‹ La topographie cranio-cérébrale, applications chirurgicalesChapitre 7 sur 26 · SCISSURE DE ROLANDO · texte numérisé non relu

SCISSURE DE ROLANDO

Rapports avec le crâne,

1° Extrémité supérieure de la scissure.

La détermination sur le crâne de la position du sillon de Rolando, une des trois grandes scissures du cerveau , est de la plus haute importance. Cette scissure est en effet, comme la dit Lucas-Championnière, «le centre de figure de la région motrice. » — Pour la plupart des auteurs il limite en arrière le lobe frontal, et en avant le lobe pariétal.

Gratiolet, en 1857, essaya le premier d’en déterminer les rapports. De ses recherches, il conclut que ce sillon correspond à la suture coronale, et que scissure et suture sont dans le même plan.

Quatre ans plus tard, Broca (1) releva l’erreur de Gratiolet en démontrant que la scissure, en réalité, se trouve en arrière de la suture. D’après lui, Yextrèmüê supérieure du sillon, dont nous nous occuperons d’abord, est située au moins à 4 centim. en arrière du bregma (maximum 63 millim. chez un épileptique). Plus tard, en 1871, il modifia ses premières conclusions, obtenues d’après ses observations relevées sur onze sujets (hommes adultes) et éleva sa moyenne à 47 millim.

Broca, 1861, Bull. Soc. anat., p. 340

Bischoff (1868) , place l’extrémité postérieure du lobe frontal à 2 centim. au moins en arrière du bregma ; mais Bischoff ne comprend pas la circonvolution frontale ascendante dans le lobe frontal. Or l’épaisseur de cette circonvolution étant, selon Broca, de près de 2 centim., on peut juger de la place que Bischoff assignait au sillon de Rolando.

Turner (1873) , après des recherches faites en Écosse , évalue à 2 pouces (51 millim.) la distance rolando bregmatique. Il a vu cette distance réduite à un pouce 1/2 (38 millim.'!

La même année, en Russie, Heftler, par un procédé tout différent arrive à un résultat analogue à celui de Broca (48 millim. comme distance moyenne).

Depuis, différents auteurs se sont occupés de la question. Ils ont respectivement trouvé les distances suivantes :

Féré (1875) . ... 45 millim. chez la femme.

De la Foulhouze (1) (1876) 38 à 63 millim.

Kcker (1876) . .. 38 millim.

Féré et Broca (1876) 47 à 48 millim. chez l’homme.

Féré (1877) 47mm,3.

Lucas-Championnière (1878) 55 millim.

A.-W. Hare (1884) (2) .... 47miû,6.

Basset (3) 48mm,3 à 56mm,6.

Chiarugi (1886) (4) 52mm,2 à 53mm,5.

(1) Les observations de de la Foulhouze se rapportent à 4 vieillards et 5 adultes. La distance de 63 millim a été observée par lui sur une arabe de 25 ans ; les autres distances n’ont pas dépassé 54 millim.

(2) Hare a fait 11 expériences et a trouvé des distances variant entre 1 pouce 3/8 et 2 1/4 (35 millim. et 57) en moyenne 1 p. 7/8 (47mm,6).

(3) Voici les mesures rolando-bregmatiques d'après Passe t •

chiffres suivants comme distances rolando-

u l brachycéphales

( dolichocéphales ^ ( brachvcéphales

dolichocéphales

les

(4) Chiarugi a indiqué bregmatiques :

Chez les brachycéphales : 53,nm,5 (47 à 63,5) — dolichocéphales : 52mm,2 (44,5 à 62,5) Ses recherches ont porté sur 12 individus.

Férè surtout a fait sur ce sujet de nombreuses expériences et publié beaucoup. Ses premiers résultats (1875) furent obtenus par l’examen de 54 vieilles femmes dont les cerveaux avaient 16 centim. de long en moyenne. Le sommet du sillon de Rolando était situé environ à 111 millim. de l’extrémité antérieure et à 49 millim. de l’extrémité postérieure du cerveau (en projection). La distance rolando-bregmatique avait un maximum de 57 millim. Depuis, ses nouvelles recherches, personnelles ou en collaboration avec Broca, lui permirent de confirmer ses conclusions premières. Il fixa (1877) à 47mm,3 la moyenne de la distance Rolando-bregmatique chez l’homme.

