B. — DÉCOUVERTES DES PROPRIETES PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L'AIR
Sans connaître les microbes, les médecins du xvm' siècle savaient donc que l'atmosphère pouvait être infectée par des
en ostent toutes les araignées, et en brûlent toutes les ordures avec les pailles des lits sous les cheminées, ou devant la porte.
L'on tend ensuite des cordes dans la chambre, où ont esté les malades, ou bien l'on y pose des perches élevées, sur lesquelles l'on suspend toutes les hardes, les lits, les couvertures, les draps, et le6 autres linges qui leur ont servi pendant leur maladie.
Si les matelats ont esté gastez par les malades, l'on fait tremper la futaine ou autre étoffe dont ils sont couverts, et la laine de cet endroit dans des chaudières d'eau bouillante, sinon il suffit d'ouvrir les matelats aux costez et au milieu avant que de les étendre comme les autres meubles sur les cordes ou perches.
S'il y a des coffres ou cabinets dans cette chambre, on en tire les hardes ou iinges qui sont dedans, que l'on étend aussi.
Dans les autres chambres et tous les autres lieux de la maison depuis la cave jusqu'au grenier, après qu'ils ont esté nettoyez on laisse chaque chose à sa place, et s'il y a des coffres, armoires ou cabinets, on les tient seulement ouverts sans rien tirer de ce qui est dedans.
Quant aux meubles précieux, comme tableaux, or, argent, miroirs que les parfums pourroient gaster, on les couvre de linge ou de quelqu'autre chose qui puisse les conserver.
Les Parfumeurs mettent ensuite en chaque chambre ou autres lieux de la maison au milieu du plancher, cinq à six livres de foin sec plus ou moins selon la grandeur du lieu ; ils retendent de la rondeur d'un pied et demi de diamètre, ils l'abaissent et l'arangent avec les mains, ils l'imbibent d'une pinte de vinaigre mesure de Paris ; quelques-uns y ajoutent pour donner plus d'activité aux parfums, une pareille mesure d'eau de vie, ils mettent dessus deux livres et demie de parfum pour une chambre de vingt pieds en quarré, et dans les autres lieux plus petits à proportion, observant néanmoins d'en mettre une double, quelquefois une triple dose dans la chambre du malade, selon le nombre des hardes ou du linge ; l'on couvre ce parfum d'une poignée de foin, et on l'arrose encore d'une partie du vinaigre que l'on aura gardé, et de l'eau de vie si l'on s'en est servi ; que si les lieux sont parquetez ou que les planchers soient de planches, l'on prend de la terre à Potier, ou d'autres terres dont on fait un rond au milieu de la chambre, assez grand pour contenir le parfum; et assez épais pour conserver le plancher.
L'on bouche exactement toutes les cheminées de la maison avec des draps, couvertures, tapisseries, ou autres choses que l'on cloue devant leurs ouvertures, l'on ferme toutes les fenestres, et l'on bouche toutes les fentes par où la fumée pourroit sortir.
Quand tout cela est préparé, l'un des Parfumeurs prend un flambeau allumé, et commençant par le Grenier ou plus haut étage, il met le feu au parfum, et aussi-tost qu'il le voit allumé, ce qui se fait en un moment, il sort du lieu et en ferme la porte ;
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miasmes. Ils employaient contre les agents pathogènes les plus violents poisons et réussissaient certainement dans beaucoup de cas à désinfecter les vêtements et les locaux contaminés. Nous verrons plus loin qu'ils étaient également renseignés sur la pureté de l'atmosphère et que la cure d'air marin, sinon la cure d'altitude leur était connue.
Il est de toute évidence cependant que l'aérothérapie moderne est née avec les progrès de la physique, de la chimie et de la bactériologie. Nous ne pouvons nous occuper de cette dernière science dans ses rapports avec l'aérothérapie sans sortir du cadre de notre ouvrage; mais nous allons rappeler brièvement les découvertes de physique et de chimie qui ont mis en point l'aérothérapeutique moderne.
L'antiquité ne connaissait d'autres propriétés de l'air que son élasticité (i). Les premières connaissances relatives à sa composition nous viennent des alchimistes. Roger Bacon avait constaté que l'air alimentait le feu, mais qu'il existait un autre air susceptible de l'éteindre (spéculum alchemiae). Basile Valentin étudiant l'atmosphère délétère des mines, l'avait comparée aux émanations des cuves en fermentation (Letzt. Testam.).
