PALAIS MEDICIS
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FORTIFICATIONS DE PISE
'histoire des premières enceintes de Pise manque de monuments qui en précisent les limites; elle ne nous montre pour ainsi dire plus, parmi ces vieux restes, que l’antique Porta Aurea, aujourd’hui enclavée dans un mur du palais alla Giornata. On verra cette ruine exactement rapportée sur la pl. III ; on y remarquera les trous (A) d’un hourd dont elle était jadis garnie, la moulure (B) d’une époque relativement moderne, les lignes d’extrados continuées par un simple trait de compas sur les sommiers (C), enfin l’irrégularité qui n’exclut pas le soin de l’appareil ( i ) .
Les Pisans considéraient encore au xne siècle cette porte comme un de leurs plus beaux monuments, lorsqu’ils la transformèrent en une sorte d’arc de triomphe où ils inscrivirent les victoires des Baléares :
L’enceinte des xne & xme siècles nous est mieux conservée. Fondée en 1 1 5 8, sous
(1) Monuments de Pise. Texte, p. 23.
(2) Cette inscription se lit aujourd’hui sur la porte de la Madonnina de Galletti .
« Les valeureux citoyens appelèrent cette porte d’Or, afin d’apprendre ainsi la grandeur de leur noblesse. — Vous regarderez :e ville comme le principal ornement de l’Empire, cette ville qui a coutume d’abattre les cous orgueilleux des méchants. — La rage
FORTIFICATIONS DE PISE
le consulat de Chocco Griphi ( i ), d’après le tracé de Bonànno, elle fut achevée à la fin du xme siècle & restaurée au milieu du xive par le comte de Donoratico. La porte Buozza (pl. I) passe pour l’une des plus anciennes; elle est digne d’attention pour son arc ogival, bien antérieur à la période gothique, & les divers genres de construction de la muraille qui accusent des restaurations successives.
La porte al Leone est une des plus célèbres dans l’histoire de la République ; elle formait une véritable forteresse qui se défendait au dehors par un antiporto & par des tours, dont l’une a été dernièrement relevée. — Elle est dominée par un lion de marbre, auquel elle doit sans doute son nom, & qui occupait autrefois une niche extérieure, encore visible dans le cimetière des Juifs (pl. I & II). D’après une marqueterie du Dôme (pl. II, fig. i), nous avons cherché à restaurer cette partie importante des fortifications pisanes ; nous avons recueilli sur la même planche quelques fragments de peinture du xive siècle, qui fourniront de nouveaux documents à l’étude de l’architecture militaire de cette époque ( 2 ) .
Les portes de Pise, tantôt ogivales, tantôt en plein cintre, sont une des preuves les plus claires de l’emploi simultané de ces deux formes d’architecture. La porte de Lucques, celle du moins qui a précédé les rétrécissements postérieurs , est ogivale ; la porte aile Piagge, la dernière de la rive droite, au contraire, est en plein cintre. — Nous devons ajouter que cet édifice a été remanié à diverses reprises; il offre dans ses arcs les traces de singuliers changements (pl. IV); il fut grossièrement surélevé en briques & dut perdre alors la belle loge qui ouvrait deux arcades du côté de la ville. Débarrassé depuis trois ans des masures qui l’entouraient, il a recouvré son véritable aspect, tel que nous avons essayé de le rendre sur une vue perspective. Nous restaurons sur la façade intérieure, en suivant les indications des consoles de pierre, les anciens auvents qui abritaient les sentinelles.
Si nous passons de là dans le quartier d’Oltrarno, nous trouverons d’importantes parties de murailles avec leurs tours saillantes qui méritent de nous arrêter. A l’aide des renseignements puisés dans les statuts de 1286, nous avons pu relever les tours à leur hauteur primitive ; nous avons rétabli les fossés , le pont qui devait les traverser
perverse & terrible de la Majorque des Baléares, non moins qu’Ivica vaincue, ont prouvé sa puissance. Mille cent quinze ans s’étaient écoulés depuis que la vierge Marie enfanta Dieu, lorsque le peuple pisan victorieux les renversa l’une & l’autre comme en fait foi leur double carnage. Chérissez la justice, ô vous qui jugez la terre !
(1) On trouvera dans la planche I une inscription relative à ce personnage, & croyons-nous, d’après la date, destinée à être encastrée dans les nouveaux murs. Elle se voit au Campo-Santo.
(2) La fig. 2 est tirée d’une miniature des missels de San Niccolùj la fig. 3, d’un tableau de la galerie des Beaux-Arts ; la fig. 4, d’une fresque du Campo-Santo
FORTIFICATIONS DE PISE. 3
devant une des portes, le chemin militaire & les bornes qui en dessinaient les limites ; enfin, dans le fond du tableau, au sommet d’une montagne, le vieux château de la Verrucca dont ce point de vue nous découvre encore les ruines.
BIBLIOGRAPHIE
Bonaini. — Statuti Pisani.
Pietri Sardi. — Architectura militare, 1639.
