‹ La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaireChapitre 8 sur 21 · TOUR · texte numérisé non relu

TOUR

PALAIS de la SEIGNEURIE

LOGE DE LA SEIGNEURIE

(A FLORENCE

e premier titre de noblesse , à Florence , était de posséder une tour, & surtout une loge contiguë au palais de ses pères, il n’appartenait qu’à un petit nombre de familles intitulées famighe di loggia. Le peuple, en arrachant le pouvoir à l’aristocratie gibeline, revendiqua ce privilège, il construisit le palais des Seigneurs, dont la tour domine tous les sommets de la ville, & plus

tard une loge communale plus vaste que toutes celles des

nobles. Le projet de ce dernier édifice fut arrêté dans le Grand Conseil , le 2 1 novembre 1^56; mais pour des motifs

inconnus on en suspendit l'exécution pendant vingt ans. Selon Vasari & tous les écrivains qui depuis ont aveuglément suivi son témoignage, cette loge fut élevée par Andrea Orgagna; cette assertion est aujourd’hui reléguée parmi les nombreuses erreurs que le frivole historien a transmises à la postérité. Milanesi prouve, les documents en main, que l’Orgagna était mort depuis huit ans à l'époque de la fondation; il rapporte une délibération de l’art des changeurs qui, le sachant gravement malade, en août 1 568, lui retirèrent la commande d’une statue pour la confier à son frère Jacopo. 11 tire encore un argument de l’absence de documents plus récents dans lesquels ce grand homme soit mentionné vivant & s’autorise surtout d'une charte de 1375 qui nous parle de cette mort comme d’un événement déjà ancien. Il aurait pu ajouter que ce nom si célèbre dans la peinture & la sculpture n'est rappelé dans les manuscrits contemporains à propos d’aucune œuvre d'architecture.

Après avoir reconnu l’erreur de Vasari, attribuant faussement à Orgagna la gloire de cette grandiose conception, il fallait découvrir les véritables auteurs; des documents récemment publiés nous les ont révélés, ils nous montrent Benci Cione & Simone Francesco Talenti (2), chargés de conduire en chef l’entreprise, & près d’eux plusieurs

(1) D’après une miniature de la bibliothèque Corsiniana, à Rome.

(2) 1376. Benci di Cione e Simone di Francesco (Talenti) elecii capo maestri délia loggia dei Signori (lib. de deliberazioni degli opérai di S. Reparata.) Voy. Curiosità storico-artistiche da Luigi Passerini. — Il est possible que le nom de Cione ait causé l’erreur de Vasari, qui l’aura confondu avec celui d 'Andrea di Cione.

fe A

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maîtres non moins habiles dans l’art de tailler la pierre, tels que Francesco Neri, Jacopo Pieri, Luca di Giovanni, Jacopo Guidi, Giovanni Ambrogio, Giovanni Fetti.

Ces noms si longtemps dérobés à l’admiration de la postérité sont désormais associés à cette œuvre plus grande encore par la pensée qui anima ses constructeurs que par ses dimensions colossales; il est rare aujourd’hui qu’un architecte songe au symbolisme de l’édifice qu’il élève; au contraire, pendant le moyen âge, les pierres semblaient recevoir une âme des mains qui les façonnaient. Pendant 1 époque que nous étudions, les idées chrétiennes & politiques s’unissaient si étroitement qu’on ne construisait pas un monument à la liberté sans le placer sous la protection de la religion. Talenti pensait avec raison que cette loge destinée à glorifier les droits du peuple devait lui rappeler en même temps ses devoirs; il les résuma dans les allégories des vertus les plus nécessaires aux pays libres, & les inscrivit dans les sept bas-reliefs qui représentent d’un côté la Foi, l’Espérance, la Charité, de l’autre la Prudence, la Justice, la Tempérance, la Force.

Ces médaillons sont de véritables chefs-d’œuvre de composition & de rendu, ils reproduisent, sur une plus large échelle & avec un talent supérieur, les qualités qu’offrent les mêmes sujets traités sur la porte du baptistère, par André de Pise (1^5), ou sur le tabernacle d Or -San -Michèle, par Orgagna (1^59); ce sont encore des chefsd œuvre d expression dans les têtes, de soin dans les draperies, chefs-d’œuvre de perspective qui a su ménager les effets du relief pour le point de vue de la place Ces figures qui nous paraissent si belles aujourd’hui, malgré leurs mutilations (1), recevaient jadis un nouveau lustre des peintures qui les recouvraient (2); elles furent ornées, non par un enlumineur vulgaire, mais par Lorenzo Biccio, l’un des peintres

(1; Il nous a fallu, entre autres, restaurer dans le médaillon de la Force le haut de la colonne, dont le chapiteau a disparu, a balance de la Justice, dont un des plateaux en bronze n’existe plus, & les têtes d’anges du bas, qui ont beaucoup souffert. (PI. V & VI.)

(2) Ces couleurs peuvent être restaurées d’après 1 ’lconologia , de Cesare Ripa (in-40, 1631), qui donne les détails de vêtements de diverses allégories.

