FAÇADE RESTAURÉE
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de l'a, COUR de JUSTICE
TOURS DE PISE
étrarque raconte dans son itinéraire de Syrie qu’il vit en passant devant Pise une forêt de tours gigantesques & qu’il en fut dans l’admiration. Ces tours, élevées par les grands seigneurs, étaient à la fois des armes dans les batailles civiles & des titres de noblesse, apanage des plus illustres familles. Elles formaient un trait caractéristique de la physionomie des anciennes villes toscanes & surtout de Pise, qui en comptait un nombre fabuleux dans ses murs. Elles n’offrent plus aujourd’hui que des restes mutilés, difficiles à étudier, mais qui se recommandent à notre attention.
(PI. I.) La tour des Upezzinghi, incorporée dans le palais alla Giornata, est une des mieux conservées.
(PL I.) Une maison (2) voisine, construite en manière de tour & malheureusement menacée de démolition, n’est pas moins curieuse. Nous avons essayé dans une vue perspective de restaurer ce dernier édifice avec ses balcons, ses auvents, avec les ponts qui l’unissaient à une autre tour & qui ouvraient la retraite à ses défenseurs, enfin avec les boutiques du rez-de-chaussée que la Place aux grains devait rendre très - recherchées (3).
Au fond de notre perspective on aperçoit une tour dont nous avons cru distinguer les vestiges dans le palais Galletti, & à ses pieds le petit sanctuaire de Santa Maria délia Neve bâti en même temps que la halle au blé où se trouve notre point de vue. Une inscription gravée sur le linteau de la porte (pl. I) mentionne
(1) D’après une peinture de l’Academia delle belle arci de Pise.
(2) Pour l’état actuel voir les Monuments de Pise , pl. XXVIII.
(3) Les figures que nous y avons dessinées sont tirées d’une bible de Charles V que possède la Bibl. imp. sous le n° 9561.
Le chariot portant. des sacs de blé a été imaginé d’après ce. manuscrit & une peinture de Jacopo Avanzi quon voit à San
Giorgio de Padoue.
TOURS DE PISE
cette double construction, le nom des magistrats qui l’ordonnèrent & celui des maîtres auxquels les travaux furent confiés ( i ) .
(PI. II.) La tour élevée sur la petite place Santa Margherita, & dont la cloche rappelle aux étudiants de fUniversité leurs heures de travail, a subi des dérasements, puis des reconstructions grossières. Il suffit pour s’en convaincre de
Tour des Upezzinghi. (Vue prise dans la cour du palais.)
jeter un coup d’œil sur la perspective (2) que nous en avons tracée & qui accuse clairement ces changements. Les façades gothiques qu’on aperçoit au second plan sont modernes, elles ont pu être cependant restaurées d’après les fissures qui en dessinent les vieilles ogives.
(1) Voici cette inscription donc nous ne donnons qu’un fragment sur la gravure :
+ Questa Ecclesia chiamata Sancta Maria Vergine fue hedificata per lo comme e per lo populo di Pisa in dell’anno délia Incarnatione del nostro Signore Jesu Xpô MCCCXLVI del mese di agosto stante, essendo Domenico Raineri Novello conte di Donoratico, capitano generale di Pisa e di Luccha e del loro contado. + Ceccho di Lemmo, capo maestro di detto lavoro e délia P tassa. + Giovanni Bucchia , cittadino di Pisa fue operajo délia soprascripta Ecclesia e délia piassa délia Biada in del ditto tempo.
Cecte halle démolie par les Florentins fit place, en 1493, aux bâtiments actuels de l’Université.
(2) Les deux figures sont imitées de la grande fresque d’Orgagna au Campo Santo.
TOURS DE PISE
La pl. III contient une vue de la via de Mercanli prise des marches de leglise San Paolo all’orto ; notre dessin ( i ) figure sur le devant la maison des Gualandi, à laquelle des traces d’archivoltes oubliées dans la maçonnerie par les restaurateurs nous ont permis de rendre ses anciennes fenêtres & arcades; en second plan, une maison de style moderne que nous avons pu, d’après Polloni, restituer à son caractère primitif; puis, dans le fond, deux tours aujourd’hui dérasées & dont l’une appartenait aux Rosselmini.
