MÉTALLOÏDES
Les chimistes divisent les métalloïdes, d'après leur affinité pour l'hydrogène, en quatre familles naturelles que nous étudierons dans l'ordre suivant, en nous arrêtant seulement aux corps qui nous intéressent au point de vue qui nous occupe ici :
1'''= Famille. Chlore, — Brome, Iode, — Fluor. 2" — Oxyqène, — Soufre, Sélénium, — Tellure. 3° — Azote, — Phosphore, Arsénié, Antimoine, — Bismuth.
4"= — Bore, — Carbone, Silicium, — Étain.
Hydrogène, Eau.
- L'hydrogène qui, par ses caractères, forme à lui seul une famille à part, ne nous intéresse ici qu'à titre de composant de VEau (HO), qui peut être considérée, surtout au point de vue hygiénique, comme le plus simple et le plus répandu des antiseptiques employés à l'extérieur. C'est, en outre, le dissolvant et le véhicule d'un grand nombre
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUl^S.
d'antiseptiques usités à l'intérieur et à l'extérieur. Mais les recherches bactériologiques ont montré combien il est nécessaire que l'eau employée, non seulement en boisson, mais encore pour les soins de propreté et surtout pour l'usage médical, soit absolument pure de tout microbe.
La plupart des microbes pathogènes vivent très bien dans l'eau, et la contagion de la fièvre typhoïde par l'eau de boisson est un fait considéré comme démontré. Il est probable qu'un très grand nombre d'autres microbes pathogènes peuvent être introduits de la même façon dans l'organisme. Nous n'insisterons pas sur ce point, mais nous indiquerons comment on peut se procurer une eau pure de microbes.
Eau aseptique. — La chaleur portée jusqu'à l'ébullition et la filtration sont les principaux moyens employés pour purifier l'eau, pour la rendre aseptique. On fait bouillir l'eau pendant un quart d'heure environ, on la verse dans un réservoir en communication avec un filtre Chamberland, et on recueille l'eau ainsi filtrée dans des récipients, généralement de verre, ayant la forme de petits barils placés debout, d'une contenance de six à dix litres, et munis d'un robinet à leur partie inférieure. L'ébullition n'est pas indispensable, le filtrage à travers le filtre Chamberland suffit; et l'on devrait exiger que toutes les solutions pharmaceutiques soient préparées avec de l'eau ainsi purifiée (Le Gendre).
C'est surtout en chirurgie que l'eau a été employée dans le traitement des plaies. Rappelons Virrigation coniiniie, en usage il y a vingt-cinq ans, et qui agissait à la fois comme réfrigérant et comme antiseptique, en entraînant les microbes avec les produits de la suppuration et lavant continuellement la plaie. En 1870, nous avons vu appliquer, à l'ambulance de la Comédie-Française, pendant le siège de Paris, les bains ticdes comme unique traitement des plaies d'armes à feu, et cette pratique donnait des résultats très satisfaisants. Quelques chirurgiens préconisent encore l'irrigation des moignons d'amputation et des
LA THÉRAPRUTIQUE ANTISEPTIQUE.
plaies récentes (Reclus). Mais cette pratique est généralement abandonnée aujourd'hui pour les pansements antiseptiques proprement dits, pansements clos, qui sont à la fois plus sûrs et plus rapides. Les irrigations et pulvérisations de solutions antiseptiques sont très usitées.
La glace contient des microbes comme l'eau qui lui a donné naissance. Lorsque l'on se sert de glace en thérapeutique, il est donc indispensable de s'assurer que cette glace provient d'une eau filtrée au filtre Chamberland.
Chlore
Métalloïde gazeux à la température ordinaire, de couleur jaune verdâtre, à odeur suffocante, à saveur caustique, impropre à la respiration et délétère. Un litre d'eau en dissout deux litres, 1S6 à 20°. C'est sous cette forme qu'il est employé en médecine.
Le chlore gazeux est, d'après Jalan de la Croix , un des plus puissants bactéricides : il prend place, sous ce rapport, immédiatement après le sublimé; 1 gramme de chlore gazeux dissous dans 30 litres d'eau empêche le développement des bactéries dans un bouillon de culture.
