FIO. 26. — COSTUMES DE LA GRANDE GRÈCE SUR UN VASE ITALIOTE DU IV S
temps comme un coin de la Grèce môme, et qui mit Rome en communion
avec l'âme grecque expirante et avec la folle jeunesse d'Alexandrie. Les costumes sont gais et les couleurs en sont voyantes; ils sont chargés de riches broderies ou de paillettes d'or, des bandes à dessins d'ondes, de palmettes, de damier, de grecques, et des franges de glands de soie ou de fil d'or, visions d'Orient, en rehaussent l'éclat. Les femmes portent des sandales dorées (Lucien, PbUopscmles, ch. 27).
Ce n'est pourtant pas le luxe écrasant de l'Orient ' ; c'est comme une éclosion de gaieté et d'insouciante sensualité mélangées d'une pointe de mysticisme. Les femmes changent constamment de robes, et le blanc péplos aux broderies d'or alterne avec la pourpre de Sidon. Les tuniques sont (liitcs de voiles de Cos ou de Tarente, de ces voiles que Publius Syrus appelle une twée de Un ou bien de Yair tissé. Pline leur a dédié ce sarcasme : Lart Je les dévider et iren faire un tissu a été inventé dans nie de Céx)s par PamphiUa, fiUe de Lalous : ne la privons pas de la gloire d'avoir imaginé pour les femmes un vêtement qui les montre nues (^Hist. tiat., XI, 26). Les bijoux sont d'une finesse de travail et d'une rechcr-
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che de dessin incomparables; ils sont régis par des modes capricieuses comme celle signalée par Athénée, de porter dans les cheveux des cigales d'or. On parle souvent de l'art alexandrin comme faisant partie de la lente agonie de
l'art grec. Je ne vois pas du tout cela. C'est ^,^ ^^ ^ ^^^^ ^^^^,^^^
une âme nouvelle qui chante dans le soleil de ^"""^ «^ '^ •'**^'^^ '"" '^^^"*^
sa jeunesse, se dégageant d un moment donné d'un lieu d'élégante déchéance.
I . Il ne fuiu ps, ainsi que l*ont fuit tous les auteurs de manuels des coutumes grecques, prendre ù la lettre le luxe asiatique des costumes sur les vases italiotes du iv« siècle : les peintres céramistes se plaisent à représenter les pittoresques légendes orientales, et il serait téméraire d'en conclure que les femmes grecques s'habillaient comme des Médées.
Il y eut dans ces derniers siècles de Tère païenne, surtout à Alexandrie, une période de grâce sensuelle et de sourire pareille en quelque sorte à notre
FIO. 28. — COIFFURES SUR DES PLATS ITALiOTËS DU III* SIÈCLE
xviii^ siècle, et quand à côté d'une petite Tanagra on pose une œuvre alexandrine, fine coupe d'argent, statuette féminine à la peau veloutée, ou aryballe aux riches costumes pailletés d'or, on entend chanter à l'oreille les jolis vers du poète de l'amour, Tibulle, à Sulpicie :
a Laisse-t-elle flotter sa chevelure^ on aime à en voir se jouer les tresses vagabondes^ les relève-t-elle avec art, celle coiffure sied encore à sa beauté, H faut brûler quand elle s offre aux regards dans tout T éclat de la pourpre de Sidon ; il faut brûler, quand elle s'avance sous une robe d'une éclatante blancheur. » A. Sambon.