CHAPITRE II
ANTISEPTiaUES EMPRUNTÉS A LA CHIMIE ORGANIQUE
Généralités et Classification. — Les antiseptiques empruntés à la chimie organique sont aujourd'hui beaucoup plus nombreux et variés que les précédents : il est donc indispensable d'en faire une étude sérieuse que leur composition très complexe et les noms souvent de pure fantaisie et sans rapport avec leur formule chimique sous lesquels ils sont connus, rend plus difficile encore.
Par chimie organique on désignait autrefois l'étude des corps extraits des organes des végétaux et des animaux. Aujourd'hui que des corps de même nature ont été obtenus artificiellement à l'aide des minéraux, on dit que la chimie organique est l'étude de tous les composés renfermant le CARBONE au nombre de leurs éléments (Grimaux).
Dans ces composés le carbone est associé aux trois corps simples : hydrogène, oxygène, azote, et ces .quatre corps, à eux seuls, par la différence de leurs proportionSj fournissent déjà des milliers de composés organiques. Mais ils peuvent s'unir en outre au soufre, au phosphore, à presque tous les métalloïdes et à plusieurs métaux, ce qui accroît encore le nombre des composés organiques dont nous aurons à nous occuper ici.
Les recherches récentes de MM. Rottenstein et Bourcart* ont montré que le pouvoir antiseptique des subsr
1 . Rottenstein et Bourcart, Les antiseptiques, étude comparative dé leur action différente sur les bactéries, Paris, 1891,
tances organiques dépend du groupement des atomes de C, II, 0, Az, etc., qui constituent leur mollécule ciiimique, mais surtout du nombre du ces atomes.
Le pouvoir antiseptique d'un composé organique est directement proportionnel au nombre de groupes d'hydrocarbures {naphtyl, phényl, mcthyl), ou d'halogènes (chlore, brome, iode) qui se trouvent liés ensemble dans la moilécule élémentaire de ce composé chimique (Roïtenstein et Bourcart).
Plus une combinaison contient de fois les hydrocarbures CH '\ G" H^ C^o H'' et leurs dérivés, plus son pouvoir bactéricide est grand : le groupe naphlyl (G" H") est environ une fois plus antiseptique que le groupe phényl (C* H^), et celui-ci est environ cinq ou six fois plus énergique que le groupe méthyl (C H^).
L'oxygène combiné cà C et H, et même à Az. augmente de beaucoup le pouvoir bactéricide des dérivés de ces hydrocarbures.
L'azote, au contraire, combiné ou non ava(; un ou deux atomes d'hydrogène, abaisse toujours le pouvoir antiseptique d'une combinaison organique, et d'autant plus qu'il est lié à un ou deux hydrogènes.
Il faut faire une exception pour le groupe cyanogène (GAz) qui se comporte comme un élément halogène (métalloïde) et se montre au moins aussi actif que le chlore, — ainsi que pour le groupe ammonium (Az H^) qui se comporte comme un métal. Tous deux sont des poisons violents, et leurs composés organiques présentent des propriétés analogues.
La substitution, dans un groupe amide (Az H^), d'un groupe antiseptique naphtyl, phényl, etc., à un ou deux hydrogènes, relève immédiatement le pouvoir bactéricide du composé.
Enfin, lorsqu'on étudie l'action des antiseptiques sur les microbes, on doit distinguer deux choses : 1° l'effet de la composition même de la substance directement sur les iîactéries; 2° l'effet .des produits de. la. décomposition de
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. t)»
ces substances par les bactéries sur les bactéries ellesmêmes.
Le premier cas s'applique à toutes les substances contenant des halogènes. (Rottenstein et Bourcart.)
Ces considérations générales jettent une vive lumière sur l'étude des antiseptiques organiques, au point que les deux auteurs que nous venons de citer ont pu dire qu' « à partir d'aujourd'hui, il sera possible, dès que l'on connaîtra la composition chimique d'une substance, d'en établir non seulement le pouvoir antiseptique, mais aussi de comparer ce pouvoir à celui des autres substances déjà classées «.