Malgré cela, le chlore ne peut guère être employé à l'intérieur en raison de son action irritante. Respiré à l'état de gaz il provoque la toux, la suffocation et des crachements de sang. On comprend donc difficilement qu'on l'ait préconisé autrefois contre les affections des bronches et même contre la phtisie.
Par contre, le chlore est un des meilleurs désinfectants que l'on puisse employer pour l'antisepsie des vêtements et des habitations. Nous y reviendrons en traitant de Vhygiênô antiseptique.
Vhypochlorite de chaux (CaCP + 6 H^O), ou chlorure de chaux, qui doit ses propriétés à la fois à l'oxygène et au chlore, ne donne le même résultat sur les microbes qu'à dose plus que double (3 grammes pour 30 litres environ). C'est une poudre blanche, à forte odeur de chlore, avide d'humidité, mais incomplètement soluble dans l'eau. La
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solution du Codex {chlorure de chaux liquide) est à 1/45- Elle n'est guère usitée qu'à l'extérieur. D'après Cornil et Bcabes, une solution à 5 p. 100 de ce sel ne tue les bactéries qu'en dix jours. On doit donc lui préférer le chlore gazeux particulièrement pour la désinfection des appartements.
Le chlorate de potasse (K. CIO ^) est un sel blanc soluble dans 17 parties d'eau à 15» et dans 30 de glycérine, insoluble dans l'alcool et l'éther. Il agit comme oxydant sur les matières organiques en raison des trois équivalents d'oxygène qu'il renferme, et qui lui donnent une grande tendance à s'unir à l'hydrogène. On. l'emploie dans le traitement des stomatites : il est en partie éliminé par les glandes salivaires. Son équivalent toxique (dose mortelle pour 1 Idlogr.) est de Oe^ 16 d'une solution à 1/100, tandisque son équivalent antiseptique est insignifiant. Il n'agit que comme désinfectant.
Le chlorate de soude, soluble dans trois parties d'eau, paraît avoir les mêmes propriétés que le précédent, mais son équivalent toxique est beaucoup plus faible (on sait que ce fait est général quand on compare les sels de soude aux sels de potasse, ce qui tient évidemment à ce que la soude est beaucoup plus répandue que la potasse dans l'oi-ganisme des animaux : c'est le contraire chez les végétaux).
L'acide chlurhydrique (HCl), est le produit de l'union directe du chlore et de l'hydrogène qui s'opère très facilement, sous l'influence de la lumière diffuse, quand on met en présence un volume de chlore et un volume d'hydrogène. C'est un gaz incolore, d'une odeur forte, piquante, irrespirable, très avide d'eau, comme le montre la fumée qu'il produit à l'air en se combinant à la vapeur d'eau.
L'eau en dissout, à 20 degrés, 464 fois son volume. C'est cette solution saturée qui constitue l'acide chlorhydrique employé comme réactif dans les laboratoires. Celui du commerce renferme seulement 36 à 37 p. 100 de gaz. Il produit des eschares sur la peau et les muqueuses.
. Cet acide est fortement antiseptique (Miquel) à la dose de 2 à 3 grammes, dose qui est, d'ailleurs la même, pour les autres acides minéraux (A. sulfurique, A. azotique, A. pliospliorique). — La solution (2 à 4 grammes par litre d'eau) est employée en gargarisme ou limonade. — Quelques gouttes de cet acide ajoutées à des solutions de sublimé ou d'acide phénique exaltent leurs propriétés antiseptiques (Laplace).
Les fumigations d'acide chlorhydrique ont été préconisées, dès lafm du siècle dernier, comme désinfectantes, par Guyton de Morveau.
Les chlorures seront étudiés avec leurs métaux, et les composés organiques du chlore {chloral, chloroforme] dans le chapitre suivant.
Brôme.
Le brome est un liquide d'un rouge brun, répandant des fumées rouges à l'air, et dont l'odeur désagréable tient à la fois de celles de l'iode et du chlore. Il est peu soluble dans l'eau (3/100), très soluble dans l'alcool et dans l'éther.
C'est un caustique irritant d'une action presque instantanée ; mais comme, d'une part, son équivalent antiseptique est supérieur à celui de l'iode, et que, de l'autre, il est plus facile à manier que le chlore, on doit le préférer à ces deux corps, dont il a les propriétés générales; on aura soin de ne l'employer qu'à dose très diluée.
