Tir. David, Lan microbes de la linHclw, Paris
2. "Voyez à ce sujet un résumé de M. Netïbr dans la Revue d'hygiène, 1889, p. 501.
lié LA THÉRAPEUTIQUE ANTISEPTIQUE.
déjà longue, il faut ajouLer les microbes de la cmn'e dentaire: pour ces derniers et pour les maladies qu'ils produisent, nous renvoyons à la monographie de M. David précédemment indiquée.
Quant aux soins prophylactiques que réclame un tel état de choses, nous en traiterons dans la troisième partie [Hygiène cmtiseptique). 11 ne sera question ici que des stomatites proprement dites.
Au point de vue du diagnostic étiologique de ces stomatites, il importe tout d'abord de savoir si la salive eslacide ou alcaline, car la constatation de ce fait donne des indications précieuses pour le choix d'un antiseptique. On sait que la salive mixte (formée par le mélange des liquides fournis par les trois paires de glandes) est normalement légèrement alcaline (A. Gautier). Lorsqu'elle séjourne trop longtemps dans la bouche, comme c'est le cas dans la plupart des maladies fébriles, où le malade se nourrit mal, elle subit, surtout sous l'influence de l'hyperlhermie de l'organisme, la décomposition ammoniacale. Au contraire, elle devient acide lorsqu'elle contient en excès des cellules d'épithélium (Gautier).
On sait, d'autre part, que les champignons inférieurs {Saccharomyces albicans, muguet), se développent dans un milieu acide; les bactéries, au contraire, ou microbes proprement dits, ne peuvent prospérer que dans un milieu alcalin.
Le traitement devra donc être bien différent suivant que l'on a affaire à une stomatite causée par le muguet ou par des bactéries. Dans le premier cas, les eaux alcalines conviendront; — dans le second, au contraire, les acides seront indiqués.
Il est toujours facile de s'assurer du plus ou moins d'alcalinité de la salive d'un malade en se servant du papier de tournesol, et faisant, pour plus de certitude, une expérience comparative sur sa propre salive considérée comme normale. Au besoin, l'examen microscopique de la salive du malade servira de contrôle en donnant des indications plus précises.
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE
Muguet. — Affeclion produite, comme nous venons de le dire, par le Saccliaromyces albicnm;- et qui s'accompagne toujours d'une abondante desquamation d'épilhélium. La salive est acide.
Les eaux de Vichy (Célestins), qui sont alcalines, suffisent dans les cas légers, employées en gargarisme et en boisson. Dans les cas plus graves, on emploiera un des coUutoii'cs suivants :
Borax 4 gi'-
Sirop de mûres 30 gr.
Pour toucher avec un pinceau (Hanot).
Pour badigeonnages (Descboizilles).
L'emploi de l'acide borique, qui peut paraître paradoxal dans ce cas, s'explique par ce fait que ce composé est un acide très faible, ne donnant au tournesol que la réaction ruuge vineux'^.
Chlorure de zinc 1 gr.
Eau alcoolisée 1 litre.
La dose de l'antiseptique pourra être portée chez l'adulte à 4 grammes (J. Simon). — On peut employer le sublimé sous forme de solution de Van Sioieten (Vidal), appliquée avec un pinceau sur les points malades.
Dans toutes les stomatites, on se trouve bien d'irrigations fréquentes (toutes les 2 heures) avec de Veau oxygénée ou de l'eau additionnée d'un liquide aromatique (Eau
Amidon . . . .
Borax
Gh'cérino pure
ââ 4 gr.
20 gr.
Môme mode d'emploi (G. Sée).
Acide boriqup Glycérine . .
10 gr.
50 gr.
1. M. AuDRY a montré [Remède Médecine, juillet 1887) que lo Saccliaromyces se développe également dans un milieu (artificiel) neutre ou alcalin, mais le parasite rend le milieu acide en s'y multipliant.
LA T)H':nAI'EUTIQUE ANTISEI'TIQUK.
de Rotot, etc.), suivant la méthode que nous indiquerons en parlant des angines diplitéri tiques.
Stomatite symptomatique des fièvres graves. — Dans la fièvre typhoïde et les autres fièvres de longue durée qui s'accompagnent d'un état fuligineux de la bouche, des lèvresetdesdents, on pourra se servirducollutoiresuivant:
Acido borique 1 gr.
