‹ La Tour Eiffel en 1900Chapitre 61 sur 134 · Discours prononcés à la conférence Scientia · texte numérisé non relu

Discours prononcés à la conférence Scientia

Nous ne pouvons mieux clore l’exposé des travaux scientifiques exécutés à la leur, qu’en reproduisant le discours prononcé par M. J. Janssen à la Conférence Scienlia, le 13 avril i88y, j)arce que ce discours (*st, en un beau langage et avec une grande élévation de j)cnsée, ce (|ue 1 on peut exprimer de plus saisissant, soit sur la construction de la Tour, soit sur ses applications à la science. Nous y joindrons la réponse de M. Eilfel.

TI{AVAL:\ scie MIFlUi:i=:S exécutés a ea tou h ISλ

DÜSCOl i(S DK M. .lANSSKN

Dli L’i.NSrn'LiT

(Juand on a du talent, de l’expéi-ience, une volonté Ibrte, an arrive presque toujours à triompher di's obstacles. Le succès est plus assuré encore si celui qui lutle est animé du sentiment patriotique, s’il aime à se dire que son œuvre ajoutera quelque chose d’important à la renommée de son pays, et (jue son succès sera un succès national. Mais il est des circonstances où ces éléments déjà si puissants prennent une force irrésistible : c’est quand celui <|ui aime passionnément son pays voit ce pays injustement déprécié ; c'est quand, par un de ces entraînements dont le monde donne tant d’exemples, et dont nous avons bénéficié nousmêmes, peut-être plus qu’aucun auti-e peuple, on llatte la victoire, et on va jusqu’à refuser au vaincu d’un jour ses mérites les plus réels et ses supériorités les plus inconti'stables.

Alors, si d(“s circonstances favorables se [irésentent, (d s’il si» rencontre un bomnu' d’un grand talent, d’un caractère hardi et entriqn'enant, il s’éprendra de l’idée de venger en quelque sorti' sa patrie, par la réalisation d’une a'uvri' grandiose', unique, réputée' presque' impossible ; et, [)Our assurer son succès, il ne recub'ra elevant aucune* difliculté, supportera tous les eléboires, re'stera semrel à toutes les critiejues, e*t marchera obstinément vers son but, juse[u’an jour on, feeuvre enfin terminée, son mérite, sa bareliesse, sa graneb'ur éclatent à tous les yeux, désarment la critique, et changent la ligue du blâme en un concert général de louanges et d’admiration.

N’est-ce j)as là, en quelques mots, l’bistoire de la conception, de l’acceptation, de l’érection et du succès du grand édifice du Cbamp-de- Mars ?

Cependant, il serait injuste de dire (jue ces sentiments, M. Eiffel ait été le seul à les é|)rouver. Tous ceux qui travaillent actuellement au (diam|)-de-Mars les ressentent, et c’est là sans doute le secret des merveilles qu’on nous y prépare.

Oui, tout le monde a compris (pie notre Exj)Osition, en raison surtout de la date choisie, n’aurait de succès (jue [par les i)rodiges d'art et

LA TOrn EIFFEL EN 1900

(riiidiislrie qu'on y accomplirait. Il fallait tlcsarmcr le monde à force de mt^rite et de lalent, et tout nous indiqm* qu’en effet le monde sera désarmé.

Bientôt, de toutes les parties du monde, on viendra admirer les œuvres de cettt* nation étonnante, si merveill<Mis(‘ment douée, qui s’abandonne avec tant de facilité, qui se reprend avec tant de ressort, qui, au milieu des plus grandes péripéties d<‘ succès et de revers, reste toujours jeune, toujours j^énéreuse, toujours sympathicpie, et qui n’aurait besoin que d’un peu de sagesse, de sens politique, d’esprit de suite et de conduite pour se trouv(“i‘ encore, et tout nalurellement, à la tète des nations, pour qui elb' demeure comme une énigiiK' et un perpétuel sujet de surprise et d’étoiimunent.