Au point de vue de l'équivalent toxique des antiseptiques, il est une dernière remarque générale h faire. Nous avons vu (p. 21) que le mélange de plusieurs antiseptiques donnait un produit plus antiseptique sans être plus toxique que chacun des antiseptiques pris séparément (Bouchard). Cette loi trouve son application en chimie organique, avec cette différence que les antiseptiques organiques sont des composés chimiques bien définis, et non de simples mélanges. C'est ainsi que l'iodoforme, par exemple, est bien moins toxique que l'iode pur^ administré à la dose où il entre dans la composition de la moUécule organique ^ CH^I, qui agit en outre par son radical méthyl. — C'est ce qui légitime la préférence que l'on donne aujourd'hui, en antisepsie, aux corps complexes de la chimie organique sur les corps plus simples de la chimie minérale.
Nous étudierons les antiseptiques d'origine organique dans l'ordre suivant :
lo Hydrocarbures saturés, série grasse ou dérives duméthan,
alcools, éthers et acides organiques.
2° Série aromatique ou dérivés de la benziae. 3° Alcaloïdes.
1. D'après le formulaire de Dujardin-Beaumetz et Yvon, l'iodcforme peut être donné à l'intérieur à la dose do 10 à 20 centigr., tandis que pour l'iode pur on no doit pas dépasser la dose de 1 à 5 centigr., dans les mêmes circonstances. Or l'iodoforme renferme 90 p. 100 d'iodo.
LA TUÉRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
La plupart de ces derniers, bien qu'ayant des applications nombreuses en médecine, ne sont pas du ressort de la thérapeutique antiseptique.
§ 1. — U YDnOCAnBURES SATURÉS, SÉRIE GRASSE OU DÉRIVÉS DU MÉTHAn'
Les hydrocarbures saturés, dont le gaz des marais (CH*) est le type le mieux connu, constituent une nombreuse série de corps représentés par la formule générale :
Cn H 2 ?j + 2
Ces corps ne diffèrent les uns des autres que par un nombre plus ou moins grand du radical CH^, et présentent une grande analogie de propriétés. Traités par le chlore, ils fournissent des produits de substitution (^^/im chlorhydnques), puis sous l'influence de réactifs appropriés, des alcools homologues, etc., etc. Nous renvoyons aux traités de chimie pour le détail de ces diverses réactions qui fournissent un très grand nombre de composés organiques gazeux, liquides ou solides à la température ordinaire, et dont plusieurs sont considére's comme antiseptiques.
Tels sont la paraffine, le pétrole, la vaseline, l'alcool, le chloroforme, etc.
Pétrole.
Le pétrole brut, que tout le monde connaît, est un mélange naturel d'hydrocarbures saturés que l'on purifie par des distillations successives. Il est toxique.
D'après les recherches de M. Dubief, le pétrole brut entrave le développement des microbes aérobies, notamment de ceux de la suppuration, mais n'agit pas sur les spores du Bacillus anlhracis. Son pouvoir antiseptique serait médiocre.
Le pétrole a été récemment préconisé en badigeonnages et en gargarismes contre l'angine diphtérique (Larcher). Son emploi est bien supporté malgré le mauvais goût du liquide et les résultats obtenus (40 gue'risons sur 42 cas,
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
sont très encourageants. Le pétrole ramollit et détache assez rapidement les fausses membranes.
Vaseline.
La vaseline ou pélréoline est un mélange de paraffine et d'huiles lourdes de pétrole. En raison de sa composition chimique, elle ne rancit pas comme les graisses, et doit remplacer celles-ci dans toutes les pommades destinées aux usages antiseptiques.
Alcools méthylique, éthylique, etc.
L'alcool méthylique (CH* 0) est le produit de la distillation sèche du bois, de même que Valcool éthylique {C^ 0), alcool proprement dit ou esprit de vin, est le pi'oduit de la distillation du vin (jus de raisin) et des autres jus sucrés (betterave, canne à sucre, etc.)
