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MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

Pendant toute l'antiquité romaine et jusqu'au wu" siècle, quelques médecins employèrent la flagellation avec des roseaux ou des tiges de panais (ferula pastinaca) contre l'atrophie et l'émaciation de certaines parties du corps. On fustigeait alors les régions malades jusqu'à production de rougeur, de chaleur et de tuméfaction de la peau.

Mais dès les premiers temps de l'histoire médicale, les auteurs signalent des malades qui ne peuvent goûter les plarsirs vénériens s'ils ne sont aiguillonnés par la fustigation. Pétrone dit qu'au temps de Néron une prêtresse de Priape, consultée par un individu du nom d'Eucolpe, lui promet de lui rendre Fascinum tam rigidum ut cornu par la flagellation avec des orties vertes. M. Faventinus et Cœlius Aurelianus connaissaient aussi cette propriété. Rappelons que Trousseau avait repris cette pratique sous le nom d'urtication, contre l'impuissance, la paralysie faciale rhumatismale et les paralysies hystériques.

§ 5. — Moyen âge et temps mouehnes.

A l'époque des Croisades, l'emploi des frictions à la main se répandit en Europe avec l'usage des bains et des étuves sèches que les Croisés empruntèrent aux mœurs des populations orientales ; mais, il faut le reconnaître avec Phelippeaux, il n'était déjà plus question du massage de la tradition, de celui qu'Hippocrate et tous les gymnastes anciens prescrivaient pour guérir les articulations malades. Ce précieux moyen, tombé en des mains ignorantes et brutales, ne se relevait qu'avec Fabrice d'Acquapendente qui conseillait les tractions, les frictions et les mouvements artificiels contre les articulations forcées (i).

Jusqu'à Ambroise Paré, tous les auteurs que nous avons cités déjà à propos de la gymnastique, rééditent les anciens. On peut faire d'ailleurs le même reproche au Maître français

(1) Cf. Phelippeaux (de Saint-Savinien). Étude pratique sur les frictions et le massage ou guide du médecin masseur. In : Abeille médicale. Paris, 1869, XXVI, p. 23.

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lui-même, et dans le passage que nous allons citer et que nous lui empruntons, le lecteur retrouvera sans difficulté l'esprit de la littérature médicale antique :

« L'usage de laquelle (friction) a esté des anciens en grande estime et est encore à présent. Lesquels en ont l'ait plusieurs espèces et différences qui se peuvent réduire à trois, c'est à ' sçavoir : dure, molle, médiocre.

La friction dure est quand on frotte tout le corps en une partie seule, fort et asprement, soit avec la main ou toile neuve, esponges ou d'autres choses. La vertu et qualité d'icelle est de condenser et astraindre et rendre la chair dure.

La molle est quand l'on frotte doucement, laquelle fait le contraire de la dure, parce qu'elle amollit et relaxe et rend le cuir doulx et poly, toutefois si elle est brieve ou peu longue, ne rend aucun effet.

La médiocre tient le milieu entre les deux susdites parce qu'elle faict augmentation d'aliment et de nutrition, à cause qu'elle retient le sang et les esprits qui ont été par icelle attirés sans les évaporer et résoudre, ainsi qu'il est certifié par Galien, ch. m, liv. II, De sànitate tuenda. Voilà les effets des frictions en général, lesquelles il ne faut nullement mespriser (ij. »

Dans le livre III de la Médecine des Egyptiens de P. Alpinus(2), l'auteur dit à Guilandinus, son élève:

« Les frictions sont tellement en usage chez les Égyptiens que personne ne se retire d'un bain sans être frictionné (fricatus). Pour cela on étend la personne, puis on malaxe et l'on presse de diverses manières avec les mains les diverses parties du corps. On fait ensuite exécuter des mouvements aux diverses articulations. On pratique ces manœuvres en avant d'abord, puis en arrière, sur les côtés, enfin de toutes parts. Puis, prenant les mains, on pratique sur elles les mêmes manœuvres; on fléchit et l'on étend ensuite les diverses articulations de la main, puis de chaque doigt en particulier. Enfin on pratique

(i) Ambroise Paré. Édition Malgaigne, chap. xv de l'introduction. (2) De medicina Aegyptium, libri quatuor. Parisiis, apud Nicolaum-Redelichupcn, i645.

