LE JUGEMENT DE PARIS
PARIS, qu'un bonnet rond pour Phrygien désigne, D'un bras, s'appuie au tronc d'un vieil orme ombragé, De l'autre, il dissimule, arrachée au verger, La pomme que son vœu destine à la plus digne.
L'aube de ses cheveux, d'un éclat passager, Dore son col flexible à la façon d'un cygne. Sur sa lèvre ruisselle une pourpre de vigne, Une grâce a fléchi son beau torse allongé.
La foudre, avec fracas, déchire en deux la nue, Minerve en descend, grave, et Vénus toute nue, Et Junon qu'un beau sceptre alourdit de son poids,
Vers le pâtre, orgueilleuse, elle vient la première, Lui, chancelle, aveuglé d'une triple lumière, Et la pomme éblouie hésite dans ses doigts.
Sur le front de Junon un beau matin s'assied. Tout son corps, animé de l'espoir du triomphe, Au milieu des bosquets, dressant un buste altier, Mêle à ses lys brûlants un feu rose de conque.
Minerve a dépouillé son casque coutumier, Sa chevelure flotte autour d'EUe avec pompe, Mais du harnais pesant que sa main vient de rompre, Sa peau nue a gardé comme un reflet d'acier.
32 LA TOUR DIVOIRE
Double roc où ne tinte aucune onde rieuse, Leur éclat s'apparente aux pierres précieuses ; Le cœur s'en éblouit sans en être échauffé.
Junon arme son front d'un sourcil trop sévère,
Minerve, d'une chouette ordinaire coiffée,
Nourrit un feu trop sombre au fond de ses yeux verts.
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Vénus vient, un chapeau de roses sur la tète, Une longue harmonie ordonne et lie, entre eux, Les moindres mouvements de son corps amoureux, Elle échauffe les cœurs d'une flamme secrète.
La Grâce est son unique instrument de conquête, Un ineffable Eden s'engendre de ses yeux, Sur ses pas l'air s'emplit d'un parfum précieux Et sonne, au loin chargé d'une rumeur de fête.
34 f-A TOTK D'IVOIRE
Un escadron d'amours, branlant des ailerons. L'escorte et l'on entend frémir, aux environs, Des colombiers d'Avril la musique incertaine.
Elle sourit. La pomme est roulée à ses pieds, Moins pour cette beauté dont s'enflent les fontaines, •Que pour cet œil sensible où tremble une pitié.
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