FAURE, LE COMTE ET LA PEYRE
Bientôt l'analyse du spectre solaire va permettre d'établir l'existence des rayons chimiques dont l'étude conduira aux méthodes de traitement les plus récentes, par exemple à celle du P r Finsen, de Copenhague.
§ i. — Faure, Le Comte et La Peyre.
C'est le lieu de rappeler ici que nous avons établi récemment à l'une des séances delà Société française d'histoire de la médecine (i), que le professeur danois a eu dans notre pays au xviii siècle, trois précurseurs : Faure, Le Comte et La Peyre dont nous publions pour la première fois les observations in extenso.
Le premier en date est Faure qui a écrit en 177/i, dans les Mémoires de l'Académie royale de Chirurgie, un travail sur l'usage de la chaleur actuelle dans le traitement des ulcères (2).
Faure croyait avoir découvert un nouveau traitement des engelures, des panaris et des ulcères de jambes, par ce qu'il dénommait la « chaleur à distance ». Pour ce traitement, il utilisait un charbon ardent qu'il approchait et éloignait alternativement de la partie malade, jusqu'à ce que le patient en ressentît une forte chaleur, sans pourtant se brûler. L'expérience lui avait appris que si l'on maintenait pendant quelque temps le charbon à une distance donnée des plaies, de telle manière que la région malade atteignit une température variant entre 3o et 4o° Réaumur (37°5 à 5o°C), la plaie se détergeait et coulait, puis se guérissait plus vite. Ce traitement lui
curieuse vérification expérimentale a conduit Maxwell à faire un pas de plus et à admettre l'identité complète des ondes électro-magnétiques et des ondes lumineuses. Une autre conséquence de la théorie de Maxwell a été vérifiée au moins très exactement pour les gaz. L'indice de réfraction de ces corps a été trouvé très sensiblement égal à la racine carrée de leur constante diélectique et si, pour les corps solides, l'accord est beaucoup moins satisfaisant, cela tient surtout à des difficultés expérimentales qui disparaissent quand on étudie les gaz. » (Grande encyclopédie. Id., ibid.)
(1) Cf. : Bulletin de la Société française d'Histoire de In Médecine. Paris, iqo3, tome 2, p. 3og.
(2) Fauue. Mémoire sur l'usage de la chaleur actuelle dans le traitement des ulcères, in: Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, tome V. Paris, Didot, 1774, p. 821.
donna l'idée d'en essayer un autre qui lui semblait plus pratique. Il présentait les ulcères de jambes à l'ardeur du soleil au moment où la chaleur était de 33° Réaumur (/ii°,25C.). Voici ce qu'il dit expressément:
« Mais ce qui parait encore plus admirable et bien moins dispendieux (que l'emploi de la chaleur produite à distance par un charbon enflammé), c'est la découverte que je viens de faire, laquelle consiste à présenter la partie ulcérée à l'ardeur du soleil, dans le moment que cette chaleur atteint le trente-troisième degré du thermomètre de M. de Réaumur: on voit couler de tous les points qui peuvent donner issue à la matière purulente la même rosée que la chaleur du charbon procure. Or dans les pays méridionaux on pourra se servir de ['insolation pour terminer la cure des ulcères, et même dans les autres régions lorsque la saison le permettra (i). »
Faure publie les trois observations suivantes d'ulcères dejambe et de cancers du sein guéris par l'insolation.
Observation XXIX (Ulcère de jambe).
Une femme a guéri d'un ulcère cutané à la jambe par cet exercice-
(action de la chaleur à distance) et par l'insolation.
Observation XXXIV (Ulcères de jambe).
Le sieur..., marchand de fer, était malade depuis longtemps d'un ulcère à chaque jambe. Ces ulcères s'cnllammaient de temps en temps et le tourmentaient beaucoup. Pour se débarrasser de cette maladie, il a eu recours, à plusieurs personnes de l'Art, qui successivement lui ont ordonné de prendre intérieurement tous les remèdes qu'ils ont cru devoir le soulager ; on lui a administré les frictions mercurielles avec grande attention. On a fait des. applications de toutes les espèces, le tout vainement. Enfin, on a eu recours à moi ; j'ai conseillé la chaleur instantanée du charbon ardent et Y insolation, et dans l'espace de deux ou trois mois, le malade a été guéri, sans garder le repos et sans cesser son commerce, quoiqu'un des ulcères fût ouvert depuis seize ou dix-sept ans et l'autre depuis huit.
(i) Faure. Op. cit., p. 8^7.
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Observation XL1I (Cancer du sein[?]~)
La servante de M..., prêtre de Saint-..., a commencé l'usage de la chaleur instantanée à l'occasion d'un cancer occulte à la mamelle gauche, l'occupant presque tout entière, ayant sur la superficie une exubérance de la longueur de deux pouces et de la largeur de sept ou huit lignes, dans laquelle on sentoil une fluctuation qui annonçoit une ouverture prochaine. La douleur était grande depuis dix ou douze jours. On s'étoit adressé à plusieurs personnes de l'Art, pour que la malade put recevoir quelque soulagement dans une maladie qui duroit depuis huit ou dix mois, quoique sans dérangement de flux menstruel. Les diverses consultations que l'on fil se bornèrent à conseiller l'extirpation, ce qui causa grande frayeur à la malade, et ce fut à cette époque qu'elle vint à moi; mais sçachanl, par une longue expérience, qu'après l'extirpation, nous avons souvent le chagrin de voir la maladie se reproduire, je lui conseillai donc d'exposer sa tumeur à la chaleur d'un charbon ardent, observant de se bien chauffer, mais de ne point se brûler ; je lui conseillai aussi Y insolation, dans la vue que ce moyen pourroil peutêtre exciter une inflammation artificielle, capable de détruire la résistance opiniâtre de cette maladie, qui jusqu'ici n'a pu être domptée par aucun moyen connu et avoué par la Pratique sensée et éclairée.
Je trouvai une glande axillaire fort gonflée, fort douloureuse et collée à la tumeur principale. La malade n'eut aucune peine à se déterminer au traitement qu'on lui proposoit, persuadée que rien n'était pire que l'extirpation. Sa détermination fut bientôt récompensée par l'entière cessation de la douleur, laquelle n'a reparu depuis que de loin en loin, ne se faisant sentir seulement que dans des petites parties du sein malade, et disparaissant sur le moment que la malade approchoit le charbon des parties douloureuses.
