ÉLÉGIE VOTIVE
JE t'apporte en offrande, ô reine des Amours, La flûte où ma Jeunesse a chanté les beaux jours. Les dieux ont proclamé qu'en sa vive harmonie Naguère, a palpité comme une autre Ionie. Mon âme par les trous, échappée à mes doigts, En cadence agitait le feuillage des bois, Et sa chaude éloquence, ô Déesse ! occupée A te gagner les cœurs de l'enfance attroupée, A la ville, au village, entraînait en tous lieux, Un cercle de feu sombre allumé dans les yeux.
Elle a redit la Grâce où la Force se dompte, Les bosquets odorants de Chypre et d'Amathonte, Adonis ombragé d'un fin duvet naissant, Et Mars au torse abrupt où bouillonne un beau sanj Elle a redit Eros, sensible aux mélodies, Ses pièges, ses erreurs, ses longues perfidies, L'Eté prêtant son ombre au plus doux des larcins, Le pleur reconnaissant qui gonfle un jeune sein, L'époux, impatient d'une ardeur couronnée, Pressant la vierge, au soir du pudique hyménée, Et l'amant adultère habile au moindre bruit Pour glisser d'une issue, à s'écouler d'un lit.
Compagne des buveurs, aux lueurs des bougies, Oue de fois, complaisante, elle a mené l'orgie, Jusqu'à l'heure où le jour, de feux verts et glacés, Eclairait, parmi l'or des coupes renversées, Tonte une adolescence échevelée et nue, Projetée au hasard de l'ivresse venue !
Elle imitait le bruit de la feuille et des eaux. Pour ajuster la gamme unie en sept roseaux, Je les avais moi-même enduits de cire molle, Mais la Jeunesse, hélas I est un oiseau qui vole. Aujourd'hui qu'Emilie entre dans ma maison
Les plaisirs étrangers ne sont plus de saison. C'est pourquoi je dépose, aux autels de Cythère, Cette flûte où mes doigts ont raison de se taire, Et toi ! si la rumeur de la ville et des champs Dit vrai, que la fureur que j'ai mise en mes chants, A dressé jusqu'au Ciel l'honneur de ton Empire, Accueille mon offrande avec un doux sourire !
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