PAR LA LUMIÈRE
« Que le médecin promène un œil observateur sur toute la nature, partout où il trouvera la Me, il la verra soutenue, développée, conservée par la lumière solaire. »
Thèse de Cauviîi, Paris, i8i5.
« De toutes les fleurs, c'est la fleur humaine qui a le plus besoin de soleil. »
MlCnELET.
Abstraction faite des effets de la lumière sur les végétaux et sur les appareils de la vision, nous sommes peu renseignés sur son action physiologique. Son influence sur la peau et sur les bactéries est au contraire très bien connue. La lumière modifie plus ou moins profondément les espèces microbiennes ; elle peut les atténuer ou les tuer. Duclaux (i) a montré que la lumière solaire est l'agent d'assainissement à la fois le plus universel, le plus économique et le plus actif auquel puisse avoir recours l'hygiène publique ou privée.
Les recherches modernes ont démontré aussi que ce sont les radiations chimiques seules (c'est-à-dire le spectre ultraviolet dont les longueurs d'ondes sont les moins étendues (2), qui produisent les effets physiologiques de la lumière.
Cette notion est une des acquisitions scientifiques les plus récentes, mais il est vrai de dire que quelques observateurs d'autrefois ont utilisé empiriquement si l'on veut, mais efficacement, la lumière solaire.
Le monde antique a nécessairement méconnu les effets thérapeutiques delà lumière et nous allons voir qu'ils ont été seulement pressentis le jour où les progrès généraux de la science ont permis aux médecins d'être mieux renseignés sur la nature de cet agent physique.
(1) Cf. : i° Duclaux. Comptes rendus de la Société de biologie, i885, p. 3g5 ; Semaine médicale, i885, p. 22.
2° Lortet et Genout. La lumière agent thérapeutique. Lyon, Rey, ifjoo. Bibl. Nat. : Te 3 Z 9 .
Voir aussi :
Downes et Blunt. Proceed. of the Roy. Society ofLondon, XXVIII, 1878, p. igg.
(3) Au-dessous de 3g2 jju
36a LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA LUMIERE
Empédocle attribuait la lumière à l'écoulement d'une matière particulière s'échappant des corps lumineux. Pour Démocrite, Epicure, Lucrèce, elle était formée de corpuscules très ténus lancés par les mêmes corps.
Aristote avait tenté d'étudier son action physiologique. Dans les Problèmes, il voulut analyser l'action du soleil sur la sueur :
« Pourquoi, quand on s'exerce, dit-il, sue-t-on davantage, lorsque, après avoir suspendu ses efforts, on les reprend, que lorsqu'on les continue sans interruption ?
N'est-ce pas parce que, quand on se repose, la sueur s'accumule? En reprenant son exercice, on fait sortir cette sueur, qui s'est accumulée depuis qu'on a cessé. Au contraire, un exercice continu dessèche peu à peu la sueur, comme le fait le soleil (i).
Pourquoi, puisque le soleil nous échauffe plus quand nous sommes nus que quand nous sommes habillés, suons-nous pourtant davantage avec nos habits ?
Est-ce parce que le soleil en nous brûlant ferme les pores? Ou bien n'est-ce pas que le soleil dessèche la transpiration, et que cet effet se produit moins quand nous sommes vêtus?»
Il connaissait aussi l'action de la lumière sur l'éternuement :
« Pourquoi éternue-t-on davantage quand on regarde vers le soleil ?
N'est-ce pas parce que le soleil meut notre organe en l'échauffant? C'est le même effet que quand on se touche le nez avec des plumes. De part et d'autre, c'est la même action (3). »
Hippocrate exposait quelquefois ses malades au soleil et Oribase nous a conservé un passage d'Hérodote tiré du livre sur les moyens de traitement externe où l'auteur décrit un procédé thérapeutique employé de toute antiquité sous le nom d'insolation :
(i) Problèmes. Sect. II, § 7.
(2) Problèmes. Sect. II, § g.
(3) Problèmes. Sect. XXIII, § 5.
