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I. — Tolérances et Intolérances

Sommaire : L'idée d'intolérance ne peut être associée à celle d'Eglise catholique. — Cette Eglise mit fin à l'intolérance la plus redoutable, à celle que fonde la politique. — Si nous divisons la tolérance dans ses trois espèces, l'Eglise est une grande école de tolérance privée ; son intolérance ecclésiastique échappe à tout reproche ; dans l'ordre civil, elle condamne l'intolérance de plusieurs protestants et juristes, et se contente de réclamer une prudente protection de la vérité, inspirée par les principes généraux d'un bon gouvernement. — Cette intolérance civile contenue dans la doctrine catholique se différencie de l'intolérance païenne, de l'intolérance de l'Islam, de l'intolérance révolutionnaire. — Emploi abusif du mot de Tolérance.

Les fils de la Révolution et les groupes anticatholiques se vantent d'être les auteurs ou du moins les représentants officiels de la tolérance, et donnent volontiers l'intolérance comme le propre symbole des principes catholiques.

La « piperie » des mots leur profite peut-être. Mais dans la réalité, nul ne professe une intolérance absolue : chacun se règle plus ou moins sur les circonstances. Et si aucun parti ne peut revendiquer le monopole de la tolérance, il est plus faux encore d'associer l'idée d'intolérance à celle d'Eglise catholique. Le premier acte du christianisme ne fut-il pas d'abolir une intolé-

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rance, celle d'une religion faite à l'usage d'une comniunauté politique ?

Si nous prenons la tolérance dans son acception générique, où elle se divise en privée, ecclésiastique et civile, l'Eglise est une grande école de tolérance privée. Car elle proscrit la haine et l'orgueil, et elle enseigne le support mutuel avec l'inviolable respect de la personne humaine. L'impatience irritée du fanatique contredit ses principes. Et ses meilleurs enfants ont poussé jusqu'à l'héroïsme leur douce et patiente longanimité. Qu'il y a loin de la générosité déclammatoire d'un Victor Hugo (1), à la bonté universelle des François de Sales, des Vincent de Paul, de tant de missionnaires et de Sœurs de charité ! Le lecteur goûtera, à cette place, les termes élevés dans lesquels, au milieu du xixe siècle, le Cardinal Diepenbrock, prince-évêque catholique de Breslau, professait cette tolérance. « Malgré la séparation des confessions, séparation malheureuse, mais voulue (2) par Dieu et que nous devons dès lors supporter avec patience en esprit de pénitence pour les fautes commises, tous les esprits droits peuvent et doivent professer une estime réciproque, une tolérance humaine, une charité chrétienne, fondée sur la supposition que les

(1) Il ne lui en coûtait rien d'écrire ce vers blasphématoire :

a Je sauverais Judas, si j'étais Jésus-Christ. » Mais il lui en eût coûté un peu, d'oublier certaines critiques de L. Veuillot. On connaît sa mesquine et incurable rancune.

(2) C'est-à-dire, permise.

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