SCÈNE II
Les Minus. GAILLARD.
GAILLAED , chars* de pa<|acta.
Ab ! ah! vous vous impatientez?... Voici vos cinq colis I.i. c'est lourd!... c'est très-lourd!
CANADA
Biais, monsieur, qu'est-ce qui vous priait... t U me semble qu'un commissionnaire...
CAILLA».
Laissez-donc !... Il vous aurait tout bousculé 1... et ça vous aurait coûté au moins dix sous.
canada.
Mais, monsieur, je suis au-dessus de cinquante centimes... et il y a des moments ou on aimerait mieux payer...
GAILLARD
Cest facile, monsieur, je vais reporter vos bagages dans le wagon... vous les enverrez chercher!... (il reprend k» bagages.)
CANADA
Mais non, sacrebleu! puisqu’ils sont là, laissez-lcs-y I
GAILLARD, à part.
Je le taquine! (n dépose «on paletot sur le banc de pierre.)
CANADA, à part.
Quelle patience!... (Haut.) Ah !... j'onbliais... car je ne sais où j’en suis... j'oubliais de retenir nos places dans la voiture.
GAILLARD
Décidément, vous quittez le chcmiu de fer f
CANADA
Avec votre permission, monsieur I
J'en suis désolé!... On ne trouve pas tous tes jours des compagnons de voyage comme vous.
CANADA
Ni comme vous, monsieur... (a part.) Heureusement!
FRANÇOISE, sortant de l'aubergo.
Monsieur, votre bouillon est chaud I
CANADA
Très-bien !... Diles-moi, la fille, marquez-nous deux places pour la voiluro d’Anet.
FRANÇOIS t*
Sous quels noms, monsieur :
CANADA
Canada et sa fille.
GAILLARD, à part.
Canada !... nom d’une pomme !
CANADA
Quand part-elle ?
FRANCO II!
Dans une demi-heure... (Elle rentre, en emportant Ica bt- ***«»• )
CANADA
Dans une demi-heure !... Nous avons lo temps do pousser jusque chez le notaire de Mantes... Tu sais, ma fille, pour cette ferme dont on m’a parlé !... Je m'en arrangerais volontiers, vu la proximité do ma maison de campagne d'Anet... trois petites lieues.
«AILLA».
Une campagnol... une ferme!... l’agréable et futile I
canada, à part.
De quoi se mêle-l-il?
AUGUSTINE
C’est donc pour cette ferme, que nous allons à Anett
CANADA
Mais non I... Est-ce que je ne te l’ai pas dit?... c’est U que ton entrevue doit avoir lieu avec ton futur I
GAILLARD
Ab ! bah! mademoiselle va se marier?
CANADA
y verriez-vous des inconvénients?
GAILLARD
Aucun I... Si mademoiselle a un prétendu digne d'elle. canada, à pari.
Dieu] qu'il m'ennuie!...
AlOUSTINK.
Je ne le connais pas!... Mais pourquoi le faire venir à la campagne plutôt qu’à Paris ?
CANADA
Ah ! ça, c'est une idée de ma sœur Césanne, qui est déjà installée là-bas... ei son calcul m'a paru judicieux... Ton fui m , venant d'Amérique par le Havre, ça lui épargne la moitié au chemin.
GAILLARD
Comment, c'est d’Amérique que vous tirez votre gendre?
CANADA
Ça ne convient peut-être pas à monsieur?
«AILLARD.
Ma foi, non !... Donner votre fille à un étranger, c’oH un vol fait à la France, et je proteste au nom do ma patrie I CANADA, à pari.
11 me fait bouillir le sang.
AUGUSTINE
Est-ce qu’il arrive bientôt ?
CANADA
Peut-être demain ! peut-ètro hier I... enfin, un de ces jours... c'est le neveu do mon ami Perruchon.
GAILLARD
Perruchon!... ah! ah I Perruchon I...
CANADA
Monsieur, c'est on nom honorable I
GAILLARD
Il fait bien d’être honorable, car il o'est pas beau!
