‹ La thérapeutique antiseptiqueChapitre 15 sur 57 · HYDROCARBURES DE LA SERIE AROMATIQUE OU DÉRIVÉS DE LA BENZINE · texte numérisé non relu

HYDROCARBURES DE LA SERIE AROMATIQUE OU DÉRIVÉS DE LA BENZINE

La benzine (C^H^), ou benzol, est le premier terme et la base ou le noyau d'une nombreuse série de composés très importants pour nous, car ils sont tous plus ou moins antiseptiques, et quelques-uns d'entre eux sont probablement les meilleurs antiseptiques que fournisse la chimie organique. Comme ces corps ont tous une odeur forte et aromatique, que beaucoup même sont des essences, on a donné à cette série le nom de série aromatique.

Pour montrer l'importance de la série aromatique en thérapeutique, il suffit de dire que les phénols, les naphtols, l'acide salicylique et tous leurs dérivés si employés depuis quelques années, appartiennent à ce groupe de composés organiques.

Pour faciliter l'étude de cette nombreuse série, nous passerons successivement en revue dans l'ordre que nous indiquons ici :

1" Les hydrocarbures aromatiques (groupe mëlhijl) ;

2o Les hydi-ocarbures oxygénés (groupe phcnyl), et les acides

aromatiques qui s'y rattachent; 3° Les hydrocarbures du groupe napliLyl; 4» Les hydrocarbures du groupe des kétones et des quinones '■> Les hydrocarbures contenant de l'azote.

LA TIlfiRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.

Avec chacun de ces différents groupes, nous étudierons les composés haloïdes et sulfurés qui s'y rattachent.

Hydrocarbures aromatiques; [Groupe Mélhyl. : CH3) Benzol, Toluol, etc.

Les hydrocarbures de ce groupe sont, comme nous l'avons dit, faiblement antiseptiques, leur pouvoir bactéricide croissant d'ailleurs à mesure que l'hydrogène est remplacé dans le benzol (CH) par CH» ou d'autres groupes antiseptiques. (Rottenstein et Bourcart). En étudiant . successivement le benzol, le toluol, le xylol, le mesit/iylène, ïhexaméthylbenzol, on passe progressivement à des composés de plus en plus énergiques.

Le benzol (C^H"), ou benzine, que tout le monde connaît, est un liquide incolore, d'une odeur assez agréable quand il est pur, presque insoluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et l'éther. Il dissout l'iode, le soufre, le phosphore, le camphre et la plupart des substances organiques riches en carbone. Il est inusité en médecine. Le toluol et les autres composés énumérés plus haut le sont également, au moins comme antiseptiques. Leurs propriétésserapprochent de celles du benzol: tous sont très volatils et inflammables.

Aniline et Fuchsine.

Parmi les dérivés de la benzine et de la nitrobenzine (essence de mirbane), l'aniline est un des plus importants pour l'industrie, et fournit elle-même la fuchsine, ou rouge d'aniline, produit utilisé en thérapeutique depuis quelques années.

La fuchsine (ou fuschine) s'obtient en traitant l'aniline par des agents oxydants (azotate de mercure, acide arsénique). Ce corps est un chlorhydrate de rosaniline, comme le montre sa formule :

C20HiaAz3,HCl

Il se présente sous forme de cristaux d'un vert mordoré, dont les solutions sont d'un beau rouge violacé, qui se fixe

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES

facilement sur toutes les substances organiques et les colore solidement sans qu'il soit besoin de mordant.

La fuchsine est employée à l'intérieur et à l'extérieur comme antiseptique.

On s'en sert à l'intérieur dans le traitement des néphrites albumincuses (Feltz et Rittkr). On l'administre en cachets à la dose de 0 gr. 25 par jour, et on en donne deux par jour. Ce médicament colore les urines en rouge, et il est toujours bien supporté.

La nitroglycérine a également été employée dans le traitement de la néphrite, en solution au centième, dont on donne 60 millimètres cubes trois fpis par jour (Mayo- Robson).

La fuchsine est employe'e à l'extérieur dans le traitement des ulcères chroniques et rebelles. Elle agit à la fois comme antiseptique et comme analgésique. On presci'it la solution suivante :

Fuchsine 0 gr. 70

Alcool ) . . nis

Eau !

Après badigeonnage, on recouvre d'une gaze trempée dans la même solution, de taffetas gommé, de ouate et d'un bandage. Ce médicament n'a d'autre inconvénient que sacouleur très tenace et qui tache la peau pour longtemps.

Hydrocarbures oxygénés, Phénols ou Oxybenzols

{Groupe Phcnyl. : Q'^R^).

Ces composés, de même que les acides aromatiques, sont, comme nous l'avons dit, cinq ou six fois plus antiseptiques que les benzols et les composés analogues. Ils ont, en outre, l'avantage d'être pour la plupart solubles dans l'eau.

Le tanin, le i^hénol, la créosote, le gaîacol, le salol, le .thymol, etc., appartiennent à ce groupe et présentent des propriétés bactéricides de plus en plus fortes, à peu près dans l'ordre oià nous venons de les énumérer.

82 LA TU I-iRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.

Tanin.

Le tanin ou acide tannique (C'*H"*0^) est une poudre d'un gris jaunâU'C, solublc dans l'eau, se comportant comme un acide organique. Employé autrefois comme « astringent », on doit tenir compte aujourd'hui de ses propriétés antiseptiques, mises en lumière par MM. Raymond et Artliaud dans le traitement de la tuberculose (1 à 5 grammes par jour). C'est un antiseptique supérieur à l'acide pyrogallique (équivalent : 4^^,80, d'après Miquel).

A l'extérieur, le tanin a été employé dans la blennorragie, la leucorrhée, la furonculose.

Le tanale de bismuth est employé comme anti-diarrhéique; le tanaie de plomb en poudre, contre les escharres du sacrum; le lanate de zinc, contre les écoulements blennorragiques invétérés.

Le ralanhia, dont l'extrait entre dans la composition du sirop iodo-tanique, renferme 42 p. 100 de tanin et de l'acide gallique en faible proportion. ,

Phénol, Acide pliénique : CORso.

Le phénol ou monooxybenzol, plus connu sous le nom d'acide phénique, n'est pas un véritable acide. Ses propriétés le rapprochent plutôt des alcools, et les chimistes le considèrent comme constituant une fonction nouvelle, celle de phénol. Il existe un grand nombre de phénols qui jouissent tous de la propriété de donner des composés chlorés, bromés, iodés et sulfoconjugués, dont la plupart sont de bons antiseptiques.

On retire le phénol du goudron de houille, oi!i il existe tout formé. 11 est solide, cristallisé, fondant à 34° ; son odeur est désagréable, sa saveur caustique : il attaque l'épiderme en y formant des taches blanches qui sont accompagnées d'une sensation de fourmillement. Il se dissout dans 20 fois son poids d'eau, dans l'alcool, la glycérine, les huiles et l'éther. — On l'emploie, en pharmacie, sous trois formes : 1° acide phénique cristallisé; 2° phénol

ÉTUDE DES ANTISEl'ïlQUliS.

absolu purifié, soluble dans lîi p. 100 .l'eau froide; 3° acide phénique liquide, mélange de 90 p. 100 d'acide et de 10 p. 100 d'alcool, soluble dans 18 p. 100 d'eau froide; 4° enfin," acide phénique coloré, impur, qui ne doit être . employé que comme désinfectant des locaux contaminés. Pour l'antisepsie, on doit employci- le phénol absolu, qui est du phénol parfaitement pur.

On l'emploie à la dose de OS',oO à 1 gramme à l'intérieur, sous forme d'eau phéniquce à 1/1000. A l'extérieur, on emploie Veau phéniquée à 1/20 ou 1/^0' obtenue avec l'acide phénique liquide (alcoolisé), l'huile et le vinaigre phéniqués. Il faut se méfier des solutions trop fortes qui tannent la peau et produisent des désordres plus ou moins profonds par l'absorption du phénol. L'empoisonnement par le phénol se traduit par de la céphalée, des vomissements, des convulsions, une coloration noire des urines, les accidents pouvant amener la mort au milieu du collapsus général. — D'après M. Hallopeau, les solutions dans la glycérine, l'huile et les pommades irritent beaucoup moins la peau que les solutions alcooliques, dans la vaseline ou même dans l'eau pure.