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les mêmes manœuvres sur les avant-bras, les liras, les épaules, le cou, la poitrine, le dos, qu'on fait fléchir de Lous côtés. On ne se contente pas de fléchir, d'étendre et de masser les articulations, on exerce aussi les mêmes pressions, les mêmes frictions sur tous les muscles (i). »

Les auteurs qui suivent jusqu'à Tissot, à l'exception d'Hoffmann et d'Andry, s'inspirent encore des anciens.

C'est dans la théorie mécano-dynamique d'Hoffmann qu'il faut chercher l'origine des travaux de gymnastique thérapeutique et de massage de l'Ecole allemande.

Pour Hoffmann, le corps humain comme tous les autres corps de la nature possède des forces matérielles par lesquelles il accomplit ses mouvements. Toutes ces forces peuvent se ramener à des principes mécaniques et mathématiques. Un agent impondérable, mais matériel, Yéther, anime tous les organes et préside à tous les phénomènes physiques dans tous les domaines de la création. Ce fluide n'est autre chose que l'âme sensible qui régit la loi organique.

« L'organisme vivant, dit Hoffmann, accomplit ses fonctions par suite des propriétés de la nature animale. La force impulsive de celte propriété réside principalement dans une substance particulière qui, sécrétée par le cerveau, se répand dans toutes les parties du corps et est régularisée par un appareil organique très compliqué.

Cet éther est la cause fondamentale de tous les mouvements vitaux ; c'est lui qui vivifie tous les organes ; ceux-ci cessent leurs fonctions au moment où cet éther ne leur est plus fourni. La vue et l'ouïe s'éteignent quand le fluide nerveux se retire.

La médecine ne fera point de progrès si nous n'étudions pas avec précision la nature des mouvements provenant de l'âme sensible et si nous n'appliquons pas à la médecine les lois de la mécanique et de l'hydraulique (2). »

(1) Cette traduction, que nous empruntons à Estradère, n'est pas une traduction littérale, mais plutôt un résumé.

(2) Cf. : SciiREiiiER. Traité pratique de massage et de gymnastique médicale, in-8". Paris, i884- Bibl. Nat. : Tc^ 6 .

43o LA THÉRAPEUTIQUE PAR LES MANIPULATIONS

Ces principes animent toute la thérapeutique d'Hoffmann, thérapeutique surtout physique, dans laquelle les mouvements, et par là même les frictions, jouent un rôle primordial.

Dans son Orthopédie, Andry parle, lui aussi, des manipulations : « Pied dont le talon ne touche pas aisément la terre.

Si le mal ne vient pas d'un estropiement, on peut y remédier par les remèdes propres à ramollir les tendons et les muscles, c'est de frotter la jambe depuis le jarret jusqu'audessous du talon, avec l'huile de vers, matin et soir, et après avoir continué plusieurs jours ces frictions, qui doivent se faire avec la main nue... Pour faire les mouvements, le malade devra être couché tout le long et à la renverse sur le plancher... Deux hommes forts lui pratiqueront les divers mouvements... Les frictions seront faites comme les rappelle Alpinus (i). »

§ G. — Frictions et massage d'après Tissot et Piorry.

Tissot a la réputation, assez injustifiée d'ailleurs, d'avoir prescrit le massage d'une façon plus moderne que ses devanciers, c'est-à-dire en tenant compte de la physiologie et de l'anatomie du corps humain.

Il a consacré à ce moyen de traitement, dans sa Gymnastique médicinale, un chapitre entier que nous allons analyser brièvement.

Tissot entend par frictions l'action de frotter quelques parties du corps, soit avec la main, une éponge, de la flanelle, du linge neuf, une brosse, du crin, etc. Le massage est pour lui une espèce d'exercice qui appartient à la gymnastique médicinale.

Reprenant les classifications antiques, il admet deux sortes de frictions, les sèches et les humides.

(i) Andkt. Orthopédie, tome I, folio 178.

Cf. : Estradère (■!.). Du massage, son historique, ses manipulations, ses effetsphysiologiques et thérapeutiques, 2 e éd., in-8°. Paris, i88'i. Bibl. Nat. : Te 2 Jo.