Son équivalent antiseptique le place au sixième rang après le sublimé (Jalan de la Croix). Une solution à 1 /'6308 empêche le développement des bactéries. 11 entrave également, à très faible dose, l'action des ferments solubles (émulsine, ptyaline, diastase, etc.), et il y aura lieu de l'essayer contre les toxines d'origine microbienne qui ont la constitution des diastases.
Ces propriétés antiseptiques si énergiques sufiîrciient pour faire remettre en honneur un médicament trop négligé aujourd'hui. Ozanam a montré, dès 1869, son utilité
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pour dissoudre les fausses membranes diphtérUiques (solutions à 1/bOO ou 1/1000). Il a employé aussi des fumigations d'eau bromée. Plus récemment, on l'a employé associé au bromure de potassium par parties égales (1/200 ou 1 /400 de chaque en solution aqueuse) pour badigeonnagcs et inhalations (Hiller).
Bromures. — Les bromures de potassium, sodium, strontium, etc., ont été employés comme succédanés moins toxiques du brome. Mais ces sels sont beaucoup moins antiseptiques que le métalloïde dont ils dérivent et n'agissent qu'à forte dose (Miquel les range parmi les substances très faiblement antiseptiques, tandis que le brome l'est très fortement).
Le D"^ Peyraud (de Libourne) a employé avec succès les insufflations de bromure de potassium pulvérisé contre l'angine diphtéritique.
Le bromol, le bromoforme et le bromhydratc de quinine sont des composés organiques du brome qui seront étudiés à leur place.
Iode.
Solide à la température ordinaire, fusible à 110", l'iode est très peu soluble dans l'eau (1/7000 à 10"), mais il est soluble dans l'alcool, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, l'éther, les corps gras, la glycérine, la vaseline. Il ne se combine avec l'hydrogène qu'au rouge, mais il décompose l'hydrogène sulfuré en s'emparant de son hydrogène. C'est un agent irritant, caustique, colorant la peau en jaune et produisant des inflammations locales quand il est en contact avec les muqueuses.
La teinture d'iode du Codex est à 1 pour 12 d'alcool. Il est bon de savoir que les teintures d'iode des pharmacopées étrangères sont souvent beaucoup plus concentrées et par suite plus actives. La teinture d'iode française ellemême varie beaucoup sous ce rapport, quand elle est préparée depuis longtemps et conservée dans des flacons mal bouchés. L'addition d'une certaine quantité d'iodure de
LA TOÉRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
potassium permet d'étendre d'eau la teinture en évitant la précipitation de l'iode.
L'action de l'iode comme désinfectant a été signalée depuis longtemps par Boinet (1840). Plus tard (1863), 0. Réveil montra qu'il neutralise l'action des virus et des venins (solution à 5 p. 100); Wernitz (1880), celle des ferments solubles (solutions variant de 1/1000 à 1 /24 000). — D'après Jalan de la Croix, une solution à 1/410 stérilise tous les germes des bactériacées. — Royer et Davaine ont montré la puissance de la teinture d'iode sur le virus morveux et sur le virus charbonneux (solution a l/loOOOO).
L'iode peut être administré à l'intérieur à la dose de 1 à o centigrammes par jour. Comme gargarisme ou collutoire, on emploie souvent un mélange de teinture d'iode et de glycérine additionné ordinairement d'iodure de potassium. Dans l'empyème et l'hydrocèle, après avoir évacué le liquide par ponction, on injecte une solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium, etc.
Les iodures de potaHsium, de sodium, de strontium, etc., ont un pouvoir antiseptique très faible, tandis que le biiodure de mercure, Viodure d'argent et Viodure de cadmium sont très fortement antiseptiques (Miquel). Les deux premiers occupent même le premier et le second rang dans le tableau donné par cet auteur (ils sont antiseptiques aux doses respectives de 0 gr. 025 et 0 gr. 030 pour un litre de bouillon de bœuf exposé à la contagion des microbes de l'air, tandis que le hichlorure de mercure ne l'est qu'à la dose de 0 gr. 070). — Viodure de soufre a été employé par Galtier contre la morve chronique.