D'après Miquel, le phénol, bien que fortement antiseptique (équivalent : 3°',20), l'est moins que les acides minéraux, et à peine un peu plus que le permanganate de potasse. Les acides thymique, picrique, benzoïque et salicylique seraient bien préférables sous ce rapport. Aussi la vogue dont ce produit a joui pendant vingt ans a-t-elle beaucoup diminué depuis deux ou trois ans. Il est presque abandonné à l'intérieur depuis que l'on connaît le naphtol, et à l'extérieur on lui préfère avec raison le salol et l'io.doforme.

M. Gaucher a préconisé comme topique contre l'angine diphtéritique un mélange de camphre et d'acide phénique (o à 10 grammes d'acide pour 20 à 30 grammes de camphre, 10 grammes d'alcool à 60° et volume égal d'huile). Ce liquide est caustique : aussi, dans la plupart des cas, doiton se servir de solutions plus étendues. — On préfère

LA. TlllCnAPEUTIQUE ANTISEPTIQ UIS.

actuellement employer, pour le même usage, le naphiol camphré, qui est plus antiseptique à dose moindre.

Bromol. — Nous avons déjà parlé de ce corps, qui est un tribromophânol ou phénol Iribromé et constitue un antiseptique supérieur au phénol, étant à la fois plus énergique et moins toxique (voyez p. 7;i). — Il existe encore d'autres composés du phénol : nous signalerons les plus importants, après avoir traité des autres corps qui se combinent avec lui, et qui, presque tous, relèvent son pouvoir antiseptique.

Créosote, Crésylol, Crésalol, etc.

La créosote est un mélange inconstant de . créosol, de gaïncol, de crésylol et d'autres principes aromatiques du goudron : il conviendrait donc de lui substituer en thérapeutique le gaîacol, qui lui est supérieur comme antiseptique et comme produit bien défini, mais qui paraît plus toxique.

La créosote de Mtre, liquide huileux, jaunâtre, d'une odeur forte et peu agréable, d'une saveur àcre et caustique, peu soluble dans la glycérine et surtout les huiles et l'alcool, est un bon antiseptique. En solution à 1/100, elle stérilise les gei'mes (Iîuchholtz). On l'emploie à l'intérieur, notamment dans le traitement de la tuberculose et des bronchites chroniques, dont elle diminue ou tarit la sécrétion muco-purulente d'une façon très appréciable. On s'en sert également en chirurgie et gynécologie pour le pansement des plaies de mauvaise nature.

Veau créosotée est employée comme l'eau de goudron et pour les mêmes usages ; la créosote est d'ailleurs un des principes actifs du goudron. A l'intérieur, on l'associe souvent à l'essence de térébenthine, et on l'administre alors en capsules.

Le crésylol, crésol ou acide crdsylique (CH^O), est un des principes actifs de la créosote, de la créoline et du lysol. C'est un monoxybenzol;, et par conséquent un homologue -de l'acide phénique, auquel il est supérieur comme antiseptique.

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES

C'est un liquide à forte odeur de créosote, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et la glycérine, formant avec les bases des sels dont le créstjlale de soude est seul usité.

•Bien que plus actif que le phénol, le crésylol est moins toxique (Delplanque), et peut être substitué cà dose égale à l'acide phénique en toute circonstance.

Le lysol, le désinfectai et la créoline sont des produits impurs dont on ne peut guère se servir que comme désinfectants. La créoline, peu soluble dans l'eau, s'emploie en émulsion ; le lysol est soluble presque en toute proportion.

Le crésalol ou salkijlate de crésol (C^IP^O^) est beaucoup plus antiseptique que le crésylol, ses propriétés bactéricides étant relevées par la présence de l'acide salicylique. On en connaît trois isomères, qui sont tous trois des poudres blanches, légères, cristallines, insolubles dans Feau, l'éther et les huiles.

Le métacrésalol doit être préféré pour le pansement des plaies, oil on l'emploie comme l'iodoforme : il donne d'aussi bon résultats que ce dernier, et doit lui être préféré comme moins toxique, diminuant davantage les sécrétions et ne répandant qu'une odeur faible et non désagréable (Bircher).

On prépare une gaze crésalolée, dont on se sert comme de la gaze iodoformée.

Résorcine et autres Dioxybenzols.

Les phénols de ce groupe sont plus actifs que les précédents, ainsi que nous l'avons déjà dit. Les principaux sont la pyrocatéchine, la résorcine et l'hydroquinone: Le second de ces corps est seul usité jusqu'ici en médecine.

La résorcmc (C^ H'^O") est cristallisée, très soluble dans, l'eau, l'alcool et l'éther. Sa grande solubilité dans l'eau et son peu de causticité la rendent très précieuse pour l'usage externe. Son odeur est presque nulle et sa saveur est sucrée. Administrée à l'inlérieur, elle n'est pas toxique

«(> LA TirftRAPEUTIQUR ANTISEPTIQUE.

l)i(în quo son pouvoir antiseptique soit supérieur à celui de l'acide phonique (Callia^s).

On emploie la solution (."i p. 100 d'eau aseptique) en hadigeonnages et pulvérisations contre la diphtérie; le coton et la ^'azc à la résorcine servent dans le pansement des plaies ; enfin la pommade (à 10 p. 100), dans les maladies de la peau et les éruptions de la variole et de la scarlatine.

Acide pyi'Ofjallique et autres Trioxyl)enzols.

Les phénols de ce groupe sont plus actifs encore que les précédents : ce sont V acide pyrogallique, \nphlocoglycine, etc. Ils sont peu usités en médecine. L'acide pyrogallique est d'ailleurs toxique, en raison de son avidité pour l'oxygène, qu'il enlève au sang, produisant des accidents qui rappellent ceux de l'empoisonnement par le phosphore.

La solution à 2 p. 100 d'acide pyrogallique empêche le développement des organismes. Elle a été employée à l'extérieur sans inconvénients, notamment dans la lèpre (microbe aérobie) et d'autres affections de la peau. C'est un bon désinfectant, mais il tache la peau et noircit les instruments (Bovet, de Neuchâtel).

Gaïacol et autres dérivés des Dioxybenzols.

Le gaïacol, ou mélhyl catéchol {C~ 0^), est, comme nous l'avons dit, un des principes constituants de la créosote. Pour les chimistes, c'est l'éther monométhylique de la pyrocatéchine.

C'est un liquide incolore, à odeur rappelant la créosote, peu soluble dans l'eau, très soluble dans Talcool et les huiles fixes.

Le gaïacol est plus antiseptique que le crésylol, et il est probable que c'est surtout à lui que la créosote doit son action antiseptique (Fhanïzel). Il s'administre à la dose de 5 à 10 milligrammes, à la place de la créosote. Son odeur et son goût sont moins désagréables.

On l'a administré contre la tuberculose en solution

ÉTUDE DRS ANTISEPTIQUES

dans l'eau alcoolisée, ou mélangé à l'huile de foie de morue (Sahli), ou bicu en inhalations (Schullfu), en pilules (Horner), enfin en injections hypodermiques (l icoij, avec l'iodoforme, dans une solution huileuse.

.Le benzosol ou gaiacol benzoiquc {é[hev de la benzocatechine), est moins irritant que le gaïacol parce qu il se dissout plus lentement dans l'estomac. On l'admimstre en poudre dans des cachets (5 à 10 grammes par jour) dans les mêmes circonstances que le gaïacol (Sahli). D'après sa formule, il est plus antiseptique que le gaïacol.

Le gaïacol carboxylique est jusqu'ici peu usité. Le benzophénoîde a été employé en oculistique: il est soluble dans l'eau et ne colore pas la peau, ce qui le fait préférer a l'arislol.

Le stijracol, ou cinnamyl-galacol, est solide et peut être employé en poudre pour le pansement des plaies et des ulcères. C'est un antiseptique énergique.

Le styrone, que l'on trouve dans le commerce cristallisé ou sous forme liquide, a une odeur assez agréable rappelant la jacinthe. Il est peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'aicool. C'est im antiseptique énergique, non toxique et non irritant. On l'a employé dans le traitement de l'otite moyenne (Tgheltzoff).

Salol et GaïacolsaloL

Le saiol (Ci^Hi" 03) est un antiseptique plus énergique que l'acide salicylique, dont nous parlerons bientôt, et qui est lui-même supérieur aux divers phénols précédemment énumérés.

