GYMNASTES, PÉD0TH1BES ET ATHLÈTES
nommé Hérodicus,néàLentini,versla88 8 01ympiade.Cet Hérodicus, au dire d'Hippocrate, a laissé d'excellents traités qui malheureusement sont perdus et dont tous les médecins philosophes de l'antiquité ont l'ait le plus grand cas. Hérodicus aurait été gymnaste d'une Académie. Ayant remarqué que les jeunes gens qu'il avait sous sa conduite et qu'il instruisait aux exercices de la lutte, du pugilat, etc., devenaient pour l'ordinaire d'une santé très robuste et que même les plus faibles d'entre eux se fortifiaient souvent, il songea à appliquer les exercices gymniques aux débiles et aux malades.
Plutarque rapporte qu'Hérodicus lui-même, avait été attaqué d'une maladie réputée incurable dont il s'était guéri par l'exercice seul.
Nous ne pouvons que hasarder des conjectures sur les principes de sa gymnastique, mais, d'après Galien, il réglait très rigoureusement le régime alimentaire, tenait compte des tempéraments, de l'âge, des climats, des saisons et des maladies. 11 est probable que les règles que nous trouverons plus tard dans Philostrate, se rencontraient aussi dans le système d'Hérodicus. Pline, qui avait lu tous les traités de ce médecin, disait que pour les bien entendre il fallait être savant en art et en géométrie, et que l'étude en était si difficile que la plupart de ses élèves l'avaient abandonnée. Hippocratedit que la manière dont il traitait ses disciples dans les maladies était très dangereuse.
« Il tuait les fébricitants, par l'excès des promenades, par la lutte, la diète et les fomentations; ni ayant rien de plus pernicieux pour ceux qui ont la fièvre, que la faim, la lutte, les promenades et les frictions(i). »
Hippocrate faitencore à Hérodicus d'autres reproches. « Prétendant, dit-il, surmonter les fatigues que cause la maladie, par une autre fatigue, Hérodicus attirait à ses malades, tantôl des inflammations, tantôt des maux de côté. »
(1) De morb. popul. Libr. IV, p. 117O, cJit. Fol ; s.
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En fait, la gymnastique en Grèce a toujours été considérée comme un des meilleurs moyens thérapeutiques. Elle s'est développée surtout quelque temps avant Platon, au moment de l'institution des athlètes, des gymnastes et des pédotribes.
Les athlètes ('A8Xr,Tfc) (professionnels) se consacraient exclusivement aux exercices corporels pour se rendre aptes à concourir dans les jeux publics, tandis que les gymnastes (yu[j.v«cty;;) et les pédotribes faisaient métier de la science gymnique elle-même.
Le gymnaste était surtout, ce qu'en terme de sport, nous appellerions aujourd'hui un professeur, mais il avait aussi quelques connaissances médicales. C'était lui qui choisissait les athlètes, dictait leur régime, appréciait leurs aptitudes et s'attachait à mettre leur corps et leurs muscles dans un état déterminé. Pendant les exercices préparatoires, de même que pendant le concours, les gymnastes excitaient de la voix, menaçaient, réprimandaient leurs élèves.
« Le gymnaste, dit Philostrate, ne doit être ni bavard, ni dépourvu du talent de parole ; le bavardage amollira l'énergie de son art ; il paraîtra ignorant, s'il ne raisonne pas sur ce qu'il fait faire. Il faut encore qu'il possède toute la science physiognomonique. Je recommande ces connaissances par la raison que voici : un jeune athlète sera jugé par un magistrat d'Olympie, ou par celui des amphictyons, d'après les qualités suivantes : sa tribu, sa patrie, son père, sa naissance, s'il est issu de parents libres, s'il n'est pas bâtard et, de plus, s'il est jeune, -s'il ne dépasse pas l'adolescence, s'il est retenu ou libertin, s'il est buveur ou gourmand, s'il est courageux ou poltron. Quand même les juges ignoreraient ces qualités, les lois ne leur feraient pas le moindre reproche ; mais le gymnaste doit savoir tout cela.
Etant en quelque façon le juge de l'état naturel de l'athlète, il doit lire le caractère dans les yeux, qui dénotent les hommes mous ou actifs, les dissimulés, les moins courageux et les incontinents. En effet le caractère est bien différent chez les individus aux yeux noirs, aux yeux brillants, bleus, marqués de sang, aux yeux jaunâtres, bigarrés, saillants ou enfon-
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ces ; car la nature indique les saisons par les astres et les caractères par les yeux (i). »
Pour le choix même des athlètes, Philostrate conseille au gymnaste de se référer au canon grec :
« Quant à la conformation du corps, nous allons l'examiner d'après les principes de la statuaire.