Palmieri. — De captivitate Pisarum : voy. Muratori & l’édit, de Paris, 1518. Tronci. — Memorie istoriche délia città di Pisa, 1682.
CASCINA
u xive siècle les communes comptaient autant pour leur défense sur le nombre de leurs châteaux que sur la force des enceintes urbaines. Elles avaient soin surtout de les placer en guise de sentinelles le long des routes principales, afin d’y arrêter l’ennemi ou de signaler son approche.
/ Les Pisans, après avoir longtemps souffert les courses des Florentins, songèrent à défendre contre eux la rive gauche de l’Arno, comme la rive droite était défendue par Vico Pisano. Ils créèrent alors Cascina. Le plan de cette ville (pl. I) si régulière prouve l’unité de la pensée fondatrice , & de plus l’estime qu’avaient pour la symétrie les gens du moyen âge, lorsqu’ils trouvaient le champ libre. Une citadelle contiguë à la porte Pisane servait de réduit aux assiégés qui, du sommet de la tour (i), pouvaient envoyer à la métropole leurs signaux de détresse.
Les fortifications de Cascina forment époque dans l’histoire de 1 architecture militaire, parce quelles sont contemporaines du premier emploi de 1 artillerie pour la défense des places , & dans le fait elles possèdent des embrasures de bombardes ( 2 ) (pl. II), sous lesquelles on retrouve les traces du plancher de l’artilleur. Quelle était précisément l’arme à feu dont elles supposent 1 usage? Leur forme ne suffit pas à résoudre ce curieux problème ; nous avons donc cru digne d intérêt de recueillir les documents qui peuvent l’éclaircir; c’est dans cette pensée que nous, groupons sur la
(1) Le sommet de ce donjon est ruiné jusqu’à la ligne du dessin marquée AB.
(2) Elles sont figurées à un autre point des murs que celui où nous avons été forcé de les figurer.
CASCINA.
même planche les divers engins de guerre ( i ) qu’on vit paraître en Italie à 1 origine de la poudre à canon .
Nous représentons (pl. II, fig. i) la manière dont on chargeait les escopettes sur les mulets; le levier (fig. 2) pour placer la bombarde sur son affût; l’affût & toute
sa garniture (fig. j), voire même les chevilles de la crémaillère qui haussait ou baissait la bombarde ; les obusiers (fig. 4 & 5) (2) accompagnés des mesures de poudre; l’obusier (fig. 6) avec la pelle pour peser la charge, le boulet de pierre muni d’une étoupe enflammée, l’anneau de fer qu’on employait pour l’y attacher, & le mantelet (j) dont on ne levait la porte qu’au passage du projectile; nous montrons enfin (fig. 8) le mantelet fixé au chariot même & la tête de la bombarde appuyée sur une fourche en fer que tournait à volonté le pointeur.
Les premiers canons ne modifièrent pas aussitôt la construction des remparts, ceux de Cascina peuvent nous en convaincre; ils ne produisirent une révolution dans le système des ingénieurs qu’au xve siècle, alors que la défense devint moins sûre, les faibles moins à l’abri, & qu’on vit sous les monarchies tyranniques de la Renaissance se réaliser ce triste proverbe moderne : « Ville attaquée, ville prise. »
(1) Nous empruntons ces dessins à un manuscrit italien de la Bibliot. imp., intitulé Tractatus de re militare & de machinis bellicis, écrit de 1330 à 1390 ; l’auteur se nommait Paulus Sanctinus Ducensis. — Il fut évidemment recopié au xve siècle, comme le prouvent les figures, & envoyé de Constantinople en France par M. de Girardin, ambassadeur à la Porte (r688).
(2) Sous ce dernier, on lit : iste currus est valde utilis ad ministrandum lapides ardentes ac abentes caudas canapinas... pice & sulfure simul mistas.
(3) Si vis secure destruere portam... ante te sit musculus aut vinea finestram habens aut sportellum & qüvis ignem in bombarda mictere ellevatur altius sportellum... & demisso lapido claudeat sportellum ne ab hostibus ledaris.
BIBLIOGRAPHIE
Tractatus Pauli Sanctini Ducensis de re militari & de machinis bellicis, . scriptus circà annum 1330 vel 1390. Manusc.,
Bibl. imp., n° 7239, fd latin.
Manusc. de la Bibl. imp., n° 1914, fd Saint-Germain, diverses machines de guerre, d’après d’anciens ouvrages.
Roberto Valturio. De re militari , Vérone, 1472, réimprimé à Paris en 1532, traduit en français par M. Louis Meigret. Hauzelet. — Recueil de plusieursmachin.es de guerre. Pont-à-Mousson, 1620.
Aug. Ramelu. — Diverse & artificiose machine. Paris, 1588.
Grassi. — Dijionario militare. Torino, 1833, 3 vol.
Mariakus Jacobus, dit Taconole. — Traité manusc. du xve siècle. Bibl. de Venise.
Bonaccorso. — Dessin manusc. de la Bibl. Magliabechiana de Florence (vers 1500).
Voir aussi une ancienne bombarde conservée au musée d’artillerie de Paris dans la galerie Magenta , sous le n" 24.