‹ La Tolérance Des Tissus Pour Les Corps ÉtrangersChapitre 2 sur 24 · FACTEUR CHIMIQUE · texte numérisé non relu

FACTEUR CHIMIQUE

J, Davioud

Il est classique de diviser les C. E. en deux groupes : résorbables et non résorbables.

En fait, 1l semble exceptionnel et même douteux ; qu'une substance quelconque introduite dans les tissus ne présente après quelque temps les traces d’une altération plus ou moins profonde : les C. E. dits non résorbables ne sont le plus souvent que les C. E. peu ou très lentement résorbables.

Les métaux en particulier montrent au minimum des modifications de leur surface. Certains même sont résorbés (magnésium) ou se fragmentent (fils d'argent). On a discuté s’il s’agissait là de phénomènes d’oxydation, de formation de chlorures ou de produits organo-métalliques. Pour Labbé qu a étudié la résorption de l'huile grise, le mercure se combinerait aux albumimes et à l’acide nucléinique.

La preuve de cette attaque a été faite pour des substances réputées inertes : Vaccari a vu des fragments d’éponge de caoutchouc se morceler. Selon Juckfuss, la parafline est lentement oxydée dans les tissus. Mariani a trouvé chez les porteurs de vaselinomes des cuti-réactions positives aux huiles minérales.

On a conclu depuis longtemps de ces faits que la tolérance d’un C. E. devait être fonction de son

inertie chimique.

Nous chercherons à déduire de quelques exemples dans quelle mesure la nature chimique d’un C. E. commande la tolérance clinique et les réactions histologiques des tissus qui l’enelavent.

Nous choisirons ces exemples au niveau de tissus tels que muscles, tissu cellulaire et péritoine, tissus susceptibles d'offrir à des C. E. variés une gamme de réactions faciles à classer.

L’os, au contraire, est un tissu complexe dont les réactions sont lentes à se produire, difficiles à étudier et à rapporter à leur véritable cause. L’étude de cas plus simples que nous envisagerons d’abord facilite à notre avis l’interprétation des phénomènes de tolé-. rance et d’intolérance du tissu osseux vis-à-vis des corps étrangers.

Substances non métalliques

Particules alimentaires. — Elles semblent avoir été le matériel de choix pour l’étude C. E. facilement résorbables.

Brandes a étudié les réactions autour de fragments d’aliments devenus intra-péritonéaux à la suite d’une perforation d’uleus. Il décrit au nodule d’enkystement trois couches :

a) Au centre, les fragments du C. E. entourés d’un nombre plus ou moins considérable de cellules géantes ;

b) Plus à l'extérieur, une couche moyenne de cellules épithélioïdes arrondies ou ovales placées les unes contre les autres ;

c) À la périphérie, une couche de cellules fusiformes à caractères conjonctifs.

Alessandri a retrouvé une disposition analogue à type pseudo-tuberculeux. Il a noté l’absence dans tous les cas de points de nécrose.

Fragments d’éponge. — Carnot et Ranvier ont suivi l’organisation de l’hématome dans les mailles d’une éponge insérée dans le foie d’un chien. Ils ont noté à la périphérie la prolifération d’un tissu conjonctif richement vascularisé et l’existence contre les spicules de l’éponge de cellules géantes.

Moelle de sureau, débris de liège. — Pour Franchetti, autour de fragments un peu importants, 1l se forme une capsule tapissée intérieurement d’un tissu de granulation analogue à celui que l’on retrouve dans la réparation des pertes de substance. Il contient des cellules conjonctives jeunes, des cellules épithélioïdes, des cellules blanches émigrées du sang et, avec une abondance particulière, des cellules géantes.

Fragments d’étoffe, fils de cellulose. — Egidi, von Bayer, Durand René, entre autres, ont constaté la

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présence d’une réaction giganto-cellulaire entourée d’une zone de sclérose.