Mais laissons nos préoccupations, et ne pensons qu’à l’hôte que nous fêtons.

, C('t hôte triomphe aujoui'd’hui, mais combien ce triomphe s’est fait attendre! On ne peut pas dire qu’on le lui ait escompté d’avamte et qu’on l’ait fait joiiii’, avant l’heure, de son succès.

Kl ceci me rappelle un dîner de la Sden/ia donné il y a plus d’une année. Ce dîner était otferl à M. Bei’ger, un des directeurs généraux de l’Kxj)osition, et M. Eiffel y assistait. La Tour s’élevait alors au pt’emier étage, et la critique sévissait dans tonte sa force. Si la construction' n’att(*ignait que son premier étage, la critique, elle, avait complété tous les siens, et elle se dressait de toute sa hauteur. Et notez que c’est précisément au moment où les plus grandes difficultés avaient été heureusement et habilement surmontées, (jne l’esprit de blâme se donnait toute carrière, montrant ainsi autant d’àpreté que d’aveuglement. Il faut s’arrêter un instant sur ces difficultés.

On sait que la 'l'our est essentiellement formée de quatre montants, prenant leurs points d’appui sur des massifs de maçonnerie, s’élevant d’abord oblicjuement, pour se redresser ensuite et se réunir au-dessus du second étage où ils ne forment (ju’iin seul corps jusqu’au sommet. La construction de ces pieds, qui devaient s’élancer en porle-à-faux depuis leurs bases juscpi’au premier étage. 6o 7n de hauteur, c’est-à-dire à la hauteur de trois hautes maisons superposées, présentait des diflicjillés considérables. Des échafaudages d’appui, des tirants d’amarrage scellés dans la maçonnerie, ont permis de s’élever jus(ju’au point voulu. Là se

TH AVAUX SCIEM IKIUI ES EXÉCl TÉS A l.A TUL K

trouvaient déjà préparées les poutres horizontales qui devaient relier les quatre montants pour constituer la hase sur laquelle seraient édifiées toutes les constructions du premier étage.

Or, l’édification de masses métalliques si considérables, montées en quelque sorte dans le vide, ne peut se faire avec une précision qui dispense de toute rectification au moment de l’assemblage. Le procédéemployé [)our obtenir ces l•ectifications montre bien la hardiesse et la puissance des moyens dont l’ingénieur dispose aujourd’hui. En effet, M. Eilfel n’hésita [>as à soulever ces énormes j)ieds de la Tour et à leur donner les mouvements nécessaires pour qu’ils se présentassent à l’assemblage dans les conditions voulues. Or, surélever d’immenses pièces s’élevant en porte-à-faux pres(|ue à la hauteur des tours Notre-Dame, sans compromettre l’équilibre précaire qu’elles recevaient des échafaudages, était on ne peut plus délicat. L'o})ération réussit cependant. Des presses hydrauliques, agissant par l’inteianédiaire de cylindres d’acier sur chacun des arbalétriers formant un des pieds de la Tour et les soulevant tous à la fois, permirent à ce pied de venir se présenter à l’assemblage; et les trous nombreux, percés d’avance jiour les rivets, l’avaient été avec tant de j)récision, qu’on put opérer rapidement la mise en rapport et réduire à un instant le moment |)sychologique de celte étonnante opération.

Les (juatre grands montaids réunis, on peut dire (pie la difficulté maîtresse de l’œuvre était surmontée, et «pie la Four était virluellemeni élevé«‘.

11 faut admirer, comme elles le méritent, ci's grandes opérations du génie civil contemporain ; elles montrent tout ce qu’on jieul attendre de l’art des constructions, quand celles-ci s’appuient sur la science.

Eh bien, c’est [irécisément, comme je viens de le dire, au moment où cette belle opération si délicate et si hardie vimail d’avoir un plein succès, que l’œuvre était le plus vivement attaquée.