Dès le premier jour la glande de l'aisselle diminua sensiblement. Les jours suivans, la fluctuation, dont nous avons parlé, disparut presque entièrement, et le cancer en total parut diminuer. Cette môme partie, où étoit la fluctuation, devint plus dure et plus adhérente à la grande tumeur : sa couleur changea et devint rouge, eu égard à sa propre situation, qui l'exposoit à la plus grande ardeur du charbon. Après trois mois ou environ du traitement dont nous parlons, il s'est fait sur ce sommet quelques légères ouvertures (lui ont donné une suppuration louable ; par trois fois quelques gouttes de sang; le tout sans que la malade ait ressenti la moindre douleur, non plus que lorsqu'on touche la tumeur qui diminue, se ramollit et se circonscrit de jour à autre, et qui par là s'est éloignée de deux pouces de la glande axillaire à laquelle elle était jointe ; cette glande elle-même est rentrée en son étal naturel, quoique la malade ne se ménage en aucune manière ; qu'elle puise de l'eau et s'occupe des ouvrages les plus pénibles de son état. Une réflexion simple naît de ce sujet : c'est que ce traitement sera, sans doute, bien plus efficace lorsque la tumeur ne sera que squirrheuse.
Le travail de Faure fit sensation, si bien que, deux ans après lui (1776), La Peyre et Le Comte, reprenant sa méthode thérapeutique, envoyèrent à la Société royale de Médecine quelques observations d'ulcères et môme de cancers guéris par la lumière du soleil. Mais ces deux médecins avaient eu l'idée, bien simple à la vérité, de renforcer au moyen de lentilles l'action des rayons solaires. Avant de publier les textes mêmes de ces différents auteurs, qu'il nous soit permis de faire quelques remarques.
La Peyre, suivant l'exemple de Faure, faisait jouer sa lentille sur les ulcères qu'il traitait, de manière à ne pas occasionner de brûlures et à agir, comme son devancier, par ce que Faure avait appelé « la chaleur à distance » et ce que nous appellerions, aujourd'hui, les rayons chimiques. Il promenait le foyer de la lentille sur les parties malades, sans le laisser agir longtemps sur la même place, de manière à ne pas produire d'escarre. Le terme même de « chaleur à distance » employé par Faure indique bien que ce chirurgien avait senti confusément qu'il y avait autre chose, dans l'action du soleil sur les plaies, qu'une action purement calorique ; sinon il eût été plus rationnel de brûler les parties malades.
De même, La Peyre avait démêlé, lui aussi, dans l'action de la lumière solaire, autre chose qu'une action combustive. Sinon, il n'eût pas promené le foyer de sa lentille sur les ulcères, mais il l'eût laissé en place, comme le faisait par exemple Le Comte, pour agir à la façon d'un cautère.
Le mémoire de Faure ne laisse au surplus aucun doute, puisque ce chirurgien dit entérines exprès qu'il soumettait les parties ulcérées à l'ardeur du soleil « dans le moment que cette chaleur atteint le trente -troisième degré du thermomètre de M. de Réaumur », c'est-à-dire quand la partie exposée était à une température de 4i u ,2Ô du thermomètre centigrade.
Faure et La Peyre s'étaient donc mis, sans le savoir, dans de bonnes conditions pour faire agir sur les parties malades et sans qu'il y eût brûlure, les rayons chimiques du spectre solaire. Ils méritent, par conséquent, d'être cités parmi les précurseurs du P r Finsen, et la connaissance moderne des
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propriétés bactéricides de la lumière nous explique les guérisons obtenues.
A une époque où l'antisepsie et l'asepsie ne pouvaient même être imaginées, l'on avait recours parfois, sans le savoir, à ces admirables instruments d'hygiène. Les solutions et les emplâtres mercuriels étaient fréquemment employés dans la pharmacie du xvui" siècle, et nous avons vu que les règlements de police de Delamare prescrivaient en cas de peste, la désinfection par le soufre des locaux contaminés (i).
Sans avoir conscience, peut-être, de l'importance de leur découverte, Faure et La Peyre venaient de signaler aux médecins un nouveau traitement antiseptique.
Le Comte que nous rangeons aussi parmi les précurseurs de Finsen, puisqu'il employait la lumière dans le traitement des ulcérations, n'avait vu, au contraire, dans l'action de la lentille, qu'une action purement calorique. 11 suffit pour s'en convaincre de parcourir l'observation que nous publions plus loin et qui a trait à la guérison d'un cancer.
A la lecture de cette observation, deux hypothèses viennent à l'esprit:
i' J Le diagnostic de Le Comte serait erroné : il n'aurait pas guéri un cancer, mais une autre tumeur ;
2° Dans l'hypothèse d'un épithélioma, par exemple, il aurait détruit la tumeur à l'aide de rayons ardents, comme il l'aurait pu faire à l'aide d'un cautère ordinaire.
Les deux hypothèses sont vraisemblables et peuvent se soutenir, bien qu'en pareille matière, nous ne puissions rien affirmer avec certitude.
Il est avéré cependant que les médecins du xvin siècle appelaient cancer ou carcinome, aussi bien les tumeurs tuberculeuses, les accidents phagédéniques et syphilitiques que les cancers proprement dits (2).
Nous mettons sous les yeux du lecteur, qui jugera en dernier ressort, les documents eux-mêmes.
(1) Cf. plus haut: Thérapeutique par l'air.
(2) Cf. : Dictionnaire universel de James. Traduit par DiJerol, Eklous et Toussaint, l'aris, 1767. Articles : Carcinoma, lupus, etc.
Mac-Auliffe. 24
î 7 o LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA LUMIÈRE
Observations (i).
Sur la guérison Je plusieurs ulcères, opérée par le mouvement vacillatoire
du verre ardent.