Le s«/o/, ou salicylate de phényl, est cristallisé en lamelles fusibles vers 42°, insoluble dans l'eau, la glycérine et les huiles lourdes de pétrole, soluble dans 2b fois son poids d'alcool absolu, dans l'éther, le chloroforme, la benzine, l'essence de térébenthine, les huiles. Sa saveur et son odeur, qui est assez faible, i^appellent l'essence de Wintergreen (essence qui contient de l'acide salicylique).

Dans l'organisme, en présence du suc pancréatique et

LA TIIKRAPEUTIOUE ANTISEPTIQUE.

des liquides alcalins, il se dédoublerait en acide phénique el acide salicyiique et agirait par ses deux constituants. On a signalé des accidents qui semblent dus à l'acide pliénique ainsi mis en liberté.

Le salol est employé à l'intérieur dans le traitement du rhumatisme; il a des propriétés à la fois antiseptiques et antinévralgiques. On l'administre en émulsion, à la dose de 4 à 8 grammes dans une potion à prendre en 24 heures. A l'extérieur il est employé en poudre pour le pansement des plaies. Plus actif que l'acide borique, il l'est moins que l'iodoforme.

Le salol camphré est un liquide sirupeux qui se forme par simple mélange légèrement chauffé du salol et du camphre. Il est employé dans les mêmes circonstances que le phénol camphré et le naphtol camphré. Comme valeur antiseptique, il se place entre les deux (voir plus loin Naphtol camphré et Camphre).

Le (/atflco/so/oi (C**H^2Q4j antiseptique supérieur

au salol, comme l'indique sa formule chimique (Rottexs- TEiN et Bourcart), et il y aurait lieu de l'introduire dans la pratique. D'après cette formule, en effet, ce serait l'antiseptique le plus énergique de cette série, et il ne le céderait qu'aux naphtols.

ThymoL

Le thymol (C*" H''*0), ou essence de thym, et le carvacrol, isomère du thymol, sont des antiseptiques supérieurs aux crésols et surtout aux phénols. Il en est de même de beaucoup d'essences, telles que l'eugénol, la vaniiine, le safrol, le bornéol, etc., qui ont un pouvoir bactéricide correspondantaunombre d'hydroxyles (OH) et d'hydrocarbures (CH^) qui se trouvent dans chaque mollécule (Rottenstein et Bourcart). C'est ainsi que le pilakall, matière colorante très complexe (C-^H^'^O'') aurait, d'après sa formule, \in pouvoir antiseptique considérable. Mais cette substance, qui est probablement toxique comme l'acide pyrogallique, n'a pas encore été essayée en thérapeutique.

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. »J

Le thymol ou acide thymique, le phénol de l'essence de thym, est en gros cristaux peu solubles dans l'eau (1 à 1,S0 pour un litre), soluble dans l'alcool et i'éther.

C'est un antiseptique plus énergique que l'acide salicylique (?) et surtout que l'acide pliénique, tout en étant dix fois moins toxique que ce dernier (Husmann). Miqucl le classe parmi les substances fortement antiseptiques (équivalent : 2 grammes), entre le chlorure de zinc et le sulfate de nickel, mais le considère, — contrairement à l'opinion d'Husmann, — comme beaucoup moins énergique que l'acide picrique et surtout que l'acide salicylique. Les chiffres donnés par Jalan de la Croix concordent mieux avec les résultats obtenus par Husmann, et placent le thymol avant l'acide salicylique. Ces divergences tiennent évidemment aux conditions différentes dans lesquelles se sont faites les expériences de Jalan de la Croix et celles de Miquel.

Il ne faut pas oublier que, si le thymol (CioH"'0) est plus riche en hydrocarbures que l'acide salicylique (C^H^O^*), ce dernier est plus riche en oxygène, et les recherches, de MM. Rottenstein et Bourcart nous ont appris que « la présence d'un groupe carboxyle (COOH) augmente de beaucoup le pouvoir antiseptique » d'un oxybenzol ou phénol. Nous croyons donc, jusqu'cà preuve du contraire, que c'est Miquel qui a raison, et que l'acide salicylique, le salol et le gaïacolsalol sont supérieurs sous ce rapport au thymol.

• Dans la pratique, le thymol présente certains inconvénients. 11 est assez irritant, très lentement soluble dans l'eau et d'un prix élevé.

C'est surtout dans les diarrhées et la dysenterie que ce médicament a été employé (Martini, de Sienne). Dans ces affections, l'insolubilité de la substance est une qualité qui permet de la donner à fortes doses et d'obtenir la désinfection de l'intestin sans craindre les effets toxiques dus à l'absorption. On administre 1 à 7 grammes de poudre par doses fractionnées en 24 heures.

LA TnÉnAPKUTIOUK ANTISEPTIQUE.

Le thymol a également 6té employé en Rargarismo et dentifrice, ainsi que dans les aiïections de la peau et les brûlures, en pommade.

Ai'istols.

L'anstol, ou Ihymol biiodâ, ou hiiodure de dilhymol, est une poudre amorphe d'un brun rouge, insoluble dans l'eau et la glycérine, peu soluble dans l'alcool, mais très soluble dans l'éther, les huiles grasses et la vaseline. Il se décompose très rapidement à la lumière et doit être conservé dans des flacons obscurs. Il est complètement inodore, et, bien qu'il contienne 46 p. 100 d'iode, il n'est pas résorbé par les plaies (Wessinoer et Wortmann, Eichhoff).

Comme sa composition très compliquée l'indique, et d'après ce que nous savons déjà des corps de cette série quand ils sont combinés aux halogènes, c'est un antiseptique puissant, qui peut remplacer l'iodoforme. Il a sur celui-ci l'avantage d'être inodore et beaucoup moins toxique (RicHTMANN, QUINQUA0D et FouRNioux). On l'emploie surtout dans les affections de la peau et pour le pansement des plaies et des ulcères.

L'iodure de diiodophénol, l'iodure dediiodorénorcine, Viodure de l'acide diiodosalicylique, Viodure d'isobutyl-phénol ou de créosol, sont de nouveaux aristols récemment introduits dans la matière médicale, et dont les propriétés, encore incomplètement étudiées, se rapprochent de celles du thymol biiodé. L'iodure salicylique, qui est d'un beau rouge, présenterait surtout de l'intérêt en raison de l'équivalent antiseptique élevé de son acide.

Camphres et Essences.

Près du thymol, qui est l'essence de thym, viennent se placer un grand nombre d'autres composés aromatiques, dont plusieui's sont employés comme antiseptiques sous le nom à-'essences. Les essences sont des hydrocarbures de la formule C" H'^ (qui est celle de l'essence de térébenthine et du camphène, essence du camphre). Les camphres

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. «'

en diffèrent par la présence de l'O, ce qui les rapproche des alcools et des phénols.

Le camphre ordinaire (C'-lF-O), camphre du Japon ou camphre des laurinées, est employé depuis longtemps en médecine. Ses propriétés antiseptiques incontestables et la faculté qu'il possède de dissoudre les phénols et les naphtols l'ont rerais en honneur depuis quelques années.

Tout le monde connaît le camphre. Lorsqu'on veut le réduire en poudre, il forme pâte sous le pilon, mais on élude cette difficulté en l'arrosant préalablement de quelques gouttes d'alcool, ce qui permetde l'obtenir en poudre fine. Il est très peu soluble dans l'eau, mais se dissout dans l'alcool, l'éther, les huiles, l'acide acétique.

Le camphre est un antiseptique faible (Pringle), mais il est surtout employé, depuis quelque temps, comme excipient ou dissolvant des phénols et des naphtols, sous les noms de phénol camphré, salol camphré, naphtol camphre. Le camphre en poudre et ces diverses substances, en effet, se mélangent facilement à. une température peu élevée (40° environ) en donnant des liquides huileux d'un usage commode pour le pansement des plaies de mauvaise nature, pour badigeonner les fausses membranes de la diphtérie, etc., l'action faiblement aseptique du camphre étant singulièrement relevée par celle des antiseptiques énergiques qui lui sont associés.