Broca (1877) avait attiré l’attention sur une cause d’erreur dans l’évaluation de cette distance : souvent le sillon de Rolando arrivé près de la ligne médiane fait un crochet qui reporte de 1,2 et même 3 centim.- en arrière son extrémité supérieure. Il empiète ainsi sur le lobe pariétal, ce qui peut créer des malentendus.

Passet fait également une rectification dans ses calculs quand l’extrémité supérieure du sillon se dévie brusquement en arrière. Chiarugi croit cette rectification inutile, parce que, dans ce cas, il y a souvent une courbure compensatrice du sillon en avant ; à son avis, la correction serait dangereuse et pourrait compromettre l’exactitude des résultats.

Nos recherches sur la distance rolando-coronale supérieure ou rolando-bregmatique nous ont donné les résultats suivants: la distance moyenne est de 49mm55 ; le minimum a été de 40, et le maximum de 62. A l’encontre des résultats de Passet et de Chiarugi, nous avons trouvé les distances plus grandes chez les dolichocéphales (51 mm) que chez les brachycéphales (48m,n). A priori, ce fait semblait probable, le diamètre antéropostérieur de la tête étant plus long.

Détermination de V extrémité supérieure du silton de Rolando par le bregma .

Sur le crâne, le point de repère le plus voisin du sillon de Rolando est le bregma. On a donc cherché des procédés capables de déterminer ce point avec certitude.

Broca, pour y arriver, s’est appuyé sur ce fait que le plan passant par le bregma et les 2 conduits auditifs externes est vertical et sensiblement perpendiculaire au plan horizontal spino-auriculaire de Camper passant par l’épine nasale et les 2 conduits. Il fit construire un appareil (1) composé d’une équerre formée de 2 tiges flexibles réunies à angle droit par un tourillon. On fixe le tourillon dans l’oreille ; la branche horizontale est placée dans le plan spino-auriculaire de Camper, sous l’épine nasale par conséquent; la branche verticale rabattue vient passer au sommet de la tête sur le bregma. Ce point déterminé au moyen de l’équerre (bregma-céphalométrique), il suffit pour trouver l’extrémité supérieure du sillon de Rolando, de mesurer la distance déjà connue qui le sépare de la partie supérieure de ce sillon.

Outre l’équerre de Broca, Lucas-Championnière, 1878, indique plusieurs procédés de détermination du bregma. La palpation seule suffit parfois. A son défaut on peut se contenter d’un ruban métrique placé autant que possible dans un plan vertical, la tête étant dans le regard horizontal ; dans ce cas la partie médiane de l’arc bi- auriculaire ainsi tracé, indique le bregma. On peut se servir également d’un carton échancré embrassant la tête, et traversé perpendiculairement, à hauteur de l’œil, par un crayon placé dans le plan horizontal. Le milieu du carton passe sur le bregma au sommet de la tête. Pour trouver l’extrémité supérieure du sillon de Rolando, Lucas- Championnière mesure sur la ligne médiane 55 millim. à partir

(1) L’appareil de Broca a été décrit pour la première fois dans les Bulletins de la Société d' Anthropologie, 1873, 2me série, tome VIII, p.147.

du bregma. Selon lui en effet : 1° le chiffre donné par Broc a comme distance Rolando-bregmatique est trop faible ; 2° le sillon de Rolando ne se dirige pas en droite ligne : il se recourbe à sa partie supérieure ; or peu importe son extrémité réelle ; ce qu’il faut déterminer exactement, c’est le point où il aboutirait s'il avait une direction rectiligne. En outre, chez la femme, il faudrait compter 50 millim. au lieu de 55 (4 ans avant ses derniers travaux Lucas-Championnière avait indiqué 48 millim. seulement chez la femme).

Pour trouver le bregma , il suffit d’après Fraenkel de promener l'ongle d’avant en arrière sur le crâne, au niveau de la ligne médiane. Lorsque l’expérimentateur arrive sur le bregma, le patient accuse de la douleur, comme il en accuserait d’ailleurs pour toute autre suture. Le fait ne semble pas être assez constant pour être d'un grand secours. Au reste, comme le fait remarquer Poirier, les sutures disparaissent souvent avec l’âge. Nous avons vu un crâne dans le bregma duquel était développé un os wormien de plus de 5 centim.; malgré la persistance des sutures , le résultat du procédé de Fraenkel aurait été absolument trompeur dans ce cas.