M. La Peyre, chirurgien de vaisseau, guidé par les mêmes principes quev M. Faure a exposés à l'Académie royale de chirurgie, sur les propriétés de la chaleur du cautère actuel, a cherché un expédient plus prompt et plus efficace, et il croit l'avoir trouvé dans la chaleur du verre ardent. Il l'emploie de la manière suivante dans le traitement des ulcères. Il le présente aux rayons du soleil afin de les rassembler dans un foyer auquel il expose la partie ulcérée; il la parcourt dans toute son étendue, jusqu'à ce que la chaleur se fasse sentir vivement ; il répète plusieurs fois cette opération dans le courant de la journée et comme la lentille dont il se sert n'est pas longtemps dans la même situation, il donne au mouvement qu'elle exécute le nom de vacillatoire.
V e Observation.
Le sieur Graneteau, horloger, engagé le i4 février 1773 dans le régiment de l'Ile-de-France, fut attaqué de quatre ulcères dont deux étaient calleux avec quelques sinuosités. Un de ces ulcères était situé à la partie moyenne et externe de la jambe. On l'envoya dans cet état à l'hôpital où il fut traité sans succès. Le second ulcère survenu le 4 septembre 1775 avoit été causé par un furoncle à la partie externe et inférieure de la même jambe. Le troisième étoit placé à la partie moyenne et antérieure de la jambe gauche, où il étoit survenu une tumeur qui avait dégénéré en ulcère. Le quatrième avoit attaqué le bas de la même jambe, de sorte qu'elles étoient toutes les deux en très mauvais état. Le 25 janvier 1775, ce malade fut attaqué d'un chancre entre le prépuce et le gland, avec deux bubons vénériens aux aines. Il s'est embarqué avec ces symptômes, le 27 mars, à l'Orient, sur le vaisseau la Nalolie. M. La Peyre commença par détruire ce virus vénérien. Ayant reconnu l'inutilité des onguents pour le traitement des ulcères, il employa la chaleur du feu actuel, suivant l'ingénieux procédé de M. Faure, et n'ayant obtenu aucun succès de ce moyen, il eut recours à la chaleur du verre ardent, Il ne tarda pas à en observer les bons effets. Les bords calleux se fondirent, la suppuration devint louable et dans l'espace de quarante-six jours tous les ulcères étant guéris, le malade fut en état de remplir ses devoirs à bord du vaisseau.
(1) In : Histoire de la Société royale de médecine. Paris, Didot, année 1776, p. 396.
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2 e Observation.
Trois mois avant que l'équipage du vaisseau la Nalolie s'embarquât, une
caisse tomba sur la jambe droite du nommé Paul, soldai. A la suite de cel accident, il survint un ulcère de forme ronde, avec écoulement de matières sanieuses. Ce malade a été guéri par l'usage du verre ardent.
3 e Observation.
Le nommé Parade avoit un petit ulcère à la partie interne de la main. On mit les onguents en usage ; mais on s'aperçut bientôt que le mal augmentoit. M. La Peyre employa le verre ardent avec le même succès.
4 e Observation.
Le nommé Ponsard, soldat, embarqué dans le même détachement, ayant consulté M. La Peyre le 3 avril 1770 sur un phymosis accidentel, causé par des chancres qui avoient rongé le gland, avec gonflement, ce chirurgien incisa d'abord le prépuce et il administra au malade les remèdes antivénériens. Un des principaux accidents étoit un bubon ulcéré duquel couloit une matière corrosive et que le mercure ne guérit point, le vice étant devenu local. L'insolation à la manière de M. La Peyre fut employée avec avantage.
M. La Peyre a guéri par celte méthode plusieurs Arabes et plusieurs Maures pour lesquels il a été consulté sur la cote d'Abyssinic. Dans l'île de Quérembé il a employé heureusement son procédé sur un grand nombre de nègres attaqués d'ulcères et pour la traite desquels le vaisseau la hatolie était allé. Plusieurs nègres ont été guéris de même à l'Ile-de-France.
Ces différents faits extraits d'un mémoire très détaillé qui a été remis à la Société par M. La Peyre sont attestés par l'état-major et par un grand nombre de personnes en place qui dirent avoir été témoins de ces succès et avoir vu administrer cette méthode par M. La Peyre.
M. Le Comte, chirurgien à Arcueil, ayant eu connaissance de ces observations s'est rappelé qu'il a mis lui-même ce moyen à exécution, il y a longtemps. Il a justifié les dates de son observation, et il a remis son travail à M. Andrv, pour être communiqué à la Société.
Observation (i).
Sur un cancer à la lèvre inférieure, guéri en trois semaines par le cautère actuel de l'insolation, ou le feu solaire ; par M. Le Comte, maître en Chirurgie à Arcueil.
Je fus mandé au mois de mai 1769 pour traiter la femme d'un jardinier;
(1) Id., ibid., p. 298.
cette femme étoit malade depuis quelque temps, elle avoit le scorbut, de la fièvre et une tumeur chancreuse, noire et élevée vers la commissure des Ir\ res. Depuis longtemps, cette tumeur faisoit des progrès et je jugeai qu'elle n'étoit pas trop dans le cas d'être extirpée. J'examinai les différents moyens proposés par les auteurs pour la guérison de ces tumeurs ; mais aucun de ces moyens ne me satisfit.
Parmi ceux qui ont écrit sur ces maladies, les uns ont employé le cautère actuel, les autres se sont servis de corrosifs ou du cautère potentiel ; mais ils ajoutent que le cautère actuel est suspect dans les carcinomes et dans les cancers ulcérés, parce que l'action du l'eu qui agit dans son plus haut degré de chaleur et de sécheresse ne fait souvent qu'augmenter l'acrimonie de l'humeur et l'irritation de la partie, et produire des douleurs très fortes et encore plus considérables que celles qui sont causées par les cathérétiques. Quant aux escarrotiques, je sais que ceux qui ont donné des interprétations sur lioërhaave, prétendent que ce grand homme a guéri par le moyen des cathérétiques plusieurs cancers; mais je craindrois de m'en servir en pareil cas ; car si on emploie les plus doux, on perd son temps, si on emploie les plus forts ils ont les mêmes inconvénients que le cautère actuel. Ces inconvénients ont engagé d'autres auteurs à conseiller l'extirpation ; mais je pense qu'on abandonnera cette pratique quand on connaîtra les heureux effets que je propose.