Pour moi, j’en étais presque indigné, et je me rappelle qu’au banquet dont je viens de parler, je ne pus retimir ma voix et je voulus assurer M. Eiffel qu’il avait au moins avec lui quelques hommes qui admiraient son œuvre, qui appréciaient son courage et qui lui prédisaient le succès final et le retour de l’opinion.

Depuis, M. Eiffel a bien voulu me dire «jiie mon témoignage lui avait été sensible et l’avait quelque peu réconforté.

LA TorU LIKKLL LN 1900

Je n’ai pas en à réformer mon ju^emenl. I)<* l’avis des plus compétents, l’érection de la Tour n’a pas été seulement une o'iivrc remarquable j>ar les dimensions de l’édifice. Les éludes, la conduite des travaux, le chantier, comme on dit en terme d’ingénieur, ont été conduits avec un enscunhle et une j)récision admirables. C’est que M. Eiffel, pour l’exécution de tous ces travaux qui l’avaient déjh rendu célèbre, avait su s’entourer depuis longtemps d’un état-major remaivpiable et se former de longue main des collaborateurs qui, aujourd’hui, sont consommés. C’est une armée qu’il a conduite sur vingt champs de bataille et qui, maintenant, poui’ la hardiesse, la précision, l'habileté, est sans rivale.

Voilà ce qui ex[)lique comment ce grand ouvrage a passé par toutes les phases de son érection, de|uiis l’avant-projet jusqu’à l'exécution finale, sans erreurs, sans mécomptes et avec une étonnante j>récision.

.le viens de prononcei- le mol d’armée, et je l’ai fait à dessein. Je voudi-ais (pi’il y eut entre les promoteurs de ces grands travaux et ceux qui les exécutent quelque chose d(‘s liens moraux qui, dans toutes les armées ayant accomj)li d(‘ grandes choses, ont uni les soldats à leur général, (pii était pour eux un orgueil et une passion.

Croyez-le, on n’établira pas, entre tous les organes de ces grandes sociétés du travail, l’hai-monie et l’entente (|ui en font la force, jiar les seules considérations d’argent et de salaire. Il faut (*xcitei‘ de plus nobles mobih's et faire comprendre aux travailleurs (jue celui, quel qu'il soit, qui a concouru à raccomjilisscmenl d’une couvre utile ou remarquable, a droit à une jiart d’honneur c'I d’estime.

Je voudrais encori', dire un mol des usages scienlilitpies de la Totii'. Elle en aura de jdusieurs ordres, ainsi (ju’on l’a indiqué, et je suis persuadé qu’on en découvrira auxquels on n’avait jias pensé tout d'abord.

Il est incontestable (jue c’est au point de vue météorologique (pi’elh* pourra rendre à la science les plus réels scu'vices. Eue des plus grandes dilticidtés des observations météorologiques réside dans l’intluence perturbatrice de la station môme où l’on observe, (àjinment connaître par exemj)le la véritable direction du vent, si un obstacle tout local le fait devier? Et comment conclure la vraie température de l’air avec un thermomètre intluencé par le raycjiinemenl des objets environnants? .Aussi les éléments météorologiques des grands centres habités se prennent-ils en général en dehors môme de ces centres, et encore est-il.

THAVAl X SCIKM’IKKJUES EXÉCI TÉS A I.A Tol lJ

nécessaire de s’élever toujours à une certaine hauteur au-dessus du sol.

La Tour donne une solution immédiate de ces (juestions. Elle s’élève à une ji^rande hauteur, et, par la nature de sa construction, elle ne moditie en rien les éléments météorologirpies à observer.

11 est vrai que 300 m ne .sont pas négligeables au point de vue de la chute de la pluie, de la température et de la pression; mais cette circonstance donne un intérêt de plus pour l’institution d’e.\[)ériences comparatives sur les variations dues à l’altitude.

