‹ La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaireChapitre 15 sur 21 · VU · texte numérisé non relu

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LOGES SEIGNEURIALES

( Florence )

r. LACROIX. éditeur.

Imp. SalJet. Paris

Co larme de- J’. Zenobio CsW Colonne del Trebbùr

FORTIFICATIONS DE FLORENCE

orsque le gouvernement de Florence vient d’abattre les murailles de cette ville, un des plus précieux monuments de son ancienne liberté, n est -il pas opportun de soustraire aux démolisseurs quelques-uns de ces souvenirs aussi importants pour l’architecture que pour l’histoire ? Nous le pensons, nous espérons du moins que nos études emprunteront plus d’intérêt de cette triste circonstance.

Nous cherchons d’abord à fournir aux lecteurs une idée d’ensemble de cette vaste enceinte en, leur mettant sous les yeux un plan manuscrit du xve siècle ( i ) , sur lequel ils verront (pl. I) la forme des tours, les barbacanes construites sur des ponts & le système général des fortifications (2).

(1) Ce manuscrit, Cludii Ptolemœi cosmographia (Bibl. imp. , n° 4802, fd latin), a pour auteur Hugo Comminelle; sa reliure porte les armes de Henri II, &, d’après les monuments qu’il représente, on peut supposer que la date se rapproche de 1480; les peintures sont incontestablement italiennes.

(2) ISous ne croyons mieux faire pour rectifier les erreurs & les oublis de ce plan que de l’accompagner ici de la description si précise de Villani, dont nous traduisons les passages suivants :

b E11 1324..., on commença à faire les barbacanes des nouvelles murailles de la cité de Florence, reliées auxdites murailles & en dehors des fossés. On ordonna en même temps qu’à tous les deux cents bras, il y eût une tour haute de quarante bras & large de quatorze bras, pour la force & la beauté de ladite ville. D’abord sur la face orientale, rive septentrionale de l’Arno, on a une tour haute de soixante bras, fondée sur une pile du pont qu’on doit y construire & appeler Ponte Reale. Après cette tour à quatre-vingt-dix bras, une porte de quatre-vingts bras, qui s’appelle porta reale, & que d’autres appellent de San Francesco , parce qu elle est derrière l’église des Frères Mineurs. — De cette porte reale à quatre cent quarante-deux bras une porte intermédiaire, puis une autre grosse tour également haute de soixante bras & large de vingt-deux bras qu’on appelle porta guelfa. De cette porte, en suivant l’enceinte & la ligne du mur, à trois cent quatre-vingt-quatre bras, une tour intermédiaire ; puis une tour d’égale iauteur avec une porte appelée délia Croce ou de San Ambrogio , porte maîtresse par où on va en Casentino. De ladite porte en suivant encore l’enceinte du levant on a six cent trente bras, & dans cette longueur trois tours jusqu’à une grosse tour à cinq faces, haute de soixante bras, sans porte. Là le mur fait un coude ou un angle & se dirige vers le nord, & de cette tour appelée guariia del Massaio à la porte dite Fiesolana ou a PincL qui regarde Fiésole & qui a une tour également haute de soixante bras, on mesure un intervalle de neuf cent vingt-cinq bras, garni de cinq tours. Et de ladite porte & tour Fiesolana à une autre tour & porte nommée de’ servi Santa Maria , à cause d’un monastère" de frères ainsi appelé, on a six cents bras & une tour intermédiaire. De ladite porte de' Servi suivant la ligne du mur jusqu’à la porte maîtresse & tour de lu porta a son G alla, par laquelle sort la route de Bologne & de Lombardie & celle de la Romagne, on a huit cent quarante-deux bras & quatre tours intermédiaires. Et à ladite porte, il y a un coude ou un angle aux murailles qui tournent vers le nord-ouest; & de la porte de San Gallo à celle de Faença , mille huit cent quarante-huit bras & neuf tours ; & là le mur fait un coude & s’incline vers le couchant. Et de la porte & tour de Faenza jusqu’à la porte Polverosa , on a trois cent vingt bras & une tour intermédiaire. Et de la porte Polverosa , jusqu’à la porte maîtresse du Prato d ’Ognissanti , d’où sort la route qui va à Prato & à Pistoia & à Lucques, mille soixante-dix bras & cinq tours intermédiaires. Et de la porte & tour del Prato jusqu’à la tour qui est sur 1 égout de l’Arno, deux cent soixante-cinq bras, & une tour intermédiaire ; & de ladite tour jusqu’à la rive d’Arno, là où se trouve l’île de la Sardigna qu'on a résolu d’envelopper de remparts, trois cent soixante bras. — Ainsi nous trouvons sept mille sept cent soixante-

Villani parle de quatre -vingt- dix tours comprises celles des portes ; un bien petit nombre a subsisté jusqu’à nous : la seule à notre connaissance qui ait conservé les arcatures du couronnement se trouve au bord de 1 Arno attenant a des constructions modernes. Toutes les portes de la rive droite ont été dérasées pour loger les canons des Médicis; celles à'Olti-arno sont restées dans un meilleur état de conservation.

