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POUR LA GARDER D ÊTRE CRUELLE AUX FLEURS

ASSISE au bord d'une onde bocagère, Songes tu pas, lorsque tu vas tressant, Dans tes cheveux dénoués de bergère, Les belles fleurs, qu'il y coule du sang ? De quelques-uns, ce fut la destinée D'avoir aux fleurs leur âme emprisonnée. Leurs pieds, sauvés de la commune mort, Ont crû soudain en racines sous terre, Et, frémissant au vent léger qui erre, Un doux feuillage a remplacé leur corps.

Et de là vient que ta fleur préférée,

Le chrysanthème, offre le même éclat

Que les frisons de ta nuque dorés,

Et que ton sein imite le lilas ;

Le lys, taillé ainsi qu'un verre à boire,

A, d'une cuisse, emprunté son ivoire ;

Le pavot prit naissance d'un chasseur,

Et c'est ta bouche, Hélène aux fesses blanches,.

Qui dans la rose assise sur la branche,

A répandu ce qu'elle a de douceur.

Ces fleurs sur qui la rosée étincelle, Et que tu vois peintes de cent façons, Furent jadis, celles-là demoiselles, Et celles-ci agréables garçons.

Leur los, enflé par l'éloquente race Chez qui Vénus habite avec les Grâces, Remplit nos bois de Suresne à Meudon, Et nulle force, au monde, n'a pu faire Saufs, ces enfants, sous leur face contraire, Du coup guerrier de l'arme à Cupidon !

Dans la tulipe où les larmes sont peintes Du Cynthien, façonnée en cornet, Tout enflammé de jeunesse, Hyacinthe, Dans nos jardins, chaque année, renait.

Il porte encore, intacte, en sa mémoire. L'ardeur par quelle il mérita la Gloire : Si tu venais, sur sa fleur, un moment, Ta belle bouche inclinée y suspendre, Tu sentirais une bouche se tendre, Comme en réponse à ton embrassement.

Dans cette fleur qui, fixée au rivage, Sur les gazons, tranche par sa couleur, Si ce n'est plus, Narcisse, ton visage, C'en est toujours ta grâce et ta pâleur ! Auprès des eaux, cette molle jonchée Retrace aux yeux ton image couchée, Dépensant l'heure en inutiles vœux, Et froissant l'herbe, Eole perpétue Les longs soupirs de ton âme abattue Dont l'eau fuyante emporte les aveux.

LA TOCR D IVOIRE

Dans le bluet c'est Daphnis qui t'épie.

A leur azur j'ai reconnu ses yeux.

C'est sous ce voile emprunté qu'il expie

D'avoir été !e favori des dieux.

Il pique encore, en l'or penché des pailles,

Sa bleue aigrette, ornement des semailles,

Et solitaire, au milieu de l'Eté,

Il roule en lui ce que la flûte agiie

De Théocrite et le luth de Virgile

Ont, à sa gloire, autrefois raconté.

Pour moi, Driope, honneur de l'Œchalie, Sourit parmi le disque éblouissant Du Mélianthe, et Myrrhe, la jolie, Sous son écorce, amasse de l'encens.

Je vois Clytie, émue et rougissante, Tourner vers moi sa feuille languissante, Lotis m'accueille et, pour que soit orné Mon front du prix de sa docte folie, Au sein des eaux pierreuses, se déplie La chevelure en pointes de Daphné.

Sois pitoyable aux fleurs en qui demeure Même aujourd'hui quelque chose d'humain Garde-toi bien de faire qu'elles pleurent, Et ne va plus, arrêtée en chemin, Pour mieux résoudre un doute qui t'irrite Interroger des doigts la marguerite !

Ta main peut-être en ferait déloger, Membre par membre, une douce princesse Ou, dans l'éclat de sa verte jeunesse, Peut-être encore, un amoureux berger.

Qu'un tendre émoi pour les plantes te vienne. Cultive-les dans ton petit jardin !

Ta main leur verse une eau quotidienne Et les dérobe aux coups de vent soudains ! Tu les verras répandre, en récompense, Sur ton passage, une plus fine essence, Elles auront pour toi plus de douceurs, Elles auront ces caresses pressantes Qu'ingénuement, dans leurs grâces naissantes, Pour leur aînée, ont les plus jeunes sœurs.

Si nous avons protégé les feuillages, Nous aurons bien, tous les deux, mérité Des dieux, assis au milieu des nuages, Et qui d'en haut surveillent la Beauté. Peut-être un jour, enfermé dans un saule, Je voûterai sur un lac mes épaules, Et toi, changée en fragile arbrisseau, Ta fleur, passant l'églantine en mérite, Dessus sa feuille aura ta grâce inscrite Et d'Idalie ornera les berceaux !

Qgjp

Les Amours d'Emilie

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