M. Dujardin-Beaumetz a démontré le premier* que l'équivalent toxique et l'équivalent antiseptique des alcools croissaient simultanément et proportionnellement à leur formule atomique, comme l'indique le tableau suivant :
Alcool éthylique CSH^O degré d'asepsie 95
— propylique C^ESQ — 60
— bulyUque C^HioQ — 35
— amylique C^iHi^O — 14
Il est très difficile d'obtenir ces alcools à l'état de pureté absolue dans le commerce. C'est ce qui explique les différences que l!on remarque entre ces chifl'res et ceux donnés par M. Bouchard 2. D'après ce dernier auteur, Valcool méthylique (CH* 0) serait le moins toxique, et probablement aussi le moins fortement antiseptique de tous les alcools. C'est ce qu'indique sa formule chimique. Toutefois, il y a lieu de tenir compte, chez l'homme, de l'accoutumance à l'alcool éthylique qui prédomine dans le vin. L'alcool mé-
1. Dujardin-Beaumetz et Audioé, Recherches expérimentales sur la p uissance toxique des alcools, Paris, 1879.
2. Bouchard, Thérapeutique des maladies infectieuses, p. 222.
LA TIlliRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
thylique serait préférable chez les personnes qui ne boivent habituellement que de l'eau.
L'alcool étant employé très souvent comme excipient ou pour activer la solubilité dans l'eau des substances antiseptiques qui ne sont pas solubles dans ce dernier liquide, on conçoit facilement l'importance de ces chiffres.
Mais l'alcool est aussi employé en thérapeutique pour lui-même, c'est-à-dire pour l'action qu'il exerce sur l'organisme indépendamment des autres substances qui peuvent lui être associées. Nous devons nous demander ici si l'alcool possède à lui seul une action antiseptique?
C'est surtout par l'oxygène qu'ils renferment que les alcools doivent être considérés comme bactéricides, de sorte qu'un alcool sera d'autant plus antiseptique qu'il contiendra plus d'oxygène en combinaison avec l'hydrogène. Ainsi les alcools avec plusieurs hydroxyles (OH) seront plus antiseptiques que ceux qui n'en contiennent qu'un. Les alcools hexatomiques qui renferment 6 groupes OH, tels que la mannite (G*H'^0«), seraient donc, théoriquement, plus fortement antiseptiques que les alcools monoatomiques comme l'alcool ordinaire. On n'a pas encore fait d'expériences à ce sujet, les dérivés du méthan (CH») étant d'ailleurs considérés comme des antiseptiques faibles • en d'autres termes le groupe CH^ ne donne pas, à lui seul, une grande valeur antiseptique à un compose et la présence de l'oxygène ne relève cette valeur que d'une façon insuffisante, lorsqu'il s'agit d'utiliser ces composes dans la pratique de l'asepsie.
Quoi qu'il en soit, l'action antiseptique de 1 alcool éthylique a été souvent utilisée en médecine, et, de même que l'on conserve des animaux en chair ou des pièces anatomiques dans l'alcool, on a employé ce liquide dans le nansenient des plaies comme « antiputride et antifermentescible ... Gubler admet que ses propriétés sont dues essentiellement à son avidité pour l'eau et à la propriété qu'il possède de coaguler l'albumine. A 1 inteneur il agi-
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
rait comme stimulant diffusible, aliment respiratoire et dynamophore. Son action est probablement plus complexe encore.
Beaucoup de faits tendent à prouver que l'alcool agit surtout sur les ferments non figurés analogues aux diastases. Des solutions alcooliques de 1/3 à ralentissent ou arrêtent l'action de ces ferments; et si l'on se rappelle que les toxines sécrétées par les microbes ont souvent la nature chimique des diastases, il est permis de se demander si l'alcool n'agit pas en neutralisant l'action de ces toxines?
