AVERTISSEMENT
approprier leurs embouchures, fonder des pont-, dessus & faire où il est requis des ports tresseurs & défensables r...
« Adioustez y encores les machines de guerres tant pour offendre que pour deffendre, bastilles rampars, forteresses pour la sauveté du pays & maintenir la liberté tant chere, avec les biens de la fortune, ensemble l’honneur des nations...
« Je pense estre asseuré que si l’on interroguoit les peuples qui de mémoire d’hôme sont tombez en puissance d’aultruy, par qui leurs forces furent anichilées, qu’ils repondroient que ce a esté par aucuns ingénieux, & que les ennemis armez, se promenans au long de la campagne, ne leur faisoient gueres de peur veu qu’ilz avoient entre deux grande largeur & profondeur de fossés, bonne muraille de pierre & grand renfort de boullevertz : mais oncques (diront-ilz) ne fut possible de nous deffendre de la vigueur d’un esprit inventif, car il nous tourmentoit si merveilleusement à toutes heures par l’impétuosité de ses traitz que cela ruinoit toutes choses que nous pouvions mettre devant pour notre resistence : & par ce poinct fumes forcez de nous ranger à obéir. Puis au contraire ceux qui ont esté assaillis & se sont vigoreusement défenduz, tesmoigneront que jamais chose ne les feit tant tenir bon que l’asseurance qu’ils avoient en l’ingéniosité de leurs architectes.
« Sans poinct de doubte, si vous calculez bien les entreprises & expéditions de guerre faictes dès le temps de l’antiquité jusques à maintenant, vous trouverez plus de victoires obtenues par le moyen des ingénieux que par la conduite des vaillans capitaines : mesmes verrez que divers ennemis ont esté plus souvent réduits à l’extrémité par les inventions & conseil d'un artiste de bon entendement . que par la force des gratis hommes de guerre. Aussi (à dire vray) un architecte sçait vaincre (ce qui est encore plus louable) sans mettre les personnes au hazart de mort (i).
! L. B. Alberti. Trait è d’ Architecture (Préface).
PALAIS DE LA SEIGNEURIE (0
(A FLORENCE
e palais de la Seigneurie florentine, véritable géant des édifices de Toscane , mérite d'ouvrir l’étude que nous leur consacrons. Ses formes majestueuses, so‘n couronnement hardi avec cette sorte de ferronnière d armoiries coloriées (j), sont le plus beau frontispice que nous puissions choisir; son style sobre & mâle résume les principaux traits des monuments que cet ouvrage doit passer en revue.
Trophée des Guelfes en l’honneur de la liberté, il rappelle les plus glorieux souvenirs de Florence qui le construisit pour fêter l’avénement de la démocratie au pouvoir. Cette pensée apparaît clairement dès sa fondation qui eut lieu sur le foyer même du gibelinisme quon étouffait & près des terrains des Uberti dont les tours venaient d’être renversées par les vainqueurs. Cette fondation donna lieu à une fable que Villani & ses successeurs ont répétée sans réflexion, en disant que l’architecte fut obligé de rendre son plan irrégulier pour détourner ses murailles d’une terre souillée par des demeures gibelines; l’obliquité de la façade méridionale, la seule qui apparaisse dans ce plan, n’a pas besoin d’un roman pour s’expliquer; elle se justifie dans le désir de respecter l’église voisine, San-Pietro], Scheraggio & de suivre la direction quelle donnait à la via Ninna. — Un archéologue siennois, M. Romani,
(1) Joindre ce texte à la Irc livraison.
(2) D’après une miniature du Gothefredi Panthéon, Bibliot. imp.
(3) Pour voir ces peintures dans leur état primitif, il faut visiter la façade postérieure, masquée en partie par des constructions plus récentes; entre les consoles encore visibles, on retrouve ces vieilles fresques pures de toute retouche (pl. VI.)
auquel nous devons des notes curieuses sur la topographie de Florence, a retrouvé, sous les constructions modernes, la tribune & une partie des murs de ce sanctuaire qui suivaient parallèlement le vieux palais, & dont on démolit plus tard une des nefs pour élargir la voie publique.
La pose de la première pierre remonte à 1298. Arnolfo di Lapo passe jusqu'à présent pour l’architecte fondateur. Il construisit l’ancien palais dont nous nous sommes exclusivement .occupé , & cette tour prodigieuse dont le poids de neuf millions de kilogrammes repose en partie sur des consoles (pl. II) (1).
Les édifices politiques sont soumis à de fréquents changements. — Quarante ans après la construction du Palais, le duc d’Athènes le transforme en une citadelle, & flanque les entrées de deux tours qu’on trouve figurées sur une peinture des Stinche (pl. I).
Le tyran chassé, ces défenses sont démolies, & les matériaux employés à l’érection des remparts de la ville. Peut-être vers le même temps, Taddeo Gaddi ajoute des créneaux à la tour, créneaux gibelins qu’on voit retracés sur une miniature du Villani du prince Chigi (pl. I).
En 1365, on creuse aux angles de l’attique , pour y placer des lions, quatre niches aujourd'hui bouchées, mais dont on retrouve encore la position lorsque le soleil , frisant le mur, y dessine l’ancien contour par une ligne lumineuse.
Vers la fin du xiv” siècle, le palais est agrandi vers l’est; les nouvelles constructions longtemps inachevées sont surélevées par le Cronaca pour eriger la salle des Cinq-Cents.
Puis vient (1446) Michelozzo - Michelozzi , qui remanie toute la cour, change les colonnes de briques en colonnes de pierre, les couvre d'arabesques, remplace
(1) Nous avons cherché à nous rendre compte des charges imposées aux différents étages de cette audacieuse construction, & nous en donnons ci-contre le tableau, dont les lettres correspondent à la pl. II :