Je commençai par guérir le scorbut de la malade, et après avoir réfléchi sur les différents moyensque je mettrais en usage pour traiter son cancer, je me déterminai pour l'opération, mais elle rejeta ma proposition avec horreur. Son refus me rappela une méthode plus douce dont j'avais ouï parler dans mon enfance, je la lui proposai et elle se détermina sur-le-champ à en faire l'essai.
Le jour pris, je la lis placer sur une chaise en face du soleil dont les rayons rassemblés à travers un verre ardent ou lenticulaire que je fixai sur le milieu de la tumeur brûlèrent avec beaucoup d'activité sans que les parties voisines se sentissent de la combustion comme il arrive par le fer rouge, lorsque la grosseur et la figure de l'instrument ne sont pas proportionnées à la partie affectée, ce qui produit par conséquent des douleurs inutiles.
Un autre avantage que je trouvai, c'est que le cautère solaire brûle avec d'autant plus de force et d'activité qu'il ne s'éteint pas comme le métal rougi au feu, et qu'il peut être continué pendant un aussi long espace de tempsqu'on le juge à propos, pour le faire pénétrer aussi loin que l'étendue du cancer le demande; effet que l'on reconnoît aisément par une douleur plus ou moins piquante et lancinante causée par les rayons du soleil, mais qui est beaucoup plus aisée à supporter que le fer rouge.
Lorsque le cancer eut été cautérisé par le feu solaire, j'appliquai une compresse trempée dans l'eau de mélisse spiritueusc et dès le lendemain je trouvai la plaie vive et vermeille avec beaucoup de diminution; j'employai le même traitement pendant quinze jours, tous les jours où le soleil se montrait et j'ai eu l'avantage de voir la plaie diminuer, devenir de plus en plus
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■vermeille, et enfin, en trois semaines, je suis parvenu à guérir radicalement la malade.
La méthode que j'ai employée et que je propose aujourd'hui mérite certainement d'être préférée à l'opération et aux autres cautères proposés : i° elle ne cause pas tant de délabrements ; elle guérit plus aisément et sans déperdition de substance, avantage considérable lorsque la tumeur attaque les lèvres, les paupières et les autres parties délicates, ce qui avoit été entrevu par les anciens devoir être d'une grande utilité, et qu'ils avoient cru trouver en employant l'or rougi au feu et qu'ils regardoient comme le plus doux et le plus pur; 2° ce qui doit engager à pratiquer la méthode que je propose et à la préparer, c'est que chaque rayon solaire est doué d'une activité supérieure au cautère actuel qui seroit dans sa plus grande force de chaleur; l'effet du feu solaire pénètre plus avant et par son extrême subtilité, il atténue et dissipe les humeurs qui causent les engorgements des glandes et des vaisseaux, il en procure l'écoulement et il en change la nature. L'hiver ne fait point d'obstacle à la guérison, il sulfit que le soleil luise ; je le crois même meilleur en hiver qu'en été parce que sa chaleur étant moins forte, on peut être plus sur de ce que l'on fait. Enfin, on peut regarder le feu solaire comme le plus pur, le plus actif et celui qui est le plus convenable à notre machine. Les anciens avoient reconnu une vertu médicinale dans l'action du soleil, puisqu'ils guérissoient quelques espèces d'hvdropisics en exposant les personnes attacjuées de cette maladie aux rayons de cet astre. Ils appelloient cette méthode l'insolation.
L'ellet primitif du cautère actuel solaire est une escarre blanche de la grandeur d'une lentille, si on ne veut pas l'étendre davantage, avec douleur piquante et profonde qui m'a paru plus supportable que le fer rouge et qui tombe aisément du matin au soir, effet qui n'arrive jamais par la cautérisation du fer rouge, puisque l'escarre est toujours noire et plus large que l'application du cautère, de quelque nature qu'il ait été employé et qu'elle est plusieurs jours à tomber par une suppuration lente. Cette cautérisation non seulement brûle sur-le-champ très promptement et aussi profondément qu'on le juge à propos, mais elle a encore un avantage sur le fer rouge, surtout lorsqu'il y a une trop grande humidité dans la plaie.
Il serait très utile de faire revivre l'usage du cautère actuel dont lesanciens se servoienl beaucoup et avec un grand succès, soit pour stimuler et irriter, par exemple, dans l'apoplexie, soit pour ronger les chairs baveusesdes ulcères sordides, soit pour détruire des verrues, des fies et autres callosités, soit pour arrêter les progrès de la gangrène et du sphacèle, soit enfin dans la carie des os spongieux et dans celle des dents. Ils l'cmployolent aussi pour ouvrir des abcès et des tumeurs, pour dissiper certaines humeurs dans la goutte, dans le rhumatisme articulaire, pourvu qu'il n'y eût pas d'inflammation et dans la sciatique,. alors, ils l'appliquoicnt aux fesses. Le coton brûlé sur la partie et le moxa des Chinois reviennent parfaitement au cautère actuel des anciens.
Ce qui me donna lieu de pratiquer cette cautérisation, c'estle souvenir que
j'eus d'un de mes parents, curé dans le diocèse de Soissons, qui ne voulut point se soumettre à l'opération, quoi qu'une consultation des plus habiles chirurgiens de Paris l'eussent conseillée, comme étant d'une nécessité absolue. De retour chez lui, il fut guéri de cette manière par un chirurgien chimiste de Gandelu qu'on lui vanta et qui avoit beaucoup de réputation pour les maladies désespérées des hommes et des bestiaux. Après la mort de ce chirurgien bien des gens des environs qui avoient des cancers aux lèvres et qui avoient connoissance de cette méthode, se sont guéris eux-mêmes par cette espèce de cautérisation qu'ils lui avoient vu pratiquer.