Remarques au sujet des antiseptiques précédents. — Les propriétés éminemment antiseptiques du chlore, dubrôme, de l'iode (métalloïdes mono-atomiques) et des composés formés par leur union avec les m é taux nobles ouïes métaux alcalino-terreux peu altérables à l'air (le cadmium appartient au même groupe que le zinc), peuvent s'expliquer par leurs propriétés chimiques. On sait que les chlorui'es sont de
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puissants oxydants des matières organiques, propriété qu'ils doivent à leur grande aflmilé pour l'iiydrogène qui entre toujours dans la coniposiLion de ces derniers. Les iodures et les bromures ont des propriétés analogues : en préiience d'un corps oxydable ils se dédoublent et agissent à la fois par le métalloïde et par le métal, mis en liberté à l'état naissant, qm entrent dans leur composition : c'est ce qui explique pourquoi les iodures de mercure, d'argent et de cadmium sont beaucoup plus antiseptiques que ceux de potassium, de sodium, etc. Les premiers sont facilement décomposés dans l'organisme, tandis que ces derniers se retrouvent 1 inaltérés dans les urines. — Quoi qu'il en soit, quand on fera usage de ces corps très actifs, on devra toujours se rappeler que leur action s'exeuce sur les cellules de nos organes comme sur les microbes, et que par conséquent on ne doit les employer qu'à dose très faible et sous une forme très diluée.
Fluor, Acide fluorhydrique.
Le fluor est un métalloïde apparteuant au même groupe que les précédents et présentant des propriétés analogues mais difficilement isolable et qui n'est connu que par ses sels qui ressemblent aux chlorures et dont on a pu isoler l'acide.
L'acide fluorhydrique (retiré du spath fluor ou fluorure de calcium) est un liquide incolore, mobile, bouillant à lo", et dont les vapeurs sont très corrosives, pi-oduisant sur la peau des ampoules suivies de plaies très douloureuses. On ne l'emploie dans l'industrie qu'en solution étendue dans l'eau.
Les expériences pratiquées par MM. Dujardin-Beaumetz, Hayem, Thompson, Chevy, ont prouvé, contrairement aux affirmations de M. Grancher, que l'acide fluorhydrique était un antiseptique puissant, à placer près dubiiodure de mercure. A la dose de 1/20 000 environ, il tuerait le ba-
1. Il est bon do rappeler, d'ailleurs, que les chlorures alcalins existent nornnalement dans l'organisme et dans nos aliments (suc musculaire, etc).
cille tuberculeux dans les bouillons de culture. Une solution diluée de fluorure d'ammonium en injections a préservé des lapins préalablement inocules avec le bacille de la tuberculose. (H. Martin. )
L'acide fluorhydrique a été préconisé par M, Seiler en inhalations, mélangé à l'air atmosphérique {0,'6 p. 100) contre la tuberculose pulmonaire. Il agirait en arrêtant le développement des bacilles. (Trudeau.)
Oxygène, Ozone, Air.
Avec l'oxygène, nous abordons le second groupe de métalloïdes, groupe qui renferme avec lui le soufre, le sélénium et le tellure, corps non plus mono-atomiques comme les précédents, ma.\s diatomiques par rapport à l'hydrogène. Ils ne se combinent plus avec lui volume à volume comme le chlore et l'iode, mais un volume d'oxygène, par exemple, avec deux volumes d'hydrogène, et il y a condensation (le composé n'occupant que deux volumes au lieu de trois). Mais cette combinaison est moins facile puisque deux volumes d'hydrogène et un volume d'oxygène mis eu présence ne se combinent pour former de l'eau que sous l'influence de Tétincelle électrique ou à une température élevée (inflammation du gaz hydrogène). Les métalloïdes de ce groupe ont donc beaucoup moins d'affinité que les précédents pour l'hydrogène, ce qui explique leur pouvoir antiseptique plus faible.
L'oxygène est un des composants de l'air atmosphérique et le plus important des deux. A ce titre, c'est un antiseptique d'une grande importance.