Chlorate do potasse 0 gr. 75
Jus de citron 15 gr.
Glycérine 10 gr.
(Indique par lirU. Med. Journal).
Stomatite aphteuse. — Cette affection est considérée comme produite par le même microbe que la fièvre aphteuse épizoutique de l'espèce bovine (Th. David), bactérie décrite sous le nom de Streptococcus aphticola (Trévisan).
M. Hirtz, tout en n'admettant pas la nature microbienne de l'affection, l'a traitée par le salicylate de soude employé en solution concentrée (20 p. 100), pour faire des badigeonnages de la bouche et du larynx que l'on renouvellera toutes les deux heures, surtout après les repas. On calmera les douleurs excessives de la période ulcéreuse en interposant entre les muqueuses gingivale et buccale de petits tampons d'ouate hydrophile, imbibés du mélange suivant :
Salicylate de soude. 1 gr.
Chlorhydrate de cocaïne 2 gr.
Eau distillée 100 gr.
A l'intérieur on pratiquera l'antisepsie intestinale avec :
Salicylate de bismuth ) „
Naphtol. I aA 2 gr.
A prendre en 24 heures (en 4 cachets).
Stomatite ulcéro-membraneuse. — M. Bergeron, qui a montré que cette affection était spécifique, épidéraique et contagieuse, considère le chlorate de potasse ou de soude comme le meilleur remède à lui appliquer.
ÏHAITliMENT ANTISEPTIQUE.
La formule suivante a été donnée par M. Jaccoud :
Chlorate de potasse. . 6 gr.
AlcookUure do cochléaria 30 gr.
Sirop de quinquina 60 gr.
Décoction de quinquina 2D0 gr.
Pour gargarisme.
Les applications de cWowe de c/iaua; sec (HuTiNEL),de sulfate de zinc 10 d'eau), de sulfate de cuivre (0,50p. 20) dans les cas rebelles (Henoch), et les irrigations au pem«ngana<e dépotasse et hVacidesalicylique étendus sont employées par ce dernier lorsque l'affection prend une forme nécrosique.
Dans la forme simplement ulcéreuse, M. J. Simon prescrit :
Alcoolature do cochléai-ia 10 gr.
Teinture de quinquina 8 gr.
— de cachou ^ o^-
— de benjoin 2 gr.
Eau de Botot 200 gr.
Une à deux cuillerées à bouche dans un verre d'eau pour gargarisme.
On peut encore employer la formule suivante, d'après
M. CoMBY :
Borax (ou chlor. do potasse) .... 2 gr. Sirop de mûres (ou miel ro^aCi ..)..,„
Glycérine ) °
Pour collutoire.
Barié indique la formule suivante :
Acide salicylique 2 gr.
Glycérine 20 gr.
En collutoire pour toucher les ulcérations.
Stomatite mercurielle. — On suspend le traitement mercuriel, et l'on donne le chlorate de potasse ou le dentifrice suivant (Panas) comme antiseptique astringent :
Tanin 2 gr.
Alun 1 gi".
Essence de menthe q. s.
Poudre de cachou 1 , . , „
, . . . } aa lu ev.
— de qumquina jaune °
Dans les cas plus graves, Ricord prescrivait des attouchements légers des gencives avec l'acide chlorhydrique plus ou moins dilué. Enfin, quelque paradoxal que cela paraisse, le sublimé en collutoire réussit très bien suivant la formule suivante (de Rienzi Errico) :
Sublimé 0 gr. 2b ccntigr.
Eau distillée 1000 gr.
Pour collutoire à employer en 48 heures.
La fétidité de l'haleine disparaît rapidement et les symptômes inflammatoires s'amendent de telle sorte que la guérison est obtenue en cinq jours environ
Gangrène de la bouche ou Noma. — Cette affeclion parasitaire (causée par le Streptococciis nomse, Trévisan, d'après Cornil et Babes) doit être combattue par l'antisepsie la plus énergique. La cautérisation avec le thermo-cautère, qui détruit le foyer microbien, est aujourd'hui préférée. On s'est servi d'une pâte épaisse de camphre. Après la chute de l'eschare, Henoch applique un tampon de ouate imbibée de vin camphré. Le naphtol sulforiciné pourrait être employé. Enfin on fera des irrigations avec les acides salicylique ou thymique en solution dans l'eau.
Amygdalites et Angines non diphtéritlques.