M. Désescpielle a donné le tableau suivant des proportions dans lesquelles le camphre se mélange avec d'autres médicaments plus actifs :

Pour une partie (1 gr.) de camphre, il faut :

Résorcinc 50 grammes

Acide pyrogaliique 25 —

Thymol 5

Salol 10 —

Phénol (nionocamphi-é) 1 —

— (hcmicamphré) 0 gr. 50

Naphtol (3 0 gr. 50

Acide salicyliquc 0 gr, 50

LA TlinnAPEUTIOUK ANTISEPTIQUE.

Tous ces composés camphrés se mélangenl. facilement aux co.rps gras ou à la vaseline. lis sont solubles dans l'alcool et l'étlier, mais non dans l'eau.

Le bornéollCJ" n^^O), ou camphre de Bornéo, serait, d'après sa formule, un antiseptique supérieur au camphre ordinaire.

L'essence de térébenthine (C'OH'O), sert à fabriquer la terpîne (CrpoQ^), considérée comme un glycol, et que sa formule indique comme un antiseptique. Toutes deux sont employées dans les affections du poumon et des reins.

Le menthol, ou camphre de l'essence de menthe, est soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme et l'essence ellemême. On l'a employé surtout en topique et dans les catarrhes pulmonaires.

L'huile de menthe elle-même empêche le développement des bactéries à dose très faible (2/iOOOOO) d'après Koch.

Le myrlol, ou essence de myrte, a été préconisé dans les affections intestinales catarrhales à forme chronique (en capsules de i'ô centigrammes).

L'eucalyptol et l'eugénol sont des essences utilisées comme antiseptiques dans les affections pulmonaires et rénales, en émulsions, en capsules et en inhalations.

L'éiilyptol ne serait, d'après Pannetier, qu'un mélange d'eucalyptol, d'acide salicylique et de phénol. C'est un bon antiseptique.

Le pipéronal (•C^H'^O^), insoluble, pourrait être administré comme antiseptique à la dose de 2 à 3 grammes (Frigani.)

L'huile essentielle de casse {Gassia fistula) a été récemment préconisée comme un bon antiseptique (à 1/1000) soluble ou en émulsion dans l'eau (Black).

RétinoL

Le rétinol est le produit de la distillation sèche de la colophane, qui est elle-même le résidu de le distillation de la térébenthine du Pinus pinasler, ayant pour formule

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES

(C^H^^o*). — Le rétinol est une substance liquide ressemblant à de l'huile d'olive et douée d'une odeur faible de sapin.

C'est un excellent antiseptique, que l'on emploie, pour l'usage externe, pur ou comme excipient d'un grand nombre de médicaments. Il dissout le salol(l-lO), l'iodol (1-50), le naphtol et l'aristol (1-50), le camphre, la cocaïne, la codéine, etc. Pour la résorcine, il faut la dissoudre préalablement dans la glycérine ; l'iodoforme, dans l'éther. — Le rétinol se mélange à tous les corps gras, huile, vaseline, glycéi'ine, etc.

Il n'est pas irritant et ne s'altère pas à l'air.

Le rétinol a été employé pur dans la blennorragie et plus particulièrement dans la vaginite blennorragique. Dans ce cas, on l'emploie sous forme de tampon imbibé du liquide antiseptique : il agit comme isolant, sans causer la douleur, et paraît toujours bien supporté.

Dans les maladies de la peau, des yeux et des oreilles, ce corps, facile à manier, pourra rendre des services importants, soit par son action propre, soit comme excipient (ViGIER.)

Mélange antiseptique de plusieurs essences.

M. Cbamberland, et après lui M. Bouchard, ont étudié au point de vue de leur puissance antiseptique un certain nombre d'essences végétales. « Il en est quelques-unes, dit M. Bouchard S qui sont aussi antiseptiques que les sels mercuriels... Six se classent hors de pair par leur pouvoir antiseptique : ce sont les essences d'origan, de canelle de Chine, de canelle de Ceylan, d'angélique, de vespétro etde géranium d'Algérie.

« J'ai étudié l'action antiseptique de ces six essences et leur solubilité, afm de ne faire entrer chacune d'elles (dans le mélange antiseptique) qu'en proportion utile. Dans

1. Bouchard, Thérapeutique des maladies infectieuses, p, 231.

'.14 LA TllÉHAl'EUTIQUK ANTISEPTIQUE.

l'eau contenant, 20 p. 100 d'alcool, la solubilité est par litre :

Origan 0 gr. 13

Cancllo de Cliino 0 gi-. 18

— de Ccylan 0 gi-. 07

AagéliquG 0 gr. 12

VcspéU'o 0 gr. 06

Géranium d'Algérie 0 gr. 11

« A du bouillon pur j'ai ajouté un nombre variable de gouttes du mélange des essences en solution dans l'eau alcoolisée, et j'ai pris des tubes témoins contenant la même quantité de bouillon additionné d'eau et d'alcool dans les mêmes proportions que les tubes d'essai. Tous ces milieux ont été ensemencés avec le bacille pyocyanique.

« Il résulte de cette expérience que, la dose du mélange d'essences au-dessous de laquelle la végétation est possible est de 0 gr. 114 par litre. Au dessus de cette dose, aucun développement ne se fait. L'équivalent antiseptique de ce mélange d'essences est donc de G gr. 114. Quant à l'équivalent toxique il est de 0 gr.15.0n en déduit qu'une quantité inoffensive du mélange d'essences stérilise 1315 grammes ; en d'autres termes, on peut stériliser 1 kilogramme de matière vivante avec une dose du mélange des six essences qui est bien loin d'être assez toxique pour tuer ce kilogramme. La valeur thérapeutique de ce mélange d'essences serait ainsi supérieure à celle du naphtol... » (Bouchard), Il reste à faire l'application clinique de ce mélange, qui est douloureux en injection hypodermique, et n'a pas encore été administré, chez l'homme, parla bouche.

Acides de la série aromatique.

Ces acides pourraient être intercalés dans la série des ■phénols que nous venons d'étudier. Ils en diffèrent seulement par leur fonction acideet lafaculté de fournirdes sels. Ils doivent leurs propriétés au groupe carboxyle (GOOH), qui augmente beaucoup, comme nous l'avons dit, le pouvoir d'un composé de cette série. La plupart sont des

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. ^'J

antiseptiques puissants; l'acide salicy ligue, par exemple, l'est à peine un peu moins que le salol (dont il diffère par un CH* en moins).

Nous avons dûjà IraiU- dos acides tannique, thymique, pyrogallique; nous traiterons ici des acides gallique, benzàîque, salicyliquc, oxynaphtoïque, etc.

Acide gallique et Gallates (Dermatol).

D'après sa formule, cet acide est un microbicide plus énergique que les trioxybenzols tels que l'acide pyrogallique (dont il diffère par la substitution du groupe GOOH à un équivalent d'H). Il est cristallisé, soluble dans 100 p. d'eau froide et 3 d'eau bouillante, mais se décompose en se colorant à l'air, surtout en présence des substances alcalines. Il est inusité.

Le gallate basique de bismuth, ou dermalol, est en poudre jaune safran, inodore, ne s'altérant pas à l'air, insoluble dans l'eau, l'alcool, etc. Il n'est ni irritant ni toxique. C'est un excellent antiseptique, que l'on peut substituer à l'iodoforme pour le pansement des plaies : il active la cicatrisation. On l'a donné à l'intérieur jusqu'à la dose de 2 gr. par jour (Heinz et Liebreicht). Il doit ses propriétés en grande partie à son insolubilité.

Acide benzoïque et Benzoates.

L'acide benzoïque (C'^H'^O^) est cristallisé, peu soluble dans l'eau froide, soluble dans 12 p. d'eau bouillante et distille avec la vapeur d'eau. Dans l'organisme il est éliminé par les urines sous forme d'acide bippurique.

Comme antiseptique il vient immédiatement après l'acide salicylique, parmi les corps fortement antiseptiques (équivalent : 1 gr. 10 d'après Miquel).

Plusieurs benzoates sont usités comme diurétiques et antiseptiques.

Le benzoale de soude, qui est soluble dans l'eau, est employé dans le traitement des affections rénales et contre la diphtérie. Sa solubilité le recommande pour tous les cas

OÙ l'on veut administrer l'acide benzoique à l'intérieur.

Le benzoate de bismuth est une poudre blanche insoluble que l'on peut employer ù la place de riodoforme (Finger). On a proposé récemment de le substituer au salicylatede bismuth pour l'usaye interne (VioiEit), surtout loisque le rein est malade.

