‹ La Toscane au moyen âge; architecture civile et militaireChapitre 9 sur 21 · DETAILS · texte numérisé non relu

DETAILS

PALAIS DU PODESTAT

(A FLORENCE

l existe peu de monuments du moyen âge plus intéressants que le palais des Podestats de Florence, dont une habile restauration vient de ranimer l’ancienne physionomie. On y trouve au dehors cette forte architecture qui dédaignait les vains ornements & qui ne cherchait jamais son effet dans des moulures inutiles, à l’intérieur une cour unique dans son genre, enrichie d’une multitude d’écussons, d’un escalier triomphal, & entourée de portiques où se perdent harmonieusement dans l’ombre les plus riches peintures. En parcourant ses longues galeries, ses salles obscures tout enveloppées dans une sorte de vêtement de fresques & d’armoiries coloriées , on se croit véritablement ramené au xive siècle. Tous ceux qui ont visité cet admirable monument, & qui en auront reçu cette impression, me pardonneront la place étendue que je lui ai donnée dans cet ouvrage.

L’histoire de ce palais peut se résumer en quelques lignes. Commencé en 12$ 5, par l’Allemand Lapo, il fut continué par deux illustres architectes dominicains, F, Sisto de Florence & F. Ristoro de Campi. Peu à peu il s’agrandit vers l’est; les portiques, la loge, les salles contiguës qui forment le petit palais, s’élevèrent lentement jusqu’en 1316, époque où les travaux furent menés avec plus d’activité. De 1332 à 1346, après un incendie qui dévora les planchers de bois, il fut voûté & surélevé en grande partie par les soins de Fioravanti. A la fin du xiv” siècle & pendant tout le cours du xv% il subit encore d’importants remaniements. Sous Côme I", les prisons devenant trop étroites & le chef de la police plus honoré que sous la République , il fut boule versé, ses admirables salles subdivisées & taillées en une infinité de cachots ou

(1) Pilastre de départ au bas de l’escalier.

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en appartements pour le Bargello. Le plan primitif disparut sous ces constructions parasites si bien que, pour le retrouver, il fallut enlever 5,000 bras cubes de matériaux après la démolition des murs modernes qui 1 encombraient.

Aujourd’hui l’ histoire peut se lire sur les vieux murs dégagés de leur surcharge, & on pourra, j’espère, la mieux suivre sur nos gravures que dans une description.

La première planche renferme les plans du rez-de-chaussée & du premier étage, & au milieu le fac-similé dune miniature détachée dun manuscrit de G. Villani , qui m’a libéralement été communiqué à Rome dans la bibliothèque du prince Chigi.

La pi. II représente la façade du palais Via de Librai. Je dois répondre ici à une objection qu’on m’a faite au sujet des balcons de bois que j ai rétablis sur la foi des trous & des consoles existant encore. Je ne pense pas, comme on me la dit, que ces restes laissés dans la construction n’aient eu d’autre destination que de faciliter la pose des échafauds, car il existe une porte voisine de la tour & dont le seuil, de niveau avec le plancher du balcon, en prouve évidemment 1 existence. Toutefois il est possible que cet appareil fût mobile & réservé aux temps de guerre , pendant lesquels il fallait environner de mâchicoulis la résidence du premier magistrat; je serais d autant plus porté à le croire , qu’en étudiant la construction de ces balcons , on conçoit un système rapide pour en opérer le montage. Qu’on me permette d’entrer à cet égard dans quelques détails que rendra plus clair le croquis suivant.

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On plaçait d’abord les poutrelles B dans les trous réservés à cet effet, les solives F, puis les planches mobiles qu’on enlevait à volonté pour former les mâchicoulis. A 2 m, 6 5 de haut, c’est-à-dire presque à la main , on logeait dans les trous du mur les entraits A. Les pièces A & B étaient un peu plus petites que les trous dans lesquels elles se fixaient par des cales, comme le font encore les Italiens; il en résultait qu’avant de terminer la pose définitive, la pièce pouvait un peu se mouvoir; alors on plaçait le poteau I dans la mortaise préparée à l'extrémité de la poutre. Le poteau était tenu verticalement par un charpentier, tandis qu’un autre soulevait l’entrait A, puis le laissait retomber sur un goujon taillé en haut du poteau.

Une lambourde D portant des entailles se plaçait sur les crochets de pierre. — Enfin on posait les chevrons G chevillés sur la lambourde dans des entailles L.

On avait disposé des rainures dans la main courante F & dans la solive correspondante E, de manière à y faire glisser des ais mobiles qu’on entrait en H à la faveur d’une entaille dans l’appui.

Toutes ces pièces classées & numérotées se montaient avec une merveilleuse facilité dans le genre des hourds & des brétèches sur les remparts.

La pl. III contient la façade latérale du palais du xme siècle & une portion des bâtiments du xive; elle fera comprendre les différentes époques des constructions, la surélévation du vieux palais où fut percée, en 1346, la grande fenêtre ogivale qui éclaire la salle d’audience.

La pl. IV donne la coupe longitudinale de tout ledifice selon la ligne AB du plan.

On trouvera dans la pl. V quelques détails extérieurs & la restitution sous les créneaux des armoiries qu’y peignit en 1346 Jacopo Baldi.

La pl. VII offre à 2 centimètres pour mètre le détail de l’escalier, & d’une partie de la cour, construit en 13 67. L’escalier fut orné, en 1408, de la porte triomphale qui conserve une inscription du podestat Pietro Campello; cette porte elle -même reçut de nouvelles sculptures en 1448; Sangallo (1502) y scella une grille de fer & la couronna d’un écusson soutenu par deux lions.

De la VIIIe à la XIVe pl., on suivra une série de perspectives prises dans les salles les plus importantes , telles que la salle d’audience , dont les voûtes ont 18 mètres d’élévation, la chambre du podestat, où l’on remarquera une cheminée faite en 1478 par Lorenzo Guardini, la cour, la loge, &c. Nous avons cherché à leur rendre leur aspect primitif en y ramenant les personnages & les scènes du moyen âge empruntés à des peintures contemporaines.

Les trois dernières planches, XIV, XV & XVI, sont occupées par des détails d’écussons & de décoration extérieure ou intérieure.

Ne terminons pas cette monographie sans payer notre tribut d’éloges à la belle restauration qui nous a permis de l’entreprendre, & sans remercier vivement l’architecte qui en a facilité le travail. M. le chevalier Mazzei, auquel cette œuvre

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avait été confiée., s’y est montré artiste sagace, &, ce qui se rencontre rarement dans une tâche de ce genre, restaurateur modeste; il a compris qu’il mériterait d’être plus applaudi de la réserve qui respecte ces antiques souvenirs, que de l’habileté qui les transforme; il a repris pierre par pierre les assises dégradées du monument, a raccordé dans les vieilles fresques les nouveaux tons avec les anciens, il nous a rendu ainsi l'édifice tel que la République le conservait avant qu’il ne fût envahi par les Vandales de la Renaissance.

Fragment de peinture sous un des arcs de la cour.

BIBLIOGRAPHIE

Uccelli. — Il Palazzo del Podestà. Firenze, 1865. Passerini. — Curiosità storico-artistiche Fiorentine. 1866. Manni. — Sigilli ancicbi. (Dessin de la façade au nord.) Tocchi. — Vue perspective (gravée).

Isabey. — 1822^ vue lithographiée de la Cour. Grandjean et Famin. — Architecture de la Toscane. Fontani. — Viaggio pittorico in Toscana.

Demidoff. — La Toscane , album pittoresque, pl. 12 & 13.

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