L’équerre de Broc a qui, semble- t-il, reste le mode de détermination le plus exact du bregma, a ses inconvénients. Féré et Broca lui-même, ont montré que le point (bregma-céphalométrique) trouvé avec cet instrument, ne correspond pas exactement au bregma crâniométrique. En général celui-ci est en arrière du premier, à 9 millim. environ. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que l’écart peut être porté à 3 centim., par suite des variations dans l'épaisseur des téguments qui recouvrent l’épine nasale et dans la forme de la sous-cloison. Pour ces deux raisons, l'équerre peut être inclinée plus ou moins en avant. Aussi dans la pratique faut-il, selon Féré, reculer d’un centimètre environ le bregma indiqué par l’équerre.

La détermination du bregma est donc chose difficile. 11 n’y a aucune précision d’après Féré si on l’établit par simple construction à vue d’œil du plan auriculo-bregmatique

de Busic. Quant au procédé de Lucas-Championnière , il le trouve impraticable, à cause de l’impossibilité, dans la plupart des cas , de placer le sujet dans la position du regard horizontal. Si l’on se sert de l’équerre de Broca, la difficulté reste grande, et il faut tenir compte de l’obliquité du conduit auditif externe évaluée d’après les recherches de Fèré et de Terrillon à un centimètre environ.

Il faut d’ailleurs ne négliger aucun détail pour se servir avec fruit de l’équerre de Broca. Le tourillon doit être enfoncé profondément dans l'oreille gauche, pour redresser le conduit auditif externe ; la lame verticale doit être recourbée vers l’oreille droite de manière que le bord postérieur réponde à la base du tragus et non à son sommet ; ceci toujours à cause de l’obliquité du conduit. La branche horizontale doit être placée sur la lèvre supérieure et immédiatement sous la sous-cloison. Dans ces conditions c’est le bord postérieur de la lame verticale qui indique le brégma céphalométrique. (Fèré, 1881, 1886, 1890).

Malgré toutes ces difficultés, Fèré, pour ses déterminations cranio-cérébrales, commence toujours par construire les plans auriculo-bregmatique, et .glabello-lambdoïdien. Poirier reconnaît également que le bregma craniométrique et le bregma céphalométrique ne coïncident pas. Ils seraient distants l’un de l’autre en moyenne de 15 millim., ce qui donnerait par le procédé de Lucas-Championnière une extrémité supérieure du sillon de Rolando à 70 millim en arrière du bregma au lieu de 48 millim., chiffre donné par Heftler, Broca, Fèré et Poirier lui-même, d’où erreur de 2 centim.. D’ailleurs le procédé de Lucas-Championnière expérimenté sur 10 cadavres, n’a réussi qu’une fois ; 9 fois il a donné un point situé trop en arrière. — Muller a fait les mêmes essais et a obtenu le même résultat. En pratique ce procédé a, entre les mains du professeur Verneuil, donné une erreur de 3 centimètres (1).

(1) Thiery, Bull, de la Soc. anat. 1890.

Bergmann, Merkel et la plupart des auteurs allemands trouvent l’extrémité supérieure de la scissure de Rolando, sur le vivant, en élevant sur une ligne horizontale une perpendiculaire passant juste derrière l’apopl^se mastoïde, et remontant jusqu’à la ligne sagittale. Ce procédé qui est aussi celui de Reid (1884) manque de précision (Poirier).

Détermination de V extrémité supérieure du sillon de Rolando par sa position sur l’arc sagittal.

Dans ces dernières années, on a cherché (anglais et américains surtout) à déterminer l’extrémité supérieure du sillon de Rolando, non plus en mesurant la distance qui le sépare du Bregma, mais par sa position sur la ligne glabello-iniaque, abstraction faite des sutures. W. Hare, en 1884, établit le rapport de la distance glabello-rolandique, à la distance glabello-iniaque ou arc sagittal. 11 le trouve de 55,7 pour 100 avec des variations toujours inférieures à 1/3 de pouce. Ses expériences sont au nombre de onze. Il enlève un côté de la calotte crânienne, la dure-mère, puis la pie-mère, après l’avoir en partie détachée par un courant d’eau (ce qui nous paraît avoir dû changer quelque peu les rapports). Il enfonce ensuite une épingle, au niveau du sillon de Rolando, dans la faux du cerveau, et mesure dès lors ses distances.