La discussion qui suivit notre communication à la Société française d'Histoire de la Médecine sur les précurseurs français du P 1 ' Finsen, incita le sympathique I) r Beluze, archiviste de la Société, à nous communiquer l'important document suivant qui date aussi du xvm e siècle et que nous sommes heureux de publier ici :
Il y a quelques années qu'il vint de Finlande à Stockholm une femme se présenter à la Cour, pour découvrir un moyen qui rendait l'éruption variolique beaucoup moins considérable. On me lit part de cette découverte ; le remède consistait à donner un drap d'écarlatc au malade au lieu de linge et d'en couvrir même le visage. Je la louai de sa bonne intention et je regardai sa découverte comme très inutile. J'appris quelque temps après que le D r Mieg, de Basic, ayant inoculé un enfant, lui fit mettre des basd'écarlate
sans semelles dès le commencement de la maladie. Il s'était imaginé que la démangeaison que devait causer cette chaussure et la suppression de la transpiration ferait porter le virus aux pieds. Au moment où l'éruption devait avoir eu lieu, il fitoter les bas, espérant trouver beaucoup de boutons aux pieds: mais il fut fort étonné de n'y apercevoir que deux boutons. Comme le sujet avait été bien préparé, que les bains et les lotions avaient excité chez lui une grande transpiration, M. Mieg pensa que le virus varioliquc s'était presque entièrement évaporé par les pores. Il résolut de jeter une poudre irritante dans ces bas, telle que la farine de sénevé ; mais à peine en eut-il fait la tentative, qu'il fut obligé de faire ôter ces bas. Les chaleurs extrêmes qu'en éprouva l'enfant les lui rendirent insupportables. Voyez les Mémoires de l'Académie de Zurich, t. III, p. io3 et 121 (1).
De son côté, M. Jules Piegnault, dans un article récent (2),
(1) Traité des maladies des enfants, traduit du suédois de feu M. Nils Rasen de- Rasenstein par M. Le Febvre de Viilebrune. Paris. Cavelier, 1778 (p. 198-199).
(2) Jules Regxault. Chinois précurseurs de Finsen, in Presse médicale, iqo3> t. Il, n" Go.
paraît avoir établi que les Chinois ont été, peut-être dès le xi e siècle avant J.-C, les précurseurs de l'illustre médecin danois.
§ 2. — - La thèse de Bertrand et les thèses parisiennes du début du xix e siècle.
Ainsi qu'on pouvait le prévoir, les observations si curieuses de Faure, La Peyre et Le Comte ne devaient pas tomber dans l'oubli.
En l'an VIII (1799), nous retrouvons une thèse de Bertrand, soutenue à Paris et qui a pour titre : « Essai touchant l'influente de la lumière sur les êtres organisés, sur l'atmosphère et sur différents corps ehimiques[i) ». Ce titre même indique une orientation nouvelle ; il semble que nous soyons engagés déjà sur la voie qui conduira à l'étude de l'action chimique du spectre et par conséquent aux applications les plus modernes de la thérapeutique par la lumière. La thèse de Bertrand mériterait plus qu'une courte analyse; mais, en i8i5, paraît une thèse de Cauvin à forme plus littéraire et qui réédite les idées de Bertrand. Nous ne citerons donc de cette dernière thèse que ce court passage où se retrouvent un peu complétées les acquisitions de Faure, La Peyre, Le Comte:
« L'insolation (au moyen du verre convexe) doit être exclusivement employée quand on veut détruire une tumeur carcinomateuse ou cautériser un petit ulcère chancreux, situé sur des parties qu'il importe de ménager, telles que les lèvres, les paupières, etc. Elle procure l'avantage inappréciable de diriger la combustion comme on le désire, de ne détruire que le tissu qu'il faut emporter, de ne pas attaquer celui des parties environnantes, et enfin de diminuer, d'augmenter et de modifier l'énergie du caustique. On rencontre souvent, dans la pratique, des tumeurs froide* et indolentes, que l'on ne peut guérir par aucun topique. On peut en opérer la résolution en y déter-
(1) Iri-8". Paris, an VIII (1799).
minant un degré d'irritation convenable, au moyen des rayons solaires, reçus à travers une lentille, et promenés de temps à autre sur la surface de ces tumeurs (i). »
En i8i5, Cauvin fait paraître sa thèse « des Bienfaits de l'insolation ». Revenant lui aussi sur le traitement des tumeurs par la lumière, il conseille d'augmenter ou de diminuer son action suivant les cas, ou même de la graduer par l'usage des verres convexes. 11 croyait l'insolation très utile contre les ulcères atoniques, « qui présentent de la faiblesse, de l'inertie, et de la dureté dans leurs bords » et ne séparait pas l'action calorique de la lumière, de son action lumineuse proprement dite.
Cette thèse est un curieux mélange d'idées empruntées à Aristote et à Hippocrate et de sentimentalisme à la mode, dérivé de Jean-Jacques et de Bernardin de Saint-Pierre.
Elle contient cependant d'intéressantes remarques. A l'extérieur, dit par exemple Cauvin, la lumière agit comme stimulant. Elle colore « la peau, la rend plus forte et rude. La sueur est bien plus abondante à l'ombre, par une chaleur même modérée, que quand on est exposé au soleil, quoique la température y soit plus élevée. La lumière, en crispant ici les extrémités exhalantes, diminue la transpiration. N'est-il pas bien remarquable que, dans nos maladies, les sueurs, critiques ou non, surviennent ordinairement la nuit?...
L'action stimulante du soleil sur tous les êtres organisés est prouvée par un millier de phénomènes. Avec son retour, nous remarquons le réveil des plantes et des animaux; l'évigilation de la nature entière succède le matin au sommeil qui le soir s'était emparé d'elle. Voyez ces peuples sur lesquels le soleil lance plus verticalement ses rayons; quelle différence pour la figure, pour toute la constitution, pour le caractère moral, pour les habitudes, les institutions, d'avec ceux qui
(i) Le catalogue de la bibliothèque de Washington indique entre les observations de La Peyre et de Le Comte et la thèse de Bertrand deux mémoires que nous n'avons pu nous procurer :
Ebf.rmaier (J.-C). Commentatio de lucis in corpus humanum vivum praetcr visum eflîcacia. In-4°. Gottingœ, 1797-
Coui-l (T.). De luce, quam ex chymia accepit medicina. In-8°. Edim.bu.rgi, 1797.
reçoivent obliquement ces mêmes rayons !... Si c'est à la déclinaison et à l'ascension du soleil qu'est dû l'ordre constant et régulier des saisons, n'est-ce pas à lui que nous devons attribuer le caractère sémestral des maladies, et surtout des épidémies? Ainsi nous voyons la marque de l'équinoxe du printemps •être conservée tout l'été par les maladies qui ont commencé avec elle; celles influencées par l'équinoxe d'automne la garder tout l'hiver. C'est à la fin de cette fâcheuse saison, c'est lorsque le. printemps commence que nous voyons se terminer beaucoup de maladies auparavant rebelles. Qui est-ce donc qui les termine ainsi favorablement ? Les forces de la nature, sans doute, mais le retour bienfaisant du soleil les augmente ces forces vitales du malade, il les régénère, il leur donne même une heureuse tendance vers la santé.
