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La toilette des femmes grecques

Le vêtement féminin et ses ornements viennent ajouter leur précieuse documentation à la sculpture et à la peinture pour témoigner du goût d'un peuple, en complétant l'esquisse de sa sensibilité et de ses tendances esthétiques : car la pensée humaine se dépense largement dans la création de ces parures, idolâtrie de l'homme, arme séductrice de la femme.

On s'arrête songeur devant la grandiose simplicité et la discrète harmonie de couleurs du costume grec du v« siècle, noble auxiliaire du génie d'un Phidias; mais on considère avec intérêt les éblouissantes parures asiatiques, offrant à la femme une fête de couleurs, un vertige de formes: ce sont comme les symboles de deux expressions d'amour, l'adoration recueillie et profonde, la véhémente et fougueuse passion.

Dans les Suppliantes d'Eschyle (v. 279-284), le roi Pélasgos, s'adressant aux filles de Danaos, luxueusement parées, leur dit : « Fcnis ressemble:^ surtout à des femmes de Libye et non à celles de notre pays ; c'est le Nil qui nourrit cette plante (le lotus) et le style cypriote de vos parures indiijue clairement que c est par des hommes qu'elles ont été tissées, » Ces paroles montrent combien, au commencement du V* siècle, le costume de la Grèce d'Hurope était diffèrent de celui de l'Orient; elles évoquent la belle franchise et les grands plis du pèplos de laine épousant les formes du corps et vivant de la vie de ce corps dans leur chute frémissante, en opposition avec les agencements raides et artificiels des amples costumes bigarrés et brodés des Barbares,

Mais la mode, de tous temps, a tyrannisé les humains, et, mainte fois, d'une façon ou d'une autre, elle ramena, avec le goût du luxe outré, Tinfluence asiatique. Aussi, nous voyons dans l'histoire du costume une lutte

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constante entre le vêtement entièrement cousu et celui à libres ondulations,

" entre la parure de mannequin ,

véritable écrin d'icône, et la parure qui ne trouve sa vie que dans la grâce personnelle.

C'est un fragment de l'éternelle

lutte entre l'Europe et l'Asie, dont

les mythiques traditions ont été si

FiQ. 2.- ORNEMENT ÉQÉEN brillamment résumées, à la fin du

SUR UN VA8E DU MUSÉE BRITANNIQUE CA. 349) ^^, ^j .^J^^ ^^^ J^ p^, ^^ LyCOphrOU.

Au cours du second millénaire avant l'ère chrétienne, une brillante civilisation se développait rapidement dans les îles de la mer Egée et autour du bassin oriental de la Méditerranée. La Grèce n'était qu'une lointaine étape de cette prodigieuse civilisation rayonnant autour d'une mer bienfaisante, et les Achécns superbes, dont l'Épopée homérique a chanté les exploits, étaient, au point de vue de l'art, malgré la fastueuse richesse de leurs villes, des

tributaires presque barbares des p,^ 3. ,^^^^^ cypriotes sur un vase primitif Cretois et des Phéniciens. (-urtfootouvRE)

L'art « égécft » puise souvent ses motifs dans les dessins égyptiens ou

chaldéens; mais il donne à toutes choses une empreinte qui lui est propre, et cette empreinte est celle d'un peuple jeune et audacieux, aimant le mouvement et l'espace libre. C'est bien là l'art de hardis marins, qui, descendus de leur prison flottante, aiment le mouvement bruyantdes foules,

FIQ. 4. ~ ORNEMENT ÊOÉEN SUR UN VASE DE L'ACROPOLE DE MYCÊNE8 ^^ meleUt «1 Ce tOUrOlUOn

de vie intense les grandioses et calmes impressions de la nalUTQ.Lcs^ peuples de la mer »

qui ont créé cet art aux courbes hardies, au mouvement fougueux, avaient en outre un sentiment profond de la décoration et les broderies de leurs étoffes devaient être d'un effet extraordinaire : nous pouvons nous en faire une vague idée d'après les peintures des vases (fie. 2 et

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