On sait que le traitement interne le plus efficace que l'on connaisse contre l'empoisonnement général produit par le venin des serpents versé dans une plaie consiste dans l'alcool à haute dose. On grise le malade, et on l'entretient dans cet état d'ébriété jusqu'à ce que les symptômes généraux se soient amendés. — De même dans la pneumonie, l'action de l'alcool administré sous forme de Potion de Todd, ne s'exerce-t-elle pas, au moins en partie, sur les toxines sécrétées par les microbes qui évoluent dans le poumon malade?
L'action de l'alcool sur les microbes eux-mêmes, si faible quelle soit, doit entrer en ligne de compte. D'après Jalan de la Croix, une solution d'alcool à b/100 empêche le développement des bactéries dans un bouillon de culture, tandis qu'il en faut une à 22/100 pour stériliser les germes de ces bactéries ou les détruire quand elles sont en plein développement, et 83/100 pour stériliser les germes de ces dernières. La solution à 5/100 empêche le développement des bactéries dans un mélange de viande crue et d'eau froide.
Avant que le pansement des plaies à l'acide phénique ait été vulgarisé par Lister (1873), on employait journellement l'alcool étendu d'eau ou l'alcool additionné d'autres substances également antiseptiques (camphre, arnica, etc.) pour ce genre de pansement. Actuellement l'alcool à dose plus ou moins élevée entre, comme dissolvant,
70 LA TIIIÔRAPEUTIOUE ANTISEPTIQUE.
tZT r^"""' P'^'^niquées qui ont remplacé les précébepuques dont il sera question plus loin.
Glycérine : C3Hg(oii)3,
La olyccrine est un «/coo/ trialomirjue, très emnlové aujo-d'luu en thérapeutique, pur ou'as;ocid à cTautre médicaments auxquels elle sert d'excipient
Elle est soluble dans l'eau et l'alcool. Ses propriétés
de 1 eau. Elle dissout un très grand nombre de sels métalliques et d'autres substances.
La glycérine conserve les matières organiques de l-i même maniérequel'alcool, maisson équivaLtL értcid est beaucoup plus faible. Elle entrave le développem n de la plupart des bactéries, mais favorise, au contraire celui du bacille tuberculeux (Boccharo). Elle agit proba: blement surtout par son avidité pour l'eau qu'elle enlon'f.Tr organiques avec lesquelles on la met en
contact. G est un antiseptique très faible (éq. : 223 er d'après Miquel). ^ ^ ^
M. Bouchard a montré que la glycérine était un mauvais excipient pour les injections hypodermiques. Elle produit de 1 albuminurie et de l'hémoglobinurie
Au contraire il est préférable de se servir de la glvcérme au lieu d'alcool pour les solutions phéniguées; car l alcool diminue le pouvoir antiseptique du phénol.
Chloroforme : CHCl».
Le chloroforme ou chlorure de méthyle, mélhan trichloré doit être considéré comme un hydrocarbure de la formule du méthan CH*, ou gaz des marais, dont un atome d'H est remplacé, dans la mollécule chimique, par trois atomes de chlore.
Le chloroforme est un liquide très mobile, plus dense que l'eau dans laquelle il est peu soluble (1 p. 100), soluble «n toute proportion dans l'alcool etl'éther,- insoluble dans
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
la ylycérine. Appliqué pur sur la peau et les muqueuses, il est irritant et produit rapidement la vésication. Étendu d'eau il produit encore une rubéfaction notable.
C'est un bon antiseptique, où l'action du chlore s'ajoute â celle de l'hydrocarbure. Miquel le classe comme fortement antiseptique (équivalent: 0 gr. 80). A la dose de 1 p. 100 ou 1 p. 130, il paralyse les bactéries et prévient leur développement: pour stériliser les germes, il faut parties égales de chloroforme et d'eau.
Notons dès à présent que le chloroforme est le premier terme de la série des composés halogènes du mélhan que ?iou,« allons étudier successivement en passant à des composés qui seront des antiseptiques déplus en plus énergiques par l'adjonction d'un plus grand nombre d'atomes d'hijdrocarbures et de composés halogènes.