Thane, de Londres, modifie la loi de Hare en prenant au lieu des -yQQQ de l’arc sagittal, la moitié de cet arc plus un demi pouce. Ce procédé plus simple semble moins exact, à supposer toutefois que le chiffre 557 soit l’expression de la vérité, ce que nos recherches n’ont pas confirmé.

Selon Horsley (1887) la distance à ajouter en arrière du point mi-sagittal serait encore de 1/2 pouce, comme l’avait conseillé Thane, dont il accepte le procédé.

Enfin, en avril 1889, Anderson et Marins ont trouvé l'extrémité supérieure du sillon de Rolando entre le point mi-sagittal et un point situé à 3/4 de pouce en arrière (lcent90) c’est-à-dire que pour la découvriron devra appliquer le trépan à 3/8 de pouce (Ocent.95 en arrière du point sagittal moyen, (Y. fig. 7 et 8).

Quant au bregma il serait situé aux 2/5 de la ligne sagittale à partir delà glabelle. Sa situation peut varier de plus de 1/2 pouce.

Dana, la même année, avait reconnu le peu de rigueur de la méthode de Broca. et adopté le procédé de Hare. Pour lui, comme l’arc naso-occipital tourne autour de 28 à 38 centim., le point cherché oscille entre 157 et 268 millim. à partir de la glabelle.

Poirier ayant constaté la difficulté d’établir exactement la glabelle, a proposé comme point de repère la suture frontonasale, « le point nasal. » Pour l’Inion il conseille quand 011 ne peut le déterminer facilement, de faire fléchir la tête de façon à tendreleligament cervical postérieur qui s’insère à cettesaillie, ou de suivre la ligne courbe occipitale supérieure qui y aboutit. Quant aux déterminations de l’extrémité supérieure du sillon de Rolando faites par les auteurs anglais et américains, elles s’accordent parfaitement avec les résultats obtenus par Poirier (40 observations). Néanmoins, comptant à partir du « point nasal », cet anatomiste conseille de mesurer 2 centimètres en arrière du point mi-sagittal, — Dans un cas, sur le vivant, il n’a pu trouver l’inion. Aussi pour des cas analogues, et comme moyen de contrôle dans les autres, conseille-t-il de mesurer 18 centim. à partir du point nasal sur la ligne sagittale. Il s’appuie sur les données suivantes résultant de ses expériences : l’arc naso-bregmatique est de 123 millim. en moyenne, la distance rolando-coronale supérieure d’un peu plus de 5 centim., au total 18 centim. 1/2 ou 18 pour les grosses têles, 17 pour les petites. Ce procédé lui adonné d’excellents résultats, mais il est inapplicable aux enfants.

D’après nos recherches, le sillon de Rolando serait situé plus en avant que ne le disent les anatomistes anglais et américains. Nous avons en effet trouvé l’extrémité supérieure

de l’arc sagittal, mais aux

de la scissure non pas aux

ïôôô phales

en moyenne et plus en avant encore chez les dolichocé-

\iooo,

j . Chez les brachycéphales, le sommet de la scissure serait aux environ de l’arc sagittal.

Quatre trépanations faites d’après ces données, deux chez un dolichocéphale et deux chez un brachycéphale, nous ont permis de découvrir très exactement, au centre de notre couronne de trépan le sillon de Rolando.

Nous avons mesuré également la distance qui sépare la glabelle du sillon de Rolando. Cette distance est d’environ 173 millim., un peu plus forte (7 à 8millim.) chez les brachycéphales que chez les dolichocéphales.

2° Extrémité inférieure de la scissure.

Détermination de l'extrémité inférieure du sillon de Rolando.

J/extrémité inférieure du sillon de Rolando, de même que la supérieure, est située en arrière de la suture coronale, mais à une distance moindre, comme l’avait déjà fait remarquer P. Rroca en 1861.

Les évaluations de cette distance « rolando-coronale inférieure » ont été les suivantes :

Broca 1871 15 millim. environ chez l’homme.

Heftler 1873 28 —

Turner 1873 38 — (minimum 33).

Féré 1875 25 à 30 millim.

Ecker 1876 17 millim. (sur un allemand).