Acide salicylique et Salicylates.

V acide salicylique [CW^O^) est cristallisé, peu soluble dans l'eau froide (1/400), assez soluble dans l'eau bouillante, très soluble dans l'alcool et l'éther. D'après Miquel, c'est de tous les acides organiques (à l'exception de l'acide cyanhydrique), le plus /"or^emenf antiseptique (équivalent : 1 gramme); et comme, d'autre part il est faiblement toxique (équivalent thérapeutique : 40 centigrammes pour 1 kilogramme d'après Bouchard), il y a lieu de l'employer toutes les fois que l'on veut obtenir une action antiseptique énergique sans avoir recours au sublimé ou aux composés inorganiques de même nature. Il est bien préférable à l'acide phénique, dont il n'a pas l'odeur désagréable et dont l'équivalent thérapeutique (3 centigrammes) est bien moins élevé.

Son action sur l'organisme doit cependant être surveillée. Il s'élimine, en effet, très rapidement par les urines, et, si le filtre rénal est altéré (albuminurie), il peut y avoir des effets toxiques, même à faible dose (1 gramme).

Dans les circonstances normales, on peut le donner à la dose de 4 à 6 grammes par jour dans le rhumatisme articulaire aigu (sous forme de salicylate de soude ou de lithine). — A l'extérieur on emploie la poudre ou la solution alcoolique à 2 et 4 p. 100.

Le salicylate de méthyle ou essence de Wintergi'een (retirée du Gaulthena procumbens) est la substance d'où l'on a retiré d'abord l'acide salicylique. Cette essence, employée en parfumerie, est un bon antiseptique, supérieur même à l'acide salicylique, dont elle diffère par un CH^ en plus

(ROTTENSTEIN et BouaCARl).

ÉTUUli DKS ANÏlSlil'TlQUKS.

Le salicylate de phényl est le salol dont il a été traité ci-dessus.

Le salicylate de soude, qui est soluble dans l'eau, est employé, à la dose de 6 k 10 grammes dans les 24 heures, contre le rhumatisme articulaire aigu, la goutte, les maladies infectieuses à forme rhumatismale et contre la diphtérie. — La présence du sodium abaisse beaucoup le pouvoir bactéricide du composé : d'après Miquel, ce sel n'est plus que modérément antiseptique (équivalent : 10 grammes, c'est-à-dire dio; fois moins que l'acide salicylique pur : 1 gramme). Les chifl'res donnés par MM. Marcus et Pinet diffèrent peu des précédents : le salicylate de soude arrêterait la prolifération des bactéries de la putréfaction seulement à la dose de 2 p. 100, tandis que l'acide salicylique produit le même effet à la dose de 0,26 p. 100. Mais il ne faut pas oublier que le salicylate soluble est beaucoup plus facile à manier sans danger d'intoxication que l'acide salicylique, bien que celui-ci agisse à dose dix fois moindre.

Le salicylate de lithine sei^ait supérieur au sel de soude dans le rhumatisme tendineux (Vulpian).

Le salicylate de bismuth, qui est insoluble dans l'eau, est employé, à la place du sous-nitrate, pour l'antisepsie de l'intestin (1 à 4 grammes par jour), dans les dyspepsies, les entérites, la fièvre typhoïde, etc. A l'extérieur on l'emploie contre les affections eczémateuses, notamment contre l'impétigo des enfants.

Le salicylate de quinine sera traité avec les autres sels de quinine.

Acide oxynaplitoïque.

Cet acide (Ci''H^03), qui a deux isomères, serait plusantiseptique que l'acide salicylique (Helbig et Lubbert), mais il est (à 4 p. 100) très irritant. Les solutionsaicalines del'acide a seul usité, détruisent le Staphylococcus pyogenes aureus en deux ou trois heures.

Cet acide, très peu soluble dans l'eau (1/30,000), est plus soluble en présence des substances alcalines. Avec le

LA Tll liHAl'KUTlQUIi A NT I S li l'T IQ U li.

borax ou le phosphate de soude qui ont une réaction alcaline, on obtient des solutions de 4 p. 100. Il est soluble à 10 p. 100 dans l'alcool.

En raison de l'irritation qu'il produit, on ne doit l'employer qu'à dose très diluée ou en capsules. On en a préparé une ouate antiseptique, une pommade et un coUodion, mais jusqu'ici il est peu usité.

Composés aromatiques contenant CO : Coumarine.

Les composés de ce type, désignés sous les noms de kctones, quinones, etc., sont peu usités en médecine. Tels sont la benzophdnone, le diphémjl, etc. La coumarine est le seul qui doive nous arrêter ici.

La coumarine, retirée de la fève tonka, est une huile essentielle odorante, voisine par ses propriétés de l'acide benzoïque et insoluble dans l'eau. On s'en sert surtout pour masquer l'odeur de l'iodoforme, mais son prix élevé en restreint beaucoup l'usage. C'est d'ailleurs un bon antiseptique, analogue à l'acide benzoïque.

Composés aromatiques du groupe Naphtyl.

ou Naphtols.

Comme nous l'avons dit précédemment, les naphtols, ou phénols renfermant le groupe naphlyl (C'H''), sont les meilleurs antiseptiques de cette série. Leur pouvoir est environ U7ie fois plus énergique que celui des phénols du groupe phényl (C^H^). L'expérience clinique est d'accord avec ces données théoriques, et les naphtols sont actuellement préférés aux phénols en thérapeutique.

Naphtaline.

La naphtaline (Ci" H*), hydrocarbure dérivé de la benzine, est comme elle un des produits de la distillation du goudron de houille. Pure, elle est en lames brillantes, fusibles à 79", se sublimant à une température peu élevée et distillant avec la vapeur d'eau bouillante ; insoluble dans

ÉÏUUE DES AiSTlSEl^TlQUES.

l'eau, assez soluble dans l'alcool, très soluble dans l'éther. Elle brûle avec une flamme fuligineuse.

La naphtaline est un bon antiseptique qui a l'avantage d'être peu toxique. On l'a employée avec succès pour l'antisepsie intestinale, mais on lui préfère aujourd'hui le riaphtol et le bétol.

Ses propriétés donnent l'explication des bons effets obtenus, dans la coqueluche, par le traitement empirique consistant à faire séjourner les enfants atteints de cette affection dans les chambres d'épuration des usines à gaz, dont l'atmosphère est saturée de naphtaline. Ce mode de traitement a été remis en honneur par M. Garnier, qui, pour le rendre plus méthodique, substitue à ces inhalations, nécessitant le déplacement des jeunes malades , des inhalations faites à domicile et dans la chambre même où se tient l'enfant, au moyen de Irochisques contenant de la naphtaline et que l'on brûle sur une assiette. On pourrait l'employer aussi sous forme de spray, mélangée à la vapeur d'eau, grâce à sa sublimation facile à une température voisine de 90".

Naphtols.

II existe deux dérivés isomères de la naphtaline, qui sous les noms de naphlol a et naphtoi [3, ont tous deux la formule : C^"H^O, et sont les phénols de la naphtaline.

Le naphtol a est cristallisé, fusible à 94°, presque insoluble dans l'eau (0,20 p. 1000) soluble dans l'alcool, l'éther, la glycérine, la benzine, les huiles, l'eau boriquée. C'est un bon antiseptique, supérieur, d'après Maximovitch, à son isomère, bien que moins toxique. C'est cependant ce dernier qui, jusqu'à présent, a été presque seul utilisé en thérapeutique.

Le naphtol (3 est cristallisé en lames brillantes, parfois un peu rosées, inodores, fusibles à 112o, présentant la même solubilité que son isomère. C'est celui dont on se sertie plus habituellement à l'intérieur comme à l'extérieur.

LA ÏUÉHAI'KUTIQUE A N T I S 11) l'ï I Q U lî.

C'est un antisoplique puissant préférable à la naphtaline parce qu'il n'a pas d'odeur et ne donne pas, comme celle-ci, des renvois odorants très désagréables pour les malades; en outre, il est moins toxique, comme l'indique le tableau suivant :

Naphtol 6 Naphtaline

Équivalent antiseptique. . . . 0,40 i,M

— toxique 3,80 3,40

— tlicrapeuLiquc . . . 1,10 1,00

On emploie à l'intérieur la poudre de naphtol 6n cachets, afin d'éviter l'action irritante sur les premières voies, à la dose de 1 gr. bO par jour dans la fièvre typhoïde (BoucHAnD). On peut aller jusqu'à 4 et 6 grammes sans accidents. Chaque cachet contient ordinairement 0 gr. oO On peut aussi se servir d'eau naphtolée. — A l'extérieur on se sert d'alcool naphtolé (3 à b p. 100), de la poudre de naphtol, de la pommade naphtolée, d'huile naphtolée, etc.