L'eau chloroformée, obtenue en agitant de l'eau avec du chloroforme et en décantant, est une solution à 1 p. 100, et s'emploie mélangée à partie égale d'eau ou d'une potion aromatique, à la fois comme antiseptique et analgésique du tube digestif.
Chlorure d'élhyle bichloré : C^H^Cl^.
Véthan Irichloré ou chlorure d'éthyle bichloré, d'après sa composition (un CH^ en plus), serait un antiseptique plus énergique qiie le précédent. Il est inusité.
Le sesquichlorure de carbone (C^CP), dérivé perchloré du précédent, a été employé avec succès contre le choléra à la dose de 25 centigrammes toutes les demi-heures pendant la période algide. C'est un corps cristallisé à odeur camphrée.
Chloral : C2HC12 0.
Le chloral ou aldéhyde trichlorée est liquide, mais ne s'emploie en médecine que sous forme de chloral hydraté : C^HCPO.H^O, qui est en cristaux blancs, durs, fondant à 48° et sublimant lentement comme le camphre
LA Tll f:nAPRUTIQUE ANTISEPTIQUE.
à. la température ordinaire, d'où son odeur pénétrante.
Le ciiloral, qui ne contient dans sa mollécule que deux atomes de chlore, est un antiseptique moins énergique que le chloroforme qui en a trois, mais il agit aussi par son atome d'oxygène. D'après Miquel, il est modérément antiseptique avec l'équivalent: 9,30.
D'après MM. Dujardin-Ueaumctz et Hirn, 1 gramme de chloral suflU à arrêter la fermentation de 100 grammes de matière putrescible, ce qui correspond bien à l'équivalent antiseptique donné par Miquel.
Sa solubilité dans l'eau le rend d'un usage commode pour le pansement des plaies gangreneuses et fétides (solution à 1 p. 100) et pour injection dans Tempyème après évacuation du pus (Dujardin-Beaumetz et Martineau).
Acide trlchloracétique : G^HCiaO^.
Ce corps est également un bon antiseptique, d'ailleurs inusité. Il agirait à la fois par le chlore et par l'acide acétique qu'il renferme.
Il est solide, en cristaux incolores, à odeur agréable un peu mordante, solubles dans l'eau et l'alcool.
Très caustique en solution concentrée, il coagule l'albumine. D'après Filippovitch, en solution à 1 ou 2 p. 100 il détruit tous les micro-organismes. En solution plus faible, il entrave le développement des bactéries, mais non celui des ferments non figurés. Son pouvoir antiseptique le placerait immédiatement après le sublimé et l'acide phénique.
lodoforme : CHP.
L'iodure de mélhyle biiodé, ou iodoforme, est- cristallisé jaune, insoluble dans l'eau; son odeur forte, pénétrante et tenace, est le seul inconvénient que présente cet antiseptique, qui, depuis quelques années, a presque entièrement remplacé l'acide phénique dans la pratique chirurgicale. Il est employé généralement en poudre. 11 est soluble dans 12p. 100 d'alcool bouillant, 6 d'éther, dans le chloro-
ÉTUDK DES ANTISEPTIQUES. 'J
forme, la benzine, les huiles fixes et volatiles; insoluble dans la glycérine.
Il est fortement antiseptique avec un équivalent de 0 gr. 00 (Miquel). On admet qu'il agit en se décomposant au contact des tissus, d'abord eniodates et iodures de sodium et potassium (Bing), puis par mise en liberté de l'iode cà l'état naissant (il en contient 90 p. 100 en poids) C'est un cicatrisant énergique, ei les chirurgiens le recherchent surtout pour les cas oi:i il y a lieu de réduire le plus possible la suppuration des surfaces saignantes.il serait très intéressant de connaître quelle est au juste son action sur les leucocytes, cellules embryonnaires ou cellules migratrices qui constituent le pus'. On l'emploie sous forme de poudre et de gaze iodoformée, de collodion iodofovmé, etc.
