‹ La tour d'ivoireChapitre 32 sur 42 · ODE FORESTIÈRE · texte numérisé non relu

ODE FORESTIÈRE

AU PEINTRE JULES VALADON Sur son Tableau : « Le Prix de la Danse ».

PRÈS d'une onde passagère Où tremble un feuillage épais, Une troupe bocagère Cueille les fruits de la paix.

On voit s'allumer la fête — Tout le bois s'en dore au faîte — D'un beau soir à l'horizon.

Le lait coule et l'on se mêle, Au bruit de la chanterelle, Sur les tapis du gazon.

Il6 LA TOUR D IVOIRE

Là, toujours se renouvelle

A l'ombre, un joyeux concert.

Flore y demeure fidèle,

Et le myrte est toujours vert.

La Grâce y rit toute nue,

Et Cyprine, continue,

Y commande aux éléments,

Pallas, tandis, de sa flamme

Tranquille, échauffant les âmes,

Épure les sentiments.

Là, Sapho, d'un bruit de iyre, Enivre ses jeunes sœurs, Anacréon du délire Qui le tient, dit les douceurs.

La Foi désarme l'Envie, On y cueille de la Vie Les roses, sans s'y blesser, Jamais la Mort, si deux bouches S'unissent, d'un coup farouche, Ne vient les désenlaccr.

Ménalque, en dansant, déploie Une écharpe de couleur, Théone agite avec joie Un tambour orné de fleurs.

L'or du soir flotte en poussière, Sa face où rit la lumière L'égale en grâce à Psyché.

Ménalque, à l'épau!e (signe Qu'il est des dieux toujours digne) Perte un rayon détaché.

Euphrosine, qui préside A leur souple enlacement, Eveille en les veux d'Alcide Comme un tendre étonnement, Leur danse aimable et légère, Sur les genoux de leur mère, Dresse les enfants surpris, Et sitôt que le jeu cesse, Le vieux Palémon confesse Qu'ils ont mérité le prix.

Ailleurs qu'en cette peinture, Quand me sera-t-il donné D'avoir part aux aventures De ces amants fortunés !

Pour qu'avec eux je m'élance, Cédant à la violence De mes inquiets transports, Cieux ! ordonnez que Cybèle, Ici. ramène avec Elle Les plaisirs de l'âge d'or !

Mais nul mortel ne se vante D'un jour si délicieux, Valadon ! ta main savante Nous dévoile un coin des cieux.

Ami ! qu'échauffe un beau zèle, Toi ! qui m'as prêté des ailes Pour atteindre à ce séjour, Reçois, en loyer, cette ode Que, suivant l'antique mode, Je te consacre en retour !

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