.le n’insiste pas sur les autres usages sci(*ntin(jues qui ont été signalés avec raison. .Je dirai seulement que la Tour pourrait donmo' lieu à do très intéressantes observations éleclritpies. 11 est certain qu’il s(; fera presrpie constamment des échanges entre le sol et l’atmosphère par ce grand paratonnerre métalliques de 300 ni. Los conditions sont uniques, et il y aui-ait un très grand intérêt à prendre des dispositions pour étudier le passage du Ilux électriejue à la pointe terminale de la 'l’our. Ce Ilux sei-a souvent énorme et même d’observation dangereuse, mais on pourrait prendre des dispositions spéciah's pour éviter tout accident, et alors on obtiendrait des résultats du plus grand intérêt.

.le voudrais encore recommander l’institulion d’un service de photographies météorologiques. Une belle séi'ie de photographies nous donnerait les formes, les mouvements, les modilications (pi’éprouvent les nuages et les accidents de l’atmosphère depuis h; lever du soleil jiisfpi’à son coucher. Ce serait l’histoire écrite du ciel parisien dans un ravon (pii n’a jamais été considéré.

Kntin, je [lourrais signaler aussi d’intéressantes observations d’astronomie |)hysi(pie, (d (mi particulier l’étude du spectre bdlurique, ipii se ferait là dans des conditions exceptionnelles.

Ainsi la Tour sera utih^ à la science; ce n’est de sa part que de la reconnaissance, car, sans la science, jamais elle n’aurait jm être élevée. Le génie civil est lils de la science; aussi la science doit-elle le soutenir et le défendre clunjue fois (ju’il se irclame d’elle.

Ainsi la Tour du Chaniji-de-Mars, indéjiendamment de son usage principal qui est de faire jouir le public d'un panorama unifjue [tar l’élévation du point de vue et l’intérêt des objets environnants, aura des usages scientifiques très intéressants et très variés.

Mais il est un point de vue (jue nous ne devons pas oublier, j)arce

l.A TOT K El Fl' KL EN lîMH)

l!li

(ju’il est peut-être celui qui doit dominer tous les autres. Je veux dire que la J’our du Champ-de-Mars, par la grandeur de ses dimensions, [>ar les diflicultés (jue son érection présentait et j)ar les j)roblèmes de construction dont ell(* nous offre les heureuses solutions, réalise une démonstration pal[)al)le de la puissance et de la sûreté des procédés des constructions métalliques dont le génie civil dispose aujourd’hui. Cette démonstration, (pielle occasion plus naturelle pour la donner, (jue cette Exposition (jui est [irécisément un grand toui‘uoi où les nations viennent en quehpie sorte se mesurer et montrei’ leurs forces respectives, en science, en ai’t, en industrie! fit, du reste, ouhlie-l-on que les hommes n’ont jamais voulu se renfermer uni(juemenl dans la construction d’édilices d’une utilité matérielle et immédiate? Ouhlie-l-on qu’indépendamment du sentiment religieux (|ui a fait élever tant d’admirahles édillccs, on a vu, à toutes les époques de l’iiistoire, des monuments (•onsacrés à la gloire militaire ou à la domination polili(jue? Or, si la guerre a voulu consacrer ses trioni[)hes, pourquoi la paix ne consacrerait-elle j»as les siens? Les luttes armées et sanglantes des nations sont-elles donc plus belles et plus saintes (pie les luttes paciliques du génie de l’homme avec la nature*, pour en faire l’instrument de sa grandeur matérielle et morale? Ces combats demandent-ils donc moins d’activité, de courage et de génie, et leurs fruits sont-ils moins durables et moins beaux?