Le principe de la chaleur, si utile pour la cure de presque toutes les maladies, n'est-il pas renfermé dans la lumière solaire bien mieux que dans tous nos moyens artificiels? En parfaite santé, nous nous trouvons beaucoup mieux de nous chauffer au soleil que de rester auprès d'un poêle, dans un appartement bien clos, et même devant le feu clair d'une cheminée. Ce bien-être est encore bien plus sensible si nous sommes en convalescence. Ces groupes de vieillards, de femmes et d'enfants, que nous voyons chaque jour se former à l'exposition du Midi, autour de nos habitations, dans nos promenades publiques, sous les portiques de nos temples, qu'y viennent-ils chercher, si ce n'est la force, la santé, la vie enfin? Pendant la mauvaise saison, c'est au soleil que les peuples d'Espagne et d'Italie vont goûter le do/ce far niente. Cette expression même de mauvaise saison, consacrée dans notre langue, rehausse encore le bienfait de l'insolation... Les animaux eux-mêmes semblent nous dicter chaque jour cette utile leçon ; et pour ne parler que de nos animaux domestiques, nous dirons que le chien, le chat et tous les gallinacés de nos basses-cours semblent plus instinctivement portés à jouir de ce bienfait. Parmi ces derniers, la poule conduit au soleil sa famille à peine éclose ; elle a l'habitude, au plus fort de la chaleur, de gratter la terre très échauffée par le soleil, de se blottir dans ce creux pour y recevoir longtemps la lumière.
Pour concentrer même la chaleur qu'elle reçoit, elle augmente son propre volume, en redressant, au moyen de son pannicule charnu, lès plumes qui la recouvrent. Elle use ordinairement de cette pratique, lorsqu'elle a bien rempli son jabot, afin que le soleil augmente sa chaleur vitale, si nécessaire à sa vigoureuse digestion... Que le médecin promène un œil observateur sur toute la nature, partout où il trouvera la \ie, il la verra soutenue, développée, conservée par la lumière solaire (i). »
Cauvin admettait que le nombre des maladies susceptibles d'être guéries par la lumière était très grand ; la classe des maladies cutanées revendiquait surtout ce moyen curatif. Cauvin guérissait de cette façon les scrofules, le rachitisme, le scorbut, les rhumatismes, les paralysies, les engorgements, Thydropisie et la faiblesse musculaire.
En 1819, nouvelle thèse de Girard: « Sur l'heureuse influence du soleil. »
Des considérations physiologiques lui font avancer qu'une foule de maladies ont leurs exacerbations le soir, et que le matin, elles éprouvent une grande rémission, selon l'axiome de Bbyer levato sole, levatur morbus. Tourtelle, d'ailleurs, avait fait remarquer que sur vingt malades qui meurent, les deux tiers au moins expirent à l'entrée de la nuit, sole cadenle.
« Ce fait de clinique, qui se renouvelle tous les jours dans les hôpitaux et dans la pratique civile, ne prouverait-il point que le soleil ou la lumière, par leurs propriétés vivifiantes, maintenaient clans un état d'excitation et animaient les ressorts affaiblis de l'organisme et que, perdant par leur chute tout empire sur les êtres, les lois physiques sont devenues prépondérantes sur les forces vitales. Ramazzini a consigné dans ses Constitutions épidémiques, pour l'année 1717, que dans les lièvres muqueuses intermittentes, les tierces et doubles tierces, on a vu des malades en proie à l'agonie pendanttoute la nuit, se lever au soleil du matin et courir dans la campagne. Le
(1) Cauvin. Des bienfaits de l'insolation. In-'i°. Paris, i8i5, Thèse, Paris, n° a85.
(2) Gikaiid (E.-P). Sur l'heureuse inlluencerlu soleil. Ih-4 . Tltèse, Paris, 1 8 1 g ..
THÈSE HE BERTRAND ET THÈSES PARISIENNES 3 7 y.
savant M, de Humboltlt, dans son ouvrage sur l'irritabilité des muscles et des fibres nerveuses, tome 2, parle d'une comtesse de Madrid qui perdait la voix au coucher du soleil, et ne la retrouvait qu'à l'aurore. Aristote cite un aubergiste deTarente, très raisonnable pendant le jour, mais qui devenait fou à l'entrée de chaque nuit. Baillou (Ëpid.) rapporte qu'une femme tombait sans connaissance au coucher du soleil et ne reprenait ses sensque le lendemain matin. Les fièvres muqueuses, putrides etataxicpies sont généralement exaspérées le soir. Toutes celles dont le génie est catarrhal, les douleurs gravatives des phlegmons, les inflammations d'organes de la vie animale, la fièvre hectique, l'asthme, la toux, les affections cutanées, la gale, les dartres, les engelures s'aigrissent violemment à la chute du jour. Le rhumatisme, la goutte, la maladie vénérienne sont dans le même cas. Sydenham, en parlant de la goutte, annonce que ses attaques ont ordinairement lieu la nuit, et cpie les douleurs éprouvent une rémission le matin. Les hémorragies passives scorbutiques, la manie, la mélancolie, la folie, les hydropisies, les diabètes, la diarrhée, la dysenterie sont plus graves la nuit que le jour. »
D'après Girard peuvent être combattues heureusement par le soleil :
Toutes les maladies asthéniques, toutes celles qui reconnaissent pour principal caractère une faiblesse radicale, une détérioration de tous les systèmes organiques, certaines phlegmasies chroniques :
Bronchite chronique ;
Phtisie pulmonaire ;
Scorbut ;
Ascite ;
Chlorose ;
Maladies scrofuleuses ;
Syphilis ;
Goutte (1) ;
Diabète.