A l'intérieur, la dose est de 10 à 20 centigrammes par jour en pilules, mais il est beaucoup moins usité sous cette forme qu'en chirurgie. Dissous dans l'huile d'amandes douces, on peut l'employer comme collutoire contre les angines septiques, etc.
On a cherché, par une foule de moyens, à masquer l'odeur de l'iodoforme, et on a employé successivement dans ce but : 1 p. de café pulvérisé pour 2 p. d'iodoforme, — 0,05 d'acide phénique pour 10; — o de camphre et 2 d'essence de luenthe pour 15; — 1 gramme de coumarine pour 5 d'iodoforme, etc. Le menthol, la créoline, la vanilline, etc^ ont également été proposés. La coumarine, qui est elle-même antiseptique, est malheureusement d'un prix très élevé (2 à 3 francs le gramme). On devra lui préférer, pour l'usage courant, le camphre, qui est également antiseptique.
On a signalé des cas d'empoisonnements par l'iodoforme même dans l'usage externe, par absorption de l'iode sur une large surface ulcérée.
1. D'après Ruyter la décomposition de riodoforme aurait lieu au contact des ptomaïnes (toxines) sécrétées par les microbes du pus, et dont l'action nocive est alors annihilée. Cette réaction n'aurait lieu qu'en face des bactéries anaérobies (?).
LA TnÉRAPEUTlQUK ANTISEPTIQUE.
lodol : G*I4AzH.
Viodol, ({ui ost une aminé ou ammoniaque composée, est un bon antiseptique qui a, sur l'iotloformc, l'avantage d'être presque inodore et moins irritant.
C'est une poudre cristalline d'un jaune hrun, insipide, très pou soluble dans l'eau (1/bOOO), soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles et la glycérine additionnée d'alcool. On l'a employé de la même manière que l'iodoforme (poudre, glycérine contenant la poudre en suspension, vaseline iodolée, gaze à l'iodol, etc.), et les résultats ont été très satisfaisants dans tous les cas, sauf contre les ulcères gangreneux (Mazzoni, Schmitt). M. A. Trousseau l'a utilisé avec avantage dans la thérapeutique oculaire.
En résumé, et bien que ce corps soit encore incomplètement étudié au point de vue qui nous occupe, il semble que l'atome AzH qui entre dans la composition de l'io^ dol ne suffît pas pour abaisser son pouvoir antiseptique, en raison des quatre atomes d'iode qu'il possède. Il renferme 88,9 pour 100 d'iode, c'est-à-dire presque autant que l'iodoforme. Ses avantages sur l'iodoforme sont le peu d'odeur, l'action moins irritante et l'innocuité parfaite, les intoxicatious paraissant beaucoup plus rares avec lui qu'avec l'iodoforme. Il est encore d'un prix élevé.
lodophénine.
Ce composé, qui se rapproche du précédent, est soluble dans 20 parties d'acide acétique, soluble dans l'alcool, presque insoluble dans l'eau. Il contient bO à 60 p. 100 d'iode. En solution à l/îiOOO, il tuerait les microbes du pus [Staphylococcm aureus) après un contact de 5 minutes. (Scholvien.)
Bromoforme : CHBi-s.
Le bromoforme, analogue du chloroforme et de l'iodoforme est un liquide incolore très dense, d'odeur assez agréable, plus puissant comme anesthésique que le chloroforme. On l'a vanté contre la coqueluche.
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
C'est un puissant antiseptique dont on s'est servi avec succès dans le traitement de la diphtérie. Il agit à la fois comme antiseptique et comme anesthésique. Mais on lui pre'fère généralement le bromol.
Bromol : CSHSOBrS.
Le bromol, ou tribromophénol, appartient à la série aromatique ; mais nous en traiterons ici en raison des rapports que ce corps présente avec le bromoforme. Sa composition indique déjà un antiseptique beaucoup plus énergique.
C'est une poudre jaune citron, à saveur sucrée et astringente, à odeur caractéristique mais non désagréable, insoluble dans l'eau, soluble dans la glycérine, l'alcool, l'éther, le chloroforme et les huiles grasses.