Pasteur a montré que les microbes, notamment celui du choléra des poules, perdaient leur virulence sous l'influence de l'oxygène de l'air; des cultures datant de 15 jours, un mois, deux mois, huit mois, dix mois perdent progressivement leur pouvoir toxique. Koch admet également que l'action de l'air et la dessiccation des germes amènent, au bout d'un certain temps, l'extinction naturelle d'une épidémie. Enfin les expériences de P. Bert et de
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M. Regnard ont montré que l'oxygène tue les bactéries, mais seulement à haute pression.
■ Les applications thérapeutiques basées sur ces notions sont nombreuses. Le séjour des tuberculeux à la campagne ou dans des localités élevées où l'air se renouvelle souvent; le traitement par les fenêtres ouvertes nuit et jouren toute saison (Debove); l'aérothérapie par l'air comprimé et chargé de substances antiseptiques (créosote, gaïacol, terpinol, etc.); tous ces procédés thérapeutiques ont pour but d'appliquer l'action à la fois antiseptique et stimulante (eusthénique) de l'air, c'est-cà-dire de l'oxygène.
La fabrication industrielle de l'oxygène est aujourd'hui résolue, ce qui permet de l'avoir en quantité largement suffisante pour tous les usages thérapeutiques. On le tient en réserve dans des récipients où il est comprimé sous^un petit volume, et on le décomprime pour le mélanger à l'air atmosphérique et aux vapeurs antiseptiques que nous avons mentionnées plus haut. En etfet, il est trop excitant pour être employé pur. L'air comprimé, c'est-à-dire l'oxygène mitigé, chargé des mêmes vapeurs médicamenteuses, est répandu dans des chambres ou cloches hermétiquement closes où l'on fait séjourner les malades de une à deux heures ou plus, en comprimant et décomprimant lentement le mélange gazeux qu'ils respirent. Cette aérothérapie est employée contre la tuberculose, la coqueluche, la bronchite chronique, etc.
Veau oxygénée ou bioxyde d'hydrogène (H^O^) est un composé chimique défini qu'il ne faut pas confondre avec l'eau oxygénée que l'on trouve actuellement dans le commerce, en siphons, et qui n'est que de l'oxygène mélangé à haute pression avec de l'eau ordinaire, comme le gaz carbonique l'est dans l'eau de Seltz. Toutes deux peuvent, du reste, servir aux mêmes usages. L'eau oxygénée chimique (H^O^) doit être à 10 volumes et étendue d'une . même quantité d'eau pure, pour ne pas être irritante (Larrivé). D'après les recherches de M. Desmoulins \ ce serait
1, Thèse de Lyon (1887).
LA TUÉRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
un antiseptique médiocre. En réalité elle agit surtout comme désinfectant, en oxydant les matières organiques par la mise en liberté de l'oxygène qu'elle renferme.
L'ozone est une modification allotropique de l'oxygène gazeux obtenue sous l'influence de l'étincelle électrique, et dont les propriétés se rapprochent beaucoup de celles de l'eau oxygénée. Si donc l'eau oxygénée convient en boisson, l'ozone est préférable quand il s'agit d'employer la voie pulmonaire. On admet que ce, corps est de l'oxygène condensé (0^), mais, on ne le connaît guère que sous forme d'oxygène ozonisé, c'est-à-dire mélangé à un excès d'oxygène.
L'ozone jouit de la propriété d'oxyder à la température ordinaire des corps sur lesquels l'oxygène lui-même est sans action : c'est ce qui lui a valu sa réputation d'antiseptique. On a construit récemment des appareils spécialement destinés à produire de l'ozone afin de faire respirer aux malades de l'air ou de l'oxygène ozonisé, agissant à la fois comme eusthénique et comme antiseptique (D. Labbé e 1 0 UDiN, Congrès de la Tuberculose ; appareil du D'' G . Gautier) .
Soufre.
Le soufre, que tout le monde connaît, est un des métalloïdes les plus répandus dans la nature à l'état natif comme à l'état de combinaison. C'est la fleur de soufre, lavée de ses impuretés, qui sert en médecine, surtout sous forme de pommade dans les maladies de la peau. On sait que ce corps détruit les organismes inférieurs (champignons parasites, acariens, etc.). On l'emploie rarement à l'intérieur comme antiseptique.