(1) « Baglivi. dont l'autorité est si respectable, recommande, pour dissiper l'œdème des goutteux, la diète, l'exercice, l'insolation, et cite des cas d'accidens for-
38o LA THÉRAPEUTIQUE PAR LA LUMIÈRE
De la thèse de Lachaise : « Considérations sur la
lumière, etc. » (1820) nous ne rappellerons qu'un passage où après Foderé, l'auteur explique de la façon suivante la genèse du goitre et du crétinisme.
« Les arbres touffus sont utiles par leur inconvénient dans les plaines des pays chauds ; mais je les regarde comme très pernicieux dans les lieux resserrés, tels que nos vallées. C'est pourquoi, déterminé par le sentiment de la conviction, je conseille positivement de les couper dans une étendue de quatre cents pas autour des villes, bourgs, villages et hameaux des pays où régnent le goitre et le crétinisme. Il est positif que plusieurs hameaux que le besoin a obligés à ce sacrifice, sont devenus plus sains ; et il n'y a plus ni goitreux ni crétins dans plusieurs villes des Basses-Alpes, environnées maintenant de rochers nus et stériles, qui étaient jadis des vergers dont les eaux ont emporté les arbres et le terrain (1). »
Nous terminerons par l'analyse de la plus curieuse de ces thèses, celle de Hautrive : « De l'influence de la lumière sur les êtres organisés en général, et chez l'homme, en particulier (1828). » L'auteur y insiste sur l'action chimique de la lumière. Les rayons chimiques du spectre lui sont connus, depuis les travaux de Bérard ; il a lu Herschel et ses ouvrages sur l'action calorique de la lumière. Il connaît aussi l'expérience d'Edwards sur le développement des têtards soustraits à l'action du soleil.
«La lumière, dit Hautrive, est pour l'homme un puissant stimulus, dont il ne peut être longtemps privé sans que sa santé n'en éprouve une altération profonde ; son action excitante met en jeu toutes les propriétés vitales ; elle réveille l'activité
midables, tels que d'asthme, d'apoplexie, de mort subite, survenus à la suite de l'usage des topiques répercussifs. Gkant conseille aux goutteux de vivre dans des lieux élevés et exposés aux rayons solaires, ou dans des pays chauds, s'ils veulent être exempts d'infirmités. La validité de ce précepte est fortifiée par un fait que rapporte Van- Swieten, qu'un homme qui était perclus de la goutte aux mains et aux pieds fut radicalement guéri par trois ans de séjour aux Indes. » (Note de Girard.)
(1) Lachaise. Considérations sur la lumière et sur son influence favorable dans le traitement des maladies dites asthéniques. In-4°. Paris, 1820, n° 90. Thèse, Paris.
THÈSE DE BERTRAND ET THÈSES PARISIENNES 38i
des organes des sens, et leur donne une nouvelle énergie ; elle accélère la respiration et la circulation ; la chaleur du corps en est augmentée, les sécrétions sont plus abondantes ; en un mot, sous l'empire de la lumière, toutes les fonctions nutritives s'exercent avec force et liberté. Cet état des mouvements organiques nous fait éprouver je ne sais quel sentiment de bien-être qui constitue la santé.
Nous devons à la lumière une foule de sensations produites parles objets extérieurs qu'elle éclaire; l'œil est l'intermédiaire essentiel par lequel ces sensations sont transmises au cerveau avec une promptitude inconcevable ; c'est un centre d'action qui réagit sur presque toutes nos facultés, et devient la source d'un grand nombre d'excitations sympathiques(i). »
Après avoir ainsi envisagé l'action de la lumière sur le physique, Hautrive étudie son action sur le moral. Il estime que. la lumière établit entre l'homme et les êtres qui l'entourent un rapport qui agrandit son intelligence, l'exerce et le développe :
<< Le lever du soleil, dans un beau jour d'été, fait éprouver presque à tout le monde, un sentiment délicieux; l'âme s'ennoblit et s'épure, les sensations se multiplient, les idées abondent en voyant se dérouler à nos yeux le magnifique spectacle de la nature que l'astre lumineux vient éclairer, etc., etc. (2).
Le tableau de la nuit est triste et monotone ; tout est calme, tout repose ; rien n'attire plus notre attention ; le repos des sens devient alors favorable à ceux qui ont une imagination vive, brillante, et qui reçoivent beaucoup d'impressions à la fois ; les forces de l'esprit se concentrent sur un seul objet ; on est plus capable de réfléchir et de méditer. C'était au milieu de la nuit que Crébillon composait ses tragédies d'horreur ; Young descendait dans les tombeaux pour nous peindre sa tristesse et ses lugubres idées. Milton produisait plus heureusement dans une saison que dans l'autre ; son imagination
(1) Hautrive. De l'influence de la lumière sur les êtres organisés en général et l'homme en particulier. In-4". Paris, 1828, Thèse, n n a3o, p. 32.
(2) Id., ibid., pages 36 et Z~.
était dans sa plus grande vivacité depuis le mois d'octobre jusqu'à l'équinoxe du printemps ; le repos de la nature favorisait chez lui le travail de l'intelligence.
Si la lumière développe le courage et toutes les passions nobles, la nuit dispose fortement à la terreur. Thomas Hobbes, l'élève du philosophe Bacon, manquait de force et de courage quand on le laissait la nuit sans lumière, et le grand Pascal contractait ses muscles pour éviter le précipice cpie la frayeur lui creusait sous ses pas... Chez tous les peuples de l'antiquité, la nuit est représentée comme une divinité à craindre ; le sombre cortège qui l'accompagne la faisait redouter même des dieux. Bostis etiam immortatibusdiis(i)...