Cessons donc de marchander à ces luttes si nobles et si fécondes les signes sensibles qui les doivent glorifier. Célébrons au contraire des victoires où le vaimpieur n’expie jamais son triom[)h(*, où le vaincu voit eonqilaisamment sa défaite, car ce vaincu c’est celte grande nature, c’est celte alwa mater (pii veut qm* nous lui fassions violence, (jui ne nous résisti* (|ue [lour nous r(*ndr(î dignes de la victoire, (*t nous récomjiense de nos triomphes par la profusion de scs dons, par l’exaltation de toutes nos énergies et le sentiment légitime de noln* grandeur intellectuelle,

\ oilà les vrais combats (jue riiomiiK* devra livrer de jiliis en jilus, voilà l(*s Iriomjdics aux(piels on ne drcss(*ra jamais assez d’arcs et de colonnes. Voilà l’avenir v(*rs le(|iiel le monde doit marcher. Ce s(*ra l’honneur de la h'ramte d’avoir doiiiié ce noble exeiujile., et la gloire de M. EilVel de lui avoir jiermis de le d(uincr.

TRAVAUX SCIKXTIFIOUES EXECUTES A l.A TOUR

DISCOURS DK M. EIFFEL

Voici la deuxième fois (jue, dans 1(* haiiquel de Snenùa^ voire voix, cher et honoré Président, s’élève |miir m’adresser des éloges, ([iii, exprimés par vous, au milieu d’uue telle asseiuhlée, m’hononmt et me touchent plus que je ne saurais l’exprimer.

Il y a deux ans, vous avez ici même salué la naissance de l’œuvre qui vient de s’achever <T dont vous me p(“rmetlr<‘z bien d<' vovis parler aujourd’hui, puisque c’est à son achèvemeni que je dois l’iusigne honneur d’occuper une place où j’ai été ju’écédé par tant d’illustres personnalités qui sont la gloire de la h’rance.

Je n’oubli('rai jamais que ce sont les savants qui m’ont donné les j)remiers encouragements pour l’œuvre qui* je tentais, et je leur en ai gardé um* profonde reconnaissance.

Aussi j’ai tenu à ce que cet édifice soil placé, d’um* fa^'on bien ap|>arente, sous l’invocation de la Science, et tpie, sur la frise (pii surmonte son soubassement, on puisse' lire les noms des savants et des ingénieurs qui forment la glorieuse couronne de notre pays dans le siècle dont nous allons célébrer le centenaire.

Celte bienveillance, (pu* je viens de rappeler, ne s’est pas démenlii' un seul instant, et ce n’est pas sans émotion (pie j’ai appris tpie vos deux jiremiers présidents d’honneur s’y iiiléi-essaient d’une façon toute spéciale : le vénérable M. (Jievreul, dont la mort vient de nous aflliger, suivait, par une visite presque quotidienne, les progrès de <‘ette construction, et un savant non moins illustre, M. Pasteur, qui est rune de nos admirations et dont l’existence nous pi'omet encore tant de bienfaits à rendre ù l’humanité, y porle une attention et une sympathie dont j’ai bien le droit de me montrer fier.

Il y a quelques jours encore, j’en recevais de pi-écieux témoignages dans une ascension à la plate-forme de p)o m (jue je faisais avec MM, Mascart, Cornu et Cailletel.

Sur cette étroite hune, qui semble isolée dans l’c'space, nous étions ensemble pris d’admiration devant ce vaste horizon, d’une régularité de ligne presque semblable ù celle de la mer, et surtout devant fénorme

couj)ole ccMesto (|iii semble s’v apj)iiyer, et dont la dimension inusitée donne une sensation inoubliable d’un espace libre immense, tout baigné de lumière, sans j)i-emiers ))lans et comme en plein ciel : devant ce sj)ectacle, au milieu de cet air vif et pur, qui faisait tlotler avec bruit les longs j)Iis du drapenu aux belles coubmi’s de b’rance, rpii venait d’y être déj)loyé depuis (pndques jours, nous échangeâmes cpielques mots émus qui consacraient celte sympatbi(‘ scientifique à laquelle j’attache tant de prix.

