‹ La tour d'ivoireChapitre 37 sur 42 · DE LA BONNE RENCONTRE · texte numérisé non relu

DE LA BONNE RENCONTRE

LONGTEMPS, ma poursuite fut vaine De Celle que j'aurais voulu, D'un doigt fidèle et résolu, Chanter sur mes tuyaux d'aveine.

J'aurais, pour la première, élu Cette Hélène, aux yeux noirs, qu'assiège Un troupeau de hardis garçons , Mais les yeux bleus, l'or en frisons D'Eisa, qui fut reine en Norwège, Ont fait hésiter ma chanson.

J'allais dire Inès la hautaine,

Pour quelle, en un livre, j'ai lu

Qu'autrefois ducs et capitaines,

Soudards aux pectoraux velus,

S'entr'égorgeaient sur les talus,

Mais l'Antiope que Corrège

Peignit nue, auprès d'un buisson,

Et Mélusine, à l'horizon,

Baignant ses seins blancs comme neige,

Ont fait hésiter ma chanson.

Or, Emilie à la fontaine, S'en vint par le bois chevelu ; Autour d'EUe flottait l'haleine Des rosiers frais, quand il a plu.

L'air simple et le geste qu'elle eut D'asseoir la cruche au rond de liège, M'ont fait choir en l'amoureux piège :

Et, secoué d'un long frisson ; C'est Elle ! aussitôt m'écriai-je, Que je vais dire en ma chanson.

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