CANADA
Son oncle était mon correspondant, quand j etais dans lo commerce.
Etlo correspondant vous a garanti l'article?
CANADA, il part.
Ah! si je ne me respectais pas!... (uaut.) Viens ma fille, notre bouillon va se figer I
GAILLARD
Voulez-vous que j’aille vous le chercher?
CADADA.
Non, monsieur... Viens ma fille.
AUGUSTINE
Ah ! mon Dieu, que j’ai mal aux pieds I
GAILLARD
Appuyez-vous sur moi, mademoiselle. (H lui offre son bras.)
CANADA
Non, monsieur... le plus sûr appui d'une jeune fille... est le bras de son père.
GAILLARD
Oui, mais deux bras valent mieux qu’un.
CANADA
Non. monsieur, cent fois non... mille fois non !...
GAILLARD, à part.
Je le taquine I
Viens, ma fille... (a part.) Ah 1 si je ne me respectais pas...
(ils entrent dans l'auberge.)
SCÈNX HZ.
GAILLARD, sent.
Ah I ah ! ah f.,. il est superbe... il est olympien... je te taquine comme ça depuis Paris... soixante kilométrés... Il doit se demander :ab!çè mais, qu'est -ce qucc’estquecelanimat-là.qui s'acharne après nous ?... est-ce qu'il serait amoureux de ma tille?... Moi, amoureux... allons donc !... je suis un drôle de pistolet... j'aimo à taquiner I c est mon bonheur... pas méchant... mais taquin comme une guêpe
Air : Pour tiré atUur. (Voisin Bagaolst.)
Quand cm est malin, (
Quel plaisir superflu.
De picoter un peu son prochain!
Malheur au crétin.
Au balour, au setin,
UN DflQLE DE PISTOLET.
Qui par hn«ard mtnbp «oui ma malol Toujour» eu train,
Le aolr, la matin,
* le »ui* taquin, taquin, taquin, le suis taquin 1
tu „ La nuit , Ja chante ou je pambaria,
C’eit pour taquiner uuo voUia;
Et je ne »ui* jamais malade,
Pour taquiner mon médecin •
Dans les maisons où je m'arrête*
J'aime à taquiner l« portier.
Et j’ai souvent avec ma tête.
Percé «on carreau de papier.
Quand on est matin, etc.
Et je pourrais répondre à ce brave Canada : — Monsieur, cet Animal -la, se nomme llyppohle Gaillard, employé è je oe sais o ii ru, dans je ne sais quel ministère et MUMMnt d’un congé de nuit jours... Je vais a Rouen pour voir l'église de Sdinl-Ouen I d’abord, je raffolle du genre gothique 1... Vous m'avez plu tout tout de suite... et puis, on me demande quelquefois : que pensez-vous de Suint Ouen?...n’esi-ce pas un édifice admirable?...
i 'e réponds : oh I très -médiocre I... toujours pour taquiner... lais le fait est que je ne l’ai pas vu... et je vais le voir... Dans la salle d’attente, je vous ai remarqué, vous et votre demoiselle... physionomies bourgeoise» I ligures placides! je me suis dit : voilà deux pelotes dans lesquelles je vais planter des épingles... nous montons... je m’installe vis-à-vis de vous, et je commence par vous accabler de politesses I... je vois que ça vous taquine, je redouble... je vous ai assommé de prévenances, assasiné de petits soins... au point que voire demoiselle ne savait ou mettre scs yeux, que les vôtres vous sortaient de la tête et, que vous étiez Unie de m’arracher les miens. Moi, je jubilais... giàceà vous, je me suis fait soixante kilomètres de bon sang... mais vous allez à A net, moi, je chauffe pour /Saiot-Ouen... (Remontant la »céno.) Ah I saprelolte I... Je Ir a in, qui est parti !... mai» bail ! ça m’est égal 1 je prendrai le suir vaut!... je ne me taquine jamais, moi !...
sciure it.
GAILLARD, BALTHAZARD, PERRUCIIOu.
Balth azard , entrant avec un porte -tua ute>ac.
