‹ La thérapeutique physique d'autrefoisChapitre 12 sur 87 · DÉCOUVERTES DES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L'AIR · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES DES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L'AIR

Bientôt l'on put utiliser la ventilation simple au moyen des cheminées d'appel (Duhamel-Dumonceau, Genneté, Cadet, Parmentier, Laborie, etc.), cependant que les propriétés physiques et chimiques de l'atmosphère étaient mieux connues, grâce à Gay-Lussac, Dumas, Regnault, Thomson et Boussingault.

Après Pasteur, Miquel et Freudenreich ont indiqué leur procédé pour la recherche des bactéries au sein de l'atmosphère.

Ce procédé permet d'apprécier très exactement le degré de pureté de l'air, et désormais un nouveau champ d'investigation est ouvert aux médecins tandis qu'est née une science encore à ses débuts, mais qui sert de base à une thérapeutique admirablement efficace, nous voulons parler de l'aérothérapeutique moderne.

§ I. — De l'expérience d'Aristote a la loi de Dalton.

Le problème de la pesanteur ou de la non-pesanteur de l'air s'est posé à l'aurore de l'humanité et les philosophes grecs ont discuté avec passion sur cette question qui parait aujourd'hui si facile à trancher.

Aristote, vers l'an 35o avant notre ère, avait rempli d'air une outre qu'il avait pesée préalablement alors qu'elle était vide : il fut très étonné de voir que l'outre gonflée d'air n'augmentait pas de poids et prétendit que l'air n'était pas pesant (i).

Epicure ne fut pas convaincu. Il se reconnaissait incapable de démontrer expérimentalement la pesanteur de l'air mais les grands mouvements atmosphériques et surtout leurs résultats (gonflements des voiles, arbres terrassés dans les tempêtes) lui avaient fait admettre l'existence d'un air composé de molécules matérielles invisibles mais pesantes (2).

Dès qu'on sut appliquer le principe d'Archimède aux fluides gazeux, l'expérience d'Aristote fut facile à interpréter, et la pesanteur de l'air fut démontrée; mais cette démonstration n'a été donnée que dans les temps modernes, au xvn e siècle (3) .

Nous avons vu que Rey doit être considéré, contrairement

(1) Voyez: Aristote. Traité du Ciel (traduction B. Saint-Hilaire). Paris, Durand. 1866, livre IV, chapitre iv, § 5.

(2) Voir Lucrèce: « Sunt igitur venti nimirum corpora cœca, quœ mare, qua* terras, quse denique nubila cœli verrunt, ac subito vexantia turbine raptant. »

(3) Voir Jourdanet : Influence de la pression de l'air sur la vie de l'homme. Paris, Masson, 1875, 2 vol. in-8° (Bibl. Nat. : Te|,), tome I, p. 1.

DE L'EXPÉRIENCE D'ARISTOTE A LA LOI DE DALTON 3t

à l'opinion générale, comme l'auteur de cette importante découverte. Mais l'ascension de l'eau dans les pompes aspirantes dès le retrait du piston avait fait méditer Galilée. Il s'en était tenu pour expliquer ce phénomène à cette proposition léguée par l'antiquité et que tous les savants admettaient: « La nature a horreur du vide. » Un fontainier de Florence lui fit observer que jamais, quoi qu'on fît, l'eau ne pouvait monter dans les pompes plus haut que trente-deux pieds, et qu'au delà de cette limite il restait un espace libre entre le piston et le sommet de la colonne de liquide. Galilée comprit que la cause de l'ascension de l'eau à une hauteur à peu près fixe devait être la pression atmosphérique. Il transmit cette notion à son disciple Torricelli qui entreprit d'en démontrer la vérité.

En i643, s'adressant à un liquide treize fois plus lourd que l'eau, le mercure, il fit voir que le poids de l'air ne pouvait faire monter le métal dans les tubes que dans la proportion d'un treizième de trente-deux pieds (Invention du baromètre).

Torricelli avait établi que l'atmosphère possédait un poids spécifique; en 16/47, l es expériences de Pascal complétèrent celles de Torricelli. En effet après la publication de son Traité sur le Vide paru la même année, Pascal écrivait à son beaufrère Périer, conseiller en la Cour des Aides d'Auvergne :

« Vous savez quel sentiment les philosophes ont eu sur ce sujet (le vide) : tous ont soutenu pour maxime que la nature abhorre le vide ; et presque tous, passant plus avant, ont soutenu qu'elle ne peut l'admettre, et qu'elle se détruirait ellemême plutôt que de le souffrir. Ainsi les opinions ont été divisées; les uns se sont contentés de dire qu'elle l'abhorrait seulement, les autres ont maintenu qu'elle ne pouvait le souffrir. J'ai travaillé dans mon Abrégé du Traité du Vide à détruire cette dernière opinion, et je crois que les expériences que j'y ai rapportées suffisent pour faire voir manifestement que la nature peut souffrir et souffre en effet un espace, si grand que l'on voudra, vide de toutes les matières qui sont en notre connaissance et qui tombent sous nos sens. Je travaille maintenant à examiner la vérité de la première ; savoir, que la Nature abhorre le vide et à chercher des expériences qui

3à AIR COMPRIMÉ. AIR RARÉFIÉ

fassent voir si les effets que l'on attribue à l'horreur du vide, doivent être véritablement attribués à cette horreur du vide ou s'ils doivent l'être à la pesanteur et pression de l'air ; car, pour ouvrir franchement ma pensée, j'ai peine à croire que la nature qui n'est point animée, ni sensible, soit susceptible d'horreur, puisque les passions présupposent une âme capable de les ressentir, et j'incline bien plus à imputer tous ces effets à la pesanteur et pression de l'air parce que je ne les considère que comme des cas particuliers d'une proposition universelle de l'équilibre des liqueurs, qui doit faire la plus grande partie du traité que j'ai promis. Ce n'est pas que je n'eusse ces mêmes convaincantes pensées lors de la production de mon Abrégé ; et toutefois, faute d'expériences, je n'osai pas alors (et je n'ose pas encore) me départir de la maxime de l'horreur du vide, et je l'ai même employée pour maxime dans mon Abrégé : n'ayant alors d'autre dessein que de combattre l'opinion de ceux qui soutiennent que le vide est absolument impossible et que la nature souffrirait plutôt sa destruction que le moindre espace vide. En effet, je n'estime pas qu'il nous soit permis de nous départir légèrement des maximes que nous tenons de l'antiquité si nous n'y sommes obligés par des preuves indubitables et invincibles. Mais, en ce cas, je tiens que ce serait une extrême faiblesse d'en faire le moindre scrupule, et qu'enfin nous devons avoir plus de vénération pour des vérités évidentes, que d'obstination pour ces opinions reçues. Je ne saurais mieux vous témoigner la circonspection que j'apporte avant de m'éloigner des anciennes maximes, que de vous remettre dans la mémoire l'expérience que je fis ces jours passés en votre présence, avec deux tuyaux, l'un dans l'autre, qui montrent apparemment le vide dans le vide.

Vous vîtes que le vif argent, du tuyau intérieur demeura suspendu à la hauteur où il se tient par l'expérience ordinaire, quand il était contrebalancé et pressé par la pesanteur de la masse entière de l'air, et qu'au contraire, il tomba entièrement, sans qu'il lui restcàt aucune hauteur ni suspension, lorsque par le moyen du vide dont il fut environné, il ne fut plus du tout pressé ni contrebalancé d'aucun air, en

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