L'hydrogène sulfuré ou acide sulfhydrique (H^ S) existe aussi dans la nature, notamment dans les eaux sulfureuses. Il s'en produit dans la putréfaction des matières organiques et l'on en trouve des traces dans l'air atmosphérique. Il constitue en majeure partie les gaz toxiques des fosses d'aisances. Il est facilement absorbé non seulement par le poumon, mais encore par la peau et les muqueuses. Les
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
eaux sulfureuses ont été préconisées dans le traitement de la tuberculose et des bronchites chroniques.
Les sulfures (ou sulfhydrates) alcalins sont classés par Miquel parmi les substances forlement antiseptiques.
Le sulfure de calcium a été employé avec succès, à l'inte'rieur, dans le traitement des angines diphtéritiques (1 à 10 centigrammes et plus, à doses fractionnées). 11 est probable qu'il se décompose dans l'estomac en dégageant de l'hydrogène sulfuré, car l'haleine des malades qui en prennent a une forte odeur d'œufs pourris, et c'est l'acide suifhydrique ainsi dégagé qui lui donne ses propriétés antiseptiques. On l'emploie à l'extérieur comme antipsorique.
L'acide sulfureux (S 0^) est un gaz qui se produit par la combustion du soufre à l'air : il se produit de l'acide sulfurique. Ce gaz est un antiseptique énergique : il a le quatrième rang, après le sublimé et le chlore, dans le tableau de Jalan de La Croix, mais il ne détruit que les bactéries qui sont à la surface des objets : il n'a donc pas d'effet quand les parasites sont en couches épaisses. Cependant i/100 de ce gaz dans l'air d'une chambre suffit pour désinfecter les murs; mais les spores ne sont pas détruites (GoRNiL et Babes).
L'acide sulfurique (SO^), que l'on ne trouve dans le commerce que sous forme d'acide sulfurique de Nordhausen (S 0^ + S 0* H2) ou de vitriol, partage les propriétés de l'acide sulfureux qui lui a donné naissance. Miquel le classe parmi les corps fortement antiseptiques. Mais son avidité pour l'eau, qui est probablement une des principales causes de son action microbicide, le rend très difficile à manier. Il est très caustique, enlevant aux substances organiques à la fois de l'oxygène et de l'hydrogène dans les proportions nécessaires pour faire de l'eau : il désorganise et ulcère la peau el les muqueuses. On ne peut donc l'employer qu'à dose très diluée.
Les sulfates ont presque tous des propriétés antiseptiques marquées. Le sidfate de cuivre occupe le premier rang : son équivalent est 0s--,90 pour 1 litre, équivalent supérieur
LA THÉBAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
môme à celui de son acide, et Miquel le classe parmi les substances très fortement antiseptiques. Puis vient le sulfate de nickel, fortement antiseptique (équivalent 2<^',l)0). Les sulfates de strychnine, de fer (modérément antiseptiques), le sulfate d'ammoniaque et l'hyposulfUe de soude (très faiblement antiseptiques) n'agissent qu'à dose beaucoup plus forte.
Le sélénium et le tellure, ainsi que leurs composés, n'ont aucun usage en médecine.
Azote.
L'azote, le phosphore, l'arsenic, l'antimoine et le bismuth forment une troisième famille de métalloïdes à propriétés analogues : tous sont triatomiques, fixant trois atomes d'hydrogène ou de chlore.
Le gaz azote mélangé à l'oxygène dans l'air atmosphérique paraît lui servir de tempérant. Pur, il est irrespirable, simplement par défaut d'oxygène, car il n'est pas toxique. Aussi a-t-on essayé de l'utiliser, dans ces derniers temps, en thérapeutique, bien que son action physiologique soit mal connue. On ne connaît pas davantage son action sur les microbes pathogènes Sur ceux qui sont aérobies, il agit comme sur l'organisme, par privation ou diminution de l'oxygène; il ne produit aucun effet sur ceux qui sont anaérobies. Dans tous les cas, il est bon de se rappeler que l'azote existe à l'état de combinaison plus ou moins complexe dans la plupart des tissus et des liquides de l'organisme.