C’est ici la station I... si par hasard, elle y était... oh I non... je suis bêle avec mes frayeurs.
GAILLARD, à part.
Ab ! un touriste I
BALTnAZARD. à CftWant.
Monsieur, pourriez-vous me dire, si le train du Hflvre est
déjà passé ?
GAILLARD
Je crois qu’on ne l'attend que dan» vingt minutes... et si vous voulez déjeuner?
BALTHAZARD.
Vous êtes trop bon î je n'accepterai rien!
gaillard, à part.
Il cioit que je l'invite!... Encore une pelote à épingles! BALTnAZARD.
Je n’ai pas faim et j’en suis bien aise!... je pourrai partir plus vite.
GAILLARD
Monsieur est pressé de se rendre à Paris?
BALTHAZARD.
Oh! non!... au contraire... mais c'est que dans le train du llâvre... il y a sans doute quelqu'un...
Que vous attendez?
BALTHAZARD.
Oh ! non ! au contraire... je douacrai^ mon pouce pour ne pas la rencontrer...
OAILLRRD.
Ah ! c'est une femme?
BALTBAIAlD.
Comment le savez- vous?
GAILLARD
Vous ave* dit ta rencontrer...
BALTnAZARD.
C’e»t vrai j’ai dit : la... je >ms dans mon tort.
GAILLARD
Madame votre épouse, peubétre?
BALTHAZARD.
Oh I non I bu contraire... U veuve d’un gén.' 1 ' ernticitn!
GAILLARD
D'on seul?
BALTHAZARD.
Et qui, par mile de malheurs, tenait on bureau de tabac à Philadelphie.
BAILLABD.
Je vois ça d'ici).., vous l’avez connue en allumant un cigare?
BALTBASAR.
Non I... c'est sur là navire... nous avons vogué sur ta mémo bâtiment.
GAILLARD
Ab! vous voguâtes?
BALTHAZARD.
Monsieur, permettez -moi de vous donner un conseil I... ne rencontrez jamais une femme sur un vaisseau.
GAILLARD
Je vous le promets.
BALTRA1ARD.
Ahl si vous n’alliez quo du lièvre à Honûeur, il n’y aurait pas grand mal... mais, quand on vient d'Amérique I...
GAILLARD
Dab I voua venez ?... (a part.) Tiens, tiens.
RALTBARARD.
Trois semaine* de pleine tuer, entre l'eau, ta ciel et une femme...
GAILLARD
(To»t dangereux’.... on ne peut pas toujours regarder le ciol... surtout quand il pleut... et pour peu que la femme soit jeune et jolie...
BALTBA1ARD.
Ça ne manque jamais... quand elle ne l'est pas le premier jour, elle l’est le second... Méfiez-vous... et, comm? un a'cuuuia et qu’il faut tuer le temps...
GAILLARD
On le tue avec l'amour...
BALTHAZARD.
Hélas ! jo ne l'ai que trop tué... ah !... Pistache ! c*e ; l le nom de la mexicaine.
Air : Vaudeville de Jadii.
je l'adorais, je le confcAie,
Mais j'avais juré prudemment De ne lui donner ma U-ndrcsse Que jusqu’au Ilàvre K-ulcmçat J GAILLARD.
C'Clait assez juste à vrai dire.
Vous dt-vies penser, entre noua.
Que vos amours, sur le navire Étaient passapers connue vous t
BALTHAZARD.
Je le pensais confusément; mais une fois débarqué, Pistache s’est accrochée à moi J
GAILLARD
Comme un effilé après un bouton !... je connais ça.
BALTHAZARD.
Il a fallu biaiser!... je Tai conduite dans un hôtel, oi» je l’ai priée de m'attendre une minute... et je suis venu ici par Evreux, on détour de quatre-vingts kilomètres l gaillard.
Et pourquoi ici, où elle peut passer en venant du HâvreT... c’est imprudent 1
BALTnAZARD.
Ab c'est que j'y suis forcé par une afTaiiv majeure!.., un mariage que je viens bâcler en France I GAILLARD.
