‹ La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaireChapitre 1 sur 21 · La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaire · texte numérisé non relu

La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaire

algrë les préjugés que conservent certains esprits sur le moyen âge, il est impossible de méconnaître les glorieux souvenirs de la Toscane du xi i° au xiv' siècle, devant les nombreux monuments qui leur servent de témoins. La première à revendiquer & à soutenir contre l'Empire les franchises de ses communes, la Toscane a dû aux bienfaits de la liberté une véritable souveraineté dans les lettres & dans les arts. La guelfe Florence & ses sœurs, les cités étrusques, apparaissent sous un éclat incomparable, tandis que Rome, veuve du Pape, Naples abrutie sous la licence de ses princes, Venise bâillonnée par une aristocratie cruelle & silencieuse. Milan couchée aux pieds de ses maîtres, nous présentent une histoire souvent honteuse & des édifices dédiés au despotisme.

près avoir visité les différentes contrées italiennes, nous nous sommes senti attiré vers cette Toscane qu’arrosent de si riantes rivières, que couvrent des plaines si fertiles & dont le génie, non moins fécond en grands hommes que le sol en moissons luxuriantes, a fait surgir une telle abondance de monuments. Ses villes hérissées de tours, enveloppées de murailles gardiennes de leur indépendance; ses palais publics tout revêtus d’armoiries ; ses forums retentissants; ses fiers édifices qu'on dirait élevés aux accents de la muse de Dante, comme cette ville antique construite par la lyre d’Amphion, sa vie libre, son style grandiose nous ont merveilleusement

(1) Initiale cirée d’une miniature italienne de la Bibl. Imp. : Tracrarus de P ace Ecclesiœ. n° 166.

(2) Manuscrit italien de la Bibl. Imp. n° 3960.

' i •trM!înww«5

„ avertissement.

charmé. — Nous nous sommes mis à parcourir ces vieilles cités, leuis annales en main, à dessiner, à mesurer leurs restes d’architecture, & a les relever autant que possible de la ruine. Aidé par les manuscrits, les peintures, les descriptions des chroniqueurs, nous avons tâché de combler les lacunes, de réparer les bièches du temps, enfin, de réveiller leur ancienne physionomie en y ramenant les personnages, les costumes & les meubles d autrefois.

Si les constructions religieuses n’ont pas trouvé place dans notre travail, ce n’est pas assurément que notre cœur ne nous portât vers ces édifices ou se manifeste dans son expression la plus sublime le génie de l’architecte; mais la demeure de Dieu n’offre pas, au point de vue de l’histoire, autant d intérêt archéologique : elle semble participer dans une certaine mesure à 1 immutabilité de l’Hôte qu’on y adore, &, construite toujours pour le même culte, elle reprend à peu près les mêmes formes dans tous les temps. Pour saisir les différences d’art, d’industrie, de mœurs qui nous séparent du xme ou du xive siècle, il faut descendre aux monuments civils & militaires. Dans ces vieux murs on trouvera une civilisation souvent supérieure à la nôtre, quoique dédaignée, & on se convaincra que ces grands siècles de foi, exclusivement regardés comme bâtisseurs d’églises, n’étaient pas moins habiles à ériger des forteresses & des palais.

Dans notre sphère de modeste artiste nous serions véritablement heureux d’avoir recueilli quelques éléments d’histoire en l’honneur -de ces républiques chrétiennes qui ont si bien mérité de l’Église & de l’art, & sauvé de leurs monuments quelques-uns des matériaux qu’on disperse chaque jour.

En effet, les amis du moyen âge doivent se hâter, s’ils veulent en conserver des fragments ; quoiqu’ils n’aient pas encore à craindre en Italie cette nouvelle sorte de tremblement de terre qui a bouleversé Paris, ils doivent savoir pourtant que les funestes doctrines de nos édiles s’y répandent déjà. A Florence, on parle de percer ces vieux quartiers qu’habitent de si augustes souvenirs ; la plupart des portes urbaines ont disparu; les antiportes ont toutes été démolies; un projet que nous avons entre les mains, & contre lequel nous formons les vœux les plus ardents, enveloppe la ville de quartiers neufs & détruit ses murailles. A Pise, on tranche peu respectueusement les remparts, dont les habitants se plaignent comme s’ils eussent été affublés d’une armure gothique, & l’on construit une vaste salle de spectacle à laquelle on sacrifie de précieux vestiges. Enfin le mal s’étend jusqu’aux petites communes telles que Pietra-

Page 1