De la Foulhouze (1) 1876 23 à 44 millim.

Féré 1882 28 millim. chez 38 hommes.

— — 27 — chez 34 femmes.

Passet (2) 19mm,6 à 30ram,l.

Chiarugi 1886 27mm,9 (brachycéphales) 23 à 35,5.

- 26mra,7 (dolichocéphales) 23 à 30,5.

Féré, 1875, fixe l’extrémité externe et antérieure du sillon de Rolando à 71 millim. de l’extrémité antérieure du cerveau et à 89 millim. de l’extrémité postérieure, sur des cerveaux de 16 centim. Quant à la distance de la suture coronale à la partie inférieure du sillon de Rolando, il fait remarquer que « le sillon s’arrête au moins à un centimètre plus haut que la suture qui devient plus oblique dans la partie inférieure ; de sorte qu’à son extrémité externe, il reste 2 1/2 à 3 centim. en arrière de l’extrémité externe de la suture coronale, qui correspond à l’intervalle des 2 plis de la troisième circonvolution frontale. » — Rroca fait la même remarque , et cherche la distance de l’extrémité inférieure du sillon de Rolando à la scissure coronale sur une ligne horizontale. Cette ligne passe à quelques millimètres au-dessus de la scissure de Sylvius. D’après lui , cette notion suffit pour la détermination de la hauteur de l’extrémité du sillon. Heftler mesure cette hauteur par les rapports de la ligne horizontale avec la suture temporo-pariétale ; la distance du point cherché à l’origine de la suture varierait entre 2 et 5 millim.

(1) Les observations de de La Foulhouze se rapportent h 5 adultes et 4 vieillards. Il a trouvé chez les 5 adultes des distances de 23 à 44, 23 : (1 femme) 26 (1 femme, 1 homme) 32 (1 femme) 44 (une femme arabe), et chez les 4 vieillards, de 25 à 31 millimètres.

brachycéphales dolichocéphales brachycéphales dolichocéphales

(2) Passet a trouvé hommes.

femmes .

24mm,9

19mm, 6 20mm,6 30mm,l

Chez le vivant, Lucas-Championnière a le premier donné un procédé de détermination de l’extrémité inférieure du sillon de Rolando à la surface du crâne. Pour y arriver, il s’est inspiré de la méthode de Broca pour rechercher le centre du langage articulé, méthode que nous exposerons plus loin. Voici ce que dit Lucas-Championnière : « On prend un point derrière l’apophyse orbitaire externe au point où la base de cette apophyse se recourbe et se relève pour se continuer avec la crête temporale de l’os frontal. On tire une ligne horizontale de 7 centim. On élève à la partie postérieure de cette ligne une perpendiculaire de 3. Celle-ci détermine un point vers l’extrémité inférieure du sillon de Rolando pas tout à fait au bout de ce sillon ». La tête doit être dans le regard horizontal. — Pour la femme, d’après le même auteur, les mesures doivent être, de 65 millim. sur la ligne horizontale et de 3 centim. sur la verticale. — Mais la ligne horizontale est difficile à tracer ; aussi Ranney conseille-t-il sur le vivant de mener à partir de l’apophyse orbitaire externe une parallèle à la ligne qui unit l’extrémité des incisives supérieures au point le plus inférieur de l’apophyse mastoïde. La ligne ainsi tracée est horizontale et plus facile à mener d’après Ranney.

Poirier trouve que c’est encore là bien compliquer la manœuvre. Le procédé de Lucas Championnière pour le point inférieur lui a donné (7 fois sur 10) de meilleurs résultats que celui du même auteur pour la recherche de l’extrémité supérieure du sillon.

Férè pour déterminer le point rolandique inférieur commence par tracer, comme d’ailleurs pour toutes ses autres recherches de topographie cran io-céréb raie, les 2 plans glabellolambdoïdien et auriculo-bregmatique. « L’extrémité inférieure du sillon de Rolando se trouve de 45 à 55 millim en arrière de l’apophyse orbitaire externe à peu près à 1 centim. au-dessus du plan glabello lambdoïdien et sensiblement à la même distance en arrière du plan vertical ou auriculo-bregmatique.

— Ce procédé nécessite la construction de deux plans difficiles à tracer, surtout si l’on se contente dans tous les cas de rechercher la situation du lambda avec le doigt, ce qui n’est pas toujours aussi facile que le dit Férè (1). Quant au bregma. nous l’avons déjà vu, Fèré lui-même reconnaît combien il est difficile de le percevoir sur le vivant.

