TOUR DE L' UNIVERSITÉ ÉLÉVATION S __ PLAN __ DÉTAILS
PALAIS ET MAISONS A PISE
ous pouvons affirmer que l’ancien plan de Pise est intact dans les parties restées habitées &. qu’on le retrouverait en déchirant le fragile vêtement des enduits modernes : il nous suffit pour le prouver de montrer les soubassements des maisons qui laissent entrevoir partout les vieilles assises de pierre de Verruca; les fissures qu’a produites dans les crépis le tremblement de terre de 1846, & qui ont dessiné sur les murailles les ogives du xuie siècle; enfin les arcades, les fenêtres gothiques, les trous de
solives des balcons qui se peignent en couleur de bistre sur les façades quand le temps est humide (2). 11 nous est même possible, d’après ces indices, de relever des monuments importants pour l’art & pour l’histoire qui restaient oubliés.
Palais Médicis. — Nous avons vu quelquefois aussi nos recherches favorisées par les restaurations qui mettent à découvert le dessous des enduits & qui nous ont permis d’y donner toute la précision désirable. En 1866 nous
avons pu de la sorte mesurer l’ancienne façade du palais .
Médicis qui n’était plus apparente qu’au rez-de-chaussée. Les ouvriers dégradaient alors les parements des étages & lais-
sèrent voir près d’une fenêtre du xvie siècle l’arc ogival du Jb ; fl ilpTÉÊgs* xive, accompagné d’un fragment d’ogive & d’imposte en . ;~t4 marbre. Ce fut comme une révélation; nous comprîmes aussitôt que les larges arcades de pierre de Verruca formant r 1 ossature de toutes les façades étaient remplies de légères AB; archiTOlt8 fthiflU8 en marbr8-
3 r OC, fragment de la grande ogive en verruca.
arcatures , dignes de rivaliser avec les dentelles de marbre D’ f°nélra da C°smc '
des Vénitiens, & que l’architecture du Lung’Arno n’était pas moins gracieuse que
celle des bords du grand canal.
(1) Tiré du Gothefredi Panthéon, n° 4895 (fonds latin de la Bibl. imp.)
(2) Voyez la vignette page 4.
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Cette découverte & l’importance de l’édifice nous engagèrent à l’étudier avec soin. Nous donnons sur la pl. I les deux façades du quai & de la place San-Matteo, & sur la pl. II la façade intérieure. Nous ferons remarquer que, dans ces diverses façades, même celles du dehors, les bandeaux de chacune d’elles ne se continuent pas & indiquent évidemment des époques différentes.
D’après ces données de la construction & les documents qui- nous sont parvenus, voici les conjectures qu’on peut former sur l’histoire de ce palais. Construit en 1027 par Albizzone, fondateur de San-Matteo, il se limitait d’abord à l'étroite façade qui regarde cette église. Plus tard il comprit à droite la grande arcade surmontée d’une petite loge (pl. II). Au xive siècle on construisit la façade du quai; on boucha les baies de la première devenues inutiles; on éleva les parties intérieures, la loge, les dépendances; on bouleversa la position des planchers pour les mettre en rapport
avec les nouvelles façades. Enfin, on étendit jusqu’à la via délia Rosa un vaste jardin garni de communs & d’un mur fortifié dont les créneaux s’aperçoivent encore.
Ce palais devint ainsi une des plus magnifiques demeures de Pise; au passage de Charles VIII , en 1494, les Pisans ne crurent pouvoir mieux faire que de l’offrir pour résidence à ce prince, dont ils attendaient leur délivrance ; lorsque la République fut asservie par les Médicis, Cosme Ier résolut de l’habiter & il dissimula les ogives sous les enduits & les fenêtres modernes.
Borgo. — Les restes de l’architecture civile à Pise ne sont pas tous aussi cachés par les replâtrages de Vasari & de son école; ils nous apparaissent nettement à la rue du Bourg, surtout dans la partie voisine de l’Arno. Le moyen âge, avec ses formes pittoresques, ses perspectives aiguës, ses aspects imprévus, revit là tout entier.
Les constructions les plus vieilles entourent l’église San -Michèle. On y trouve des colonnes octogonales à petites assises, des chapiteaux à feuilles d’eau couronnés d’un listel & d’un cavet carré ou des chapiteaux ioniques dont la grossièreté rappelle la décadence romaine. En remontant la rue, les chapiteaux deviennent plus élégants, leurs feuilles plus refouillées, l’effet plus cherché; çà & là, encastrés dans des assises de briques, sont jetés de petits écussons ou des bas-reliefs de terre cuite
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qui révèlent encore, au milieu des mutilations du temps, la touche spirituelle des vieux sculpteurs pisans.