Ah! t>*hi
BALTHAZARD.
El ma future habite les environs.
GAILLARD, à pari.
Serait-co le futur de la pelitèt...
BALTHAZARD.
Mais je bavarde, je bavarde... et les vingt minutes... monsieur, oserais-je vous demander un dernier sut vice ?
GAILLARD
Vous m’obligerez.
BALTHAZARD.
Ce serait de retenir «ne place à la voiture dont le bureau est à cette auberge!
GAILLARD
La voilure d’Anot peut-être?
BALTHAZARD.
Justement I
GAILLARD, à part.
C’est lui !... (naut.) Eh ’ la fille...’ votre nom, s’il vous plaît?
BALTIAZARp.
Entre noua... je me noe'-ne Perruchon Ballbazard,
Gaillard, à part.
J’en étais sûr I
BALTHAZARD.
Mats faite»- la inscrire sua* le votre pour ne pas laissa d'in-
UN DROL* DI PISTOLET
MMUUl
C’est adroit!,.. eh Ha fiH*> anriveroL-vooG à Iftfimt
Françoise, accourant.
Voilà monsieur)... est-ce un bouillon?
GAILLARD
Non !.. c’est une place dan* la voiture d’Anot.
' FRANÇOISE
Sous quel nom ?
ÛAttl.ARD.
Balthazard Perruchon.
BALTHAZARD, bas à Gaillard.
Sapristi I il ne fallait pas dire !
FRANÇOIS!
Suffit, monsieur!
GAILLARD
Pardon 1 ça m'est échappé !... (A pari.) Je le taquine J
BALTHAZARD.
Va-t-elle partir la voiture?
FRANÇOIS»
Tout de auite, monsieur l... on met les chevaux.
BALTHAZARD.
Tant mieux!... et le train du HàvreT
FRANÇOIS»
Le v’ià qui arrive 1
BALTHAZARD.
Déjà I
FRANÇOISE, rentrant.
Allongez le bouillon !
BALTHAZARD.
Après ça.-- je suis bêle avec mes frayeurs!.,, elle est peutêtre à Paris seulement.
PISTACHE, au drbor*.
Dix minutes d’arrêt ! c'est bon !... ou en profitera I
BALTHAZARD.
Ah! mon Dieu I c’est sa voix !
(AA ILLARD,
Pistache I
BALTHAZARD.
Monsieur, je vous en prie, dite^-lui qne vous ne m’avez pas va... non!... que je suis bétel... nu lui dites rien... Ou me fourrer... oh ! dans ce tonneau 1...
(Il ae blottit dan» le tonneau.) GAILLARD.
Je te liens... mon bonhomme l
ICINX T.
GAILLARD, PISTACHE, BALTHAZARD. caché
PISTACHE
Dix minutes d’arrêt! et j’ai un appétit sauvage!... mais ut Q*u d» jambon, du saucisson, quelques gâteaux, c'est bien vilt
GAILLARD, ta lorgnant.
Oh ! ta jolie personnel
P) STAC SB, a. part.
Tiens, ce gros boulcl qui me regardel
oaillard, à part.
Ça m’a l’air d'uoe gaillarde.
PISTACHE, à part.
Il me lorgne, parce que je suis seule !... Et ce BsUharnrd qu m’expose... oh I si je remelsle grapin sur lui !... ^EUe *« dirige vers l'suberge.)
GAILLARD
Madame?... madame?
PISTACHE
PUit-il v monsieur?
OAILLARD.
N’entrez pas à l’auberge !... c’est inutile... vous ne trouverez rien 1
PISTACHE
Pas même du jambon ?-
GAILLARD
Ohl du jambon!... à vôtre âge et avec cette tournure, ce n’est pas du jambon qu’on cherche !...
PISTACHE
Pour qui me prenez -vous?
GAILLARD
le vous prends pour une femme qui conrt après quelqu’un!... vous me soutiendrez peut-être que vous ne coûtez pus après monsieur Balthazard Perruchon ?
PISTACHE
Vous connaissez Ballhazurdî