« L'exposition au soleil est éminemment nécessaire aux gens qui ont besoin de se restaurer et de prendre de la chair; cependant il faut éviter les rayons qui s'échappent à travers les nuages, et, dans les pays à l'abri du vent, ceux qui sont souvent interceptés. Autant que possible on s'arrangera de façon que, en hiver, au printemps et en automne, le soleil vienne frapper directement les malades, mais, en été, il faut rejeter cette méthode pour les gens faibles, à cause de l'excès de chaleur. C'est surtout le clos qu'il faut exposer au soleil ou au feu, car les nerfs qui obéissent à la volonté se trouvent principalement dans cette région, et, si ces nerfs sont tenus dans cet état de douce chaleur, cela rend le corps tout entier plus sain; toutefois il faut garantir la tête à l'aide de quelque couverture (i). »
Au xvii" siècle, Gassendi développa le système de Déinocrite en cherchant à définir la nature de la lumière. Descartes imagina qu'elle était constituée par un fluide extrêmement subtil répandu dans tout l'univers et remplissant l'espace. Ce fluide composé de molécules continues était mis en mouvement et pour ainsi dire poussé par les corps lumineux, transmettant leur impulsion aussitôt dans tous les sens. Newton se rattacha au système de l'émission, système qui expliquait d'ailleurs les faits connus de son temps:
« Les corps lumineux lancent dans toutes les directions et avec une rapidité extrême des corpuscules d'une nature spéciale, très écartés les uns des autres, de telle sorte qu'ils peuvent se croiser en tous sens sans se heurter et sans se gêner les uns les autres ; ces corpuscules étaient sans pesanteur ; d'autre part, ils avaient une masse insensible, car toutes les expériences faites pour entraîner un système même le plus délicat et le plus mobile en concentrant sur lui des rayons lumineux avaient toujours échoué (2). »
Aujourd'hui la science se rattache de préférence au système des ondulations proposé par Malebranche. Les molécules des
(1) Oribase. Traduction Busscmakcr et Darcmberg, t. II, p. 407.
(2) Grande encyclopédie. Paris, Lamirault. Art. : Lumière.
corps lumineux vibrent ; elles transmettent leur mouvement à des tourbillons de matière subtile remplissant tout l'univers ; l'amplitude plus ou moins grande de ces mouvements est la cause de l'intensité plus ou moins grande de la lumière; la rapidité différente de ces mouvements est la cause de la diversité des couleurs. La rapidité pouvant croître d'une façon insensible, ce système explique facilement l'existence d'un nombre infini de nuances; dans le système de Newton, au contraire, chaque couleur étant due à l'émission d'une seule espèce de particules, il aurait fallu imaginer l'existence d'un nombre infini de particules, la lumière ne se composant pas seulement des sept couleurs appelées fondamentales.
Huyghens est le véritable auteur de la théorie des ondulations. C'est lui qui a imaginé l'hypothèse d'un milieu parfaitement élastique remplissant tous les corps, même les corps opaques, Yéther.
« Les molécules des corps lumineux sont animées de mouvements vibratoires très rapides qui se transmettent, comme le son dans l'air en ébranlant l'éther, chaque vibration donnant naissance aune onde comparable aux ondes sonores et même à celles que fait naître la chute d'un corps dans l'eau et qui se traduisent par des cercles qui vont en s'élargissant. Mais les ondes lumineuses ont une vitesse de propagation incomparablement plus grande (i). »
Ce système fut combattu par Newton. Au contraire Euleret Yung le soutinrent avec passion. La théorie de l'émission fut définitivement infirmée par Foucault en i85o ; il reconnut que la vitesse de la lumière dans l'eau était moins considérable que dans l'air, ce que la théorie de l'émission contredisait (2).
(1) M., ibid.
(2) Il existe enfin une théorie électro-magnétique de la lumière (théorie de Maxwell): « Maxwell a établi dans celte théorie qu'il existait des ondes électro-magnétiques constituées par des \ibrations transversales à la direction de leur propagation, au moins analogues, par conséquent, à celles qui constituent la lumière. De plus, celte théorie permet de calculer la vitesse de cette propagation : elle est égale au rapport des unités électro-magnétique et électro-statique. Or la mesure de la vitesse de la lumière a conduit très sensiblement au même nombre que celui qui représente le rapport de ces deux unités (3o milliards de centimètres environ par seconde). Cette