Fig. 32. — Coureurs armés. D'après Gerhard.
La cheville du pied doit être en harmonie avec le carpe, la jambe avec l'avant-bras, le bras avec le fémur et l'épaule doit correspondre à la cuisse, le milieu des épaules proportionné avec la partie correspondante du devant, le sternum saillant comme la partie de l'ischion ; la tête sphérique comme l'univers, doit être en rapport avec toutes les parties du corps (2).
Ces membres étant ainsi tracés, il ne faut pas croire que tout exercice en doive être la conséquence, l'athlète peut avoir une autre conformation: aussi devons-nous mettre à l'épreuve
(1) Philostrate. Sur la gymnastique. Traduction Mynas. Paris, Bossange et fils, i858, p. 79 et suivantes.
(2) Le canon de Philoslrate est très primitif et très éloigné d'autres canons grecs, en particulier de celui de Polyclète.
Les athlètes de Philostrate, mensurés d'après les lois indiquées par Merkol (Handhuch der topographischen Anatomie), auraient les jambes trop courtes ou les bras trop longs et seraient accusés aujourd'hui de rachitisme.
Pour examiner si le sternum était aussi saillant que l'ischion, il était nécessaire d'observer l'athlète do profil dans une position analogue à celle qu'indique Stratz pour la détermination de la tangente de Pasteur.
Voir : Stratz. La beauté de la femme. Paris, Gaultier, Magnier et C ie , 1902, p. 52, fig. 17.
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la nature en examinant la conformité du corps avec l'exercice...
Je recommande donc au gymnaste de réfléchir, comme je viens de le dire, sur l'analogie des parties du corps, et avant l'analogie, sur l'étal des humeurs et même sur ce qui est plus important et décrété par Lycurgue le Spartiate: ayant procuré à Sparte des athlètes guerriers, il ordonna que les jeunes filles s'exerçassent, qu'on leur permît de prendre part aux courses publiques. Il le fit certes en vue d'une belle génération et pour que, leur corps fortifié ainsi, elles donnassent naissance à de beaux enfants, et arrivées dans la maison de leur mari, elles fussent en état de porter de l'eau et d'aller moudre le blé, s'étant ainsi exercées à la fatigue de bonne heure : et que si elles viennent à se marier avec leurs condisciples d'exercice, elles donneront des enfants beaux, grands, forts, exempts de maladie, — et Sparte a été puissante dans la guerre par suite des mariages qui se faisaient ainsi..
Puisqu'il faut commencer par la naissance, le gymnaste se mettra à exercer le jeune athlète après l'avoir examiné du côté de ses parents et s'être assuré si, lorsqu'ils se sont mariés, ils étaient forts et exempts de maladies, de celles qui s'attaquent aux nerfs, aux yeux, aux oreilles ou aux viscères ; car ces maladies se transmettent aux enfants et se cachent pendant leur enfance; mais quand ils atteignent l'âge de puberté et entrent dans la virilité, la vigueur de la jeunesse commençant à diminuer dans les révolutions de l'âge, lorsque le sang éprouve du changement, ces maladies héréditaires se déclarent manifestement ; tandis que des parents jeunes, tous les deux sains et robustes, transmettent à l'enfant de la force, de la vigueur, du sang et des humeurs purs, des os forts et une grande proportion dans les partiesdii corps ; j'ajouterai même que les enfants se distinguent alors par la beauté.
Mais, dira-t-on, en supposant que les parents sont inconnus ou qu'ils ne se trouvent pas présents à l'examen que l'on fera de leur enfant, comment constater son origine? La question deviendra absurde, si l'athlète étant déjà dans le cirque et aspirant a la couronne d'olivier ou de laurier, nous allons chercher son père ou sa mère, morts peut-être après la nais-
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sance de leur enfant. Malgré tout cela, il faut que le jour où le jeune athlète paraîtra dans le cirque, le gymnaste n'ignore pas l'état des parents de son disciple.
Cette proposition est certes embarrassante et présente des dillicultés, mais elle est du domaine du gymnaste, aussi doisje la lui bien recommander.
Je viens de montrer les athlètes qui ont reçu le jour de parents jeunes et vigoureux; quant aux enfants des personnes âgées, on les reconnaîtra d'après ce qui suit : leur peau est molle, le creux des clavicules prononcé, les veines saillantes comme celles des hommes fatigués, l'ischion disproportionné, le tempérament faible.