Bien que peu toxique, ce corps est doué de propriétés antiseptiques accusées : un morceau de viande saupoudrée de bromol se conserve sans altération plusieurs jours à la température de 30°.
On l'emploie à l'extérieur, pour le pansement des ulcères et des plaies, en poudre ou mélangé à la vaseline. Dans les angines infectieuses, il présente sur les corps précédemment étudiés l'avantage de pouvoir être dissous dans la glycérine (1 p. 2b). On l'a également employé dans la fièvre typhoïde, le choléra infantile, les abcès du poumon. (Rademaker).
En résumé, le bromol serait le meilleur antiseptique que nous ayons étudié jusqu'ici, et il y aurait lieu d'essayer de le substituer à l'iodoforme, dont il n'a ni l'odeur désagréable, ni l'action toxique. Il est supérieur même à l'iodol, qui renferme le radical AzH, abaissant le pouvoir antiseptique, tandis que dans la mollécule de bromol, tout est utilisé pour V antisepsie. D'ailleurs, nous l'avons dit, ce corps appartient en réalité auxp/i^nois (série aromatique).
Acides organiques.
Les acides organiques sont, comme les composés précédents, d'autant plus antiseptiques que leur mollécule ren-
Tfi LA TIl ÉnAPEUTIQUK ANTISEPTIQUE.
ferme un nombre plus élevé des groupes COOH, OH, CO, COU ol; CIP, CMl', elc, de sorte qu'on peut les ranger dans l'ordre suivant :
Acide formiquc : CH^O- -r- acétique : C^H'Os
— lactique : CSHOQ^
— lai'ti-iquc : C*H«0«
— citrique : C^U^O'
Le premier acide de cette série étant le moins antiseptique et le dernier le plus antiseptique, cette loi, qui est le corollaire de celle que nous avons énoncée pour tous les composés du méthan, est analogue à celle qui règle le pouvoir aseptique des alcools, et nous explique déjà l'action, connue depuis longtemps, de l'acide citrique sur les microbes pathogènes.
L'acide formique, d'après Schulz, en solution à 1 p. 100, empêche la putréfaction du pancréas, et à 0,25, p. 100 celle de la fibrine. Pendant six mois, il a pu empêcher le développement des germes daus un liquide de culture.
L'acide acétique a été préconisé par Roth et Angelmann comme antiseptique et désinfectant. D'après ce dernier, la solution à 3 p. 100 serait un bon antiseptique à employer en gynécologie, comme beaucoup moins toxique que l'acide phénique. A l'extérieur, on peut porter la solution à 20 p. 100 (Legendre). C'est la base de nombreux vinaigres aromatiques employés en lotions. En somme, c'est un antiseptique faible.
Plusieurs acétates métalliques sont employés en médecine : leur action tient à la fois de celle de leur acide et du métal qui entre dans leur composition (sous-acétate de plomb ou extrait de saturne, acétate de cuivre, etc.)
L'acide lactique a été préconisé par MM. Hayem et Lesage, comme antiseptique, dans la diarrhée verte des enfants, à la dose de 2 grammes, dans une potion de 100 grammes, à prendre par cuillerées.
On l'a employé aussi comme topique dans la diphtérie,
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES
les ulcérations tuberculeuses du larynx, de l'oreille, et contre certains cancers. i ' à
Les acides oxalique, tartrique et citrique sont places a peu près au même rang par Miquel parmi les antiseptiques forts : ils sont cependant moins actifs que les acides minéraux, et ceux-ci le sont moins que les acides de la série aromatique (acides salicylique et benzoïque). Leur équivalent varie de 3 à 5 grammes pour un litre de bouillon de culture.
L'acide oxalique a été préconisé à l'intérieur et à 1 extérieur contre la diphtérie (Cornillon). Sa solution pour badigeonnages est à 1 p. 20 d'eau ou 1 p. 100 de glycérme.
