INTOLÉRANCE DOCTRINALE DE L'ÉGLISE
l'inviolable sainteté, et il y verse une foi positive. Cette foi engendre une intransigeance qui n'est qu'une revendication de liberté. Le geste extérieur d'adoration que les sages et les savants, que tous les grands de la terre font sans scrupule comme sans conviction, le magistère de l'Église l'interdit aux pauvres qui suivent le Christ. L'encens est refusé, le sang coulera. « Pendant trois siècles, les bourreaux ne se lassèrent pas de frapper, ni les victimes de souffrir. Le christianisme recevait le baptême du sang. Il rendait témoignage à la liberté de conscience. C'était son âge héroïque. » Mais à quoi est-il redevable de cet héroïsme et de cette gloire ? A son intolérance. A l'intolérance que pratique l'Église comme gardienne de la foi. C'est à ce titre, qu'elle impose une adhésion à la foi, inébranlable jusqu'à la mort et pure de toute compromission avec l'erreur.
A ce même titre encore, l'Église réclame l'acceptation du dogme révélé dans toute son étendue. La négation opiniâtre d'un seul dogme consomme l'hérésie et produit l'apostat. Plusieurs font les étonnés deA'ant les textes de lois ou les décrets ecclésiastiques qui qualifient et traitent aussi sévèrement qu'une désertion radicale et complète la négation limitée à un seul point. Cette surprise se comprend de la part des incrédules, excusables de raisonner sur la foi comme sur un système quelconque de philosophie ; mais comment un semblable étonnement perce-t-il parfois chez certains auteurs catholiques ? N'oublient-ils pas la nature même de
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l'acte de foi et sa différence d'avec l'adhésion simplement rationnelle ? En effet, tant qu'il s'agit de connaissances du même ordre, qui baignent leurs racines dans les mêmes principes, le désaccord des opinions se mesure exactement sur l'écart entre les divers énoncés. Mais la connaissance de raison et la connaissance de foi dérivent de deux sources différentes. En se trompant sur une conclusion secondaire, la raison ne quitte pas les principes qui l'aideront à découvrir les vérités plus importantes. Il n'en va pas de même en matière d'hérésie. Sans méconnaître aucunement la dignité inégale des vérités que Dieu nous propose à croire authentiquement par son Eglise, nous devons cependant placer la valeur, le mérite, l'essence même de l'acte de foi dans le fait de les croire toutes sur la parole de Dieu, de nous fier pleinement à la véracité divine plutôt qu'à nos propres lumières. Cette confiance, cet abandon, n'existent plus, si je fais un choix entre les dogmes, si je les trie pour admettre les uns, rejeter les autres, si je m'obstine à en repousser un seul. Dès lors l'intelligence divine cesse d'être mon guide, et je passe les rênes à ma raison. L'accord qui demeure entre mes persuasions et les autres dogmes n'est plus qu'accidentel et presque fortuit : tels deux voyageurs, sans entente préalable ni but commun, se trouvent faisant un bout de chemin ensemble. Fortuit, ce même accord a perdu toute consistance. Les églises protestantes dataient d'un siècle à peine, que déjà Bossuet pouvait écrire l'histoire de leurs variations. En somme, à pro-