Naphtol camphré et sulloiùeiné.

Les préparations désignées sous ce nom sont de simples mélanges qui facilitent l'emploi du naphtol, et non des composés définis. On les emploie pour le pansementdes plaies et surtout dans le traitement de l'angine diphtéiitique.

Les deux naphtols se mélangent facilement au camphre, comme nous l'avons indiqué ci-dessus.

Ce mélange s'obtient à une température peu élevée (40°).

Le naphtol camphré est un liquide huileux ou sirupeux que l'on emploie en badigeonnages sur la région malade.

11 donne d'excellents résultats dans l'angine diphléritique ; mais, comme l'application de ce topique est douloureuse, il est d'un emploi difficile, surtout chez des enfants. Pour éluder cet inconvénient, on ajoute un peu de cocaïne au mélange ou bien on badigeonne au préalable avec une solution de cocaïne à 2 p. 100. Ce topique a donné des résultats encore plus marqués dans la tuberculose buccale (Fernet), le coryza et la furonculose.

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES

iOl

Le naphlol sulforiciné a sur le naphtol camphré 1 avantage d'être presque indolore, parce que la présence de Vacide sulforicinique ou du sulforicinate de soude empêche l'action caustique du naphtol (Berlioz, Granciier). On se sert d'une solution de 10 grammes de naphtol pour 9b grammes de sulforicinate de soude. C'est un liquide sirupeux ou huileux très épais, jaune foncé, à odeur presque nulle, à saveur peu marquée d'huile de ricin, très adhérent à la peau et aux muqueuses. On l'apphque en badigeonnages sur les fausses membranes, comme le naphtol camphré (Voir plus loin : Acide sulforicinique).

Bétol et Benzonaphtol.

Le bétol est un salicylate du naphtol [3 obtenu par l'action directe des deux composés : il est cristallisé, blanc, inodore, insipide, insoluble dans l'eau. Comme sa composition l'indique, son pouvoir antiseptique doit être supérieur à celui du naphtol.

C'est un bon antiseptique, qui parait moins irritant que le naphtol, surtout à l'intérieur. On peut l'employer h la place du naphtol et aux mêmes doses, surtout dans les circonstances où il y a indication d'administrer l'acide salicylique. On le donne en cachets à la dose de 0 gr. 50.

Le bcnzonnphlol, ou benzoate de naphtol, peut lui être substitué, avec les indications spéciales de l'acide benzoïque et des benzoates.

Hydronaplitol,

Ce corps (C'H'-'O^) est le résultat de l'oxydation du naphtol (B, dont il diffère par l'incorporation du groupe OH. Il est plus insoluble que le naphtol et s'administre à dose plus faible.

A l'intérieur, on le donne à la dose de 0 gr. 10 à 0 gr. 30. — A l'extérieur une solution dans l'alcool et la glycérine (1 p. 9 d'alcool absolu et 90 de glycérine) est diluée dans .3 /4 d'eau et donne encore des effets antiseptiques énergiques dans le traitement des affections parasitaires de Èi peai^.

LA TIIÉIIAI'RUTIQUE A N TI S E PT I (J U K

Mfcrocldine.

On désigne sous ce nom un mélange de naphtolate de soude et de composés naphloliques et phénoliques qui présente 1 avantage d'être soluble dans trois fois son poids d eau. Les solutions concentrées sont brunâtres, les solutions faibles presque incolores (Berlioz).

Le pouvoir antiseptique de ce mélange est inférieur à celui du naphtol et à plus forte raison à celui du sublimé, mais dix fois supérieur à celui de l'acide phénique. Par contre, l'équivalent toxique est bien inférieur à celui du naphtol et surtout du sublimé.

^ La solution aqueuse à 3 p. 100 a été employée pour l'usage externe (Polaillon), et à 4 p. 1000 en obstétrique (Tarnier) et pour le traitement des angines (Léon David).

Composés aromatiques sulfurés et iodés.

Dans ces composés organiques, l'action du soufre, et quelquefois de l'iode, s'ajoute à celle du composé hydrocarbure (phénol) pour augmenter l'énergie de l'antiseptique.

Tels sont Vaseptol {acide sozoliqiie), le sozoîodol, le sulfobenzoate de soude, Vichthyol, la ihiorésorcine, l'acide sulforicinique, Vessence de moutarde, etc., composés qui ne sont pas tous bien définis et dont l'action thérapeutique n'a pas encore été suffisamment étudiée.

Aseptol.

L'acide orthophényl sulfureux ou sozolique {G^H^O. SO^H) introduit dans la thérapeutique sous le nom d'ascptol par Serrant, est obtenu par l'action lente de l'acide sulfurique sur l'acide phénique. Il est cristallisé, déliquescent, soluble en toute proportion dans l'eau, l'alcool, la glycérine. Il est plus acide et moins caustique que l'acide phénique,. donnant avec les bases des sels cristallisables.

D'après Serrant et Annesseux, c'est un antiseptique énergique, moins toxique que les acides phénique et salicy-

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES

lique. Son pouvoir antiseptique serait dù surtout à la propriélé qu'il possède de saturer les bases ammoniacales. — Jusqu'ici il est peu usité.

Sozoïodol.

Ce composé à la fois sulfuré et iodé est l'acide iodoparaphcnyhulfuriqiie (CH^SOH^) des chimistes, qui se combine à la soude et à la potasse pour donner un sel soluble dans le premier cas, peu soluble dans le second; au mercure, au zinc, à l'aluminium, etc. C'est un bactéricide énergique que l'on a proposé de substituer à l'iodoforme comme moins toxique et n'ayant pas d'odeur désagréable

(I.ANGAARD, StERN, LuCUERT).

On emploie les solutions d'acide libre ou de sels de sodium et d'aluminium à 2 ou 3 p. 100, le sozoïodol de zinc eu poudre ou en solution glycérine'e, la gaze et la ouate au sozoïodol, le sozoïodol de mercure, etc. — Ces préparations, bien que très variées, sont encore peu usitées.

Sulfobenzoate de soude.

Ce sel a été proposé par Ed. Heckel pour le pansement des plaies. Il s'emploie en poudre ou en solution aqueuse (4 à 8 grammes pour 1 litre).

Acide sullorieinique.

Cet acide est surtout employé, ainsi que ses sels (sulforicinates), comme dissolvant et excipient, sous le nom de dissolvant universel, sulfoléine, acide sulfoléïque, etc.

Il résulte de l'action de l'acide sulfurique sur l'huile de ricin; mais c'est le sulforicinale de soude qui est surtout employé. C'est un liquide sirupeux très épais, transparent; jaune foncé, donnant au toucher une sensation huileuse, et très adhérent à la peau. Son odeur est presque nulle ; sa saveur peu marquée rappelle cependant l'huile de ricin, mais ne produit sur la langue aucune sensation désagréable ou piquante. Il donne avec l'eau des émulsions très stables et blanchâtres (Berlioz).

LA TIIÉRAPRUTIQUE ANTISEPTIQUE.

Il asurloul été employé pour dissoudre un grand nombre d'antiseptiques peu solubles dans l'eau, tels que l'acide pliéuique (phénol), la créosote et les crésols, le salol et le naphtol. Nous avons déjà signalé cette préparation. Ces solutions se font à chaud et deviennent transparentes au bout d'un certain temps, sauf celle du naphtol, qui reste trouble.

On mélange 40, 30 ou 20 grammes de phénol, iO de naphtol, 15 de créozote ou de salol, avec 60, 90, S.'i grammes de sulforicinate, de manière à obtenir 100 grammes de mélange que l'on applique enbadigeonnages avec un pinceau de feutre, de charpie ou d'ouate. Ce topique présente, à froid, la consistance d'une pommade.

M. Grancher se loue beaucoup de la solution phéniquée sulforicinée (à 30 p. 100) qu'il emploie actuellement dans le traitement de la diphtérie et qui est presque incolore. Il est probable que le naphtol sulforiciné serait encore plus actif (voir ci-dessus naphtols).