Parajjine. — Expérimentalement (Franchetti), l'injection de parafline provoque autour de ce C. E. la formation d’une gaine conjonctivale bien vascularisée, composée de fibroblastes, de cellules géantes, de cellules épithélioïdes, et de phagocytes du C. E.

Les lésions décrites sous le nom de paraffinome ou de vaselinome ont été souvent étudiées (Mauclaire, Lenormand et Ravaut, Forestier, Paillet ete.). Entre les mailles d’un tissu fibro-conjonctif, on trouve des myriades d’alvéoles : les unes ne contiennent qu’une énorme cellule géante bourrée d’inelusions de paraffine pouvant lui donner un aspect spumeux. Les autres renferment des masses plus importantes de paraffine serties par une couronne de cellules géantes ou épithéloïdes.

Pour Paillet et beaucoup d’auteurs, le morcellement de la paraffine en gouttelettes d’une extrême ténuité augmente d’une façon démesurée la surface de contact entre le C. E. et les tissus, et par là même hypertrophie une réaction banale en elle-même, qui peut alors envahir la peau.

D’autres auteurs ont vu dans les paraffinomes et vaselinomes des réactions infectieuses atténuées. L'absence de germes constatée par des inoculations n’a pas vérifié cette hypothèse.

Nous retiendrons de l’étude des paraflinomes un

certain nombre de faits que nous aurons l’occasion

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de mettre en parallèle avec des réactions secondaires de matériel d’ostéo-synthèse :

— Leur rareté relative par rapport à l'emploi fréquent de la paraffine en matière de prothèse à la suite des travaux de Gersulung, et des huiles minérales comme solvant pendant la guerre.

— La longue tolérance des tissus pour ces C. E, Avant le début des phénomènes d’intolérance, il s'écoule en général un à deux ans (Piechaud), parfois huit ans (Forestier). Nicod, Mariani, Forestier ont alors invoqué « une sensibilité particulière qui fait que tel sujet réagit alors qu’il ne réagissait pas auparavant ).

— Le caractère extensif des lésions par le seul fait du morcellement du C. E.

— La possibilité de suppuration aseptique.

Crins de Florence. — Nous avons vérifié la réaction des tissus autour d’un crin non serré inclus sous le péritoine d’un chien pendant deux mois.

Au contact du C. E., les fibrocytes sont transformés en cellules d’aspect épithéhoïde en couche épaisse. Pas de cellules géantes.

Plus en dehors, les éléments conjonctifs se raréfient, la substance interstitielle devient plus abondante avec une légère réaction scléreuse.

Cette division de la réaction en deux couches, clivées même par endroits était d’une netteté remarquable par l'orientation différente des cellules les composant.

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L'emploi de erins perdus pour la suture de parois entraîne parfois de petites suppurations qui se fistulisent jusqu’à l’ablation du C. E. Peut-être, la matière colorante des erins y est-elle pour quelque chose, mais nous croyons qu'il s’agit surtout, comme nous le verrons, de petites infections car la fréquence de ces accidents varie avec les opérateurs.

Caoutchouc. — Il a été remarqué depuis longtemps que les drains de caoutchouc n’étaient pas un obstacle au bourgeonnement des plaies.

Fieshi, le premier semble-t-l, a publié les résultats d’inclusions d’éponge de caoutchouc chez l’animal et chez l’homme. Il a décrit avec enthousiasme la facilité avec laquelle les tissus acceptent le caoutchouc qu'il va jusqu’à baptiser « carne nuova ». Chez l’animal, Fieshi a vu des axes conjonctivovasculaires pénétrer et organiser les cavités de l’éponge ; chez l’homme, il a employé l’éponge de caoutchouc, avec succès, pour obturer des hernies crurales.

Simultanément, et surtout depuis, de nombreux chirurgiens ont inclus dans les tissus du caoutchouc sous forme de feuilles de préférence, particulièrement pendant la guerre. Citons :

— Isolement de tendons restaurés (Delbet, Mauclaire, Veaudeau) ;

— Isolement de nerfs suturés ou menacés par un foyer de fracture (Mauclaire, Platon, Saint-Martin).

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