.I’esj)ère ponvoii" aussi vous y recevoir l)ientôt, cher et vénéré Président, et vous monti('r les trois laboratoin's dont l’emplacement vient d’étre arrêté. L’un sera consacré à l'astronomie; je compte que vous vous y Irouverez dans des conditions favorabI(*s pour vous y livrer aux ludlçs rc'cliercbes d’astronomie physique qui ont illustré votre carrière. Le second, dont les ajipareils enregistreurs seront reliés au Pureau central météorologi(pie, est destiné à la physique et à la météorologie ; MM. Mascai’t et Cornu en pensent retirei- grand profit pour l’étude de l’almosplièri'. Le troisième est réservé à la biologie et aux études micrograjihicpies de l’air; organisé j>ar M. Ilénocque, il ne sera pas moins utile à la science, .\i-je besoin d’ajouter que ces laboratoires sei’ont libé- )-;dement ouverts aux savants?

Sans j)arler d’antres nombreuses expériences que beaucoup entrevoient, M. Cailletet me permettra de vous dire (ju’il étudie en ce moment un grand manomètre à mercure av<'C lequel on pourra réaliser avec ju’écision des pressions allant jus<|u’à 400 atmosphères.

'l'oiis ces projets, développés devant moi, me remplissaient d’une satisfaction intime, en nu* démontrant (pie tant d’i'fforts n’avaient ]>as été faits en vain au point de vue du jirogrès scientitiipie.

La foule non plus ne s’y est ]>as trompée : nous éprouvons un tel besoin d(‘ nous éb'ver au-dessus de c(' sol auquel le joug delà pesanteur nous attache, (jue cette idée de Vexcels'ior a de tout temps jiassionné les esjirits, et cpi’il semble (pie créer di'S édifices d(‘ hauteur inusitée, c’est n'culer b's bornes de la jiuissance biimaine. C-ela était, en effet, bien difticile antnd'ois; mais, maintenant, avi'c les nouvelles ressources (jue donne l’emploi du b'r, la si'ireté des méthodes (pi’il comporte, on n’est plus (îfirayé |)ar de pareils problèmes, et à voir la facilité relative avec laipielle on a atteint cette hauteur de mille pieds (jui avait hanté, mais

TRAVAUX SCTEXTIFigi ES EXÉCI TÉS A LA TOUR 197

en vain, le cerveau des Anglais et des Aindri.cains, il semble qu'il n’y aurait pas de bien grands obstacles à la dé[)asser notablcmenl.

Ouoi qu’il en soit, c’est grâce aux recherches des savants mathématiciens français qui ont fondé les méthodes que nous employons, c’est grâce aux éminents ingénieurs (pii ont posé les [u-incipes des constructions métalliques (pii sont l’une des branches les plus caractéristirpies de l’activité d(^ l’industrie française, (pie l’œuvri^ dont je viens d(‘ vous parler si longuement, et peut-être avec troj) d(‘ comjdaisance, a pu être édifiée. Kn même temps que les belles constructions du (’diamp-dc-Mars, j’espèi-e (pi’elle montrera au monde que nos ingénieurs et nos constructeurs français tiennent encore une grande place dans l’art de construire, comme nos artistes et nos littérateurs occupent le jiremier rang dans l’art contemj)orain.

•Je parle devant un auditoii’e trop au courant des faits modernes, pour (pie je puisse pensi'r vous apjirendre quelque chose que vous ne sachiez déjà sur le iTdc considérable des ingénieurs français à l’étranger. Ccjiendant, à l’occasion d’un discours (jue je prononçais récemment, à la séance d’inauguration de la présidence de la Société des Ingénieurs civils, j’eus à étudier ce vaste et beau sujet; je ne vous cacherai jias que je fus étonné moi-même des jireuves saisissantes de notre activité nationale, en c(* qui regarde les travaux jniblics.