Les auteurs allemands, Bergmann, Merkel élèvent sur une ligne horizontale une perpendiculaire, partant de l’articulation temporo-maxillaire : cette perpendiculaire vient couper l’extrémité inférieure du sillon de Rolando à 5 centim. au-dessus de l’articulation.

Poirier trouve celte méthode très inexacte et place l’extrémité inférieure du sillon non a 5 centim., mais bien à 7 et quelquefois 8 centim. au-dessus de l’articulation.

Reid use d’un procédé analogue. Il trace une ligne basilaire, menée de la partie inférieure du bord sous-orbitaire au milieu du méat auditif; sur cette ligne et par la dépression antitragienne, il élève une perpendiculaire. Le point où celle-ci coupe la scissure de Sylvius (déterminée préalablement par Reid) correspond à l’extrémité inférieure du sillon de Rolando ou plutôt au point où celui-ci aboutirait si on le prolongeait jusqu’à la scissure de Sylvius.

Dana conseille de tracer une ligne du stéphanion à l’astérion et une seconde ligne du méat auditif externe au bregma. Le point d’intersection sera juste au-dessus de l’extrémité inférieure du sillon de Rolando à un cent, environ de la scissure de Sylvius. L’astérion se sent facilement d’ordinaire juste en arrière de la partie supérieure de l’apophyse mastoïde.

(1) Pour Poirier on peut souvent trouver le lambda à travers les téguments ; si on n’y arrive pas il faut savoir que la distance qui le sépare de l’inion est de 6 à 7 centim.

Anderson et Marins ont cherché non point l’extrémité inférieure du sillon de Rolando, mais, comme Reid, le point où le sillon prolongé aboutirait à la scissure de Sylvius ; ce point siégerait sur ce qu’ils appellent la « ligne squameuse », entre le point de jonction de cette ligne avec la « ligne frontale » et un autre situé à 3/4 de pouce (lcent-90) en avant. On le découvrirait donc suivant eux en appliquant le trépan à 3/8 de pouce (0cent-95) en avant du point de jonction ; les mômes auteurs auraient, 3 fois, trouvé le sillon de Rolando prolongé réellement jusqu’à la scissure de Sylvius (1). Au reste cette extrémité inférieure du sillon semble à Poirier être moins fixe que la supérieure. (V. fig. 7 et 8).

Chiarugi, 1886, a mesuré les distances qui la séparent de la glabelle.

11 a obtenu :

Brachycéphales 104,9

Dolichocéphales 102,1

Hommes 107,3

Femmes 103

25 fois sur 25, Poirier a réussi à tomber exactement sur la partie inférieure du sillon de Rolando, en se comportant de la façon suivante : il reconnaît et trace au crayon, l’arc zygomatique ; il élève sur cet arc une perpendiculaire passant exactement au devant du tragus dans la dépression préauriculaire ; puis il compte, à partir du trou auditif, 7 centim. sur cette perpendiculaire. Pour les enfants au lieu de 7 centim. il fait mesurer les 7/17 de la perpendiculaire prolongée jusqu’à la ligne sagittale, ce qui revient à prendre à partir du trou

(1) Nous avons également trouvé plusieurs fois cette disposition qui ne nous paraît pas aussi rare qu'on le croit généralement.

auditif la moitié moins un travers de doigt de la distance auri-sagittale, procédé vrai pour tous les âges.

Nous verrons à propos du trajet du sillon de Rolando que la plupart des auteurs anglais et américains déterminent son extrémité inférieure d’une façon indirecte.

Nous avons recherché la valeur de la distance rolando-coronale inférieure. Nous l’avons trouvée de 29 à 30 millim. un peu plus forte (1 millim. ou 2) chez les dolichocéphales que chez les brachycéphales , comme la distance rolando-bregmatique. La distance qui sépare l’extrémité inférieure du sillon de Rolando de l’apophyse orbitaire externe est, d’après nos observations, de 60 à 61 millim., plus forte chez les dolichocéphales que chez les brachycéphales.

Quant à la détermination de l’extrémité inférieure dé la scissure sur le vivant, nous indiquerons à propos du trajet de la scissure le procédé que nous conseillons.

