dont le … philosophe puisse essayer pour « purifier » leur pensée reste le raisonnement.
La théorie des philosophes matérialistes est certainement en désaccord avec le sens commun : car les hommes admettent qu'il existe des vivants, c'est-à-dire des êtres composés d’une âme et d'un - corps, et, de plus, ils attribuent à l'âme certaines
qualités, ou manières d'être, incorporelles, comme
d'être juste ou injuste, raisonnable ou déraison-
nable, Or les matérialistes sont prèts à aflirmer
que l'âme « possède un corps », qu'elle est un
corps; mais ils hésitent devant les qualités, qui certainement sont immatérielles comme elles sont invi- sibles, et qui, d'autre part, non moins certainement,
sont. Mais, « pour peu qu'ils consentent à ce qu'un - être quelconque, si petit que l’on voudra, soit im- ; matériel, cela nous suflit. Car ils doivent nous dire ce qu'ont de commun ces êtres immatériels et ceux | qui sont matériels par nature, qui leur permettent . de dire que les uns et les autres existent! ». — En d'autres termes, le monde matériel comprend des substances et des attributs, et ces attributs ne sont pas corporels. Le corps, c'est l'être fixe qui subsiste, sous le changement des attributs. Le même corps peut avoir été blanc et devenir noir, 1. Sophiste, 247 ὁ d.
avoir été grand et devenir petit; mais ni le blanc ni le noir, ni la grandeur ni la petitesse ne sont
des corps. C’est ainsi que, dans la perception d’une main, je perçois d’abord des doigts, et ces doigts, en tant que doigts, ne sont absolument que cela ;
mais, d'autre part, j'attribue à ces doigts certaines Ὁ qualités : l'unité et la multiplicité, la grandeur et la M petitesse !. Le doigt, par hypothèse, existe en 501; et
les attributs qui lui conviennent existent en lui, sans exister au même sens que lui. Bref, tout discours se compose de substantifs et d’adjectifs ; substantifs et adjectifs existent donc tous deux en quelque manière, mais non de la mème manière : il y ἃ opposition entre le point de vue du sujet logique et le point de vue de l'attribut logique. Mais cette opposition n’est autre que l’opposition du matériel et de l’immatériel; car les qualités sont des êtres immatériels, tandis que les expressions de sujet logique, de substance, et de substance matérielle, sont synonymes. La distinction du point de vue du corps et du point de vue de l’âme est donc réelle : l’âme ne se laisse pas réduire au corps, et la dialectique est en droit de distinguer deux sciences, qui auraient pour objet, l’ane le corps, et l’autre l'âme.
Seulement, l'opposition des deux points de vue