On a employé l'azote en inhalations dans les maladies fébriles pour diminuer les échanges organiques et par suite la température (Valenzuela, de Madrid). Les eaux azotées, naturelles ou artificielles, ont été administrées dans le même but en pulvérisations, en Allemagne et en Espagne. Les résultats obtenus n'ont rien de précis.
1 Nous verrons plus tard quo la présonco do l'azote dans une combinaison organique abaisse {toutes choses égales d'ailleurs) son pouvoir an<iseptigue (Rottenstein et Bourcart).
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L'acide azotique (2 Az 0^ H) ou acide nitrique, est liquide, répandant des fumées blanches à l'air. C'est un oxydan^^ très puissant et un caustique qui décompose les matières organiques en les colorant en jaune. Gomme antiseptique, il a le même équivalent que les autres acides, et ne présente aucun avantage sur l'acide sulfurique. Comme lui, il ne doit être employé qu'à dose très diluée, à l'intérieur, à moins qu'on ne recherche précisément son action locale caustique pour détruire une muqueuse sacrifiée (par exemple, dans l'endométrite).
Les azotates ou nitrates employe's en médeciae sont, d'abord, le nitrate cVargent, que l'on peut considérer comme un des plus puissants antiseptiques connus (il occupe le cinquième rang dans le tableau de Miquel : son équivalent antiseptique est 0,08, presque égal à celui du bichlorure de mercure).
Au contact des matières organiques, l'azotate d'argent se décompose en donnant de l'argentmétallique, de l'acide azotique et de l'oxygène, c'est-à-dire trois corps plus ou moins antiseptiques : c'est ce qui explique son action puissante. Mais on ne peut guère employer cette action qu'à l'extérieur : à l'intérieur c'est un poison violent même à faible dose (celle de 1 à S centigrammes par jour ne doit pas être dépassée).
Vazotate acide de mercure est employé comme caustique à l'extérieur. — Vazotate ou. nitrate de bismuth doit ses propriétés au métalloïde dont il est formé, et nous en traiterons plus loin. — L'azotale de potasse (ou nitre) et les autres azotates alcalins paraissent dépourvus de propriétés antiseptiques.
Le gaz ammoniaque (AzH^) est classé par Miquel parmi les substancesfortementantiseptiques (équivalent : i gr. 40).
Phosphore.
Le phosphore possède, comme on sait, deux états allotropiques : le phosphore blanc ou ordinaire et le phosphore rouge. Ce dernier n'est pas toxique, tandis que le
premier est un poison violent. Cette différence essentielle tient à ce que le premier s'oxyde facilement, tandis que le phosphore rouge est insoluble dans les dissolvants du phosphore ordinaire et n'est attaqué que lentement pai' les corps oxydants. Le phosphore n'a pas été employé comme antiseptique à l'état de métalloïde. Quant à Vacide phosphoriqiie, il a les mômes propriétés que les autres acides, mais est peu usité. Rappelons que le phosphore existe dans l'organisme à l'état de phosphates alcalins.
Le phosphate de cuivre est le seul phosphate que l'on ait employé comme antiseptique dans la tuberculose (Luto.n, de Reims).
Les phosphates et hypophosphates de calcium n'agissent que comme eusthéniques (toniques et reconstituants).
Arsenic.
Varsenic et ses sels ont des propriétés qui ressemblent à celles du phosphore. Lorsque l'arsenic est employé àl'intérieur notamment dans les fièvres intermittentes, il est probable qu'il agit comme eusthénique (modificateur de la circulation), et non comme antiseptique à la manière des sels de quinine. Warrikoff, de Dorpat (1883), a constaté que Vacide arsénieux ne tue pas les bactéries. Cependant Miquel range Vacide arsénieux (équivalent antiseptique, 6 gr. [!]) parmi les substances « modérément antiseptiques » A cette dose, l'acide arsénieux serait un poison violentpour l'homme, puisque la dose de iO milligrammes par jour ne peut être dépassée sans danger.
Antimoine.
Au point de vue chimique, V antimoine ressemble beaucoup à l'arsenic. Ce métalloïde, qui a joui d'une si grande réputation dans l'antiquité, au moyen âge et jusque dans la première moitié de ce siècle, est aujourd'hui presque abandonné. Le tarlre stibié {tartrate double d'antimoine et de