‹ La toléranceChapitre 61 sur 102 · I. TOLÉRANCES ET INTOLERANCES · texte numérisé non relu

I. TOLÉRANCES ET INTOLERANCES

uns et les autres ont des convictions loyales (1).» La fidélité envers Dieu, la charité envers les hommes, obligent sans doute l'Eglise à maintenir son intolérance ecclésiastique. Mais cette intolérance n'implique aucune contrainte extérieure ; elle précise les conditions auxquelles on peut devenir ou demeurer catholique. Elle dit les points à croire, les œuvres à accomplir, sous peine de rompre avec l'Eglise ou même de la quitter. Si quelques révoltés, qui prétendaient concilier les contraires, s'en sont plaints, les hommes de bon sens, même incroyants, en ont reconnu la légimité et toute la nécessité. Sans cette intolérance, en effet, l'Eglise n'enseigne plus, ne guide plus ; elle cesse d'unir les esprits et les cœurs, de former une communion d'âmes ; elle perd sa raison d'être même (2).

Enfin, dans le domaine civil, la doctrine catholique, en distinguant l'Eglise de l'État, a commencé par créer la possibilité de la tolérance. Elle repousse absolument l'intolérance patronnée par des politiques protestante, rêvée encore récemment par des rationnalistes libéraux. Revenant aux concept ions anciennes, ceux-là ne voient comme idéal que l'Etat et l'unité, là où l'Eglise attend tout de la vérité. C'est la vérité religieuse que l'Eglise veut libre, saine et sauve dans la société ; qu'elle veut saine et sauve dans

(1) Mandement cité par G. Goyau, L'Allemagne religieuse. Le Catholicisme, t. 3, p. 200.

(2) Voyez les témoignages cités dans la section de la tolérance ecclésiastique, p. 46.

294 IIIe PART. SEC. I. QUESTIONS DOCTRINALES

la foule des ignorants et des simples pour lesquels elle redoute de fatales séductions. Aimant la vérité et les hommes, elle veut, oui, que les pouvoirs publics s'arment pour cette double cause, comme, par amour des siens, le père de famille protège la religion à son foyer. Unissant la religion et la morale, elle veut que la tutelle des mœurs s'étende logiquement à la religion vraie. Telle est l'intolérance civile que prêche l'Eglise. Cette intolérance se mesure d'ailleurs sur les temps et les nécessités, et elle s'arrête toujours devant l'injustice comme devant la crainte d'un plus grand mal. Pour quiconque admet que l'Etat doit promouvoir le bien commun et défendre les faibles, cette intolérance n'est qu'une application particulière des principes généraux d'un bon gouvernement. Et elle trouve sa limite dans ces principes mêmes. Le même bien commun qui, en thèse, recommande une intervention prudente en faveur de la religion, peut dans des circonstances concrètes recommander l'abstention. Et alors, la tolérance civile résulte de la doctrine catholique ellemême. Nous l'avons dit, les théologiens ont pu se tromper sur l'appréciation de ces circonstances ; mais, en face d'une utilité reconnue, les catholiques se sont montrés les partisans pratiquement les plus sincères et les plus constants de la tolérance civile.

Au contraire, les systèmes déistes de tolérance, dans la confusion de leur multiplicité, ont rarement su être justes et tolérants envers les catholiques. Quant aux principes de la Révo-

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