La nature microbienne, infectieuse et contagieuse de l'amygdalite (angine lonsillaire) et de la plupart des angines simples est généralement admise aujourd'hui. Les alternatives de chaud et de froid, invoquées autrefois comme causes exclusives de ces maladies, n'agissent probablement que comme causes déterminantes, en influençant les microbes qui se trouvent dans la bouche, ou leurs germes, de la même manière que la succession des saisons agit, sur les semences enfouies dans la terre, c'est-à-dire en leur donnant le coup de fouet qui réveille leur activité, et créant en même temps dans l'organisme ce qu'on appelle Vopportunité morbide. L'état hijgromctrique de l'air doit avoir une grande influence sur le développement des bactéries de la bouche et de la gorge, car l'on sait, depuis longtemps,
TRAITEMENT ANTISEPTIQUE
combien ces microorganismes sont sensibles aux moindres variations d'immidité. Nous avons constaté récemment à Paris (février-mars 1892) qn'un vent d'Est sec et froid soulevant beaucoup de poussière, coïncidait avec une véritable épidémie d'amygdalites et de laryngites, d'ailleurs généralement bénignes. En eiïet, la nature microbienne de ces afTections n'exclut pas leur évolution cyclique, qui s'effectue ordinairement avec les seules ressources de l'organisme. Il n'en est pas moins vrai qu'une angine simple peut, très rapidement, et d'une façon insidieuse, devenir grave par l'extension locale du parasite et du processus inflammatoire qu'il produit, lorsque le traitement antiseptique n'est pas institué dès le début.
Les microbes, probablement d'espèces multiples, qui peuvent évoluer dans l'amygdalite n'ont pas encore été complètement étudiés. Dans un cas d'amygdalite pblegmoneuse, M. Bouchard a trouvé le pus sortant de l'abcès rempli d'une énorme quantité de bacilles courts et très minces. M. Hanot a signalé le Slreptococcus septo-pyœmicus (Biondi) dans une angine grave compliquée de pleurésie purulente.
Dans les cas semblables, l'affection peut prendre très rapidement l'allure d'une infection générale avec frissons, fièvre intense, engorgement des ganglions sous-maxillaires, urines rouges, troubles et albumineuses, arthropa- Ihies pseudo-rhumatismales, etc., ou se compliquer d'œdème de la gorge (Henrot),
Amygdalite simple, — En face d'une amygdalite sirùple, M. Bouchard prescrit le gargarisme suivant :
Borate de soude 6 gr.
Teinture de benjoin . . . ' 10 gr.
Infusion de feuilles de ronce 250 gr.
On peut aussi prescrire :
Acide borique 2 à 4 gr.
Sirop de mûres 30 gr.
Eau distillée 100 gr.
En badigeonnagc, ou mélangé avec moitié eau tiôde ayant bouilli, pour so gargariser toutes les deux heures.
M. Cii. Eloy* a donné les formules suivantes. Pour le Uaitoment local on pcuL employer :
Salol 2 gr.
^^(^ool q. s. jjum. dissoudre
Glycérine 40 gr.
Ou mieux, le salol sulforiciné, qui séjourne plus longtemps sur les parties malades :
Salol. 5 à 10 gr.
Sulforicinate de soude 93 ou 90 gr.
Ce topique sera appliqué au moyen d'une pince entortillée d'ouate hydrophile (il a la consistance d'une pommade).
En gargarisme on emploiera l'acide salicylique (1 p. 300 d'eau), l'eau naptholée, l'eau créolinée :
Solution de créoline au 1 00« . . i
Eau chaude j * Partic
suivie d'un gargarisme à l'eau tiède (aromatisée ad libitum) pour enlever la sensation de brûlure que produit la créoline.
En irrigation, l'eau salolée obtenue en ajoutant au moment même, dans un litre d'eau tiède ayant bouilli, la solution suivante :
Salol 1 gr.
Alcool . 50 gr.
Le salol, médiocrement toxique, convient bien cbez les enfants,
M. Léon David ^ a préconisé récemment, dans le traitement des angines, la microcidine {napUolate de sonde), qui est très peu toxique et présente sur la plupart des topiques précédents l'avantage d'être soluble dans l'eau sans addition d'alcool (solution cà 8 p. 1000, que l'on dédouble par addition d'eau chaude ; au besoin, solutions plus fortes, à 3 p. 1000).