Puisque la lumière exerce, par sa présence, des phénomènes remarquables sur l'homme physique et moral, nous devons supposer à priori que son absence doit être marquée par des phénomènes contraires. C'est effectivement ce qui a lieu. Lorsqu'on est plongé dans une atmosphère peu éclairée, on cesse d'être excité ; la respiration, la circulation sont notablement ralenties, et la calorification diminuée ; la transpiration insensible est moindre, les muscles de la vie animale ne se contractent plus que faiblement ; ils se relâchent, les sensations deviennent obtuses, la vue s'obscurcit ; le goût, l'odorat, l'ouïe, le tact s'anéantissent successivement ; on est réduit à la vie assimilatrice. Cet état est le sommeil. La nuit le favorise.
Des effets d'un ordre différent ont lieu si l'absence de la lumière est prolongée.
Les observateurs les plus anciens ont remarqué que le sommeil avantageux avait lieu la nuit. Hippocrate dit : Noctu dormiendum, vigilandum interdiu. Ceux qui ont l'habitude vicieuse de faire de la nuit le jour et du jour la nuit s'exposenl à son action débilitante et se soustraient au stimulus bienfaisant de la lumière naturelle. Il n'est point indifférent d'intervertir ainsi l'ordre que la nature semble nous avoir tracé.
(1) M., ibid., p. 3g.
L'homme du monde vieillit avant l'âge, parce qu'il passe les nuits dans les plaisirs de la société, et qu'il se livre au repos quand les astres se lèvent ; il ne sent jamais ce mieux-être qu'on éprouve toute la journée quand on s'est levé avec le soleil. Le sommeil qu'il goûte est imparfait; il n'est point réparateur; le silence el les ombres de la nuit n'y président point.
Les hommes qui vivent privés de l'influence de la lumière sont mous, sans énergie , ils ont la fibre lâche ; ils sont pâles, décolorés ; les mineurs, les prisonniers, les habitants des lieux peu éclairés, nous offrent des exemples frappants de ce que peut la privation d'un fluide essentiel à la vie.
La nuit, diminuant l'activité de la transpiration insensible, augmente les maladies qui viennent du défaut de transpiration ou d'une augmentation d'action des vaisseaux absorbants, telles que certaines hydropisies, l'hydrothorax, l'anasarque, quelques diabètes, l'infiltration des membres, etc. La phtisie tuberculeuse, le dévoiementcolliquatif qui latermine, empirent beaucoup pendant la nuit. A la môme époque, toutes les fièvres typhoïdes et de nature grave s'exaspèrent. Ramazzini parle d'une fiève putride dont les accès avaient lieu à l'entrée de la nuit; les malades, presque à l'agonie, étaient sou lagés aussitôt que le soleil reparaissait sur l'horizon, ils pouvaient même alors sortir du lit et marcher (Constit. épidém. an. 1691).
La fièvre hectique, qui est un des signes des suppurations internes, augmente toujours le soir.
C'est le plus souvent pendant la nuit que les malades périssent de fièvre adynamique.
C'est aussi la nuit que la mort frappe le plusgrand nombre d'individus.
La mort subite arrive plus rarement la nuit que le jour...
Enfin l'épilepsie nocturne, les douleurs ostéocopes, celles du scorbut, des scrofules, et surtout celles de la goutte, qui tourmentent si cruellement les malades, ne reconnaissent-elles pas pour cause l'absence de la lumière ?
La digestion et la nutrition s'opèrent, en général, beaucoup mieux la nuit et durant le sommeil, à cause de la concentration
des forces vitales sur les organes intérieurs, suite nécessaire du défaut d'excitation des agents de la vie animale. Le proverbe oui dort dine est, comme beaucoup d'autres dictons populaires, l'expression d'une vérité physiologique.
L'absorption cutanée est aussi plus active la nuit que le jour, d'où vient le danger de rester exposé alors à l'influence délétère des miasmes marécageux...
L'apparition périodique des règles a ordinairement lieu pendant la nuit. J'ai interrogé à ce sujet un grand nombre de femmes dans les divers hôpitaux de Paris ; la plupart m'ont dit que c'était la nuit que leurs menstrues paraissaient.
C'est aussi dans l'absence du jour que le plus souvent les accouchements ont lieu. Le relevé de quarante-sept accouchements que j'ai faits, ou auxquels j'ai assisté, me donne le résultat que voici :
9 de six heures du matin à midi,
5 de midi à six heures du soir,
ai de six heures du soir à minuit,
12 de minuit à six heures du matin.
Total : k-i-
On voit que les naissances du jour sont ici à celles de la nuit dans le rapport d'à peu près i à i 1/2. La différence' serait bien plus grande si le nombre total des accouchements était plus élevé.
Le retour périodique de certaines fièvres, l'exacerbation de quelques phénomènes de maladies à certaines heures fixes du jour, ont fait croire que c'était aux variations barométriques de l'atmosphère qu'il fallait les attribuer. MM. de Humboldt et Ramond ont trouvé que le maximum d'élévation du baromètre avait lieu à neuf heures du matin, le minimum, vers trois ou quatre heures de l'après midi ; alors le mercure monte jusqu'à dix ou onze heures du soir, puis diminue jusque vers quatre heures du matin, pour se relever ensuite. De son côté, Robinson a remarqué chez l'homme sain que le pouls, plus tranquille le matin, plus vif de midi à deux heures, baisse jusqu'à huitheures du soir, et se relève jusqu'à l'heure du coucher. Pendant le premier sommeil, il se ralentit ; mais bientôt il se développe de nouveau jusqu'à deux heures du
matin, qui est l'heure de son plus haut degré de fréquence el d'élévation ; il baisse ensuite jusqu'à sept ou huit heures.
On voit que ces variations dans l'état du pouls coïncident avec les variations barométriques. Il ne faut pourtant pas en conclure que les maladies suivent dans leurs exaoerbations la même marche que le baromètre, car c'est sur l'homme sain ique Robinson a constaté l'état variable du pouls, et la santé ■étant un état tout à fait opposé à la maladie, on ne peut «conclure pour l'une ce que l'on a conclu pour l'autre.
Nous pouvons établir comme une règle générale que toutes Iles maladies caractérisées par une accélération du pouls, avec. augmentation de la chaleur animale et exaltation de la sensibilité seront exaspérées par la lumière, »
Mac-Ai iirrE. „g