FRICTIONS ET MASSAGE D'APRÈS TISSOT ET PIORRY «i

« En général les frictions occasionnent une compression et un relâchement alternatif des parties extérieures, elles doivent exciter un mouvement dans les solides et les fluides ; en animant la circulation, elles produisent une chaleur qui résout et atténue les humeurs ; elles débouchent les pores de la peau et les préparent à recevoir les médicaments convenables qu'on veut faire passer dans la masse du sang ; enfin elles fortifient et procurent à peu près le même effet que les exercices modérés (i). »

La rougeur et la chaleur des parties frottées, l'accélération du pouls, prouvent manifestement que le mouvement des humeurs est accru dans les vaisseaux de la-peau, d'où il suit que le massage permet d'augmenter l'action vitale, ad libitum. Aussi les frictions faites sur l'abdomen avec des étoffes rudes donnent-elles des effets merveilleux en cas d'insuffisance fonctionnelle des viscères. Par les frictions abdominales, on augmente la circulation dans tous les organes splanchniques, on prévient les engorgements, on fait couler la bile, on facilite les sécrétions, on rétablit la digestion. Si l'on frotte tout le corps, on favorise la transpiration et l'on stimule la circulation.

Pour cette raison, les frictions peuvent suppléera l'exercice, dans les cas où, pour des raisons particulières, les malades ne peuvent sortir du lit, se promener, ni faire quelques-uns des mouvements convenables h leur santé.

Les frictions fortes, ainsi que l'avaient signalé Ambroise Paré et les Anciens, resserrent et fortifient les parties ; si elles sont exagérées, elles raréfient, évaporent, résolvent, « exténuent » et diminuent la substance des parties. Ces frictions agissent sur les veines et les artères en les comprimant.

Les frictions douces, au contraire, ne compriment que les veines, amollissent et relâchent la peau qu'elles rendent douce et polie. Elles ouvrent les pores et les préparent à recevoir les médicaments qu'on se propose d'y faire pénétrer.

Mais il existe des lois générales pour assurer le succès des

(i) ïissot. Op. cit., p. 383 et38/|.

frictions; ce sont ces règles qui ont déjà inspiré les précautions à prendre pour les autres exercices.

Il faut être attentif « à la nature de la friction, au tems convenable pour la réitérer ; et tout cela doit être soumis à des indications raisonnées sur l'état de la personne et sur l'effet qu'on se propose d'obtenir ». Tissot préfère les frictions du soir à celles du matin ; parce que le soir la chaleur du lit entretient l'effet de la friction. Il aurait préféré que les massages fussent faits dans un appartement échauffé, à la manière des Anciens.

Pour Tissot, les frictions sont indiquées en cas de sécheresse de la peau, quand la transpiration est arrêtée dans quelques parties du corps. Elles sont excellentes à la condition d'être fortes contre les rhumatismes, la sciatiquc et la goutte, mais il convient de ne point les faire dans le temps de l'inflammation, dans la crainte d'augmenter les douleurs. Il est indispensable que ces frictions soient continuées longtemps.

Contre la léthargie, il faut masser l'occipital et le coude haut en bas, car des frictions très fortes sont capables de réveiller d'un « assoupissement apoplectique ».

Les frictions fortes faites avec des flanelles ou des serviettes chaudes sur la surface du corps des noyés sont un des principaux secours contre la mort apparente.

Tissot faisait encore brosser les membres paralytiques avec une brosse rude ou des étoffes de laine jusqu'à ce que la peau rougit; pour donner plus de lait aux nourrices, il les frottait énergiquement, imitant en cela les fermiers du xviii" siècle, qui étrillaient les ànesses, les chèvres et les vaches pour rendre leur lait de digestion plus facile et moins coagulable.

Les frictions légères se recommandaient, au contraire, contre l'extravasation du sang et de la lymphe, causée par des contusions. Elles lui paraissaient aussi excellentes contre l'œdème et tous les engorgements des membres.