Ichthyol.

On désigne sous ce nom une sorte de goudron minéral obtenu en distillant des schistes du Tyrol autrichien, qui renferment une grande quantité d'inclusions de poissons fossiles présentant encore des restes de matières organiques bitumineuses et contenant du soufre (Ib p. 100). C'est donc un produit mal délîni, et dont il est difficile d'apprécier la valeur comme antiseptique.

L'ichthyol du commerce est un liquide sirupeux noirbrun se mélangeant à l'eau et solubie dans l'alcool et l'élher additionnés de benzol. Outre l'ichthyol en nature, on distingue le sulfo-ichtyolate d'ammoniaque, qui est préféré pour l'usage thérapeutique.

Préconisé d'abord par Unna dans le traitement des maladies de la peau, ce médicament a été vanté par Freund comme d'un emploi excellent en gynécologie, spécialement dans le traitement des métrites et salpyngites chroniques. Cet auteur le prescrit à l'intérieur (en pilules) et à l'extérieur en badigepnnages et en tampons (dissous ou

ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. i05

dilué dans la glycérine). — Koster l'a employé avec succès dans la blennorragie et la cystite qui accompagne cette afTection; Gadde, dans la néphrite, le diabète, les maladies de la peau, etc.

■ D'autre part, Bouchareff le considère comme un antiseptique nul ou médiocre, donnant des renvois fort désagréables quand on le prend à l'intérieur. — Jusqu'à ce aue ce produit soit mieux déflni ou qu'on en ait extrait lè principe actif, on devra donc être très réservé dans son emploi à l'intérieur, et le réserver pour l'antisepsie locale.

Thiorésorcine.

Ce produit sulfuré de la résorcine est d'un jaune pâle, presque insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, mais ses sels se dissolvent bien dans l'eau. C'est un anti-septique jusqu'ici peu employé.

Composés aromatiques contenant AzO^.

Ces composés sont tous antiseptiques, mais plus faiblement que ceux renfermant les groupes OH ou surtout COOH. Nous avons vu, en effet, que l'azote diminue beaucoup le pouvoir bactéricide que les deuxO auraient donné à la substance. D'ailleurs le pouvoir antiseptique est en rapport avec le nombre des groupes AzO^ que la substance renferme : ainsi la nitrobenzine (CH^AzO-) est moins antiseptique que Facide picm^we (CH^O. 3AzO-) — (RottensïEiN et Bourcart).

Nitrobenzine ou Essence de mirbane.

Ce composé (C^H'^AzO^) est un liquide jaunâtre, d'une, saveur douce, d'une odeur agréable d'amandes amères, employé dans la parfumerie.

Miquel le classe parmi les substances follement antiseptiques (équivalent : 2 gr. 60); mais il ne faut pas oublier qu'il est toxique, ce qui ne permet pas de l'employer à l'intérieur.

l.A TllKHAl'ICUïKjUE A N T I S lî P T I Q U E.

Essence d'amandes amèrcs.

On désigne sous ce nom une combinaison peu stable d'aldéliyde benzoïque cl, d'acide cyaniiydrique, qui est usitée en médecine (surtout sous forme d'eau distillée d'amandes amères ou d'huile essentielle), à l'intérieur et à l'extérieur. Son pouvoir antiseptique est moindre que celui de l'essence de mirbane ^(équivalent : 3 grammes). Elle est également toxique : à l'intérieur on ne peut dépasser la dose de i "ïi 5 centigrammes d'huile purifiée, ou 1 à 10 grammes d'eau distillée.

Acide picrique.

Cet acide {CH¥0. SAzO^), appelé aussi trinitrophénol, possède une saveur acide et amère prononcée, est peu soluble dans l'eau à froid (1/80) soluble dans l'alcool et l'éther. Il cristallise en aiguilles jaune citron. Par la chaleur il détonne, et ses sels (picrates) détonnent également, ce qui restreint beaucoup ses usages en médecine.

C'est un antiseptique inférieur à l'acide benzoïque (son équivalent est 1 gr. 30, d'après Miquel). Il est inusité.

Acide benzoïlamidophcnjiacctique.

Cet acide, cristallisé, blanc, donne des sels alcalins solubles. Il a été préconisé pour l'antisepsie intestinale aux mêmes doses que le naphtol, sur lequel il a l'avantage de la solubilité. Il n'est pas toxique.

Sulfaininol.

Ce corps est une poudre jaune, inodore, insoluble, que l'on a essayé de substituer à l'iodoforme. C'est un mauvais médicament, actuellement inusité.

Essence de moutarde.

Cette essence est du sulfocyanate d'allyle (C^H^CSAz). Elle a été préconisée par Koch comme un antiseptique puissant, tuant les bacilles et leurs spores quand elle est

liïUDE DES ANTISEPTIQUES.

lin

aà l'état de vapeurs. Si l'on met une goutte d'essence de imoutarde dans le fond d'une cloche qui couvre une cul- 'ture de bacilles du choléra, ceux-ci ne se développent plus cet sont tués en vingt-quatre heures (Baues). D'après Jalan «ide la Croix, son pouvoir antiseptique est supérieur à celui ide l'acide benzoïque.

Asepline, Antifébrine ou Acélanilide, Exalgine, etc.

L'acétanilidc (C^H^AzO), ou antifébrine des pharmacies, et {'exalgine ou méthijl-acétanilide doivent également être i considérés comme antiseptiques.

L'asepline, ou monobromacélanilide , est un bactéricide r énergique qui n'entraverait pas l'action des ferments non ! figurés.

L'acide aseptinique, liquide, soluble dans l'eau, serait, cd'après Linde, un antiseptique non toxique supérieur à U'iodoforme. On s'en sert en solution à o p. 100 pour le ipansement des plaies et on en prépare une gaze aseptique.

§ 3. — alcaloïdes

Nous traiterons ici de Vantipyrine et de la quinine, qui ;Sont les seuls alcaloïdes qui nous intéressent au point ide vue de l'antisepsie. Rappelons que beaucoup de ces (composés paraissent déinver d'un noyau basique appelé ipyridine {Q?)A^ kz).

Anlipyrine ou Analgésine.

Le corps qu'on désigne sous ce nom est la dioxymcthyl- (quinizine (C^H'^Az^) des chimistes, employée surtout en I médecine comme hypnotique (analgésique) et eusthénique (hypothermique). Cependant ses propriétés antiseptiques : sont incontestables et ont été mises récemment en lu- I mière par M. F. Visbecq i d'après la pratique de l'école

I. J. VisDECQ, Recherches expérimentales sur iaclion anti-fermentescible • et microbicide de l' antipjjrine (Thhso de Lyon, 1892). Voyez aussi Nouvelles ' médicales, février 1892, p. 217.

LA TUlî:nAlM:UTIOUE ANÏISEI'TIQUE.

de Lyon. L'anlipyrine présenterait cette particularité remarquable d'agir amioul sur /es toxines sécrétées par les microbes végétaux. Elle n'agirait pas dans les fièvres de marais. — L'antipyrine présente l'avantage d'être bien soluble dans l'eau. Elle a été préconisée récemment par M. Vianna, d'après des expériences de laboratoire, comme nn antiseptique à opposer au bacille diphtéritique.

Quinine.

La quinine (G^''H^'''Az^O^) esf, comme on sait, le principe actif du quinquina. Ses sels sont surtout employés en médecine pour combattre les fièvres de marais, malaria, ou fièvres intermittentes ; mais on sait qu'ils réussissent également contre beaucoup d'autres alFections à forme intermittente et même contre les affections rhumatismales.

On sait que la malaria est causée par la présence dans le sang d'un microorganisme qui n'est pas une bactérie, mais un protozoaire de la classe des Sporozoaires et du groupe des Coccidies. Bien que les sels de quinine soient presque exclusivement employés pour combattre ce parasite, il est bien probable que beaucoup d'autres antiseptiques, parmi ceux que nous avons étudiés précédemment, réussiraient également dans le traitement des fièvres de marais. Mais on n'a pas encore fait d'expériences décisives pour résoudre ce point de thérapeutique.