La dernière maison garnie de portiques à droite n’appartient plus au moyen âge; œuvre du xv' siècle, elle ne le rappelle plus que par certaines dispositions.
Là finit le Borgo ; dépouillé de ses portiques, il n’offre plus d’intéressant qu’une maison de marbre qui a survécu au nouvel alignement & qui témoigne de la continuation des arcades jusqu’à l’extrémité de la rue.
Nous avons déjà dessiné (pl. III) une perspective de cette vue curieuse où l’on verra à droite deux maisons qui méritent une attention particulière. La plus éloignée est attribuée à Nicolas de Pise, à cause d’un petit
bas-relief qui rappelle, trait pour trait, l’Hercule de la •üm.umiiiiwm chaire du baptistère. Si cette terre cuite n’est pas de la main de ce grand homme, elle est au moins de son école, ainsi que les trois sujets analogues qui ornent les pilastres .
Les deux Hercules, celui imite de Nicolas, qui repose sa tête sur sa main comme pour soutenir les vastes projets quelle renferme, un autre qui combat & dont la massue est déjà levée, sont de petits chefs-d’œuvre. Les deux dernières figurines ne portent aucun cachet d’inspiration antique. Ce sont des personnages du xiii' siècle; l’un, malheureusement mutilé dans le haut, paraît représenter un marchand pisan dont l’opulence est facile à reconnaître dans l’ampleur de ses vêtements & dans l’aisance de son maintien ; l’autre rappelle un de ces nombreux troubadours sur les lèvres desquels expirèrent les derniers échos des croisades : son riche costume, sa mandoline ornée dont il pince les cordes, la fleur qui croît près de lui, le fond quadrillé qui l’entoure, sont les débuts des magnificences d’Orgagna que nous admirons au Campo-Santo.
Les clôtures des fenêtres comme nous les figurons n’étaient composées que de volets quelquefois ouverts de guichets , coutume barbare qui continua jusqu’au xvi' siècle en Italie; tandis que les Français & les Allemands s'abritaient depuis longtemps derrière des châssis vitrés , Montaigne écrivait en 1581 : te Les logis en et Italie de beaucoup pires ; milles salles ; les fenêtres grandes & tout ouvertes , te sauf un grand contrevent en bois, qui vous chasse le jour si vous voulez chasser et le soleil ou le vent. »
Nous reviendrons dans la suite sur les ferronneries scellées sur ces façades; nous ne faisons que les signaler en passant à l’attention des lecteurs.
A côté de ces maisons du Borgo, figurées en géométral & dans leur état actuel, on trouvera sur la pl. I une maison du même genre qui appartenait à l'ancienne famille délia Seta. La famille est éteinte depuis longtemps & la maison qui s’élevait
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sur le quai du Midi, près du palais Toscanelli, fut victime, il y a une trentaine d’années, de son annexion à une propriété voisine.
Au commencement de notre siècle, les monuments du moyen âge étaient infiniment plus nombreux , mais ils ont été négligés par les architectes qui n’ouvraient alors les yeux qu’en l’honneur des ruines romaines; seuls, quelques artistes animés d’un esprit plus libéral les ont admirées & dessinées; c’est du portefeuille d’un de ces derniers (i) qu'a été tiré le dessin de cet élégant édifice. Aujourd’hui, qu’un goût plus impartial a remplacé de tels préjugés, nous leur
Vue do maisons do Luug’Arne avec les ogives qu'y fait paraître la pluie.
devons de recueillir quelques épaves artistiques & de pouvoir poursuivre notre travail de sauvetage.
(i) J’aime à cicer ici le nom de mon grand-pére M. Hubert Rohault, qui, après avoir obtenu le prix de Rome, fit le voyage d’Italie en 1803 & rapporta entre autres ce dessin qui prouve une liberté d’études trop rare au commencement de ce siècle.
BIBLIOGRAPHIE
Runge. — Beitrage der Backstein-Architectur Italiens. 2 vol. in-f°. Verdier & Cattois. — Architecture civile & domestiqne. 2 vol. in -40. Poixoni. — Album d’anciennes vues de Pise gravées par l’auteur.
LOGE sur la COUR