En effet, cette part dans le développement industriel des nations est considérable; elle dépasse peut-être celle de tout autre peuple, sans en excejiter l’Angleterre. Elle a commmicé à se produire vers 1855, à l’iine des époipies les [dus brillantes et les jiliis [)rosp(*res de l’industrie française, et s’étendit [)resque simultanément en I»ussie,en Italie, en Esjtagne, en Portugal et en Autriche. L’ingénieur français n’est pas cet être casanier que la légende condamne à ne [>as quitter le sol de la patrie. Au contraire, pendant ces trente dernières années, on a pu, en tous les points du monde, constater son activité et son influence.

Qui de nous, pendant ses voyages à travers rEuro[)e et au delà des mers, n’a reconnu, [)resque avec étonnement, tellement nous avons de méfiance de nous-mêmes et de bienveillance innée pour les autres, que les travaux les mieux conçus, les mieux exécutés, et de rap[)arence la plus satisfaisante, ont été accomj)lis [>ar des ingénieurs français?

Si on entre dans la nomenclature détaillée de ces travaux, on reste

étonné de leur importance, qui nous a fait, sans qu’on puisse être taxé d’exagération, des initiateurs pour un grand nombre de nations, lesquelles ont depuis appris, au moins en Europe, h se passer de nous. Mais le monde est grand, et le besoin d’expansion lointaine trouve son aliment non seulement dans nos colonies et nos pays de protectorat, mais aussi dans le grand nombre des nations qui ont encore conservé leurs anciennes sympathies pour la France, telles que toute l’Amérique du Sud, et notamment le Hrésil, le Chili, l’Equateur, la République Argentine, où une légion d’ingénieurs, appartenant au corps des Ponts et Chaussées ou ingénieurs civils, propage, en ce moment môme, le renom de la science et de la probité françaises. Nos vamx les accompagnent, et vous voudrez bien me permettre, en ma qualité d’ingénieur, de vous demander devons joindre à moi dans une commune pensée pour les adresser à ces pionniers de l’influence de notre pays au dehors.

11 me reste à vous remercier encore du grand honneur que vous venez de me faire, et à vous assurer que j’en conserverai toujours le plus vif souvenir. Je l'altribue beaucouj) moins à ma j)ersonne qu’à l’œuvre ellemême, (jue j’ai essayé de rendic digne, aux yeux du monde que nous convions à notre centenaire, du génie industriel de la l'Vance.

CIIAlMTHi: XI

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES lEN 1900

§ 1. — Méthodes et instruments d’observation.

Les observations iiiétéorolo<^i(|iies ont été poursuivies en 1900 avec la même régularité (|ue pendant les années précédentes; elles sont laites au moyen d’ap[)areils enregistreurs, système Iticbard, qui inscrivent sur des feuilles de papier convenablement graduées toutes les variations des principaux éléments météorologi(jues.

La marebe de ces appareils ('sl véi'iliée au moins (piatre lois par semaine avec des instruments ordinaires, (jui ont été préalablement comparés avec les étalons du Bureau central.

Leur installation n’a pas subi de changements appréciables; nous rappellerons seulement ici les dillérents instruments employés, et leur emplacement res[)ectil, ainsi que leur altitude iui-dessus du niveau de la mer, et leur hauteur au-dessus du sol (-|- 33,50).

l.a pression barométritpie a été enregistrée au moyen d’un baromèlrc enregistreur à mercure, contrôle par les observations diiecles d un baromètre à large cuvette et à échelle compensée de Tonnelol. Ces deux appareils sont installés tous deux a 1 altitude de 313 ni, dans une petite pièce de la cjuatrième [date-lorme donnant sur la lace S^^ de la loin. I)n y a adjoint un baromètre enregistreur anéroïde, grand modèle, (jui donne des courbes de même amplitude <|ue le baromètre à mercure (2 mm par

millimètre), de l“a(;oii è combler les lacunes qui pourraient se produire avec un seul instrument.

La température a été enregistrée à trois hauteur.^ dilVérentes de la Tour.

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