Par contre, on sait d'une façon certaine que les préparations de quinine sont également des bactéricides d'une certaine valeur. D'après Miquel, le bromhydrate de quinine doit être classé parmi les substances modérément antiseptiques (équivalent : 5 gr. 50). — D'après Marcus et Pinet, le chlorhydrate de quinine à la dose de 0 gr. 4o s'oppose au développement des bactéries de la putréfaction; à la dose de 4 gr. 50 seulement, il arrête leur pi^oliféra-, tion. — La quinine est probablement plus active sur les microbes du groupe des protozoaires, mais on n'a pas encore fait (^'expériences précises à ce sujet, par la raison

ÉTUDlî DES ANTISEPTIQUES. 109

que l'on n'a pas encore obtenu de culture artificielle du microbe de la malaria.

D'après ce que nous savons maintenant de 1 action antiseptique des divers acides, il n'est pas indifféreat do se servir du sulfate, du chlorhydrate, du bromhydrate ou du salicylate de quinine. Ce dernier doit être le plus actif, en raison de l'équivalent élevé de l'acide salicylique.

Le mlicylate de quinine présente l'avantage d'être soluble dans 900 parties d'eau. Le salicylate basique renferme 68,79 p. 100 de quinine. Le salicylate neutre contient 54 p. 100 du même alcaloïde.

Le ladate basique de quinme, soluble dans 12 parties d eau, contient 72,6 p. 100 de quinine, et le sel neutre, soluble dans 3 d'eau, 60 p. 100 d'alcaloïde.

Le citrate, le ferroajanhydrate, Varséniatc et Viodure d lodhydrate de quinine sont assez rarement employés.

Le bromhydrate de quinine basique est soluble dans 60 parties d'eau et contient 85,3; - le sel neutre est soluble dans 7 parties d'eau et contient 7b p. 100 de qmmne. Après le salicylate, c'est probablement le plus actif des sels de quinine comme .antiseptique.

Le chlorhydrate de quinine basique, soluble dans 23 parties d'eau, contient 83,6 p. 100 d'alcaloïde. Il est donc plus actif que le sulfate et préférable (Dujardin-Beaumetz).

Le sulfate de quinine basique, très peu soluble dans l'eau (dans 6,80 parties) contient 74,3 p. 100 de quinine. — Le sulfate neutre, au contraire, est soluble dans 11 parties d'eau, mais ne contient que 39,12 p. 100 de quinine ; on devra cependant le préférer toutes les fois qu'il s'agira de solutions qui ne peuvent s'obtenir avec le sel basique que par l'addition d'acide sulfurique ou d'eau de Rabel.

Cinclionine, Antiseplol.

Les sels de cinchonine sont des succédanés des sels de quinine, mais ont une action plus faible. Nous mentionnerons seulement le suivant, qui est un antiseptique.

L'anlisepiol ou iodosulfate de cinchonine est une poudre

110 LA TllIOUA l'Ii: liTIO IMC A N ï 1 S K l' T I Q U

impalpable de couleur brun-rouge comme le kermès, inodore, insoluble dans l'eau, soluble dans le cbloroforme et ralcool. On peut le prépai'er cxteraporanémenl en versant une solution d'iodure de potassium iodnré dans une solution de sulfate de cinchonine, lavant puis faisant sécher le précipité (Yvon).

Cette poudre pourrait remplacer riodoforme et serait aussi active que lui : cette action paraît justifiée par la composition de ce corps, qui renferme 50 pour 100 d'iode. — Il y aura lieu d'étudier comparativement l'antiseptol et les aristols (ou iodothymols).

Résumé et Conclusions : appréciation critique de la valeur relative des antiseptiques.

Après avoir passé rapidement en revue les nombreux antiseptiques que nous fournit actuellement l'arsenal thérapeutique, il convient de faire un choix parmi ces médicaments. Chacun d'eux peut présenter des avantages suivant les indications de la maladie et les propriétés particulières de l'antiseptique (solubilité ou insolubilité, etc.).

Pour l'antisepsie externe, le pansement des plaies et des cavités naturelles, le sublimé et les autres préparations mercurielles occupent le premier rang et le conserveront, probablement, longtemps encore. Près du sublimé vient se placer le 7iitrate d'argent, généralement préféré pour le traitement des maladies des yeax. — L'acide phénique, après avoir joui d'une grande vogue, est presque abandonné aujourd'hui, et personne ne le regrettera. — Après le sublimé, l'iorfo/'ome est la substance la plus usitée pour le pansement des plaies et des surfaces en suppuration, et c'est en effet un excellent médicament qui n'a contre lui que son odeur, singulièrement désagréable, pénétrante et tenace. Réservant l'iodoforme pour les cas les plus graves, le médecin pourra dans la plupart des cas lui substituer l'iodol, Varistol, le dcrmatol, l'antiseptol et surtout le salol, qui convient parfaitement toutes les fois que l'on peut obtenir la réunion par première intention. — La créosote

ÉÏUDK DES ANTISI'U'TIQUES.

rendra enfin des services dans le pansement des plaies de mauvaise nature.

Pour Vanliscpsic locak, notamment dans la Louche et la gorge, le sublimé ne doit être employé qu'avec la plus grande réserve. On pourra se servir du bromol et surtout du naphtol camphré ou mieux sulforiciné, qui paraît être actuellement le corps le plus recommandable pour le traitement des angines infectieuses et pseudo-membraneuses.

Vantisepsie du canal intestinal dans les dyspepsies, les entérites et dans la lièvre typhoïde, s'obtient d'une manière suffisante à l'aide d'antiseptiques insolubles ou peu solubles administrés en poudre: le naphlol, le bêtol et le benzonapthol associés ou non au salicylale de bismuth sont ceux que l'on préfère aujourd'hui.

L'antisepsie générale ou interne est moins avancée que l'antisepsie locale. Cependant le salol, plus puissant que l'acide salicylique, a déjà été utilisé dans le traitement du rhumatisme et des affections analogues. Vantipyrine agit de la même manière, mais c'est un antiseptique plus faible. Les sels de quinine {bromhydrate et salicylate) conviennent pour le traitement des infections malariques. Le naphtol et le bétol ont aussi une action générale en outre de leur action locale sur le tube digestif, et présentent l'avantage d'être très peu toxiques : ainsi « 1000 grammes de matière vivante peuvent supporter 0 gr. 13 de naphtol a qui stérilisent 1084 grammes?» (Bouchard). Les injections hypodermiques ou parenchymateuses de substances antiseptiques sont encore peu employées, bien qu'on puisse prévoir les services qu'on en devra retirer par la suite. Cependant la créosote en injections sous-cutanées a donné des résultats remarquables dans le traitement de la tuberculose. Ce médicament doit probablement ses effets curatifs à la propriété qu'il possède d'être éliminé, sous forme gazeuse, par les poumons, plutôt qu'à une action réellement spécifique sur le bacille de la tuberculose.

Les essences, qui sont des antiseptiques puissants et très diffusibles, n'ont pas encore trouvé, en clinique, les appli-

LA TUKHAI'HUTIQUIÎ ANTISEPTIQUE.

calions qu'il esl pennis d'on attendre, surtout pour l'antisepsie générale.

11 en est de môme des mélanges de plusieurs substances antiseptiques qyi, conformément à la loi de Bouchard, n' aniiimmlc.nl pas leur pouvoir toxique, tout en additionnant leur pouvoir antiseptique. Nous avons déjà vu le parti que l'on a tiré du naphtol sulforiciné: c'est par des artifices de ce genre que l'on rendra l'emploi de certains antiseptiques de plus en plus pratique.

En résumé, les antiseptiques simples empruntés à la chimie minérale, ou les antiseptiques mixtes tels que l'iodoforme, conviennent ou suffisent pour l'antisepsie externe ou locale. Les antiseptiques complexes, empruntés à la chimie organique, conviennent au contraire beaucoup mieux pour l'antisepsie interne : nous avons vu que ces composés sont peu toxiques et d'autant plus anti-septiques que leur mollécule (toutes choses égales d'ailleurs) est plus compliquée. C'est à cette complication même qu'ils doivent, suivant l'expression de M. Bouchard, d'être, comme le naphtol, « plus nuisibles pour la cellule végétale parasitaire que pour la cellule animale ». C'est parmi ces composés de la série aromatique et surtout parmi les essences, qu'il convient de chercher de nouveaux antiseptiques propres à réaliser l'antisepsie générale sans danger pour l'organisme.

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