Soumis à l'exercice, ces enfants montrent leur mollesse davantage, ils sont nonchalants, leur sang n'est pas bien élaboré à cause de sa froideur, la sueur parait surnager sur leur corps plutôt que sortir des parties saillantes et creuses. Ils ne sont pas colorés par la fatigue, leurs pores étant ouverts par la sueur ; ils ne peuvent soulever aucun objet sans l'aide d'un •crochet, leur fatigue est plus grande que leur travail.
A mon avis, ces enfants ne sont capables d'aucun exercice. On ne peut pas compter sur eux pour les exercices virils, et surtout pour le pancrace et le pugilat. Ils seront accablés de coups et de blessures, ayant la peau si molle. Cependant on ne fera pas mal de les exercer et le gymnaste doit les encourager, ils en ont besoin, tant pour la fatigue que pour l'exercice. Dans le cas où l'un des parents est âgé et l'autre jeune, les défauts du corps seront les mêmes, mais moins frappants ; le sang dénotera les dispositions morbides, il doit nécessairement être troublé et altéré dans sa couleur par la bile. Un tel sang, quoique purifié momentanément par l'exercice, revient toujours à son état troublé, car il est difficile de changer les défauts naturels.
On peut en quelque sorte s'éclairer sur l'état morbide de ces hommes, avant de les exercer, par le pharynx (i), par les
(i) « Par la proéminence de la gorge «, dit Daremberg. (Traduction de Philostrate, - Paris, Didot, 1808. Bibl. Nat. : Inv. V /ig48 7 .)
Nous reproduisons ici la traduction de Mynas parce qu'elle est la seule qui ait été-
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sommets prononcés de leurs épaules et par leur cou long el trop abaissé du côté de la jonction des clavicules, ainsi que par le grand rapprochement, par devant des épaules, ou en arrière ; dans le premier cas, leurs organes respiratoires étant comprimés, la respiration se trouve gênée dans la fatigue et ils sont souvent incommodés par une mauvaise digestion. Dans-
Fia. 33. — Course à pied ( pleine course ; les coureurs impriment à 1< urs bras un mouvement de va et vient.) — Amphore de très ancien style Musée de Munich.
le second cas, leur ventre étant lourd et pendant, ils penchent en arrière ; ce cpii occasionne une respiration faible. » Les athlètes étaient encore instruits par le pédotribe (s rcaiSs- Tp'.6n)ç). Celui-ci n'avait pas les mêmes attributions que le gymnaste. 11 enseignait les manœuvres etfaisait exécuter les exercices prescrits, sans s'occuper des effets qu'ils devaient produire sur la santé ; d'après Mynas, c'est lui qui frottait les athlètes. Il « réglait les élans et la mesure des mouvements », apprenait à se mettre en garde et enseignait comment on
faite sur le manuscrit authentique de Pliilostrate. Elle a l'inconvénient d'être écrite en mauvais français, mais elle est, suivant toute vraisemblance, plus exacte que celle de Daremberg.
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triomphe de quelqu'un qui s'est mis lui-même sur la défensive (1). Les monuments représentent toujours les pédotribes en manteau et armés de la verge. Galien mentionne enfin des progymnastes, qui étaient probablement des employés inférieurs du gymnase.
Nous venons de voir quel était le personnel enseignant d'un gymnase grec et Philostrate nous a montré sur quelles données anatomiques et médicales le gymnaste devait s'appuyer pour choisir les athlètes.
Fig. 3&. — Sauteur. Disque en bronze gravé. Fig. 35. — Athlète lançant le javelot. Disque (Musée britannique.) votif en bronze gravé. (Musée britannique).
Ces données mêmes n'étaient pas suffisantes. Le premier choix fait, les athlètes étaient spécialisés et entraînés à tel ou tel exercice de l'agonistique, après un examen plus approfondi de leur configuration anatomique et de leur tempérament.
A ce moment encore, intervenait le gymnaste dont la science, comme on le voit, devait être considérable.
Pour le pentalhle ou quintuple combat qui comprend le saut, la course à pied, le jet du disque et du javelot, la lutte, Philostrate donne les conseils suivants:
(1) Philostrate. Trad. Mynas, ]>. 17: « IIaXaia|JKrru)V ôr.rjia. et'87] Isti, Sr;),a)7;i rauooTp'.Sr];, etc. »