Vacide tartrique est inusité comme antiseptique. Le tartrate acide de potassium {crème de tartre) est employé comme purgatif à la dose de Ib à 30 grammes. Le tartrate double de potasse et de soude [sel de Seignette), agit de même h la dose de 30 à 40 grammes. Le tartrate antimonio-potassique ou émélique [tartre stibié) est employé comme vomitif ou purgatif à la dose de 3 à 20 centigrammes, et n'est plus guère employé comme « contre-stimulant « à la dose de 40 à 7b centigrammes, par doses fractionnées. C'est un médicament très actif et très irrégulier, dont l'action locale sur le tube digestif et l'action générale sur l'organisme doivent être surveillées.
Vacide citrique est, comme sa formule l'indique, l'antiseptique le plus efficace de cette série. Il se présente sous forme de cristaux blancs solubles dans les 3/4 de leur poids d'eau froide, solubles dans l'alcool et dans l'éther. On le retire du jus de citron. Il existe aussi dans les groseilles, les framboises, les fraises, les cerises, les oranges.
L'équivalent antiseptique de l'acide citrique est de 3 grammes pour 1 litre de bouillon de culture; c'est-à-dire qu'il est à peu près le môme que celui des acides minéraux (chlorhydrique, azotique, etc.), avec cette différence que cet acide organique est beaucoup mieux supporté par l'organisme (on peut donner 2 à 6 grammes d'acide citrique par jour à l'intérieur, tandis que, pour l'acide chlorhy-
^« LA TIIÉHAI'KUTIOUE ANTISEPTIQUE.
drique, \ à 2 grammes dilués dans un litre d'eau sont la dose qu'on ne saurait dépasser sans produire des symptômes toxiques). D'ailleurs, on n'a guère employé l'acide citrique que comme topique.
Sous forme de jus de citron, l'acide citrique a été usité autrefois pour toucher les ulcères atteints de pourriture d'hôpital. Mais c'est surtout en gargarisme qu'on l'emploie encore actuellement contre les angines pseudo-membraneuses et la diphtérie.
Cyanogène et Cyanures.
Au groupe des ammoniaques composées (araides et nitriles) se rattachent les composés du groupe CAz (cyanogène), qui se comporte dans ses combinaisons comme un corps simple, un métalloïde du même groupe que le chlore, l'iode et le brome.
L'acide cyanhydrique (GAzH) est le nitrile de l'acide formique.
Tous les corps qui renferment le radical CAz ou Cy (cyanogène), sont des antiseptiques énergiques, mais en même temps des poisons d'une violence extrême, plus toxiques que le mercure et ses sels, ce qui en restreint singulièrement l'emploi en thérapeutique. Sans cette toxicité on pourrait employer les cyanures dans les mêmes circonstances où l'on emploie les chlorures, les iodures et les bromures.
D'après Miquel, le cyanure de potassium est fortement antiseptique (équivalent : 1 gr. 20), Le cyanure de mercure serait plus énergique encore, et l'acide cyanhydrique aurait pour équivalent 0,40, chiffre inférieur cependant à celui de l'iode (0,2b) et surtout du sublimé (0,07).
Le cyanure de mercure (HgCy^) a été employé comme antiseptique à l'intérieur. Erichsen, Annuschat, Rothe et Schultze l'ont préconisé contre la diphtérie, en potions à dose de 1 à iO centigrammes et plus, dans 120 grammes d'eau de menthe, par cuillerées à thé d'heure en heure.
ÉTUDE DES ANTISEPTIQUES. '^'
Les fenocyanures n'ont pas été employés comme antiseptiques.
Sullure de carbone et Composés organiques sulfurés.
Le sulfure de carbone (CS^) est un liquide lourd très peu soluble dans l'eau. Cependant, en agitant et en laissant l'eau en contact avec du sulfure en excès, on obtient Veau sulfocarhonée (Dojardin-Beaumetz), le sulfaminol ou {thio-oxrj-diphény lamine), le sulfoearbol, le sulfobenzoate de soude, le sozoiodol, etc., appartiennent à la série aromatique, dont nous allons nous occuper maintenant.