Ce chapitre se termine par cette recommandation un peu inattendue: « Nous pourrions encore joindre à l'exposé des frictions le Ièchement des chiens qui peut être considéré comme une espèce de friction. Les observations que chacun a pu faire de la guérison des gales, des ulcères et des gerçures (sur les enfants par le secours de la salive et de la langue des

FRICTIONS ET MASSAGE D'APRÈS TISSOT ET PIORIiY Mi

chiens) indiquent l'usage de ce moyen dans ces sortes de maladies de la peau et autorisent le conseil que nous donnons de s'en servir pour nettoyer ou pour guérir celles qu'on aurait à traiter.

J'ai vu des femmes en province qui faisaient lécher régulièrement leurs enfants, remplis de gales et de gerçures, par des chiens fort friands de cette occupation. Il est vrai que ces animaux nettoient si bien leurs petits, qu'ils ont la langue si propre et si douce qu'il paraît naturel de procurer aux enfans le même secours. »

Avec Piorry, dont les travaux ont toujours été si sérieux et si exacts, nous arrivons à des interprétations plus scientifiques. Le premier en France, il étudie l'action physiologique du

Manière d'agir du massage après les bains.

« i° Augmentation de l'exhalation habituelle à la surface de la membrane éminemment vasculaire ou nerveuse, dont toutes nos parties sont revêtues : flexibilité plus grande apportée dans son tissu par les alternatives de tension et de relâchement qu'elle éprouve ; absorption plus facile, parce que les bains et le massement l'ont débarrassée des malpropretés qui pouvaient recouvrir les bouches lymphatiques dont elle est parsemée ; circulation capillaire rendue plus libre par l'augmentation de l'exhalation et par le mouvement communiqué ; disposition plus grande des houppes nerveuses aux sensations extérieures, parce que, d'une part, 1'épiderme est amolli, et parce que, de l'autre, on en a enlevé une certaine couche : telle est l'action du massage sur la peau.

2° Ses effets ne sont pas moins remarquables sur les organes actifs de la locomotion : en vertu des mouvemens qui leur sont communiqués, abord plus libre dans les vaisseaux qui entrent dans leur composition, et glissement plus facile des différentes fibres qui les constituent ; contraction rendue plus libre par la laxité que le massage a déterminée dans la peau ; alternative de pression et de dilatation qui, ebangeant leur manière d'être habitelle, doit nécessairement changer leur Mac-Auliffe. 28

mode de sensibilité : telle est l'action du mouvement sur les muscles.

« 3° Les surfaces articulaires et les parties molles qui les entourent sont pareillement modifiées par les manœuvres qu'on dirige sur elles : souplesse plus grande déterminée par un tiraillementmédiocre des substances ligamenteuses qui entrent dans leur composition; mouvemens devenus plus étendus, parce que les muscles, dont les tendons les avoisinent et les fixent, ont perdu la rigidité qu'ils avaient contractée ; circulation dans les tissus blancs rendue plus facile: tels sont les principaux phénomènes qui peuvent avoir lieu dans les articulations à la suite du massement.

L'influence de ce moyen sur les fonctions en général mériterait peut-être d'être mieux étudiée ; quels sont les ehangemens qui surviennent dans la respiration, la circulation, l'exhalation, etc.? Sans doute les variations dans l'état delà peau, des systèmes musculaire et articulaire, doivent singulièrement les altérer ; mais nous manquons de données précises à cet égard et nous sommes bornés au rôle ingrat de compilateurs (i). »

L'inventeur du plessimétrisme fait remarquer qu'on a toujours trouvé le massage « chez les peuples qui se sont le moins éloignés de cet heureux état de simplicité dans lequel la nature nous a fait naître ». Le capitaine Wallis, raconte-t-il, ainsi que ie capitaine Gook, dans leur voyage à Tahiti, furent massés par des jeunes filles; ce massage fut extrêmement salutaire et leurs forces se rétablirent bientôt.

Londe fait suivre cette observation de la remarque suivante : « Si j'osois maintenant hasarder mon opinion, j'avouerois que, bien que le massage me parut une opération utile en ellemême, je ne la crois néanmoins, chez divers peuples et d'après la relation de certains voyageurs, qu'une manœuvre des plus voluptueuses ; et cela parce qu'elle y est pratiquée par des

(i) Cf. : Piorry. Art. : Massage, in : Dictionnaire des sciences médicales, par une Société de médecins et de chirurgiens. Paris, C.-L.-F. Panckoucke, 1819, p. 79.

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