II. Au point de vue bio-chimique
Les recherches ont été faites dans le laboratoire du Professeur Léon Binet et n’ont pu être menées à bien que grâce à la collaboration de Mille M. Marquis pour la partie chimique, Mlle J. Lanxade pour le dosage de l’adrénaline dans le capsule surrénale et de M. Georges Weller pour le dosage du glutathion dans les différents organes.
On peut tout d’abord conclure de ces chiffres que nos chiens totalement thyroïdectomisés n’ont présenté aucun symptôme biologique de l'insuffisance parathyroïdienne. Chez tous nous avons noté, en effet, un taux de calcium sanguin normal, puisque celui-ci varie de O gr. 120 à O gr. 127 par litre. Les chiffres normaux, recherchés en faisant les moyennes sur un certain nombre de chiens, oscillent entre 0 gr. 110 et 0 gr. 125.
Notons en’‘particulier le chiffre de 0 gr. 116 pour le chien n° 1. Celui-ci avait donc, très probablement, une parathyÿroïde normale ou aberrante qui nous a échappé lors de la recherche après la mort de l’animal.
Nous croyons par contre devoir souligner les faits suivants :
1° une élévation du cholestérol chez certains de nos chiens. Aïnsi, le chien n° 3 passe par les chiffres de 1 gr. 34, 1 gr. 87 et 2 gr. 57.
Notons que le chien n° 1 avait 2 gr. 47 de cholestérine dans son sang au moment où il a été sacrifié, malgré la persistance de deux fragments, minuscules il est vrai, de corps thyroïde.
Cependant, le chien n° 5 a montré une cholestérinémie de 1 gr. 38 le 12 juin, de 2 gr. 30 le 24 juin et de 1 gr. 63 le 24 octobre. On peut penser que chez lui, le fragment thyroïdien rémanent, qui était plus volumineux, a provoqué un abaissement de la cholestérinémie lorsque, hyperplasié, il a pu jouer un certain rôle physiologique.
20 Il faut faire une mention spéciale de l'élévation de l'adrénaline dans les capsules surrénales.
Dosée par la méthode de G. Weller, chez le chien normal, on trouve en moyenne, 1 mgr. 425 d’adrénaline par gramme de tissu surrénal, avec des variations allant de 1 mgr. 309 à 1 mgr. 739. Ces chiffres ont été obtenus sur une série importante de chiens sacrifiés au laboratoire du Professeur L. Binet.
Or l’examen de nos chiffres montre que 3 chiens sur 4 présentent une élévation du taux de l’adrénaline, et que celle-ci est assez forte pour atteindre chez l’un d’eux le chiffre de 2 mgr. 841.
Ces chiffres sont d’autant plus à signaler que, dans la parathyroprivation le taux de l’adrénaline dans les capsules surrénales s’effondre (L. Binet et G. Weller).
Ces faits sont intéressants si l’on pense au rôle de l’adrénaline dans la régulation de la tension artérielle, dans la mesure où cela peut intéresser les états asystoliques.
30 Modifications du glutathion. — Ce corps est un tri-
peptide formé d'une molécule de cystéine unie à une molécule glutamique et une molécule de glycocolle.
Le glutathion existe dans l’organisme sous deux formes : réduite et oxydée. Il est possible de l’y doser et les dosages ont été effectués suivant la technique de Léon Binet et G. Weller. «Cette méthode est basée sur la préci- « pitation élective du glutathion par le lactate de calcium «et son dosage ultérieur par l’iode ; bien plus, on peut « doser la fraction oxydée, en calculant là différence «entre le taux du glutathion réduit pré-existant et le «taux du glutathion total obtenu après réduction du « glutathion oxydé par le cyanure de potassium ». ‘
Le glutathion existe dans les tissus vivants animaux et végétaux et joue un rôle considérable dans les oxydoréductions, d’où l'intérêt de son étude comme moyen d'exploration de la nutrition cellulaire, comme en témoignent les recherches de MM. Blanchetière et Binet.
Dans une communication toute récente à la Société médicale des Hôpitaux, L. Binet et G. Weller ont souligné la présence d’une baisse du glutathion dans le cœur du lapin thyroïdectomisé trois mois auparavant ; l’abaissement qu'ils ont enregistré ne touchait que le muscle cardiaque, le taux du glutathion étant normal au niveau du muscle squelettique.
Chez le chien normal, le glutathion réduit, dans le muscle cardiaque, est à un taux de 76 mgr. pour 100 gr. de tissu frais avec des variations de 62 à 93 mgr.
Chez nos chiens, les dosages de glutathion nous ont donné les chiffres suivants (dans le muscle cardiaque) :
— chien n° 1 : 104 mgr. 69 chien n92%65mor 26 "chien n%%83méert71s — chien n° 4 : 70 mgr. 84 ——chenn5 1093 mert0e;:
Il est à remarquer, sans que nous puissions encore en
De.
donner une explication valable, que les chiens n° 1 et 5 chez lesquels le taux de glutathion est le plus élevé, sont précisément ceux où il existait un petit fragment de tissu thyroïdien.
Ces chiffres nous montrent que le lapin et le chien se comportent différemment à ce point de vue.
Nos expériences négatives chez le chien ne sauraient évidemment infirmer les chiffres publiés par L. Binet et G. Weller ; tout semble se passer comme si le myocarde du lapin était plus sensible, et la chute annoncée par ces derniers auteurs semble une preuve bio-chimique en faveur d’une association fonctionnelle entre l'activité thyroïdienne et la nutrition du myocarde.
Cette donnée bio-chimique nous semble d’accord avec les idées théoriques émises par Berlin à propos du traitement de l’angine de poitrine par la thyroïdectomie totale.
L'examen des autres organes n’a pas montré, malgré des dosages nombreux et soignés, de modifications sensibles du taux du glutathion réduit.
En conclusion, au point de vue bio-chimique, nous avons trouvé un trouble du métabolisme du cholestérol ; d’autre part, il ne semble pas y avoir de modifications tissulaires profondes dans cet ordre d’idées ; ceci tendrait à prouver sous bénéfice d'expériences plus nombreuses chez des animaux adultes, que les troubles engendrés par la thyroïdectomie totale ne sont pas très considérables chez l’animal arrivé au terme de sa croissancee
Le fait le plus positif noté dans ces quelques expériences est l’élévation du taux de l’adrénaline dans les surrénales dont nous avons dit l’intérêt physio-patho-
logique.