3° Trajet de la scissure.

Détermination du trajet de la scissure de Rolando.

Entre ses deux extrémités, le sillon de Rolando ne parcourt pas un trajet rectiligne ; il affecte souvent les formes les plus bizarres, comme Anderson et Marins l’ont montré dans une figure où ils représentent un certain nombre de sillons pris au hasard.

Néanmoins, certaines courbures paraissent plus fréquentes, c’est ainsique Broca, en 1876, a décrit une flexuosité du sillon au niveau de l’extrémité de la 2e circonvolution frontale; courbure qui rapprocherait le sillon de la suture coronale, quelquefois assez pour qu'il soit plus près de la suture en son milieu qu'à son extrémité inférieure. En 1861 Broca disait . « à 4 centim. de la ligne médiane, le sillon n’est plus situé qu'à 2 centim. au moins, 3 au plus en arrière de la suture. »

Muller parle d’une courbure fréquente en sens opposé.

Anderson et Marins ont généralement trouvé : 1° une forte courbure à convexité postérieure rlans le 1/3 supérieur; 2° une autre moins accusée, moins constante et en sens inverse de la première, située près de l’extrémité inférieure

Bien d’autres auteurs ont écrit sur le trajet du sillon de Rolando. mais, pour ne pas sortir de notre sujet, nous allons nous occuper de la manière de déterminer une « ligne rolandique », donnant sur le crâne la direction moyenne de la scissure en question.

Cette ligne rolandique a été le plus souvent tracée en réunissant par une ligne droite les deux extrémités du sillon préalablement déterminées. C’est le procédé qui paraît le plus simple et le plus précis; mais depuis quelques années les anatomistes anglais et américains ont cherché l’angle formé par la réunion du Rolando et de la ligne médiane sagittale , et ont appliqué cette donnée pour trouver la situation de la ligne rolandique.

Hare, en 1884, a le premier usé de ce procédé. Il évalue l’angle fait en avant par le Rolando et l’arc sagittal à 67°, et lui reconnaît des variations pouvant aller de 60° à 73°.

Giacomini avait évalué l’angle rolando-sagittal à 60° (57 1/2 à 62 1/2). Hamy à 70°.

En 1888, Hare décrivit un instrument servant à tracer sur le crâne la ligne rolandique d’après langle rolando-sagittal. Cet instrument est le cyrtomètre du Dr Claude Wilson dont l’idée première serait due au professeur Chiene. Il se compose de trois tiges de fer doux nickelé. La plus large est appliquée autour de la tête, dans le plan glabello-iniaque. Sur elle tombe perpendiculairement une branche plus étroite, et qui doit se placer le long de la ligne sagittale à partir de la glabelle. Sur cette branche sont gravées deux séries de lettres, majuscules et minuscules, placées de façon qu’une majuscule étant sur l’inion, à l’extrémité de l’arc sagittal, la minuscule correspondante soit aux 557/1000 de l’arc, et indique par conséquent le sommet de la scissure. Enfin, une3<: tige mobile et mince glisse

le long de la dernière en faisant avec elle un angle de 67°. La minuscule qui correspond à la majuscule placée sur Timon étant sous l’extrémité supérieure de cette tige, la scissure correspond à la tige.

Hare donne au sillon une longueur de 3 pouces 3/8 (85mm,7), ce qui porte à 7/16 de pouce (llmm,l) les variations dans la position de l’extrémité inférieure de la ligne rolandique déterminée par son procédé.

Horsley avait, l’année précédente, décrit un appareil analogue. Sur une tige en fer doux nickelé de 10 pouces que l’on place sur la ligne sagittale, s’articulent deux tiges plus courtes faisant chacune avec la première un angle en avant de 67°. Ces branches courtes sont graduées en pouces. Le sommet de l’angle se place 1/2 pouce (12mm,7) derrière la ligne médiane sur l are sagittal. La graduation permet de mesurer la longueur de la ligne rolandique , et de fixer ainsi l'extrémité inférieure du sillon.

Le cyrtomètre de Dana consiste également en deux tiges articulées l’une sur l’autre sous un angle de 67°, et dont Tune se place sur la ligne sagittale, tandis que l’autre indique la ligne rolandique. C’est, en somme, l’appareil de Hare . mais Dana y remplace les lettres majuscules et minuscules par des chiffres correspondant aux longueurs de Tare. En outre, il a ajouté une branche qui permet de déterminer la scissure de Sylvius.