Dans son livre Archidoxoram (2) Paracelse avait signalé que
il en fait autant dans chacun des autres lieux de la maison en descendant toujours de haut en bas jusqu'à la cave.
Ils se retirent et après avoir attendu pendant deux heures que le parfum aye fait son effet, ils rentrent dans l'une des chambres à leur choix, avec les gens de la maison, s'il y en a quelques-uns qui soient suspects d'infection pour se parfumer eux-mêmes. Lors qu'ils y sont entrez ils se déshabillent, prennent chacun une chemise et un caleçon blanc, ils suspendent toutes leurs hardes et leurs linges dans cette chambre, et allument encore dessous quelques parfums et comme ils ne peuvent pas supporter long-temps la fumée du parfum, ils sortent et rentrent en chemise et caleçon blanc trois ou quatre fois, et après que la fumée est entièrement passée, ils reprennent leurs habits, s'habillent, sortent de la maison, et mettent à la porte la marque qui leur est donnée, pour faire connoistre que c'est une maison qui a esté airiée, et que deux jours après on y peut entrer et l'habiter en toute seureté.
A l'égard des Parfumeurs leur fonction finie en chaque maison, ils doivent demeurer neuf jours retirez dans un lieu qui leur est destiné ; que si pendant ce temps la maladie ne leur prend point, ils ont la liberté de fréquenter qui bon leur semble. »
(1) Voir : Héron. Pneumatica.
(2) Archidoxorum seu de secretis naturœ mysteriis libri decem... Basilea 5 , i582, in-8°. Bibl. Nat. : Tel* 1 .
2 6 AEROTHÉRAPIÉ PROPREMENT DITE
le plomb et l'étain calcinés augmentaient de poids. Déjà il entrevoyait que cette augmentation pouvait être due à la fixation de l'air sur les métaux.
Au début du xvn e siècle, Rey, médecin en la petite ville de Rochebeaurant (Périgord), est consulté par Rrun, apothicaire à Bergerac, sur la cause de l'augmentation de poids de l'étain oxydé. « Je responds et soutiens glorieusement, dit Rey, que ce surcroît de poids vient de l'air, qui dans le vase a été espessi, appesanti et rendu aucunement adhésif par la véhémente et longuement continuée chaleur du fourneau; lequel air se mesle avec que la chaux (à ce aydant l'agitation fréquente), et s'attache à ses menues parties, non autrement que l'eau appesantit le sable que vous jettez et agittez en icelle pour l'amollir et adhérer au moindre de ses grains (i). » Pour appuyer sa démonstration, il avait dû prouver d'abord la pesanteur de l'air. Dans ce but, remplissant d'air « à grande force » un ballon avec un soufflet, il trouve « plus de poids à ce ballon plein qu'à lui-même étant vide », puis faisant sortir l'air d'une fiole en la chauffant, il la pèse et reconnaît qu'elle a diminué de poids. Ces expériences passèrent inaperçues et la découverte de la pesanteur de l'air est attachée aux noms illustres de Pascal et de Torricelli dont les recherches sont cependant postérieures à celles de Rey.
En 16/18 (2), Van Helmont démontre expérimentalement la compressibilité de l'air et sa puissance d'expansibilité. Il reconnaît et étudie l'acide carbonique qu'il distingue sous le nom de gaz sijlvestre et auquel il attribue l'action nuisible de la grotte du chien, de l'atmosphère des mines et des celliers. Boyle (3) publie à partir de 1660 de nombreux mémoires sur
(1) Jean Rey. Essays sur la recherche de la cause pour laquelle l'étain et le plomh augmentent de poids quand on les calcine. Bazas, i63o, in-S° de i42 pages, et 2 e édit. par Gohet. Paris, 1777, in-8°, p. 66.
Voir : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (Dechambre). Art. : Atmosphère. Tome 7, p. i64 (Historique par J. Gavarret).
(2) Ortusmcdicinœ.Dc Elem., Aer, Amsterodami, i648, in-4°. Bibl. Nat. : Rés : T|q. A ternary of paradoxes. London, i65o, in-4°. Bibl. Nat. : Tejj, etc.
(3) Boyle (R.). Exercitationes de atmosphaeris corporum consistentium ; de que mira subtilitale, determinata natura et insigni vi elïluviorum. In-16 , Londini, 1678, Lugd. Batav., 1676.