‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 83 sur 276 · Timée, 38 a · texte numérisé non relu

Timée, 38 a

et il faut dire, non pas: le jugement, c'est la M science, mais: le jugement vrai, c’est la science. D'où, alors, une seconde difficulté. Car on voudrait définir le jugement vrai, on ne peut essayer de le | faire que par opposition au jugement faux; mais il se trouve qu'il est impossible de donner une M définition intelligible du jugement faux ou de [ Pesreur?:

On peut porter un jugement ou sur ce qu’on connait ou sur ce qu'on ne connaît pas. Dans le pre- 4 mier Cas, on ne peut prendre ce qu’on connaît ni pour ce qu’on connaît (comment deux connaissances pourraient-elles produire une ignorance ?), ni pour M ce qu'on ne connaît pas. Dans le second cas on ne « peut prendre ce qu’on ne connaît pas ni pour ce M qu'on ne connait pas (comment, ne connaissant ni. Théétète ni Socrate, pourrais-je confondre Théétète avec Socrate ?) ni pour ce qu'on connaît. Ces quatre M impossibilités entraînent l'impossibilité du jugement « faux. — δα place-t-on au point de vue de l’être au lieu 4 de se placer au point de vue du connaître, et propose-t-on de définir le jugement faux comme l’aflir- « mation de ce qui n’est pas? Mais tout jugement «

. consister l'erreur dans une confusion entre deux . objets, entre deux êtres (ἀλλοξοξίαν), c'est toujours Ja même impossibilité. Car de deux choses l’une. Ou les deux objets, dont la confusion constituerait l'erreur, sont présents à l'esprit en même temps : alors ils ne peuvent être confondus. Ou ils se pré- sentent à l'esprit l'un après l’autre: alors, connus

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à part l’un de l’autre, ils ne peuvent pas davantage être confondus. En d'autres termes, l'erreur est un … phénomène inexprimable; dès qu'elle s'exprime elle devient vérité. Car elle consiste dans une confusion d'idées; et la confusion, lorsqu'elle s'énonce, se manifeste et s'évanouit : on ne peut dire que l’erreur consiste à confondre ἃ avec B sans par là mème distinguer A et B.

Il est cependant un moyen de définir l'erreur par la distinction de deux modes de connaissance, connaissance sensible et connaissance non sensible, par l'a- nalyse non pas du jugement en général, mais du jugement sensible. Je connais Socrate, je vois venir ἃ moi un homme que je ne connais pas, et que je prends pour Socrate. Voilà un exemple très simple et très significatif d'erreur. Que l'on compare l'âme, pour la commodité du raisonnement (λόγου ἕνεχα), soit à un livre sur lequel viennent successivement s'enregistrer les sensations", soit à un morceau de

4. Philébe, 38 e, 544.

δ] LA DIALECTIQUE RÉGRESSIVE.

cire sur lequel se fixent les impressions extérieures", il y aura donc dans l’âme, outre l'affection immédiate, la mémoire de cette affection, connaissance interne et non sensible. Or, pour qui se place uniquement au point de vue des connaissances, et pour qui se place uniquement au point de vue des sensations, l'erreur, sitôt définie, apparait comme impossible. Mais il n’en va pas de même lorsqu'on combine les deux points de vue, lorsqu'on considère la connaissance comme l'application des idées qui sont dans la mémoire aux sensations nouvelles : car l'application peut se faire à faux. Je puis confondre un objet que je connais avec un autre objet que je connais et que 16 sens ou avec un autre objet que je ne connais pas mais que Je sens; ou enfin un objet que je connais et sens avec un autre objet que je connais et sens.

Mais pour exprimer cette conception de l'erreur, il a fallu recourir à des métaphores sensibles, comparer l'âme soit à un livre soit à un morceau de cire. Veut-on renoncer à ce genre d’approximation, c'est toujours la même impossibilité qui surgit.

Prendre un nombre pour un autre ne se peut, dans …

l'hypothèse, que si, par exemple, l’un des deux nombres est un nombre sensible, l’autre un nombre seulement intelligible. Mais, dès qu'il s’agit d’expri-

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