La porte San-Frediano (pl. II) possède les éléments d’une restauration complète; à droite, un mur en arrachement nous y donne des indications claires sur la hauteur & la position de l’antiporto (voir le croquis page 3); à gauche, des vestiges non moins évidents nous rappellent l’existence d’un ouvrage latéral fermé par un mur B (pl. II) & garni à l’intérieur de consoles qui en élargissaient le corridor. Les anciens créneaux des murailles apparaissent sous la surélévation que l’exhaussement du sol rendit peut-être nécessaire.

Au commencement de ce siècle, la petite porte San- Miniato (pl. III) conservait encore son hourd de pierre dont nous n’avons vu que les traces & son antiporto couronné de créneaux qui ont également disparu (1). Un peu au delà de cette porte on entrait dans le bourg San-Niccolo rattaché par des murailles fortifiées aux moulins de la ville & terminé par la citadelle du même nom. Nous avons calqué (pl. III) un fragment du plan de Girol. Franceschi fait en 1594 & qui nous montre ces dispositions stratégiques autant tournées contre l’intérieur que contre le dehors. Quelques traces de créneaux via de Renai & le beau donjon de la citadelle sont les seuls souvenirs matériels de ces puissantes défenses. Le donjon lui -même ne laisse plus voir à la place des mâchicoulis & des créneaux qui le couronnaient, que des vestiges de consoles

dix bras sans la largeur de l’Arno, qui est de cinq cents bras de la Sardigna à la Verzaia; & neuf portes avec tours de soixante bras, hautes, très-grandes, munies chacune d’un antiporto. — Sur ce nombre quatre sont portes maîtresses & cinq poternes, & on a quarante-cinq tours comprises celles des portes. » (G. Vill., liv. IX, chap. 256.)

« Dans la même aimée, on commença le mur sur la rive de l’Arno depuis le pont alla Carraia jusqu’à la Verzaia où on fonda u sur le fleuve (laquelle tour s’écroula depuis dans une crue de l’Arno), & où commence ce mur qui enferme le quartier d’Oltrarno; & de ci tour à la porte de Verzaia. ou de San Friano qu’on traverse pour aller à Pise, on trouve deux cent cinquante bras de n intermédiaire. Et de ladite porte, en allant directement vers le midi jusqu’à une tour à cinq faces, où le mur fait un coin ou un angle, il y a six Cents bras & cinq tours , comprise celle de ladite porte. Et de ladite tour le mur se tourne vers le Scirocco , assez mal construit, biscornu & avec plusieurs coudes, ce qui arriva par suite de la précipitation qu’on mit à le fonder devant les fossés sans direction précise; on a jusqu’à la porte Romana ou de San Pietro Gattolino; douze cent cinquante bras & neuf tours. Près de l’église des Camaldules, une poterne & une tour ; cette porte romaine est très-grande. Et de ladite porte en allant directement, à peu près vers le levant, vers la villa de Bogole, montant la colline jusqu’à une tour à cinq faces qui fait l’angle du mur, on a quinze cents bras & dix ;. Et de ladite tour les murs traversant Bogole jusqu’à la vieille tour & porte de San Giorgio al poggio qui ouvre la route vers Arcetri, quatre cents bras & des tours. Et puis de ladite porte San Giorgio commencent les vieux murs faits au temps des Gibelins qui, jusqu’à la poterne de San Miniato, ont cent bras & plusieurs tours. Et puis les murs continuent au-dessus du bourg San Niccolo, où on doit faire une belle porte maîtresse, lesquels murs ont sept cent cinquante bras de longueur & des tours.

« Les fossés eu deçà d’Arno ont trente-cinq bras de large, & trente au delà d’Arno ; & la voie extérieure seize bras, ainsi que celle intérieure, — & les murs en deçà d’Aruo sont gros de trois bras & demi non compris les barbacanes, & hauts de vingt bras c créneaux, & ceux d’Oltrarno, gros seulement de trois bras, sans les barbacanes; mais il faut y apporter, en revanche, les arcatures qui élargissent le corridor supérieur. — Et ainsi le circuit de notre cité est de quatorze milles & deux cent cinquante bras : trois mille bras de nos mesures valant un mille. » (G. Vill., liv. IX, chap. 257.)

(1) Je dois le dessin qui m’a servi dans ma restauration au portefeuille de mon grand-père.

Nous avons distingué entre les traces des consoles démolies la marque d’écussons également déteints.

FORTIFICATIONS DE FLORENCE

difficiles à deviner. Malgré de telles mutilations, cet édifice est un des monuments militaires les plus grandioses de la Toscane. « La porte San-Nicolas, écrivait il y a soixante ans un éminent architecte, est une des belles choses que j'ai vues. Sans colonnes, sans profils, elle a un très-grand caractère & annonce bien le genre des édifices dont la ville est remplie. »

Arrachement du mur de l’antiporto de la porte San-Fredfano.

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