Cet instrument permet de déterminer les 2/3 supérieurs du sillon, environ 56 millim., selon Dana ; le 1/3 inférieur, environ 21 millim , a une direction un peu plus verticale que la tige. Le sillon aurait une longueur totale de 85 millim.

Anderson et Marins ont mesuré l’angle rolando-sagittal avec des goniomètres faits de segments de voûte crânienne. Sur 8 têtes (16 scissures), ils Tout trouvé entre 55° et 70°, sur 12 autres entre 60° et 65°.

Poirier a trouvé des variations assez étendues de l’angle rolando-sagittal mesuré chez 50 sujets.

Le premier qui ait cherché à déterminer le sillon de Rolando au moyen d’un angle est Giacomini (1882;. Il conseille do prendre sur l’arc vertical bi -auriculaire un point situé à midistance de la ligne sagittale et du méat auditif, et de ce point, de tracer en arrière et en haut une ligne qui fasse avec l’arc un angle de 30 à 35 degrés

En 1886, dans un but différent de celui poursuivi par Hare, Ghiarügi avait cherché la valeur de l'angle rolando-sagittal. Il avait également indiqué les longueurs du sillon de Rolando. Voici ses résultats d’après des expériences sur 21 crânes (1) :

Brachycéphales. 64°, 4

Dolichocéphales 63°, 6

Hommes. 65°, 1

Femmes 63°, 8

Différences maxima 9°

Longueurs de la scissure :

relatives

absolues

Brachycéphales

82mm,7

1 14mm,7

Dolichocéphales

79mm,l

114mm,5

Hommes

83mu,,9

115mm,3

Femmes

80mm,7

114mm,4

Nous avons également mesuré l’angle rolando-sagittal. Nous nous sommes servi d’un instrument dû au PrDEBiERRE et dont nous donnons la photographie (voy. pl. I, T). Le goniomètre céphalique , comme l’a appelé son inventeur, se compose essentiellement d’un rapporteur circulaire dont on peut fixer facilement le centre sur le point correspondant au sommet du Rolando préalablement déterminé. Une branche flexible se place le long du trajet du Rolando et est prolongée au-delà du

(1) Les 21 sujets étaient : brachycéphales 16, dolichocéphales 5, hommes : 6, femmes : 15.

centre (dans l’autre moitié du diamètre) par une branche rigide qui donne sur le rapporteur des indications très nettes, de sorte que l’instrument peut servir soit à déterminer l’angle, soit, l’angle étant déterminé, à trouver le sillon sur un crâne recouvert des téguments. Nous avons obtenu comme résultats :

Angle 68°, 1

Minimum 64°

Maximum 74°

Brachycéphales 68°, 1

Dolichocéphales 68°. 1

Contrairement à l’opinion de Hare, nous a vous trouvé que déterminer le trajet du sillon de Rolando au moyen de l’angle qu’il forme avec le plan médian sagittal est un procédé peu précis. L’angle par lui-même est assez variable ; et, en outre, malgré l’emploi des goniomètres, il est toujours un peu difficile de mesurer un angle sur une surface courbe ; c’est pourquoi, après maintes recherches , nous avons adopté le procédé suivant très simple , très facile à exécuter et ne nécessitant pas l’usage d’instruments spéciaux. Nous déterminons d'abord le point correspondant au sommet du sillon de Rolando sur la ligne sagittale, d’après les indications que nous avons données à propos de sa position relative sur cette ligne ; nous joignons ensuite directement ce point à un autre situé sur le milieu du bord supérieur de l’arcade zygomatique , toujours facile à trouver sur le crâne. La ligne obtenue par ce procédé correspond aussi exactement que possible à la ligne rolandique , et les trépanations que nous avons pratiquées pour vérifier son exactitude nous ont donné les résultats les plus satisfaisants.

Si l’on veut connaître la situation exacte de l’extrémité inférieure du sillon de Rolando, il suffit de tracer la ligne « orbitolambdoïdienne », qui correspond à la scissure de Sylvius (Y. Scissure de Sylvius), et de prendre sur la « ligne rolandique » un point situé de 10 à 15 millim. au-dessus de cette dernière ligne. (Voy. fig. 15).

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