A droite de cette vue nous rapportons une tour du vicolo Santa Margherita & les jolis moulages en terre cuite qui en décorent les archivoltes; à gauche, une des tours de la via delle belle Torri & une frise de brique qu’on voit encore à l’angle du vicolo del cuore.
La pl. IV reproduit trois autres tours que nous avons dessinées dans les vieux quartiers de Pise, entre autres la Verga d’oro ( 2 ) si célèbre dans l’histoire, & une marqueterie du Dôme qui donnera l’idée d’une de ces vieilles villes ressemblant à une gerbe de tours serrées comme par un lien, dans l’étroite enceinte des remparts.
FORTIFICATIONS DE LUCQUES
Les Lombards, en étendant leur pouvoir jusqu’au centre de l’Italie, bâtirent à Lucques des murailles dont les blocs énormes encore visibles sur certains points , notamment à l’archevêché, témoignent la solidité. Un peintre lucquois, M. Matraja, savant investigateur de l’histoire de son pays, se mit à la recherche de ces débris, après des prodiges de patience & d’érudition, il parvint à reconstituer le plan de la ville en 1200, c’est-à-dire lorsqu’elle était encore défendue par cette enceinte. Nous donnons pl. I, fig. 5 , le plan d’une porte & d’une tour d’après ses curieuses études publiées à trop peu d’exemplaires.
Au commencement du xme siècle, Lucques débordait les premières murailles & voyait au dehors de ses portes se grouper de populeux faubourgs qui l’obligèrent
(1) Les personnages sont tirés de différentes sources : le bûcheron, d’une miniature de la Bibliot. ambroisienne de Milan, publiée par Bonnard ; — les deux hommes qui se serrent la main, du Gothefredi Panthéon. n° 4895 de la Bibliot. imp. ; — enfin la boutique foraine, d’un bas relief du campanile de Florence.
(2) Les ogives de cette tour, cachées sous les enduits modernes, n’apparaissent que pendant les temps humides.
FORTIFICATIONS DE LUCQUES
bientôt à développer ses lignes de défense. La vie communale la plus active animait alors les républiques toscanes & réveillait dans leur sein les souvenirs de 1 ancienne Rome. Les consuls, les sénateurs, le forum, toutes les formes antiques, y reparaissent comme des copies en miniature d’un grand tableau. Cette passion d’imiter la ville étemelle influe sur tout le moyen âge italien , se reflète dans ses poèmes & dans ses beaux-arts; elle caractérise surtout ses monuments militaires. Si l’on compare les portes Pinciana, Salaria, San Paolo de Rome avec la porte San Gervasio de Lucques, on est saisi de la ressemblance & on n’oublie l’analogie qu’en descendant dans le détail de ces édifices. L’entrée de Lucques, peut-être moins grandiose, est construite avec plus de luxe (pl. II); des bandes de marbre blanc coupent de distance en distance les assises entre les grosses tours & les claveaux de l’arc; des lions (i) placés autrefois dans les deux niches carrées comme pour menacer l’ennemi, & une figure de saint (2), emblème d’une défense plus pacifique, décoraient l’intervalle des tours.
La porte des Borghi , bâtie dans le même genre , possède deux arcs au lieu d’un seul; à l’extérieur elle était défendue par un antiporto circulaire.
M. Matraja a découvert quelques autres fragments de cette enceinte , &, d’après ces tronçons de murailles laborieusement retrouvés, il est parvenu à tracer le périmètre complet. Nous lui empruntons encore le plan d’une des tours rondes qui flanquaient les courtines (pl. I, fig. 2).
Le souvenir de ces fortifications nous est conservé par un tableau du xve siècle que tout le monde peut voir dans l’église San Paolino (pl. I, fig. r). La ville de Lucques avec ses tours innombrables, ses remparts, les tours de flanquement, la porte, le pont-levis, s’y trouve reproduite tout entière, elle est peinte aux pieds de ses saints patrons plus puissants pour sa défense que les murs dont nous cherchons aujourd’hui les ruines.
(1) Cyriacus Anconitanus raconte les avoir vus en 1442.
(2) Nous avons restauré le tabernacle d’après les vestiges qu’on y découvre.
BIBLIOGRAPHIE
Matraja. — Plan de Lucques en 1200. — 1840.
Cyriacus anconitanus. — Nova Fragmenta. Voyage à Lucques en 1442. Mazzarosa. — Guide. — 1829.