1. Revue de clinique et de thérapeutique, et Moniteur Thérapeutique 4 janvier 1892, p. 3 et soq.
2. Thèse 1892 et Journal de médecine et chirurgie pratique, 1832, p. 261.
TRAITEMENT A N T I S E l' TI Q U E.
Les badigeonnages de teinture d'iode ou de glycérine iodée sont peu douloureux et sont considérés comme pouvant juguler la maladie (Coupam) :
Glycérine iodée.
Iode métallique 0 gr. 25 à 0 gr. 50
lodure de potassium. ... 3 gr.
Glycérine 25 gr. à 30 gr.
Si l'application est douloureuse, on peut diluer en doublant la proportion de glycérine.
Comme traitement général, M. Gouguenheini donne le salol (2 à 4 grammes en 4 à 8 cachets), à prendre dans la journée, comme calmant et hypo thermique. M. Dubousquet-Laborderie préconise la gwmi?ze et larésorcine; M. Bouchard, le napthol comme antiseptique général. Dans les cas graves on prescrira un traitement analogue à celui de la diphtérie.
Amygdalite herpétique. — Cette affection doit être également considérée comme infectieuse, et le traitement antiseptique sus-indiqué doit lui être appliqué, d'autant mieux qu'elle s'accompagne quelquefois de phlegmon amygdalien.
Angines pseudo-membraneuses diphtéroïdes. — Ces angines, qui ne diffèrent en réalité de l'angine diphtéritique que par leur bénignité relative, ont été considérées comme des formes atténuées de la diphtérie (Le Gendre). Il est plus problable qu'elles sont dues à des microbes différents, mais provoquant pareillement la formation défausses membranes que l'examen à l'œil nu ne permet pas, dans l'état actuel de la science, de distinguer sûrement du véritable exsudât diphtéritique. La nature moins virulente des toxines sécrétées explique la bénignité relative de ces affections, mais le traitement antiseptique local de l'angine diphtéritique doit leur être appliqué avec la même rigueur, surtout chez les enfants où les symptômes locaux ont une si grande importance.
L'une tout au moins de ces angines [Vangine à pneumocoques) a pu être étudiée d'une façon assez complète.
124 LA Tll I^.RAI'RUTIQUE ANTISEPTIQUE.
Angines à pneumocoques. — Nous disons angines au pluriel, parce (lue, d'après M. NeLLer, le Klebsiella snlivarU, Trévisan, ou microbe de Frinkel, désigné sous le nom vulgaire de pneumocoque et considéré comme le microbe spécifique de la pneumonie fibrineuse, peut produire les quatre formes d'angine suivantes : \° amygdalite suppurée; 2" angine pseudo-membraneuse; 3» amygdalite folliculaire; 4» angine simple et angine berpétique^.
L'angine pseudo-membraneuse à pneumocoques est la plus importante, en raison de sa ressemblance clinique avec l'angine diphtéritique et de sa gravité, surtout chez les enfants. Elle a été décrite par M. Jaccoud en 1891. Les fausses membranes ne renfermaient que le pneumocoque, sans aucun mélange de bacille de Lœffler. Dans un cas observé par M. Netter, chez un enfant de trois ans, l'extension des fausses membranes au larynx a nécessité la trachéotomie.
J'ai moi-même observé une angine grave de cette nature chez un enfant de sept ans qui avait eu une pneumonie trois mois auparavant.
Le traitement antiseptique se confond avec celui de la diphtérie tel que nous l'exposerons plus loin : les attouchements avec le naphtol camphré ou sulforiciné, etc., et surtout les irrigations d'eau boriquée renouvelées toutes les deux heures donnent des résultats excellents.
Le fait que ces angines succèdent souvent à la pneumonie indique la nécessité de faire avec soin l'antisepsie de la bouche pendant toute la durée et môme pendant la convalescence de cette dernière maladie, et de la continuer longtemps après.
1. Friinkol, on désignant cot organisme sous le nom de Pncumoniekokkus ou Pneiimococcus (Congrès de médecine interne, 1884), n'a nullement voulu créer un genre à part sous ce nom, mais seulement un nom composé vulgaire et commode pour lequel la langue allemande veut la terminaison latine. En français, on doit donc toujours dire Pneumocoque ou se servir du nom systématique de Klebsiella sativai-is.