Voici le texte de la délibération : « Operarii deliberaverunt quod Laurentius Bicci pictor, qui picturis ornavit figuras Fidei & Spei suas in facie logiæ plateæ Dominorum versus orientaient plagam, habeac & habere possit pro dictis picturis, auro & coloribus ejus, labore & cæteris computatis, intotum florenos auri 90 & non ultra » (Dell b. degli opérai da S. Reparata).

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les plus renommés de l'époque. Elles se parèrent d'or, de pourpre, d'azur, des tons les plus riches, & se détachèrent sur un fond de mosaïques en verre analogues à celles des niches d’Or-San-Michele; malheureusement elles sont dépouillées tout à fait de ce brillant vêtement, & les fonds n offrent plus à 1 œil qu’un stuc grossier qui laisse entrevoir, çà & là, les briques des massifs.

Lorsque nous voyons les auteurs de l'édifice aussi prodigues de peintures à l'extérieur, nous ne pouvons croire que les voûtes d'arêtes en fussent dépourvues, & nous les avons restaurées sur la perspective (i).

L’édifice se voyait dans cette splendeur au début du xve siècle; mais un siècle plus tard il perdait son caractère original au milieu des changements malheureux qu'on y apporta.

Au mois de mai 1491, selon un document que nous devons à M. Cavallucci, un des archéologues les plus distingués de Florence, on construisit un passage entre le palais & la loge pour qu'on pût communiquer de plain-pied d'un monument à l'autre, & on ménagea des degrés des deux côtés de cette chaussée pour le passage des

La Loge des Lances en 1141, d'après une gravure de Carol. Gregorj. ( |'um de Florence, par Andrea Gerini.)

piétons. On encombra ainsi tellement les abords, que les chevaux ni même les hommes ne pouvaient plus circuler.

La loge fut de plus en plus éloignée de sa destination première; elle prit le nom de Lanii, c'est-à-dire quelle servit d'abri aux lansquenets; les soubassements (2) dont on avait oublié l'existence, à peine retrouvés, servirent de dépôt aux bombardes;

(1) Au fond de cette perspective, les tours qu’on voit indiquées ont été restaurées d’après les notes de Romani, & l’église San-Pietro-Scheraggio, d’après divers documents.

(2) On lit dans le journal inédit de Luca Landucci :

1491 , 1 maggio. « Si cominciù uno rialto tra la loggia dei Signori e’1 palazzo; fu tanto alto che s’andava al pari délia porta del Palagio nella loggia; con iscale e di verso San-Piero-Scheraggio, e di verso la piazza, in modo che non potevano

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enfin on poussa si loin le mépris de ce, portique où se passaient jadis les deliberations libres de la république, qu'on perça des trous & des fenêtres irrégulières dans ses murs.

Les Médicis, en s’emparant du pouvoir, voulurent en chasser les anciens souvenirs , ils transformèrent la loge en musée, & cherchèrent à distraire les Florentins de leurs affaires par le charme d’un art énervant. Sous la statue de la Justice, dont on proclama les formes barbares, on vit apparaître le Persée, ce ridicule ancêtre quils se laissaient attribuer & dont on fit le symbole de la monarchie victorieuse ; sous la figure de la Tempérance on vit se dresser avec une aüdace révoltante le groupe de Jean de Bologne dont on ignore le sujet , mais qu on peut appeler réellement le Triomphe de la Volupté. Les poètes chantèrent alors la résurrection de lart; le peuple s amollit sous l’influence de ces modèles sensuels ; il dédaigna ses antiques vertus dont les allégories furent oubliées dans leurs niches gothiques & la postérité salua cette révolution du titre hypocrite de Renaissance. — 11 est temps enfin que la justice se fasse & que les noms de Pieri, d’Ambrogio, de Fetti, sortant des ombres de 1 histoire, rayonnent sous leur auréole de pureté au-dessus des génies malsains de Cellini& de ses successeurs.

più passarvi ne cavagli, ne alcre bestie, e anche un poco incomodo agli huomini havere a salire e scendere. A chi piaceva, a chi no; a me non piaceva troppo.

Si cominciô a votare la volca délia loggia dci Signori la quale era in volca socto e fu fatta quando si murù la loggia, e non si sapeva. Ma volendo fare un poco di fondamento per porvi la Giutecta (Giuditca) di bronzo crovarono che v’era la volta. E notificato al gonfalniere ne hebbe alegrezza assai, e, corne valencuorno, disignù di farla votare « pensando fussi utile a tenere le artiglierie. » — ( Ms. di Luca Landucci. )

BIBLIOGRAPHIE

Gailhabaud. — Monuments anciens & modernes. IV" vol.

Luigi Passerini. — Curiosità storico-artistiche Florentine. Firenze, 1866.

Gerini. — Vues de Florence. In-fol., 1744. (Dessin de Gius. Zocchi.)

Carlo Lasinio. — Cravure représentant la Loge des Lances, d’après un tableau de Ghirlandaio à la Trinité Font a ni. — Viaggio pittorico in Toscana. Gravure par Terreni.

Pieracini. — Monumenci délia piazza del Gran-Duca.

N OTA. — On ne trouvera peut-être pas hors de propos que nous citions ici l'imitation que les Bavarois ont faite de notre monument en construisant a Munich le Portique des Maréchaux . de 117 pieds de long sur 58 de large. Ils n’y ont pas oublié la coloration des médaillons.

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